En lui-m�me, MW2 ne pr�sente strictement aucune originalit� : identique
� ses dizaines de pr�d�cesseurs de registre similaire, le jeu consiste �
entrer dans la peau de plusieurs super-troufions des Forces Sp�ciales
delamorkitu arm�s jusqu'au slip d'improbables flingues de toutes tailles
et en gros...� buter tout ce qui gigote � l'�cran. On voit qu'on est ici
dans l'extr�me simplicit� m�me, une mission d�bute, on vous donne
vaguement un objectif � atteindre, et en route Simone pour le carnage en
roue libre. Les personnages ? Soyons s�rieux. La cr�dibilit� ? Vous
devez plaisanter. Quand au, hum, disons "sc�nario", c'est un
gloubiboulga assez confus qui vous prom�ne aux quatre coins des point
les plus riants de la plan�te - Afghanistan, Tchernobyl, favela
br�silienne...- pour, au cas o� vous n'auriez pas compris : buter tout
le monde. Et accessoirement, sauver le Monde Libre, et c'est pr�cis�ment
l� que �a devient go�tu.
(Et il n'est nullement anodin que le compositeur de la musique du jeu
soit le pachydermique Hans Zimmer, qui s'est illustr� dans les BO des
productions Bruckheimer qui � surprise, voient syst�matiquement la
gentille US Army...sauver le monde. MW2 est en effet un produit d'une
rare coh�rence id�ologique).
Parce qu'au del� de l'exp�rience ludique de la chose, dont il faut
admettre qu'elle est d'un jouissif rarement atteint, pass� la prouesse
technique qui vous met r�guli�rement claque sur claque dans la tronche -
mention sp�ciale au survol en h�licopt�re au dessus du M�morial de
Washington qui a laiss� bouche b�e plus d'un blas� -, ce qui saute au
yeux d�s qu'on analyse un peu le fond id�ologique de l'entreprise, c'est
que ce jeu poss�de une "vision" politique tr�s sp�cifique d'un
bellicisme r�actionnaire � faire sangloter Karl Rove et faire passer
Donald Rumsfeldpour un adepte de la d�croissance.
Car dans MW2, il n'existe qu'une seule r�alit�, une seule dimension, un
seul plan d'�vidence :
La guerre.
La guerre tout le temps, partout, sans cesse, une guerre proprement
mondiale puisque se passant dans les moindres recoins du globe et quasi
�ternelle puisque ne cessant jamais...m�me arriv� � la fin du jeu,
celle-ci ne se termine pas et les "h�ros" qui �chappent � leurs
poursuivants partent vers d'autres conflits, d'autres missions, d'autres
tueries � grand spectacles. La guerre devenu seul horizon, et qui ne
donne que le point de vue des militaires qui la font, parce que de
civils dans MW2 : point (� part dans une sc�ne sp�cifique dont il est
question plus bas). Des hommes en armes s'entretuent dans des villes
fant�mes vid�es de leurs habitants, dont � aucun moment on ne nous
explique ce qu'ils sont �ventuellement devenus, et franchement on s'en
fout : c'est la guerre, la guerre c'est une affaire de soldats, les
planqu�s n'ont rien � faire l�, et punto. C'�tait d�j� le pitch de
Modern Warfare premier du nom, et MW2 se contente de monter un cran
quand m�me nettement au dessus dans ce fantasme de g�n�ral n�o-con : la
guerre arrive jusqu'au coeur des �tats-Unis eux-m�mes - envahis par la
Russie n�o-communiste, tiens �a rappelle quelque chose...-, et mettons
nous � la place du joueur ricain lambda qui ne peut que fr�mir � la
vision de suburbs occup�es par des parachutistes ennemis, et pire que
tout, vision d'horreur supr�me : une Maison Blanche en ruines elle-m�me
prise en otage qu'il faudra reconqu�rir d'arrache-pied dans des combats
proprement dantesques...
La guerre dans MW2 est universelle et il n'y a aucune raison qu'elle se
termine. Cauchemar imp�rialiste d'une Am�rique litt�ralement en guerre
avec le monde entier, on a trop vite dit de MW2 qu'il repr�sentait une
vision post-bushiste de la g�opolitique ; mais dire �a est oublier un
peu vite que c'est un prix Nobel de la paix actuellement locataire de la
West wing qui continue d'envoyer des troupes en Afghanistan et pr�pare
avec l'aide de l'inqui�tant g�n�ral Mc Crystal rien moins qu'une guerre
civile qui va encore plus mettre � genoux ce malheureux pays. Et que le
pr�sident soit d�mocrate ou r�publicain ne change pas grand'chose pour
ceux qui se retrouvent sous les bombes...
On pouvait s'interroger dans un billet pr�c�dent sur la signification
des spectacles de violence et de leur audience croissante dans des
soci�t�s pacifi�es : avec le Free-fight et le porno, il faut d�sormais
int�grer le jeu vid�o qui s'engouffre dans le march� du voyeurisme de la
brutalit� avec peut-�tre encore plus d'enthousiasme : dans MW2, il faut
achever les bless�s pour marquer des points...et comme �a ne suffit
encore pas, il y a aussi cette fameuse mission o� le joueur prend
l'identit� d'un agent de la CIA infiltr� chez des terroristes russes qui
est "oblig�" de massacrer des innocents dans un a�roport...sc�ne
malsaine au possible, et seule pr�sence de civils dans le jeu : ils ne
sont l� que pour se faire hacher...non, vraiment, ils n'ont rien � faire
dans le monde de MW2. Un jeu qui d�cid�ment participe lui aussi � cette
assouvissement � distance des pulsions pas tr�s avouables et dont le
succ�s donne peut-�tre lui aussi d'inqui�tants indices sur comment
l'occidental moyen voit son prochain...
Sur ce vous voudrez bien m'excuser, mais c'est que j'ai une base de
sous-marins � nettoyer, moi.
de-CSP