par Sébastien BLANC
PARIS, 4 fév (AFP) - En plus de la justice, Didier Schuller devra affronter
à son retour son propre fils à l'entourage bien remuant, sur fond
d'accusations
de manipulations sectaires ou franc-maçonnes.
L'ancien élu RPR avance d'ailleurs une raison familiale pour expliquer sa
décision. "Pourquoi est-ce que je rentre ? Parce qu'il m'est arrivé ce qui
peut
arriver de pire peut-être dans la vie d'un homme, c'est-à dire de
s'apercevoir
que son fils a été pris en main par des individus qui l'ont manipulé",
déclarait
récemment l'ancien élu RPR.
Didier Schuller faisait allusion notamment à Christian Cotten, un
"psychosociologue", ancien candidat aux élections européennes, qui se
présente
comme un défenseur des "minorités religieuses" et a expliqué avoir
"accueilli,
écouté et accompagné" Antoine Schuller, le fils.
"Ces individus sont publiquement membres d'une secte et ce sont en plus des
maîtres-chanteurs", poursuivait Didier Schuller sur France 2 avant
d'enfoncer le
clou lundi dans le quotidien Hoy de Saint-Domingue, affirmant que cette
secte
est "liée au fascisme européen".
"C'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité", réplique Antoine
Schuller, 26 ans, joint par l'AFP lundi à Genève, où il a précisé être logé
avec
sa fiancée par la chanteuse et comédienne Marie Laforêt.
Le jeune homme a dénoncé le 21 décembre l'exil doré où vivait son père: un
lotissement de la République dominicaine. Depuis, il n'a cessé de souhaiter
dans
les médias que celui-ci revienne et se "mette à table", notamment sur le
dossier
des HLM des Hauts-de-Seine.
"Si lui me dit que je suis moi dans une secte, qu'on aille regarder dans
quelle secte lui est", ajoute le fils, en citant sans nuance la
franc-maçonnerie
et la Grande loge nationale de France. Et d'ajouter en colère: "Je
n'appartiens
à aucun groupe. Je n'appartiens qu'à moi-même."
Antoine Schuller réfute donc être victime d'un lavage du cerveau. Mais selon
sa soeur, Lauren Schuller, dans une interview au Journal du dimanche (JDD),
il
se trouverait "dans une phase maniaco-dépressive dont il n'a pas
conscience".
"Il a complètement pété les plombs", affirme la jeune fille, en précisant
que son attitude a changé "à partir du moment où il a fréquenté Marie
Laforêt".
"Ma petite soeur ne se rend pas compte qu'elle se fait un petit peu
manipuler", rétorque Antoine Schuller.
Verra-t-il son père une fois celui-ci en France ? Oui, pour "lui amener des
oranges", dit-il en souriant.
Plus sérieusement, il déclare: "J'irai le voir quand il aura raconté ses
relations avec M. de Lavendeyra depuis les années 1970 et quelles affaires
ils
ont faites ensemble".
Eric de Lavendeyra, un financier français, est en instance de divorce depuis
1994 avec Marie Laforêt. Dans ce mélo où tout le monde accuse tout le monde
d'être manipulé, il n'est pas en reste.
"On utilise l'affaire Schuller dans une affaire de divorce, de règlement de
compte familial qui me concerne. Antoine Schuller a été utilisé par Marie
Laforêt", affirme-t-il.
"Ce n'est pas Marie qui me téléguide, je me téléguide tout seul", répond le
fils de Didier Schuller. Dans toute cette affaire, selon lui, "il n'y a rien
du
tout de sentimental".
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"Rd" Roger Gonnet
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>
>On n'a pas fini de rire...
