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Orgueil et dérobade chez des prêtres catholiques. Un cas concret.

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Jean-Philippe Maquaire

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Oct 28, 1997, 3:00:00 AM10/28/97
to

Voici le texte de la lettre que j’ai écrite en avril dernier au Père Marcel
Paulet Supérieur des Pères de Timon David, congrégation qui gérait l’Ecole
Notre Dame de la Viste dont j’ai été l’élève :

Voilà cinquante-cinq ans que cette lettre aurait dû vous parvenir, mais à l’
âge de 10 ou 11 ans on craint ses bourreaux et on se tait.
Oui, j’ai été votre élève pendant deux années en 1942 et 1943 en classes de
6ème et 5ème. Mes parents confiants dans les dires de voisins et relations,
la famille Laugier dont deux fils fréquentaient votre établissement m’y
avaient embastillé, déporté pour employer le vocabulaire de l’époque, sans
que j’en comprenne les raisons car je n’étais pas un enfant difficile et mes
parents n’étaient pas sévères. Je vous le dis tout net, ces deux années
furent un calvaire et les plaies ne sont pas encore cicatrisées, deux années
de bagne pires que des arrêts de rigueur vécues dans des conditions
matérielles et morales qui ne seraient pas envisageables de nos jours pour
des prisonniers de droit commun. Songez que pour la population de l’école -
deux cents élèves peut-être - il y avait 5 waters dégoûtants dans la cour.
Les douches, inconnues. La toilette se faisait à l’eau froide en rang d’
oignons devant des auges infectes. Les draps jamais changés. Enfin des
conditions de salubrité détestables qui avaient d’ailleurs entraîné une
épidémie, je crois de diphtérie, qui n’ayant pu être jugulée par des
gargarismes à l’eau de Labarraque, avait amené le directeur, le père
Lemoine, à nous renvoyer dans nos foyers une semaine, le temps de
désinfecter les locaux. L’affolement étant à son comble, nos parents n’
avaient pas été prévenus et nous fûmes lâchés dans la nature avec la mission
de rentrer chez nous. Imaginez un garçon de 10 ans habitant Bonneveine à l’
autre bout de Marseille qu’il fallait atteindre depuis le quartier
Saint-Louis, et imaginez la surprise de mes parents me voyant débarquer. Il
fallait une bonne dose d’inconscience au père Lemoine - qui s’est révélé par
la suite et continûment, coutumier de la déraison - pour opérer ainsi. Les
soins médicaux étaient inexistants : du fait des restrictions, nombre d’
élèves dont j’étais étaient victimes de carences et souffraient d’engelures
purulentes qui n’étaient pas soignées. Les bons pères délaissaient les corps
et privilégiaient les âmes ! C’était la guerre, il est vrai, et on manquait
de tout, mais aucun de ces bons pères ne s’indignait si l’un de nous faisait
la quête pour obtenir les épluchures de pommes de terre de ses commensaux.
Il fut une époque où nous avions quotidiennement des betteraves à l’eau,
betteraves que les esclaves avaient entassées dans la grotte située
au-dessus de l’école près du bassin qui servit une fois de piscine. Un
camarade, Blaès, fut battu par le père Lemoine avec une hampe de drapeau
parce qu’il avait volé un morceau de pain. Malgré cette disette et pour
développer notre esprit de sacrifice, nous étions encouragés à nous priver
de quelques modestes barres de chocolat du goûter et à en faire provision
pour les offrir à nos parents lors des prochaines vacances et leur montrer
ainsi notre attachement. Imaginez l’air éberlué de ma mère qui me les fit
manger sur le champ. Comprit-elle alors que j’étais enfermé chez des cinglés
?
Par contre, nous étions gavés de nourritures religieuses : le rosaire
intégral et quotidien que nous récitions comme des moulins à prière, et
propre à lui seul à écarter à vie des pratiques religieuses toute âme bien
pensante. De fortes pressions pour servir la messe très tôt chaque jour. L’
incitation à devenir Croisé, dignité qui était au yeux de ces bons pères une
propédeutique adaptée pour devenir un jour novice. Le petit Séminaire de
Nîmes était le point de chute attitré des victimes en puissance. La grand’
messe avec diacre et sous-diacre chaque dimanche. Vêpres l’après-midi où des
bonnes volontés était désignées pour être antiphonaires. Et pour certaines
fêtes, les complies dans leur intégralité. A la Semaine Sainte, alors que
tous les écoliers de France étaient en vacances, nous ingurgitions tous les
offices : les offices des ténèbres, la bénédiction du feu nouveau, la
cérémonie du " lavabo " où le père Lemoine, en signe d’humilité, lavait les
pieds de certains d’entre nous, dont je fus, avec de l’eau chaude cette
fois. Cependant son mérite était gâché par le fait que nous étions tenus de
nous laver les pieds au préalable. Nous n’étions en vacances qu’après la
grand’messe du jour de Pâques. Pour nous aussi, une résurrection !
En somme, sans doute davantage qu’il n’est demandé d’ingurgiter dans un pur
et dur séminaire.
Quels étaient les artisans de ces outrances ?
Régnait en maître absolu le père Lemoine, l’homologue d’un Préfet chez les
jésuites. Je ne peux m’empêcher de penser aux récits qu’on lit de nos jours
