-*°*¤o La Guêpe o¤*°*-
unread,Jan 18, 2007, 4:17:55 AM1/18/07You do not have permission to delete messages in this group
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L'argent ? Un tabou au Front national. On disserte sur l'euro ou la "
| finance cosmopolite " (entendez le système bancaire), mais dès qu'il
| s'agit de compter vraiment les sous, le FN s'embrouille. Déjà, le 16
| juin 1991, la commission d'enquête parlementaire sur le financement
| des partis politiques avait buté sur l'opacité du FN. Sommé de
| présenter ses budgets depuis 1985, son grand argentier, Christian
| Baeckeroot, avait répondu : " Je n'ai pas les chiffres... ", se
| réfugiant derrière le fait que le FN était une association loi 1901 et
| " qu'il n'y a pas de clause qui fasse obligation à une association
| d'avoir un budget ". Incohérences, contradictions et refus de répondre
| à certaines questions. Ainsi le financement des grands shows
| lepénistes (plus d'une vingtaine dans la campagne concernée)
| n'apparaissait nullement dans les comptes du parti. Ce qui avait amené
| Jean Le Garrec, rapporteur de la commission d'enquête, à estimer "
| pour le moins opaque " le financement de la formation d'extrême
| droite.
|
| L'une des particularités de cette dernière, c'est l'immense difficulté
| à distinguer les biens du FN de l'escarcelle de son guide suprême.
| Jean- Marie Le Pen a juré dans les médias qu'il n'est pas assujetti à
| l'impôt sur les grandes fortunes, bien qu'ayant récupéré l'héritage
| d'un ami décédé le 25 septembre 1976, Hubert Lambert, patron des
| cimenteries du même nom, qui s'était enrichi en faisant trimer dans
| des conditions précaires plusieurs générations de travailleurs
| immigrés. Les conditions dans lesquelles Hubert Lambert a désigné Le
| Pen comme son légataire universel, huit petits mois avant son trépas,
| ont d'ailleurs fait l'objet de longues procédures judiciaires à
| l'initiative des héritiers évincés... La collecte des dons et des
| héritages au profit de Le Pen est depuis longtemps une activité
| rémunératrice au FN. L'hôtel particulier de Le Pen, deux étages, une
| quinzaine de pièces, 900 mètres carrés, habitables, sises sur quelque
| 5 000 mètres carrés dans le parc de Montretout, à Saint-Cloud
| (Hauts-de-Seine), constitue la seule partie visible de l'héritage
| Lambert. Hormis Montretout, Jean-Marie ne montre rien. Pierrette Le
| Pen, séparée de corps et surtout de biens, s'est laissée aller à des
| confidences vengeresses, laissant entendre que son ex jouirait d'un
| solide patrimoine immobilier et de valeurs domiciliées à l'étranger.
| Elle a évoqué des comptes qu'Hubert Lambert aurait eus en Suisse. Des
| faits difficilement vérifiables et que Le Pen a constamment balayé
| d'un revers de manche.
|
| Dans ses discours, faux homme du peuple et vrai nouveau riche, Le Pen
| joue volontiers au chevalier blanc, pourfendant la corruption des
| autres politiciens. Mais l'action concrète des frontistes révèle un
| tout positionnement. Le Pen peut clamer son indignation lorsque le
| Parlement vote une amnistie des auteurs de fausses factures le 22
| décembre 1989. Mais sa représentante à l'Assemblée, Marie-France
| Stirbois, s'est alignée sur la position du RPR, de l'UDF, en
| s'abstenant de participer au vote. Seuls 27 députés se sont opposés à
| cette amnistie : les 27 députés communistes. Un an auparavant,
| l'Assemblée a voté une nouvelle loi qui oblige tout candidat à la
| députation à remplir une déclaration de situation patrimoniale au
| début et à la fin de son mandat. Qui a protesté ? Pierre Descaves,
| député FN : " Au lieu de discuter du programme des candidats, on en
| viendra à discuter de leur fortune. Je ne crois pas que ce soit bon
| pour la démocratie... "
|
| Parmi les rêves que le FN veut concrétiser après sa prise de pouvoir,
| figure un projet de loi peaufiné à son Xe congrès, à Strasbourg en
| 1997. Il prétend instituer " un régime juridique particulier pour les
| fondations ". Il s'agirait de permettre à une institution de droit
| privé (la fondation) d'être " exemptée de toute imposition sur les
| revenus que lui procurent ses biens et ses activités ". Le Pen propose
| de créer en France ce qui existe au Liechtenstein, place financière "
| off shore " enclavée entre l'Autriche et la Suisse. Les fondations
| (Stiftung) constituent l'un des principaux moyens de blanchir l'argent
| sale et d'échapper au fisc. Alors que toutes les démocraties
| s'alarment des dangers que le blanchiment de toutes les criminalités
| économiques leur fait courir, le FN propose d'aligner la France sur
| l'un des pires paradis fiscaux qui soit. La morale financière au Front
| national se limite aux paroles. Dans les faits, ce serait plutôt tête
| basse et mains pas très nettes...
|
| Le fil conducteur de la " pensée " lepéniste, c'est d'abord l'intérêt
| des plus fortunés. S'il fustige le libéralisme à l'échelle
| internationale, ses propositions pour l'Hexagone ne sont jamais en
| contradiction avec l'ultralibéralisme. Lorsqu'il insiste sur sa
| proposition de supprimer en cinq ans l'impôt sur le revenu, Le Pen
| évite d'ajouter qu'il est partisan d'une forte hausse de la TVA.
| Autrement dit, il veut supprimer l'impôt auquel échappent les familles
| les plus modestes, et le remplacer par un impôt indirect, une taxe sur
| la consommation payée uniformément par les riches et les pauvres.
| C'est cela " l'égalité devant l'impôt " vantée par le FN : exonérer
| les hauts revenus et faire supporter l'essentiel de la fiscalité sur
| les consommateurs.
|
| Serge Garde