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unread,Oct 15, 2013, 2:00:02 AM10/15/13Sign in to reply to author
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Déjà vu:
puni de son indiscrétion, il ajoutait quelques voiles de cacatois,
quelques bonnettes de perroquet, quelques brigantines de son invention,
aux voiles déjà déployées, envoyait une couple de boulets ramés en signe
d'adieu à son partenaire, et, filant sur l'eau comme quelque oiseau de
mer attardé qui regagne son nid, il le laissait boucher ses trous,
rajuster ses agrès, renouer ses cordages et disparaissait à l'horizon.
. . .
Ces escapades, comme on le comprend bien, lui rendaient l'entrée des
ports un peu plus difficile; mais la _Calypso_ était une coquette qui
savait changer de tournure et même de visage, selon l'occasion. Tantôt
elle prenait quelque nom virginal et quelque allure naïve, s'appelait
_La Belle-Jenny_ ou _La Jeune-Olympe_, et se présentait avec un air
d'innocence qui faisait plaisir à voir; alors elle venait, disait-elle
de charger du thé à Canton, du café à Moka, ou des épices à Ceylan. Elle
donnait des échantillons de son chargement, elle recevait des commandes,
elle demandait des passagers. Le capitaine Jacques était un bon paysan
bas-breton, avec sa grande veste, ses longs cheveux, son large chapeau,
enfin toute la défroque de défunt Bertrand. Tantôt la _Calypso_
changeait de sexe; elle s'appelait le _Sphinx_ ou le _Léonidas_; son
équipage revêtait l'uniforme français, et elle entrait dans la rade,
drapeau blanc déployé, saluant courtoisement le fort, qui lui rendait
courtoisement son salut. Alors son capitaine était, selon son caprice,
ou un vieux loup de mer, maugréant, jurant, sacrant, ne parlant que par
tribord et bâbord, et ne comprenant pas à quoi pouvait servir la terre,
si ce n'était pour y aller de temps en temps renouveler son eau et faire
sécher du poisson; ou bien quelque bel officier fashionable, tout frais
émoulu de l'école, à qui le gouvernement, pour récompenser les services
de ses ancêtres, avait donné un commandement que sollicitaient dix
anciens officiers. En ce cas, le capitaine Jacques se faisait appeler M.
de Kergouran ou M. de Champ-Fleury; il avait la vue basse, ne regardait
qu'en clignant de l'oeil, et parlait en grasseyant. Tout cela eût été
bien vite reconnu pour une comédie dans un port de France ou
d'Angleterre; mais cela avait un énorme succès à Cuba, à la Martinique,
à la Guadeloupe ou à Java.
Quant au placement des fonds qui provenaient de son commerce, c'était
pour Jacques, qui ne comprenait pas tous les mouvements de l'agio et
tous les calculs de l'escompte la chose la plus simple: en échange de
son or et de ses traites, il prenait à Visapour et à Guzarate les plus
beaux diamants qu'il pouvait y trouver; si bien que Jacques avait fini
par se connaître presque aussi bien en diamants qu'en nègres. Puis il
mettait les nouveaux achetés près des anciens dans une ceinture qu'il
portait habituellement sur lui. N'avait-il plus d'argent, il fouillait à
sa ceinture, en tirait, selon l'occasion, un brillant gros comme un
petit pois ou un diamant de la taille d'une noisette, entrait chez un
juif, le faisait peser et le lui cédait au prix du tarif. Puis, comme
Cléopâtre, qui buvait les perles que lui donnait Antoine, lui buvait et
mangeait son diamant; seulement, au contraire de la reine d'Égypte,
Jacques en faisait habituellement plusieurs repas.
. . .