Le Triode de Carême

4 views
Skip to first unread message

R.V. Gronoff

unread,
Mar 25, 2007, 7:09:02 AM3/25/07
to
Le Triode de Carême

+

Chaque chef de coeur, choriste et lecteur a sa fête préférée ou un
office qu'il attend particulièrement et auquel il se prépare plus et
pour la majorité, si ce n'est pas pour tous, c'est quelque chose du
Triode de Carême, soit de la période préparatoire au Carême...:
"Ouvre-moi les portes de la pénitence , "Sur les fleuves de Babylone",
soit "Mon Aide et mon Protecteur" (1 ), de la première semaine du
Carême, soit quelque chose de la Semaine Sainte... : "Voici l'époux" (2)
ou "Ô mon Sauveur, je contemple Ton palais" (3) , tout d'abord ou une
mélodie particulièrement chère "Au bon Larron" (4) (5) , "Le noble
Joseph" (6) , "Jadis sous les flots de la mer". (7 ). Pour tous les
membres du choeur, c'est la période de l'année où l'on a le plus de
responsabilité, la plus intense de l'année : les offices sont de plus en
plus longs et complexes, beaucoup de chants ne se chantent qu'une seule
fois, et il est alors facile d'oublier quelque chose ou de se tromper,
et les églises sont pleines comme jamais; tous revivent comme pour la
première fois les derniers jours du Sauveur et Sa Passion et on n'a
surtout pas envie de gâcher quoi que ce soit et de gêner le
recueillement de quiconque. Si, de surcroit, nous prenons en compte le
fait que le Triode de Carême, du point de vue de l'Ordo (Oustav) comme
de son évolution historique, est notre livre le plus complexe,
multiforme et varié, alors véritablement les membres du choeur se
trouvent devant un objectif très ardu.

La Pâque du Christ est la première fête que la Sainte Eglise a célébrée.
Les Saints Apôtres, tout de suite après l'événement même de la
Résurrection du Christ, ont commencé à commémorer en prières cet
événement le dimanche, et celà d'autant plus qu'il était devenu clair
pour eux que la Pâque juive de l'Ancien Testament et la vénération du
sabbat étaient les préfigurations de la Résurrection. Et, une fois par
an, après la Pâque juive, ils marquaient par une veillée nocturne comme
l'anniversaire de cet événement. Des sources du deuxième et troisième
siècle nous informent qu'alors l'Eglise fêtait déjà toute la Semaine de
la Passion en commençant par le Samedi de Lazare et l'Entrée du Seigneur
à Jérusalem. Nous apprenons par les écrits de saint Irénée et de Saint
Eusèbe de Césarée qu'au IIème siècle, les chrétiens en Orient comme en
Occident jeûnaient toute la journée du Vendredi et du Samedi Saints, se
préparant à la nuit de Pâques. Ils se référaient aux paroles du Sauveur:
"Viendront des jours, quand on leur enlèvera l'époux, et ils jeûneront
alors ces jours-là. (8) " L'écho de cette tradition s'est conservé dans
le Triode de Carême actuel : selon l'Ordo, la Liturgie du Samedi Saint
doit être la plus tardive dans l'année, puisqu'après elle, les croyants
ne se séparaient plus mais restaient dans l'église, attendant minuit.
Progressivement, on a commencé à rajouter aux jeûnes et aux vigiles des
Grands Vendredi et Samedi Saints des prières er des cérémonies
particulières, commémorant les différents moments de la Passion du
Seigneur; les notes des pèlerins sur la Pâque passée en Terre Sainte en
381 nous montrent que dès cette époque la Semaine de la Passion était
entièrement fêtée. Les décrets du 1er Concile OEcuménique parlent déjà
du carême de quarante jours avant Pâque comme d'une institution connue
et existant depuis longtemps, et non comme d'une nouveauté. Ce carême
est apparu non seulement pour se préparer aux jours de la Passion et à
la Pâque mais aussi comme une période préparatoire pour les catéchumènes
qui s'apprétaient au Baptême. A cette époque de l'histoire de l'Eglise,
la majorité écrasante des gens se faisait baptiser à l'âge adulte et
ceux qui étaient désireux de recevoir le Saint Baptême se préparaient en
groupes. On préparait cette "fournée" printanière, si l'on peut dire,
pour le Samedi Saint. Cela se pratiquait tout particulièrement dans
l'Eglise de Jérusalem, et jusqu'à nos jours se sont conservées les
Catéchèses baptismales de saint Cyrille de Jérusalem, où il s'occupe
d'un tel groupe.