c'est un fait
Un fils aux trousses de son père
Affaire Schuller les élucubrations d’Antoine
Antoine Schuller a livré les clefs de la cavale de son pèreà Saint-Domingue. Le
fils blessé, déchiré entre l’amouret la haine, embarrassé d’alliés
rocambolesques, s’est piégédans ce règlement de comptes oedipien
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L’affaire Antoine Schuller, c’est l’histoire d’un fils qui dénonce son père,
mais qui continue à l’appeler papa. Tout est dit. Pas besoin d’être Françoise
Dolto pour deviner le gamin à problèmes. Le genre de fiston qui vous pousse à
tenter le gros coup et à courir se cacher sous les cocotiers. C’est ce qu’a
fait son père, Didier Schuller, ancien conseiller général des Hauts-de-Seine,
ancien suppléant de Patrick Balkany, député maire RPR de Clichy-Levallois. Tout
le monde avait oublié qu’il avait détourné des fonds au préjudice de l’Office
public des HLM. Personne ne souhaitait vraiment le voir revenir. Ni Charles
Pasqua, son ancien patron, ni la justice, qu’on sait surchargée de dossiers. En
fuite depuis février 1995, il était recherché sans frénésie. On le croyait aux
Caraïbes. Et voilà qu’Antoine donne une interview au «Parisien»: «Papa est à
Saint-Domingue!» Il balance, donne son adresse, l’identité de ses vrais-faux
passeports. Il est pris dans un vertige. Après «le Parisien», c’est la ronde
des médias: Canal+, TF1, France 2, les radios, les agences... Les rendez-vous
se succèdent et se chevauchent.
Ardisson l’invite le même soir qu’André Glucksmann, venu parler de son dernier
livre, «Dostoïevski à Manhattan». «Après, Ardisson m’a emmené en boîte,
raconte-t-il avec une vanité de provincial. Je suis rentré à 6 heures du matin.
Je suis devenu copain avec Baffie, Darmon et Chabat.» Antoine, ça serait plutôt
Œdipe aux Bains-Douches. Bertrand Boulin, le fils de Robert, qui se bat pour
défendre la mémoire de son père et prouver qu’il ne s’est pas suicidé,
l’encourage: «Vas-y, fonce, n’aie pas honte de ce que tu fais.» Le bon fils
fait la courte échelle au mauvais. Antoine Schuller est entré dans le paradis
médiatique en marchant sur son père. Mais grâce à lui.
Drôle de gosse, Antoine. Des lunettes sévères de justicier, mais un duvet qui
n’est pas encore tout à fait une barbe. Les accents de Saint-Just, mais des
réflexes de bon fils. Eliot Ness en culottes courtes. Selon son entourage,
Antoine était un enfant gourmand qui lorgnait le goûter des autres. Gourmand et
envieux. Ce qui l’indigne le plus chez son père, ce ne sont pas les
détournements de fonds. Non, c’est le genre de vie qu’il mène à Saint-Domingue.
Sa villa au Sea Horse Ranch, une enclave américaine où les mafieux bien en cour
n’ont rien à craindre d’Interpol, sa Jeepeta blanche, un véhicule tout-terrain
pour frimeurs qui n’affronte jamais que le gazon. Et surtout son emploi du
temps. «Papa se lève à 10 heures. Il a un petit déjeuner d’affaires avec ses
amis. Il déjeune puis il joue au golf. Le soir, après la sieste, il prend un
verre au club local avant d’aller dîner dans les meilleurs restaurants français
de Saint-Domingue. Il lui arrive de tirer au 357 Magnum avec ses copains sur la
plage de Las Terrenas, un village de pêcheurs devenu un ghetto de richards.» Il
dit ça avec un regard émerveillé, où on lit le désir fou de ressembler à son
père malgré la haine qu’il lui porte et la rage de ne pas avoir été invité au
festin des dieux.
Qui était papa lorsqu’il était au sommet de sa gloire? Un affairiste qui aimait
la bonne vie, un petit requin comme il y en a tant dans le département des
Hauts-de-Seine, un département pasquaïen et (Patrick) balkanisé. Mais Antoine
le sublime: «Mon père est lié aux seigneurs de l’oligarchie dominicaine, à
toutes les mafias qui grenouillent aux Antilles et aussi à celles qui opèrent
en Afrique.» Il va jusqu’à le mêler à la mort de Robert Boulin. Il le place
avec un orgueil inconscient au centre d’une toile d’araignée maçonnique tissée
par la Grande Loge de France. Il lui prête des mœurs de satrape. Il décrit des
partouzes auxquelles il aurait assisté en sa compagnie à Saint-Domingue. Il
prétend avoir trouvé tout un attirail sado-maso dans un congélateur, au temps
où Didier Schuller habitait avenue de Clichy. Il transforme son petit arriviste
de père en grand Satan international. La piété et l’admiration filiale
empruntent souvent des détours compliqués. Quand un fils parle de son père, il
faut aller au-delà des mots, comprendre le contraire de ce qu’on entend.
