Passionné depuis la tendre enfance par le cirque, il réussit à 12 ans,
à se faire engager par les clowns Alex et Porto au Cirque Médrano. <Je
préparais les tartes à la crème, je me rendais serviable de toutes les
manières, mais aussi j’observais et j’apprenais.>
À 15 ans, il part en tournée avec le Cirque d’Amar, il parcourt
France, Allemagne et Belgique. Il devient acrobate.
À LA GUERRE À 17 ANS
La Seconde Guerre mondiale est déclarée le 7 septembre 1939, le jour
de ses 17 ans.
Il devint le plus jeune engagé volontaire de l’armée française. Son
pire souvenir sera le bombardement de Hambourg, en juillet 1943, qui
fit plus de 250,000 morts. Lucien fut affecté au transport des
cadavres. Il évita le camp de Dachau de justesse et après avoir
travaillé pour la Résistance, il sera envoyé en camp de travail. D’où
il s’évadera d’ailleurs grâce à la complicité de camarades. Lucien
assista à la saisie du bunker d’Hitler avec la Septième Armée
américaine du Général Patton. En 1945, il recevra la Médaille du
Déporté, Médaille de la Croix de Guerre et Médaille de la France
Libre.
Après la guerre, grâce à ses talents d’acrobate, il va devenir
doublure au cinéma pour Pierre Blanchard, dans Le Bossu, pour Charles
Trenet dans La Romance de Paris et il avait aussi un petit rôle dans
Les Enfants du Paradis de Carné.
Il se marie le 16 février 1946 à Françoise Delescluze, à la Mairie du
1Xe arrondissement de Paris. Elle était danseuse. Ils ont fait des
tournées à Casablanca, Alger et au Maroc. Puis un jour elle parti avec
une autre tournée et il en fit de même de son coté. Le divorce fut
prononcé le 26 octobre 1950. « Ça n’était pas le grand amour, mais on
travaillait ensemble, on vivait ensemble et on dormait ensemble.
Alors, pour être respectable, on s’est mariés. »
ACROBATE ET DANSEUR AVEC MISSTINGUETT
Il sera un des boys de Mistinguett et effectuera quelques tournées à
ses cotés. Il la retrouvera plusieurs années plus tard à Montréal, au
Faisan Doré . « Elle était emmerdante, mais c’était une grande vedette
et elle était déjà très âgée. C’est grâce à la Miss qu’on a pu
découvrir Guilda, qui était sa doublure.
Rêvant de l’Amérique, il forme un duo d’acrobates « Kric et Kroc » et
ils sont engagés par le Cirque Barnhum and Bailey pour une tournée
américaine. C’est à cette époque que Lucien devient Frenchie. « Les
amerloques maganaient mon nom Louchien, Loutchien, Lussienn…ils ont
décidé de m’appeler Frenchie et ça m’a suivi toute ma vie..
Lorsque son contrat est terminé, il part à New-York. Il y retrouve
Aznavour et Pierre Roche. « Nous étions tous en chômage et sans le
sou..Il nous arrivait d’amasser des bouteilles vides dans la rue pour
les vendre et s’acheter du pain. »
C’est avec le Cirque Hamid Morton qu’il débarque à Montréal en juillet
1948.
Il a le coup de foudre pour le Québec et il repartira à New-York avec
le Cirque, mais pliera vite bagages lorsque l’agent montréalais Roy
Cooper lui offre un contrat de plusieurs mois rue Ste-Catherine au
Gaiety, en première partie de Lily St-Cyr, reine incontestée du strip-
tease. « On faisait la queue pour venir la voir prendre un bain dans
une coupe de champagne géante, remplie de bulles. Elle était une star,
avait un corps sculptural et dansait avec beaucoup de grâce. Je crois
qu’elle tourna quelques films de série B. Mais elle était à son époque
le rêve de tout homme »
Il fait plus amples connaissances avec les artistes d’ici et s’y fait
des amis.
Il se marie une seconde fois en 1951. Elle est américaine, danseuse et
se nomme Anna Skevins. Elle est chorus girl au Casino Bellevue. Le
mariage sera annulé quelques mois plus tard, lorsque Frenchie annonça
à sa femme qu’il s’installait à Montréal. « Elle voulait vivre à N.Y.
et moi ici. Je n’avais pas le temps ni les moyens d’aller la voir.