Des reflets de cette tradition subsistent dans le triode : à la Liturgie
des Présanctifiés, le prêtre sort avec un cierge et proclame "La lumière
du Christ resplendit sur tous" [ et à partir du jour de la mi-carême,
aux litanies pour les catéchumènes s'ajoutent des litanies pour " ceux
qui se préparent à l'illumination" c'est-à-dire au Baptême. Les
Vêpres-Liturgie du Grand Samedi, en particulier, ont conservé beaucoup
d'éléments remontant à cette période. Les longues parémies de ces
vêpres, où sont énumérés les signes précurseurs de la Résurrection du
Christ, étaient pour ainsi dire les dernières leçons de ceux qui se
préparaient à la réception du mystère. Dans certains endroits, on
baptisait juste après elles : c'est pourquoi juste après ces parémies
viennent déjà des lectures pratiquement pascales des Apôtres comme de
l'Evangile, et nous chantons déjà "Ressuscite Seigneur" C'est aussi une
des raisons pour lesquelles nous chantons tout au long de la Semaine
Lumineuse : "Vous tous qui avez été baptisés en Christ &". Les parents
et les proches des catéchumènes les accompagnaient et prenaient part à
leur préparation, ils jeûnaient avec eux et bien sûr cette Pâque devait
être pour eux particulièrement joyeuse. Le désir de ne pas perdre cette
joie spirituelle les amena à réitérer le même "exploit" (podvig) les
années suivantes et ainsi peu à peu s'est enracinée la coutume du carême
de quarante jours pour tous les chrétiens, avant Pâque.
Les textes les plus anciens du Triode utilisé aujourd'hui ont été écrits
au 6ème siècle. Ce sont les "tropaires des prophéties" des parémies lues
à la sixième heure, des prières courtes, composées sur un rythme très
net et résumant quelque passage des Saintes Ecritures, par exemple dès
le lundi de la troisième semaine "Puisque les forces nous font défaut,
et que nous sommes affaiblis par le péché, guéris le mal qui nous broie,
Médecin de nos âmes, Tu connais le coeur de chacun, ô Ami de l'homme".
Le tropaire des prophéties de mercredi et vendredi est la prière :
"Devant Ta Croix nous nous prosternons ô Maître et Ta Sainte
Résurrection nous la glorifions" témoigne de l'ancienneté de notre
prière du Grand Carême que nous aimons tant.

