Pleins feux sur la Soka Gakkai
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Découvertes sur les sectes et religions : reproduction interdite
Trimestriel n° 53 - 01 avril 2002 - Prix : 2,29 euros -
Abonnement : 9,15 euros - Commission paritaire n° 73373 - Directeur de
publication : Didier Pachoud - Editeur : GEMPPI - Imprimé à la Cité des
associations 93, La Canebière 13001 Marseille
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Pleins feux sur la Soka Gakkai
par Franck Villard
1. « Soka Gakkai », qu'est-ce que c'est ?
2. Comment entre-t-on à la Soka Gakkai ?
3. Un peu d'histoire : Nichiren - La Nichiren Shoshu - La Soka Gakkai -
Ikeda et les moines : rien ne va plus !
4. La pratique : Le « Gohonzon -, La « Zad » - « La maison qui abrite
votre vie » - Cher C.E.D.I.S. - « Les daimoku, comme un aimant attire les
bienfaits » - Nul besoin de comprendre, récitez ! - De la répétition au
conditionnement - Entre espoir et terreur - Les dangers du mantra
5. Soka Gakkai, le bouddhisme en question : De l'engouement pour le
bouddhisme - Un bouddhisme non reconnu - En contradiction avec le bouddhisme
« traditionnel » - Un bouddha peut en cacher un autre - Prosélytisme -
Tolérance
6. A propos des enfants : « Les enfants ont la capacité de changer le
monde » - « Elever ses enfants de telle manière qu'ils chérissent la Soka
Gakkai » - « Éclairer » toute la famille - « Vos enfants pratiquent-ils
? » - « Il n'y a pas d'âge pour décider » - Un mantra qui guérit tout ? -
Dangers de la récitation - D'éternels persécutés - Élevés « à la mode soka »
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Publication sur l'Institut de recherches psychanalytiques de Maud Pison
1. « Soka Gakkai », qu'est-ce que c'est ?
-Une organisation d'origine japonaise se présentant comme bouddhiste, mais
qui n'est pas reconnue par l'Union bouddhiste de France (U.B.F) qui lui
reproche notamment son intolérance et son ostracisme à l'égard des autres
religions.
- Une organisation qui se présente comme une association pour la paix, la
culture et l'éducation, et dont le but déclaré est d'« assurer par la
transmission du bouddhisme orthodoxe et par sa propre révolution humaine, un
bonheur et une paix durable pour l'humanité 1. »
- Une organisation fortement hiérarchisée, clairement répertoriée en France
comme
"secte" en 1982, 1995 et 1999 par trois rapports parlementaires successifs2.
- Une organisation peu connue du public, dont les effectifs et le patrimoine
seraient pourtant du même ordre de grandeur que ceux de l'Église de
Scientologie.
- Une organisation reconnue (depuis 1983) O.N.G. à statut consultatif aux
Nations Unies.
- Une organisation internationale présente dans 177 pays3 et qui
regrouperait plus de 8 millions d'adeptes au Japon4 et environ 2 millions
hors Japon dont 8000 en France5, ce qui en fait la « secte » la plus
importante au Japon, mais aussi sur la scène internationale.
- Une organisation à la tête d'un immense empire financier (avec une
fortune évaluée entre 500 et 700 milliards de francs6, soit un poids
financier supérieur à celui de la firme Toyota), qui possède un patrimoine
immobilier considérable (Universités, écoles, centres de recherche, centres
culturels, musées. . .), ainsi que de nombreux journaux et revues en France
et à l'étranger.
- Une organisation qui compte parmi ses membres des vedettes comme l'acteur
Patrick Duffy7 ou la chanteuse Tina Turner.
- Une organisation dont le leader Daisaku Ikeda, qui n'a par ailleurs jamais
exercé de fonctions officielles, côtoie tel un chef d'état l'élite
internationale, et rencontre des personnalités de l'importance de Margaret
Thatcher, François Mitterand ou Nelson Mandela.
- Une organisation qui a une image globalement négative au Japon, où elle
représente une force électorale considérable, et que certains japonais
considèrent même comme dangereuse et violente.
________________
1. ln "Troisième Civilisation" (mensuel de la Soka Gakkai France) n° 465,
mai 2000, page 35.