Loin des yeux, loin du cœur. Elle a fait annuler et je ne me suis pas
opposé. »
AGENT D’ARTISTES
À New-York, l’impresario Billy Credon lui offre de travailler à ses
bureaux et de négocier les contrats des artistes français. « J’aimais
ce nouveau métier, mais pas à New-York. Après quelques mois je suis
venu m'installer à Montréal. J’ai ouvert mon agence avec Jacques
Normand et André Rufiange et nous avons fait travailler presque tous
les artistes de l’époque autant des :Clémence, Lucille Dumont, Alys
Robi, Paolo Noël, Aglaé, Lise Roy, Collette Bonheur, Jeanne D’Arc
Charlebois, mais aussi des Piaf, Trenet, Sablon, Mariano, Tohama,
Guétary, Lena Horne, Alibert, Mouloudji et des dizaines d’autres. »
Comme les bureaux de son agence sont situés dans le même immeuble que
CJMS, il va y faire son entrée à la radio. « À l’époque le poste
fermait à minuit, j’ai proposé de faire du micro toute la nuit, ils
ont accepté. J’ai débuté le 1er novembre 1956. Je traitais de tous les
sujets, puis un jour j’ai voulu faire intervenir les auditeurs sur le
sujet et j’ai ainsi créé les lignes ouvertes. Je fus le premier, mais
pas le dernier. J’ai aussi été le premier à interviewer une prostituée
à la radio. Ça avait fait scandale. Même situation lorsqu’on parla de
naturiste, d’homosexualité. J’avais toujours le Cardinal Léger sur le
dos. Il m’a emmerdé plus souvent qu’à mon tour…mais je l’aimais bien
quand-même et je l’ai interviewé à maintes reprises. »
UN GRAND BÂTISSEUR DE LA RADIO
Jarraud fait sa marque à la radio. Il a innové, inventé une nouvelle
radio. On lui doit l’invention des lignes ouvertes et de la formule «
remote », publicité faite en extérieur et en direct. Sans lui CJMS
n’aurait pas connu le même succès ; il y demeure 14 ans et il a comme
dauphin Claude Poirier. Une amitié va naître entre eux et se souder à
jamais.
Un troisième mariage pour Frenchie aura lieu le 9 juillet
1960.Michelle Landry est mannequin et s’est classée finaliste au
concours Miss Canada 1958. Le couple adoptera trois enfants, Nathalie
et les jumeaux Martin et Alexandre.
Frenchie fait ses débuts à la télévision de Radio-Canada, en février
1961 comme comédien dans le téléroman de Jean Desprez : « Joie de
vivre ». Il incarnait Albert de Courville, un comte français
VEDETTE DU CANAL 10
C’est la télévision privée, le Canal 10 de Robert L’Herbier qui va
faire de Frenchie Jarraud une vedette du petit écran. « Les grandes
vedettes du 10 étaient Réal Giguère, Serge Bélair, Jean-Pierre
Coallier, Jean Duceppe, Janette Bertrand et Huguette Proulx. »
Il y fait ses débuts avec « Face à Face », une émission d’affaires
publiques où il dénonce les injustices, en invitant les personnes
concernées à une confrontation. Il innove encore une fois et lance
alors le style d’animation qu’on qualifie de « grande gueule » et qui
a fait le succès des Mongrain, Gilles Proulx, André Arthur et cie.
On lui confiera aussi par la suite « Le cœur sur la main », émission
venant en aide aux personnes sinistrées ou dans un besoin extrême.
Il y eut aussi « Toast et Café » avec Dodo, Paolo Noël et Rod
Tremblay. Sans oublier les nombreux téléthons qu’il co-anima au fil
des années.
L’ami Frenchie monta plus de 12 fois sur les structures du Pont
Jacques Cartier pour y sauver des gens désespérés. « J’avais un
problème, je n’avais aucun vertige dans le hauteurs, mais je n’ai
jamais su nager et sur un pont… j’avais le frousse, parce que je
voyais l’eau en dessous. » Il se fit aussi négociateur en prison à
maintes reprises
Après un règne à CJMS, il sera aussi l’as des ondes de CKLM puis de
CKVL, où il occupera tous les cadres de la grille horaire. Il y
demeurera jusqu’au jour où le directeur décide de rajeunir l’image de
la station.
« CKVL m’a rappelé, en 1998, quand il y a eu le verglas. Tout à coup
j’avais rajeuni…J’étais encore bon… Ça m’a fait plaisir ».
Il s’adonne à son hobby, la sculpture et la peinture. Lors d’un récent
vernissage il en a étonné plus d’un avec ses œuvres.
En 1999, il retrouve le micro à CHRS puis à CJMS 1040 . « Le ptit
monde à Frenchie » ne s’est jamais démodé. Il a traversé les modes et
les générations.
« J’aime ce métier et c’est le seul que je sache faire, alors tant
qu’il y aura des auditeurs, je serai au poste. »
Frenchie Jarraud aurait du figurer depuis longtemps dans le livre des
Records Guinness à titre de doyen des ondes radiophoniques.
Homme profondément humain et généreux, Frenchie Jarraud n’a jamais eu
peur de s’engager dans de nombreuses causes humanitaires. Il s’est
porté à la défense des prisonniers, des enfants, des sans-abris et de
tous les gagne petit du monde.
Nath a écrit :
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