Un peu plus tard que ces tropaires, aux environ de 560, a été composé
par saint Romain le Mélode l'acathiste à la Très Sainte Mère de Dieu que
nous appelons habituellement "de l'Annonciation" et qui commence par la
prière "A Toi le suprême stratège", avec le refrain "Réjouis-Toi Epouse
Inépousée". Cet acathiste est considéré à juste raison comme étant l'un
des chefs-d'oeuvre des écrits liturgiques orthodoxes et en général de la
littérature byzantine tardive; on pourrait écrire un livre entier rien
qu'à ce sujet. Il est composé de 24 kondakions et ikos : en grec, chaque
kondakion commence par la lettre de l'alphabet suivante et c'est
pourquoi il s'apprenait par coeur très facilement. Jusqu'à ce jour, dans
de nombreux monastères grecs, on l'apprend et on le récite en
accomplissant ses obédiences. Saint Jean de Changhaï le considérait
comme l'acathiste le plus profond et le plus beau et nous avait donné sa
bénédiction au monastère pour le lire justement devant notre icône
miraculeuse et non celui écrit spécialement pour l'icône de Lesna : il
pensait que personne n'écrirait jamais mieux que le vénérable Romain.
Selon toute vraisemblance, cet acathiste a été écrit quand
l'Annonciation se fêtait en même temps que la Nativité, le deuxième
jour, celui où nous fêtons désormais la Synaxe de la Très Sainte Mère de
Dieu, puisqu'on y parle précisément beaucoup de l'Incarnation et de la
Naissance du Sauveur. Au milieu du 6ème siècle, sous le règne de
l'empereur Justinien, il a été décidé de fêter l'Annonciation le 25 mars
et à cette même époque on a transféré à cette date le chant de
l'acathiste; "A Toi le suprême stratège" constitue le kondakion de la
fête. C'est au 14ème siècle qu'a été instituée la fête des Louanges de
la Très Sainte Mère de Dieu, un office principalement composé de
l'acathiste. Certains estiment que la fête des Louanges a été fixée pour
accroître l'importance de l'Annonciation. Comme cette fête-ci, à de très
rares exceptions, est célébrée pendant le grand carême, elle est fêtée
beaucoup moins solennellement que toutes les autres douze Grandes Fêtes
et n'a ni avant-fête ni après-fête. Les Louanges serviraient en quelque
sorte de suite à l'Annonciation, d'autant plus que cette fête-là est
fixée un samedi, quand le jeûne est d'une façon ou d'une autre moins
strict. Cette opinion est confirmée par la ressemblance des textes des
offices de ces deux fêtes puisque l'on retrouve les mêmes stichères et
exapostilaires.

L'acathiste de la Mère de Dieu est le seul office composé de kondakions,
ces poèmes liturgiques du vénérable saint Romain, qui soit resté dans le
Triode de Carême d'aujourd'hui. Les événements et les Saints qui sont à
présent célébrés les dimanches du Grand Carême: le Triomphe de
l'Orthodoxie ou la réhabilitation de la vénération des saintes icônes le
premier dimanche, saint Grégoire Palamas le deuxième, saint Jean
Climaque le 4ème et sainte Sainte Marie l'Egyptienne le 5ème, ont été
ajoutés au Triode assez tardivement. Le dimanche de l'Orthodoxie a été
institué en 843 et la célébration de la mémoire de saint Grégoire
Palamas et selon toute vraisemblance de saint Jean Climaque et Marie
l'Egyptienne seulement au 14ème siècle. Auparavant, ces jours dominicaux
étaient consacrés à d'autres saints ou paraboles de l'Evangile : aux
saints prophètes et patriarches, séparément au saint et juste Noé, à
Joseph le Magnifique dont nous faisons mémoire de nos jours le mardi de
la Semaine de la Passion, au Fils prodigue, au bon Samaritain, au riche
avec le pauvre Lazare. Saint Romain le Mélode avait écrit des kondakions
sur tous ces thèmes qui, malheureusement, ne sont absolument plus
utilisés de nos jours et beaucoup n'ont pas même été traduits en slavon
d'église; nous ne les connaissons que par les anciens manuscrits grecs.
Mais ces évocations elles-mêmes sont en partie conservées dans le
Triode; on le voit dans le canon des matines dominicales : la deuxième
semaine du carême, on lit le canon du Fils prodigue avec celui de saint
Grégoire Palamas, de même le canon du bon Samaritain avec celui de saint
Jean Climaque, le canon du pauvre Lazare avec celui de sainte Marie
l'Egyptienne. Il est possible que les semaines préparatoires au Grand
Carême: Zachée, le Publicain et le Pharisien, le Fils prodigue et le
Jugement dernier, apparues dans le Triode de Carême seulement au 14ème
siècle, aient été introduites au moment où ont été fixés les dimanches
du carême que nous connaissons ; afin de ne pas effacer complètement ces
textes, on les a transférés dans un temps hors-carême.
Le Grand Canon de pénitence de Saint André de Crête, qui de nos jours
orne si bien nos première et cinquième semaines du carême, a été composé
par lui au début du 8ème siècle, à la fin de sa vie. car il s'y lamente
souvent de son grand âge et l'avait écrit pour son usage personnel dans
sa cellule. Il est devenu un trésor pour toute l'Eglise et a été inclus
dans le Triode au 10ème siècle.