sur les sectes et leurs gourous quand je revis avec acuité la vie et les
principes qu’il imposait dans son établissement. Apparemment, il n’était
soumis à aucun contrôle de la part d’autorités Timoniènes ou autres. Car
tout être normal se penchant peu ou prou sur les pratiques qu’il dictait eut
été horrifié : interdiction de donner des détails à nos parents ce qui
limitait les plaintes, comme cela se passe dans une secte, isolement quasi
total car, outre deux heures de parloir le dimanche après-midi, nous n’
avions pour ainsi dire pas de contacts avec notre famille et nos amis.
Toutes les lettres que nous recevions ou que nous écrivions étaient lues.
Des vacances seulement pour Noël et Pâques et encore, car tout était
prétexte pour nous retenir. Pour je ne sais quoi, je fus condamné, la veille
du départ en vacances, à apprendre par cœur cinquante vers d’Athalie à
réciter le lendemain si je voulais partir à l’heure. Cet exploit dépassant
mes possibilités, je fus effectivement retenu. Oui, ils firent cela. Mes
parents, qui n’avaient pas été prévenus, téléphonèrent étonnés de mon
absence et précisèrent que j’avais un rendez-vous chez le dentiste. La peine
fut alors commuée par mes geôliers en une récitation de la fable " Le
laboureur et ses enfants " que je savais. Je fus donc mis en liberté, mais
dégoûté à jamais d’Athalie que je n’ai pas relu. Il y avait une pointe de
sadisme chez le père Lemoine et ses obséquieux comparses lui emboîtaient le
pas, créant l’ambiance et la vie d’enfer que vous pouvez deviner. Son teint
lui valait le surnom de " lemoinic-le-nègre ". Tous le détestaient, y
compris, je crois, ses propres lieutenants. Le lavage de cerveau était -
encore comme dans une secte - une pratique permanente, avec à l’horizon un
enfermement dans un séminaire. Curieuse façon de pratiquer la religion
catholique : amour, charité, épanouissement... Rien de cela. Et pourtant les
bons pères se gavaient de religion : messe quotidienne, et bréviaire en
latin...
Les complices du père Lemoine étaient au nombre de quatre ecclésiastiques
assistés de quelques civils.
Le père Poux était un pur produit du séminaire de Nîmes. Je ne l’ai pas eu
comme professeur. Il était, entre autres, chargé de viser nos livres
personnels. Je le revois encore réfléchissant et hésitant tout en
feuilletant les pages du livre pour lequel je lui demandais d’apposer son "
Nihil obstat " ; effectivement, il y avait matière à hésiter, car il s’
agissait d’un extrait de " La vie des insectes " de Jean-Henri Fabre. Une
façon de se donner de l’importance et de s’attirer les complaisances du
ciel, le pauvre.
L’artiste de la bande était le père Pellegrin qui avait le mérite de donner
vie à " La Grégorienne " dont j’étais membre. C’était une chorale de quinze
voix d’enfants façon " Petits Chanteurs à la Croix de Bois ", - mutatis
mutandis - qui avait un gros intérêt, celui de me libérer de certaines
corvées grâce aux répétitions. Mais le père Pellegrin, comme d’autres, avait
la fâcheuse propension, toujours en vue d’un endoctrinement, à nous presser
de lire de saints livres auxquels j’étais hermétique. L’objectif était le
petit séminaire après la philo.
Le père Raphaël ne m’a guère laissé de souvenirs. Il s’efforçait de se
livrer à l’enseignement de la géographie et des sciences naturelles,
enseignement qui n’a laissé aucune trace chez moi.
Quant au père Muller, c’était le costaud sans grand raffinement. Brutal
professeur de gymnastique en soutane, enseignant aussi quelques bribes de
mathématiques.
Pour être honnête, il faut reconnaître que tous étaient des as en latin. La
Viste était une bonne fabrique de latinistes. Les résultats aux épreuves de
latin du bac étaient excellents. Ayant " fait la Viste " nous étions tous
bons en latin. Et quand, changeant d’univers, je débarquai au lycée Janson
de Sailly, je n’eus pas de mal à avoir le 2ème prix de thème latin. Mais à
quel prix ce résultat était-il obtenu ! En 6ème et 5ème nous avions 2 heures
de latin chaque matin. Un grand tableau des déclinaisons était affiché au
mur entre la porte et la fenêtre et je peux dire qu’à la fin de la 6ème nous
étions incollables sur la Grammaire Latine Simple et Complète de Crouzet.
Nous devions la connaître par cœur et certains connaissaient même les
numéros des paragraphes.
Parmi les civils deux ont été mes professeurs.
Monsieur Solar nous " enseignait " l’anglais, à vrai dire le vocabulaire
seulement, avec une méthode simple : il consignait sur un papier les mots
nouveaux de l’ " Anglais Vivant " de Carpetier-Fialip qu’il faisait
ronéotyper et que nous devions apprendre par cœur. Nous subissions des
rafales d’interrogations écrites, jamais orales car il ne parlait pas l’
anglais. Il sévissait un peu comme professeur de dessin, mot qu’il écrivait
" dessein ", mais il n’enseignait pas le français.
Monsieur Mazières enseignait le latin en 5ème, à la trique - moralement s’
entend - c’est à dire à la mode des bons pères. Malheureusement en 5ème il
détenait aussi la chaire, si l’on peut dire, de mathématique et ne faisait
pas bon ménage avec le PGCD et le PPCM, ses élèves non plus par conséquent.

