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Le code génétique ne contient pas toute l'information du vivant

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bere

unread,
Nov 19, 2012, 4:49:15 PM11/19/12
to
C'est une thèse que je soutiens depuis de nombreuses années. L'idée
c'est que l'information du vivant ne peut être entièrement contenue dans
le code génétique puisque ce code génétique est lui-même informé par le
vivant qui le contient et que seul, sans ce vivant, il n'est rien. Il a
besoin de la machinerie cellulaire pour fonctionner. Un code génétique
seul, comme le virus (composé d'un code génétique plus de quelques
membranes), n'est pas considéré comme vivant. Il a besoin d'une cellule
hôte pour fonctionner. Jusque là rien de bien sérieux, encore des
délires beresiens ou abouriciens (puisque ces thèses je les ai défendues
du temps de la gloire de mon ancêtre sur usenet) diront les esprits vils
et perfides. Sauf que maintenant ce sont les biologistes eux-mêmes qui
se mettent à les défendre. Et là ça ne change tout, ce ne sont plus des
délires pourfendus avec une obstination véhémente par la racaille athée,
mais des hypothèses de travail considérées comme prometteuses. :-)

Voici l'article publié dans Agora Vox qui fait le point sur ces
nouvelles pistes de la réflexion biologique.


<http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/le-neo-darwinisme-s-effrite-les-126054>

Le néo-darwinisme s’effrite : les gènes sont-ils un ressort de
l’évolution ? Eléments de réponse avec la morphogenèse
auto-organisatrice et les forces physiques

La science progresse avec les expériences mais aussi les manières de
voir les choses. La science pense-t-elle ? Non dirait Heidegger.
J’opterais pour une réponse plus nuancée. En fait, les scientifiques
pensent et certains plus que d’autres. Ils réfléchissent aussi, certain
se demandant même s’il faut suivre le consensus actuel ou bien envisager
que leur communauté de spécialistes se fourvoie. Et suggérer d’autres
théories et hypothèses. Cette situation particulière fait que la science
n’a rien de démocratique car à un moment de l’histoire d’une discipline,
quelques savants peuvent avoir raison contre la majorité. Les grandes
controverses scientifiques modernes ont marqué de leur sceau la physique
quantique, la cosmologie relativiste et l’évolution. Dans le champ des
sciences du vivant et de la complexité, on a pu constater aussi quelques
savantes querelles comme celle sur le hasard lancée par René Thom. La
controverse sur l’intelligent design a tourné à la vaine polémique et ne
mérite pas d’être considérée comme une discussion entre savants. Le
champ de l’évolution et du développement biologique se prête de plus en
plus à des controverses savantes. Le néo-darwinisme est contesté pour
ses faiblesses explicatives, la génétique pour ses excès explicatifs
alors que dans le champ de la morphogenèse, des options alternatives se
dessinent avec l’accent mis sur l’auto-organisation et les contraintes
morphogénétiques liées aux lois physiques. A noter dans un même ordre
d’idée l’hypothèse de la convergence évolutive qui serait liée à
l’adaptation. Et pour finir en beauté, la perspective d’une
compréhension de la vie à partir de processus concevables sur le modèle
d’un calculateur quantique.

Le dernier quart du 20ème siècle a peut-être consacré la génétique et
le néodarwinisme, mais ces deux cadres théoriques se sont révélés moins
solides qu’on ne le pensait. En vérité, la science des gènes et
l’évolution ont suscité plus de questions qu’ils n’ont apporté de
réponse pour comprendre l’énigme du vivant et ses transformations.
Finalement, on ne sait toujours pas ce qu’est la vie, d’où elle vient,
comment elle engendre des espèces en se transformant. On sait juste que
des processus décisifs interviennent. Le génome, une énigmatique
supermolécule qui se transmet de génération en génération tel un
patrimoine apporté par les deux parents (si la reproduction est sexuée)
et de plus capable de à se modifier (muter disent les évolutionnistes).
La sélection naturelle (combinée à la génétique) n’explique pas tout et
peut-être passe à côté de l’essentiel. Bref, l’évolutionnisme et la
biologie du développement sont deux disciplines que je conseillerais à
tous les étudiants se sachant doués de capacités inventives, de
curiosité et disposés à imaginer des perspectives nouvelles. Le champ
théorique du vivant est bien plus ouvert que celui de la physique. Et
comme le suggère Stuart Newman dans un entretien, la biologie basée sur
le déterminisme génétique pourrait bien occuper un statut comparable à
celui des épicycles de Ptolémée au moment des découvertes de Kepler et
Newton. Qui sera alors le Newton de la biologie au 21ème siècle ?