A la fin du 8ème siècle saints André et Stéphane du monastère de
Saint-Sabbas ont écrit les tropaires idiomèles du grand Carême, deux
pour chaque jour du Grand Carême. Ils sont chantés désormais aux
apostiches des Matines et des Vêpres ou, s'il n'y en a pas, comme par
exemple aux vêpres quand il y a une Liturgie des Présanctifiés, au
moment du Lucernaire : "Seigneur je crie vers Toi". Ils expriment d'une
façon particulièrement profonde l'idée de l'exploit du jeûne ; ainsi, le
tout premier jour du carême, nous chantons : "Offrons un jeûne agréable
au Seigneur, car le jeûne véritable, c'est l'éloignement du péché; plus
de bavardages et trêve au courroux, aux mauvais désirs, aux injures, aux
mensonges, aux faux serments: en nous abstenant de tout cela nous ferons
un jeûne véritable et agréable " (9).

Le Typikon met particulièrement ces tropaires idiomèles en relief. On
les chante pratiquement toujours deux fois mais ils ne sont jamais
supprimés, c'est pourquoi souvent à cause d'eux, même lors de grandes
fêtes telles que l'Annonciation, l'Invention du Chef de saint Jean
Baptiste, la Grande Doxologie ne se chante pas mais se lit. Si la Grande
Doxologie est lue, alors les apostiches des Matines ne sont pas omis et
par conséquent le tropaire idiomèle du jour est chanté. Ces tropaires
idiomèles sont très remarquables aux Matines du dimanche, où on les
chante aux Laudes - {dfkbnt comme une 9ème stichère en surplus et
ensuite où ils remplacent le "Gloire " exapostilaire. Par exemple, le
deuxième dimanche du Carême, aux laudes, on chante 5 stichères de la
Résurrection, 3 pour Saint Grégoire et puis le tropaire idiomèle du jour
"Sur ceux qui cheminaient dans les ténèbres du péché, en ce temps
d'abstinence Tu T'es levé comme la lumière ô Christ &"

Au 9ème siècle dans le Triode de Carême s'est imposée la structure à peu
près telle que nous la connaissons. Les hymnographes du monastère du
Stoudion à Constantinople l'ont complété et réécrit de manière
significative. Deux frères ont particulièrement travaillé à cette
entreprise: les vénérables Théodore et Joseph. Le monastère de saint
Théodore Studite était l'un, sinon le tout premier monastère orthodoxe
avec une vie en communauté dans le sens où nous l'entendons, avec une
très nombreuse confrérie et une vie régulée de façon stricte. Là il n'y
avait déjà plus la liberté que nous sentons, disons chez les moines de
Thébaïde ou de Scétée, où un moine pouvait, si cela lui semblait
important et utile pour son expérience spirituelle, prier sans arrêt
pendant quelques jours et nuits d'affilée, en lisant les Psaumes et les
Saintes Ecritures, manger seulement lorsque cela lui semblait nécessaire
et travailler à quelque ouvrage manuel quand il avait besoin d'argent,
ou simplement même se rendre à la ville la plus proche et demander
l'aumône. Dans le monastère Studite, il fallait penser à entretenir les
frères et une grande exploitation, ce qui exigeait des règles précises,
une répartition des responsabilités et des devoirs très précise et bien
sûr un emploi du temps très exact. Cela ne pouvait pas ne pas se
refléter dans les offices divins. Le travail effectué par le monastère
Studite dans nos livres des offices était dans sons essence plus de
l'ordre de la rédaction que de celui de la création.

C'est à cette époque, quand a été rédigé le Triode, qu'ont sans doute
été supprimés les kondakions de saint Romain le Mélode et d'autres
écrivains de chants de l'Eglise de Constantinople, comme ne convenant
pas aux offices divins monastiques. Les kondakions étaient musicalement
très compliqués, leur interprétation exacte exigeait une certaine somme
de connaissances, sans parler des capacités musicales et du talent, et
dans les églises de Constantinople, ils étaient interprètés par des
solistes, comme nous le voyons sur les icônes de la Protection de La
Très Sainte Mère de Dieu, par exemple. Sur la plupart des icônes, saint
Romain, contemporain de l'événement, est représenté sur une chaire avec
un rouleau de parchemin, chantant un kondakion. De telles "mises en
scène" ne semblaient pas à leur place dans un monastère aux moines
studites et ils les ont raccourcies ou les ont remplacées par d'autres
écrits.