Hormis le latin, point positif, précieux pour la vie, le bilan est négatif.
Avec le recul, je ressens mon séjour à la Viste durant deux ans comme une
immersion dans une secte. Mes parents qui n’auraient jamais accepté ces
traitements ne s’en sont pas rendu compte, je ne dévoilais rien, conditionné
comme je l’étais par les bons pères. La loi du silence régnait. De nos jours
le père Lemoine et ses comparses passeraient tout bonnement en
correctionnelle pour beaucoup moins que ce qu’ils nous ont fait subir. Le
recteur d’académie et l’épiscopat y mettraient bon ordre. J’ai la chance d’
en être sorti indemne. Mais veuillez considérer, Monsieur le Supérieur
Général, le mal que votre congrégation a pu faire à moi-même et à d’autres
pour que, cinquante-cinq ans après, je prenne la plume pour vous exposer des
faits à vous faire rougir de honte, du moins, je l’espère.
Je vous saurais infiniment gré de me faire part de vos états d’âme après la
lecture de cette lettre. Vous rétorquerez que tout cela est du passé, que
les choses ne sont plus ainsi et que ces incroyables pratiques n’ont plus
cours. C’est bien le moins. Mais avez-vous conscience du poids de cet
héritage ou préférez-vous vous bander les yeux et vous boucher les oreilles
? Me confirmez-vous que la situation que je décris était acceptable, c’est à
dire en conformité avec les principes du père Timon David ou estimez-vous qu
’il y a eu dérive ? Je vous remercie par avance de bien vouloir m’éclairer.
Veuillez agréer, Monsieur le Supérieur Général, l’expression de mes
salutations distinguées.


Jean-Philippe Maquaire

Copie, pour information, à Monsieur le Directeur de Notre Dame de la Viste.