Stuart Newman vient de publier une tribune résumant ses orientations
théoriques appliquées à la compréhension de l’ontogenèse ainsi que
quelques conjectures sur l’apparition des morphotypes animaux au cours
de l’évolution (S. Newman, Science, 338, 217-219, 2012). D’après ses
investigations, la morphogenèse des animaux évolués, notamment ceux
issus d’un embryon triploblastique, serait due à une sorte de «
transition de phase biologique » (c’est ainsi que je comprends son
hypothèse) permettant aux cellules, si elles disposent des matériaux
protéiques adéquats, de former des agrégats fonctionnels en utilisant
les propriétés physiques de la « matière organiques ». Plus précisément,
cette transition se produirait lorsque les cellules disposent de ces
gènes ancestraux permettant de produire ces protéines essentielles à la
morphogenèse. Cette conception s’inscrit dans la voie d’un réexamen du
rôle des gènes et de l’hypothèse d’un fonctionnement partiellement
découplé et donc autonome des « molécules non génétiques ». Cette
hypothèse peut être proposée pour une cellule mais aussi, comme le fait
Newman, à l’échelle des organismes pluricellulaires. Il faut donc
abandonner l’hypothèse d’un génome contenant le programme de
développement de l’organisme. Les gènes ont certes un rôle mais le
développement repose aussi sur des processus physiques générés par les
molécules et les cellules dès lors qu’elles peuvent interagir de manière
systémique en jouant sur les lois spécifiques des ensembles
physico-biologiques. Cette hypothèse est riche d’enseignement
ontologique et épistémologique car elle énonce que le vivant fonctionne
pour partie avec des lois du monde inorganique « élargies » et donc
dépassant les anciens cadres molécularistes (réaction chimiques,
transferts d’électron, etc.)

Selon Newman, bon nombre de processus ontogéniques caractérisables à
partir de propriétés physiques génériques sont en fait beaucoup plus
complexes, impliquant par exemple la mobilité des cellules
embryogéniques qui sont tout autant adhésives, notamment lorsqu’elles
s’associent pour former les trois feuillets pendant l’embryogenèse,
processus complexe où les cellules se différencient tout en se
comportant comme des réacteurs chimiques capable de stocker et
d’échanger de l’énergie. Ces mêmes cellules se comportent aussi comme
des horloges, déployant d’innombrables phénomènes cycliques résultant de
la coopération entre cellules parvenant ainsi à générer des processus
dont l’essence est auto-organisatrice. Des molécules spécifiques
concourent ainsi à transformer des cellules individuées en un champ
morphogénétique fait de processus cellulaires coordonnés. Newman propose
l’hypothèse de mécanismes physico-biologiques génériques, c’est-à-dire
presque universels, présents dans tous les embryons. Ces mécanismes
produisent des motifs morphologiques. Auxquels se superposent des
mécanismes non génériques qui ne produisent pas de nouveauté mais
tendent à perfectionner les « mécanismes génériques » et les morphotypes
(à noter une curiosité : l’éventuelle similitude de pensée avec la
grammaire générative de Chomsky).