Saints Théodore et Joseph ont réparti le matériel existant sur les
différents jours ou offices et ont complété par écrit ce qui manquait.
Leur plus grand travail de création a été les canons des Matines des
jours de la semaine, des canons courts avec chacun trois chants qui ont
par là-même donné à ce livre le nom de Tri-ode : "ode " en grec pour
chant, c'est-à-dire "Le Livre des trois-chants". Saint Joseph a écrit le
premier canon et saint Théodore le second. Ils sont composés en majeur
partie de tropaires de repentir mais coïncident avec les jours de la
semaine, le lundi avec les Puissances célestes, le mardi avec le
Précurseur, le mercredi avec la Croix, le jeudi avec saint Nicolas et
les saints Apôtres, le vendredi à la Croix, le samedi aux martyrs et aux
défunts. Saint Théodore a de même écrit de beaux stichères qui sont
chantés aux vêpres dominicales et qui nous invitent pour ainsi dire à la
semaine qui va commencer. Par exemple le dimanche de la cinquième
semaine nous chantons : "Commençant avec ardeur la sixième semaine du
Carême Saint, fidèles, chantons au Seigneur un chant de louange pour
l'avant-fête des Rameaux..."

Les canons de la sixième semaine sont particulièrement émouvants, ils
nous parlent de la maladie, de la mort de Lazare, l'ami du Christ, et
nous prépare déjà à la Semaine de la Passion. Le lundi nous lisons: "La
maladie de Lazare en ce jour est révélée au Christ ..., dans Sa
prescience il déclare cependant: cette maladie ne conduit pas à la
mort.". Le mardi nous entendons " Lazare souffre la maladie, ô Fils de
Dieu, pour qu'en lui Tu sois glorifié..." Le mercredi nous apprenons "
En ce jour Lazare meurt ..." et le jeudi " Lazare est enseveli et les
compagnes de Marthe, près du tombeau, pleurent et se lamentent
maintenant..." mais déjà "La mort commence à prendre peur en pressentant
Ta venue..."et nous apprenons que le Christ est déjà en chemin "Allons,
disais-Tu à Tes amis, notre ami Lazare déjà s'est endormi : en le
ressuscitant je détruirai pour l'éternité la cruauté de la mort qui
anéanti tout."

A cette même époque appartiennent les écrits de la seule femme écrivain
connue de textes liturgiques, la sainte vénérable Cassia. Femme de toute
beauté et instruite, elle fut proposée comme fiancée à l'empereur
byzantin Théophile. Faisant connaissance et examinant les fiancée
proposées, l'empereur Théophile se plaignit à haute voix de devoir se
lier avec les femmes puisque par la femme s'était produit le péché
originel, ce à quoi Cassia lui répondit avec beaucoup de justesse que
c'est aussi par la femme, par la très Sainte Mère de Dieu, qu'est venu
au monde le salut. Elle ruina par là-même ses chances de devenir
impératrice et personne d'autre n'osa par la suite l'épouser, de crainte
que cela puisse paraître offensant pour l'empereur. Ainsi entra-t-elle
au monastère où elle consacra son don de la parole à Dieu, et de sa
plume sont nés quelques uns des plus beaux stichères du Triode par
exemple "La chaste pécheresse...", cette pécheresse repentante qui dans
la maison de Simon a répandu de la myrrhe sur les pieds du Sauveur, les
a lavés de ses larmes et essuyés de ses cheveux (10) , et aussi la
première partie du canon "Jadis sous les flots de la mer " (11)
Nombre des oeuvres les plus populaires du Triode ont été écrites bien
plus tard. Le canon des "Pleurs de la Très Sainte Mère de Dieu" qui est
lu après l'exposition de l'Epitaphios (12 ) a été écrit au 12ème siècle,
"Ouvre-moi les portes de la pénitence" apparaît pour la première fois
dans le Triode au 14ème siècle et les stances pour l'office de la
Sépulture ont été composées au 15ème siècle. En ce qui concerne
l'exposition de l'Epitaphios, en fait, rien n'est dit ni dans le Triode
ni dans le Typikon et cette cérémonie n'a pas été élaborée avant le
14ème siècle.