Antoine Schuller dit par exemple de ce père qu’il exècre: «Papa, il ne faut pas
essayer de le faire chanter.» Et il est fier de ce père qui ne plie devant
personne. Le père indigne et le fils révolté forment un couple indissociable.
Ils restent enchaînés l’un à l’autre, même lorsqu’ils se déchirent. Même
lorsqu’ils s’entre-tuent.
Antoine Schuller a donné plusieurs explications pour justifier l’offensive de
délation médiatique qu’il mène contre son père. D’abord la main tendue au
réprouvé: «Je veux l’arracher à l’emprise de la mafia.» Puis il a changé de
registre, il s’est statufié en citoyen intransigeant délié de toute attache
génétique et même en procureur: «Je suis indigné par son impunité. Je veux
qu’elle cesse.» Mais il est revenu un peu plus tard à une attitude plus
secourable: «Il en sait trop. Je veux lui éviter d’être assassiné.» Antoine
Schuller hésite sans cesse entre le rôle du fils sauveur et celui de Brutus
plongeant son poignard dans le corps déjà ensanglanté de César.
«On ne dénonce pas son père!» Antoine ne supporte pas qu’on lui dise ça. Il se
cabre: «Il faut en finir avec le nom du père. Il faut en finir avec ce tabou.»
Les médias l’assiègent pour lui soutirer d’invérifiables révélations sur Didier
Schuller, mais lui poursuit un autre combat. Un combat millénaire qu’aucun
humain n’a jamais gagné: effacer le nom de son père, qu’il appelle papa pour ne
pas l’appeler Schuller. Pour ne pas nommer celui qui est devenu innommable. «Il
faut arrêter avec la famille, cet intégrisme religieux, dit-il encore. La
famille est un système mafieux.» Famille, je vous hais, mais je vous en
supplie, ne me laissez pas seul, je suis encore un petit garçon. Antoine
Schuller, on lit en lui comme dans un livre. Les médias le filment, le shootent
jusqu’à plus soif, il a une bonne tête, c’est un bon sujet, il prend bien la
lumière, mais personne n’écoute ce qu’il dit. On sait trop qu’il appelle son
père au secours quand il le maudit. Et si la famille Schuller s’était payé une
thérapie à grand spectacle?
Antoine Schuller a été de ces enfants qui peuplent les boîtes à cancres. Les
parents n’ont pas de temps à leur consacrer mais ils ont de l’argent. Le chèque
mensuel remplace la présence. Antoine commence son cursus scolaire dans un de
ces établissements pour fils à papa sans papa, le cours Sygma 3, avenue Mozart:
40 élèves entassés dans un appartement. A la récré, les gosses descendent sur
l’avenue. Les enfants du gratin jouent dans la rue comme les enfants des
pauvres. Le cours est dirigé par l’épouse d’Alain Boublil, l’homme de confiance
de Bérégovoy, ce qui permettra plus tard à Antoine d’affirmer que son père a
été mêlé à la mort de l’ancien Premier ministre. Comme l’intelligence, la
paranoïa est l’art d’établir des rapports entre les choses.
Antoine se retrouve en Suisse, au Collège alpin international de Beausoleil.
Une enseigne qui a de la branche. Là, Antoine fait la connaissance d’un autre
cancre, Diego de Lavandeyra, le fils d’un agent de change. Sa mère, c’est
Catherine Hennessy, héritière d’une grande part des actions Moët-Hennessy. Un
riche, un vrai, ce Diego. Libre, insolent. Il prend Antoine sous sa protection,
il l’initie au shit. Naissance d’une fascination proche de la haine.
« Antoine aurait aimé un père qui l’emmène au foot », dit sa sœur Lauren, qui a
pris le parti de son papa. Un rêve de prolo qui hante les beaux quartiers. Mais
on ne choisit pas ses parents. Didier Schuller, qui a fait l’ENA, aurait aimé
un fils qui fasse de bonnes études. Mais on ne choisit pas ses enfants. Que
font papa et maman Schuller pendant toutes ces années ? Ils se séparent, ce qui
est souvent un métier à plein temps. Maman se replie sur ses griefs. Papa
grandit dans l’ombre de Charles Pasqua. Il est à la fois fastueux et pingre. Il
loue une chasse en Alsace, dont sa famille est originaire, mais maman passe sa
vie à attendre des chèques qui ne viennent pas. Didier Schuller a un second
foyer sur les épaules. Il vit avec une autre femme, Christelle, dont il a deux
fillettes, Daphné et Clara, qui ont aujourd’hui 9 et
11 ans. Il le cache à Antoine et à sa sour, qui l’apprennent par bribes et
surtout par d’autres. La vraie blessure de l’enfance, ce n’est jamais la gêne
financière. C’est la trahison.