L’hypothèse de Newman introduit un concept élégant, celui de module
déterminant les morphotypes (dynamical patterning modules, DPMs). Ces
modules sont des kits d’outils moléculaires spécifiques, comprenant par
exemple ces protéines adhésives nommées cadhérines ou bien le collagène.
Le vivant apparaît donc sous l’angle d’un bricolage, idée naguère
développée par François Jacob. Newman néanmoins s’aventure un peu plus
loin avec cette idée des « modules morphogénétiques » liés à un ensemble
de gènes et que l’on suppose jouer un rôle éminent dans l’apparition des
premiers animaux complexes il y a 500 millions d’années. Lors d’un
entretien, il précise les tenants et aboutissants de ses investigations.
Le fait d’observer la morphogenèse avec le regard d’un physicien fait
apparaître une possibilité inattendue et qui de plus ne s’insère pas
dans le cadre néo-darwinien. Les formes biologiques apparaissent sans
présenter un avantage en terme de reproduction ou de survie. Elles
existent parce qu’elles sont inévitables, résultant de
l’auto-organisation des cellules grâce à des lois bio-physiques
gouvernant ces cellules dès lors qu’elles possèdent les biomolécules «
compétentes ». Ces processus morphogénétiques apparaissent ainsi
indépendamment de la pression sélective, un peu à l’instar des galaxies
ou (si on veut prendre une comparaison plus serrée) des spirales
chimiques, structures dont on est certain qu’elles ne sont pas causées
par une quelconque sélection naturelle. C’est juste une question
d’organisation. Il faut un contexte spécifique et des molécules se
prêtant à cette auto-organisation. Les gènes sont alors impliqués dans
deux dispositifs, celui bien connu des transformations et sélections et
celui de cette hypothétique convergence phénotypique avec l’intervention
des DPMs. Cette hypothèse, qui va dans le sens d’une convergence
évolutive, expliquerait alors l’énigme de l’émergence rapide d’espèces
triploblastiques, vertébrés notamment, qui sont apparues il y a environ
550 millions d’années, dans un laps de temps assez réduit, deux épisodes
de 20 millions d’années, ce qui est peu rapporté au 500 millions
d’années nécessaires pour l’aboutissement du développement des espèces
supérieures présentes sur terre, poissons, oiseaux, mammifères, hommes.
Cette apparition soudaine des formes animales a notamment inspiré
Eldredge et Gould pour forger leur théorie des équilibres ponctués en
rupture avec le gradualisme.

Les hypothèses de Newman ne permettent pas de tracer des conclusions
mais elles nous incitent à revoir le rôle des gènes et du génome dans
l’évolution. Je suggère une piste tranchant avec l’orthodoxie régnante.
Les gènes ne seraient pas le ressort de l’évolution, ce qui ne leur
enlève pas un rôle décisif. Le génome n’aurait donc pas vocation à muter
mais plutôt à stabiliser les éléments génétiques et les transmettre. De
nouvelles pistes doivent ainsi être explorées pour comprendre
l’évolution dans un contexte où la théorie consensuelle désignée comme
néo-darwinisme satisfait de moins en moins les biologistes en attente de
clarté.

A suivre…

Jules ALIX

unread,
Nov 19, 2012, 4:57:27 PM11/19/12
to
cool. . .


--
Sinc�rement,

Jules ALIX

"La terre finira par nous rire au nez, bandes de Charognards !"

bere

unread,
Nov 19, 2012, 4:59:31 PM11/19/12
to
Le 19/11/2012 22:57, Jules ALIX a �crit :
> cool. . .

http://www.youtube.com/watch?v=BeQSIESQFFM

sinbad21

unread,
Nov 20, 2012, 10:14:28 AM11/20/12
to
bere <bereni...@yahoo.fr> wrote:

> C'est une thèse que je soutiens depuis de nombreuses années. L'idée
> c'est que l'information du vivant ne peut être entièrement contenue dans
> le code génétique puisque ce code génétique est lui-même informé par le
> vivant qui le contient et que seul, sans ce vivant, il n'est rien. Il a
> besoin de la machinerie cellulaire pour fonctionner. Un code génétique
> seul, comme le virus (composé d'un code génétique plus de quelques
> membranes), n'est pas considéré comme vivant. Il a besoin d'une cellule
> hôte pour fonctionner. Jusque là rien de bien sérieux, encore des
> délires beresiens ou abouriciens (puisque ces thèses je les ai défendues
> du temps de la gloire de mon ancêtre sur usenet) diront les esprits vils
> et perfides. Sauf que maintenant ce sont les biologistes eux-mêmes qui
> se mettent à les défendre. Et là ça ne change tout, ce ne sont plus des
> délires pourfendus avec une obstination véhémente par la racaille athée,
> mais des hypothèses de travail considérées comme prometteuses. :-)
>
> Voici l'article publié dans Agora Vox qui fait le point sur ces
> nouvelles pistes de la réflexion biologique.
>
>
> <http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/
> le-neo-darwinisme-s-effrite-les-126054>

Intéressant mais je ne vois pas ce que l'athéisme a à voir là-dedans. Il
est probable en effet que le néo darwinisme sera remis en question par
une théorie qui rendra mieux compte de l'émergence et de l'évolution du
vivant, et tant mieux parce que c'est assez agaçant de voir les tenants
de l'orthodoxie scientifique du moment s'attaquer avec agressivité à
toute personne mettant en doute le sacro saint dogme de la sélection
naturelle. Celui-ci a du plomb dans l'aile, c'est évident.

Les tenants de l'orthodoxie n'ont jamais été les inventeurs, au
contraire les inventeurs ont toujours dû batailler avec eux.

Mais la démarche scientifique n'a rien à voir avec la théologie, elle
est même à l'opposé de la démarche théologique. Elle s'intéresse au
comment, en s'efforçant de se dégager de tout a priori idéologique. Sa
matière première, c'est l'observation. Elle ne s'intéresse pas au
pourquoi, ni aux intentions, et laisse cela aux religions.

Les Créationnistes auraient bien tort de se réjouir de la remise en
question du darwinisme, car il y a fort à parier que la future théorie
pourra se passer de Dieu aussi bien que le darwinisme lui-même. Il est
même probable qu'elle fera perdre à la thèse de l'intervention divine
encore un peu plus de sa crédibilité.


bere

unread,
Nov 20, 2012, 11:46:07 AM11/20/12
to
Il suffit de te lire pour constater que primo l'athéisme tente de faire
passer pour de la science ses thèses métaphysiques sur l'origine de
l'information qui fait évoluer le vivant et que secundo l'athéisme n'a
que cette pétition de principe ou postulat à faire valoir, à savoir que
ses thèses métaphysiques sur l'aséité du monde sont scientifiques. Je
rappelle que non seulement aucun athée n'est jamais parvenu à démontrer
que le monde se donne à lui-même tout ce qui surgit en son sein mais que
plus fondamentalement encore cette thèse métaphysique athée débouche sur
sa négation. Autrement dit elle est contradictoire et on ne peut donc y
souscrire qu'en rejetant le principe de non contradiction, fondement de
la raison et de la science contemporaine.


Solanar

unread,
Nov 20, 2012, 11:56:12 AM11/20/12
to
bere a pensé très fort :
Rien n'est jamais fondamentalement contradictoire.
Une démonstration comme unen contradiction n'a de sens qu'à
l'intérieur d'un concept fermé
La contradiction surgit toujours d'une définition trop sommaire des
éléments pris en compte. Suffit d'attendre un peu de murir ou d'evoluer

--
Solanar

Etre libre, c'est choisir ses chaines


bere

unread,
Nov 20, 2012, 12:20:14 PM11/20/12
to
Et pourtant le postulat qui affirme que le monde se donne à lui-même
tout ce qui surgit en son sein permet de démontrer qu'il existe au moins
une source de ce qui surgit dans le monde qui n'appartient pas au monde.
J'attends donc que messieurs les athées daignent faire évoluer les
concepts étroits dans lesquels ils sont enfermés. :-)
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