En relation avec le Triode de Carême, il faut parler ne serait-ce qu'un
peu de la Liturgie des Présanctifiés, dont la célébration est réservée
aux mercredis et le vendredis du Grand Carême, aux fêtes de l'Invention
du Chef de Saint Jean Baptiste et des Quarante martyrs de Sébaste, au
jeudi du Grand Canon durant la 5ème semaine et aux trois premiers jours
de la Semaine de la Passion. Dès le 4ème siècle, il était établi que
l'on ne devait pas célébrer la sainte Liturgie les jours de la semaine
pendant le carême, puisque cet office est trop solennel et festif pour
cette partie de l'année consacrée à la pénitence. Mais beaucoup
trouvaient difficile de ne pas communier aux Saints Mystères pendant
toute une semaine, aussi ce rite a-t-il été institué, suivant la
tradition par saint Grégoire le Dialogue, pour donner la communion au
milieu de la semaine. En fait, la Liturgie des Présanctifiés se compose
de vêpres, un peu plus solennelles que d'ordinaire, au milieu desquelles
les Saints Dons, sanctifiés le samedi ou le dimanche précédent, sont
transférés sur l'autel et distribués aux croyants.

Encore en relation avec le Triode de Carême nous pouvons parler de la
Transfiguration du Seigneur. Si nous nous remémorons dans sa continuité
l'histoire des Evangiles, alors nous réalisons que le Seigneur S'est
transfiguré sur le Thabor quarante jours avant Sa Passion, pour
renforcer la foi des apôtres, "Lorsque qu'ils Te verront crucifié" -
chantons-nous dans le kondakion - "ils comprendront alors la Passion
volontaire". Pourquoi donc alors fêtons-nous la Transfiguration le 6
août et non pas quarante jours avant le Grand et saint Vendredi,
c'est-à-dire pendant la semaine du Carnaval ou la première semaine du
Carême ? La Sainte Eglise a considéré la Transfiguration comme étant une
fête trop importante et solennelle pour une période de carême et pour
cela a décidé de la fêter quarante jours avant une autre fête,
l'Exaltation de la Croix. Afin de rappeler aux croyants le lien entre la
Transfiguration et Sa Croix et Sa Passion, nous chantons à cette fête
comme katavassia, les hirmi de l'Exaltation, dédiés à la Croix " La
Croix dessinée par Moïse..."

Je n'ai pas effleuré le sujet des particularités des offices de la
semaine de la Passion mais cela exigerait un autre exposé. J'espère que
ces brèves informations sur l'évolution du Triode de Carême vous
aideront selon les paroles d'un des hymnographes, à "accomplir les
quarante jours d'une façon utile pour l'âme" et à "vous incliner
dignement devant la Passion du Christ."

Moniale Evfrosyna

Exposé présenté au 5ème Stage de Chant liturgique du Diocèse d'Europe
Occidentale au Couvent de Lesna en juillet 1997
traduit du russe par C. Savykine

Notes :
1) Hirmos de la 1ère ode dans le Canon de saint André de Crète
2) Tropaire des Matines au début de la Semaine de la Passion.
3) Exapostilaire des Matines au début de la Semaine de la Passion.
4) Exapostilaire des Matines le Vendredi Saint.
5) Hirmos de la 5ème ode au Canon des Matines le Vendredi Saint.
6) Tropaire des Matines du Samedi Saint.
7)Hirmos de la 1ère ode, Matines du Samedi Saint.
8) Math. 9 : 15.
9) Apostiches des Vêpres du Lundi Pur.(1ère semaine du Grand Carême)
10) Apostiches des Matines et Lucernaire des Vêpres du Mercredi Saint
11) Canon des Matines du Samedi Saint.
12) Vénération du Linceul du Christ auxVêpres de l'Ensevelissement le
Vendredi Saint

Reply all
Reply to author
Forward
0 new messages