Antoine ne réussit pas à passer son BTS d’action commerciale. Il monte une
affaire de téléphones portables à Amiens, mais il fait faillite. Ces deux
échecs lui valent le mépris définitif de son père, qui lui coupe les vivres.
Antoine va frapper à la porte lambrissée et blindée de Diego de Lavandeyra, à
Genève. Diego l’héberge. Il aime s’entourer de parasites. Il peut se payer ça.
Il vient d’hériter de sa mère. Un gros héritage : 600 millions de francs.
Antoine devient son factotum et son souffre-douleur. Antoine essaie d’imiter
Diego, de vivre comme lui. Un mimétisme stérile puisqu’il n’a pas 600 millions
au soleil. Il n’est jamais sain d’être le domestique d’un ami riche.
Leurs relations s’aigrissent. Antoine diabolise Diego tout en voulant être lui.
Il le voit en supermafieux, alors que Diego n’a que l’arrogance de l’argent. Il
accumule les détails, les rapprochements. Sa paranoïa s’installe lentement.
Elle se développe en réaction à ses déboires et à ses humiliations. Tout se
précipite lorsqu’il trouve, en surfant sur le web, un site mystérieux,
www.politiquedevie.net. C’est le site d’un certain Christian Cotten, un
défenseur des sectes, qui milite au sein d’un collectif de défense des «
minorités religieuses ». Christian Cotten s’époumone en particulier à clamer
que les suicides collectifs de l’Ordre du Temple solaire cachent des meurtres
de masse perpétrés par les services spéciaux français. Antoine est séduit. Les
deux hommes se rencontrent. Christian Cotten flaire le genre de proies crédules
qu’affectionnent les « minorités religieuses ». Il a le look d’un dominicain
défroqué. Il se dit psychosociologue, formateur en neuro-linguistique, un truc
qu’il a inventé et dont il réussit à vivoter. « Je suis le fou du roi, dit-il,
le grand sorcier qui met les pieds dans le plat de spaghettis. » C’est surtout
un expert en fariboles juteuses.
Entre-temps, Diego signifie son congé à Antoine. Ça se passe à Genève. Antoine
n’a qu’à traverser le palier pour se réfugier chez Marie Laforêt, qui habite à
côté. Elle le connaît. Elle le recueille. Elle a un compte à régler avec le
père de Diego, Eric de Lavandeyra. C’est son mari. C’est alors que s’établit
une miraculeuse connexion paranoïaque. Marie Laforêt n’est plus la sirène qui
poussait Alain Delon au crime dans « Plein Soleil » de René Clément. Ce n’est
plus la Fille aux yeux d’or. C’est la vengeance poursuivant l’infidèle. Elle
hypnotise Antoine. Elle lui inculque la haine d’Eric de Lavandeyra, qui
s’ajoute à celle qu’il voue à son père. Elle rencontre aussi Christian Cotten.
Ensemble, ils pondent une « synthèse » délirante où Marie Laforêt porte contre
son mari des accusations que la loi nous interdit de relayer, même pour en
montrer l’absurdité.
Pour Antoine, tout devient clair. Il est investi d’une mission. Il combat les
forces du mal. Il s’exhibe devant les caméras, manipulé par Christian Cotten
comme une marionnette à manchon. C’est quand tout devient clair que tout
devient compliqué. « Je veux que mon père rentre en France, dit Antoine, et
qu’il parle. » C’est-à-dire : « Je veux qu’il rentre à la maison et qu’il me
parle. A moi, Antoine, son fils, et pas à la justice, dont je me contrefous. »
Il suffit parfois de rajouter un pronom personnel à une déclaration de principe
pour obtenir quelque chose qui se rapproche de la vérité.
FRANÇOIS CAVIGLIOLI (avec Alain Chouffan)
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