A la suite de cette lettre, je n’ai pas eu de réponse, alors que, si
personnellement et à sa place j’avais reçu le dixième de ce qu’elle
contient, j’aurais bondi sur mon porte-plume. Peut-être pour faire acte de
repentance puisque c’est la mode et comme l’Église vient courageusement d’en
donner l’exemple. Le Directeur de Notre Dame de la Viste à qui j’avais
envoyé copie ne m’a pas répondu non plus. J’ai alors relancé ces bons pères
courageux. Le Supérieur de la Congrégation m’a alors écrit une lettre
stupide, débordante d’orgueil et de morgue dans laquelle il tentait de
justifier ces pratiques et où il se vantait de n’avoir aucun état d’âme ni
regrets quelconques. Pour l’instant, je ne veux pas encore rendre publique
cette lettre qui est au déshonneur d’un prêtre. Je me contente seulement de
citer in extenso l’autre réponse, celle du Directeur de l’école Notre Dame
de la Viste. Elle donne un échantillon bref mais significatif de sa
désinvolture et de son insignifiance :
....
Monsieur,
J’ai bien reçu vos divers courriers adressés au Supérieur Général.
Veuillez croire à mes respectueux sentiments et à l’assurance de ma prière.
Signé : P. Bernard Faure
....

Moi, je trouve que prière et pied de nez ne font pas bon ménage...
Alors j’ai pensé naïvement que ces bons pères avaient des supérieurs
hiérarchiques et pour connaître leur point de vue je leur ai envoyé le
dossier. Mgr Panafieu, Archevêque de Marseille, m’a répondu aussitôt par une
fin de non-recevoir arguant qu’il s’agissait d’une période révolue, ce qui s
’avéra être un mauvais argument car, quelques jours après, tous le médias
annonçaient que l’Église faisait acte de repentance, avec une cinquantaine d
’années de retard il est vrai. Mgr Martinez Somalo, responsable au Vatican
des congrégations, m’a envoyé pour toute réponse un extrait d’un message du
Pape prononcé lors de son passage à Paris, mais sans rapport avec le sujet.
Devant ces réactions nulles de la part des plus hautes autorités de l’Église
Catholique Apostolique et Romaine, je suis consterné. Avec précision, j’ai
posé la question : qui a autorité sur les têtes pensantes de la Congrégation
des Pères de Timon David pour obtenir d’eux une once de repentir et d’
humilité ? Personne ne peut me donner une réponse. Les ecclésistiques se
dérobent.
Je termine par un élément positif : Les Pères Jésuites auxquels j’avais
écrit pour leur exprimer un désarroi similaire mais assorti de reproches
infiniment moindres, m’ont répondu sous la plume de leur Provincial que les
Jésuites d’alors étaient en total désaccord avec la règle d’Ignace de Loyola
et qu’ils le regrettaient.

Si donc quelqu’un lisant ce message a un pouvoir quelconque sur les prêtres
en cause, pourrait-il leur faire comprendre qu’ils sont à côté de la plaque
et qu’ils donnent une image détestable de leur ministère et, par extension
fâcheuse, de l’Église.
Jean-Philippe Maquaire
65 rue de la Baïse
65330 Galan
jeanphilip...@hol.com
05 62 99 72 67

JPC

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Oct 28, 1997, 3:00:00 AM10/28/97
to

In article <63470q$5ue$1...@news4.isdnet.net>, jeanphilip...@hol.fr says...

>
>Voici le texte de la lettre que j’ai écrite en avril dernier au Père Marcel
>Paulet Supérieur des Pères de Timon David, congrégation qui gérait l’Ecole
>Notre Dame de la Viste dont j’ai été l’élève :


Rouillard enlevez votre fausse barbe on vous a reconnu!


Jacques Rouillard

unread,
Oct 28, 1997, 3:00:00 AM10/28/97
to

JPC wrote:
>
> In article <63470q$5ue$1...@news4.isdnet.net>, jeanphilip...@hol.fr says...
> >
> >Voici le texte de la lettre que j’ai écrite en avril dernier au Père Marcel
> >Paulet Supérieur des Pères de Timon David, congrégation qui gérait l’Ecole
> >Notre Dame de la Viste dont j’ai été l’élève :
>
> Rouillard enlevez votre fausse barbe on vous a reconnu!

Comment voulez vous que j'aie de la barbe: si vous aviez lu "Papillon"
vous sauriez que les grands criminels sont imberbes: ils s'épilent un
poil par jour avec le bulbe, et à force, ça ne repousse plus.

--
-- Jacques Rouillard roui...@acm.org --
t33(0)491054342 f..700659 http://ismea.imt-mrs.fr/~rouillar
--- Personne ne vous entend crier ---

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