2. Rapport parlementaire « Les Sectes en France-Expressions de la liberté
morale ou facteurs de manipulations ? », Alain Vivien, 1982 ; Rapport
parlementaire n° 2468 "Les sectes en France", Alain Gest et Jacques Guyard,
22 décembre 1995 ; et Rapport parlementaire n° 1687 "Les sectes et
l'argent", Jacques Guyard et jean-Pierre Brard, 10 juin 1999.
3. D'après "Troisième Civilisation" (mensuel de la Soka Gakkai France),
n°482, octobre 2001, page 2.
4. Effectif mondial, selon les sources : entre 10 et 17 millions d'adeptes
.Au japon, la Soka Gakkai affiche 8 millions de foyers-membres, soit environ
17 millions d'adeptes japonais. Les observateurs ne retiennent pas ce
chiffre, peu crédible, mais plutôt une fourchette s'étalant entre 6 et 8
millions d'adeptes.
5. En France, selon les sources, les chiffres varient de 6000 à 10000
adeptes. La Soka Gakkai déclarait en octobre 2001 le chiffre de 8800 membres
français (d'après Karel Dobbeleare, « La Soka Gakkai, un mouvement laïc de
l'école
bouddhiste de Nichiren devient une religion », collections Religions et
Mouvements, directeur Massimo Introvigne, Elledici, 2001.
6. In. « France Soir », « La France parraine une secte », lundi 29 novembre
1999.
7. Le « Bobby » de la série « Dallas »
2. Comment entre-t-on à la Soka Gakkai ?
"Soka Gakkai", ce vocable n'évoque rien pour vous ? Il désigne pourtant une
organisation internationale qui revendique près de 8000 adeptes en France.
Comment la Soka Gakkai recrute-t-elle ? Comment rencontre-t-on cette
organisation et choisit-on d'y adhérer?
La Soka Gakkai ne fait pas de prosélytisme dans la rue, pas de distribution
de tracts, ni de démarchage à domicile. Le recrutement, discret et efficace,
se pratique uniquement par relations, car à la Soka Gakkai on dit
privilégier les « liens de cour à cour ». Ainsi, peut-on se voir invité un
soir au domicile d'un adepte par un proche, un ami, un parent pratiquant. On
ignore alors de quoi il en retourne, on nous a parlé de "bouddhisme ", d'une
"pratique", d'un "truc qui aide dans la vie quotidienne", et on y va "pour
voir". Notre ami (proche/parent) nous a affirmé que cela pourrait nous aider
à surmonter nos difficultés du moment. Après tout, qu'est-ce que l'on
risque? On n'a pas d'attirance particulière pour la religion, mais le
bouddhisme c'est autre chose, et puis, c'est vrai que ça ne va pas très fort
en ce moment.
On se rend donc un soir à une réunion de discussion (une "zad" en jargon
d'initié). Là, un petit groupe de pratiquants vous parlent de leur
expérience, de leurs difficultés passées, de leurs problèmes surmontés grâce
à cette pratique, et des immenses bienfaits apportés par ce « bouddhisme ».
Le ton n'est pas guindé, la réunion se déroule dans une ambiance conviviale,
sympathique, et se termine même par un petit cocktail. Ces gens sincères et
chaleureux affirment trouver dans cette pratique une solution à leurs
difficultés, et semblent y puiser une force et une joie de vivre étonnante.
Alors, pourquoi ne pas essayer?
Ils ne vivent pas dans une communauté fermée, et sont habillés "comme tout
le monde", tous sont intégrés socialement, et il n'y a pas de gourou. UNE
SECTE ? SÛREMENT PAS !
Plus tard, on découvrira la vaste organisation : "un mouvement pour la
paix", et ses nombreuses actions culturelles et humanitaires de par le
monde. On découvrira aussi son respectable dirigeant, un certain Daisaku
Ikeda, reçu comme un chef d'état par les plus grandes personnalités
mondiales. Puis l'on s'investira dans les diverses activités de
l'organisation, fier de contribuer à un si noble dessein. Petit à petit, on
épousera l'idéologie de l'organisation, et l'on adoptera son regard
dépréciateur envers les autres religions et les" autres bouddhismes". Et
l'on découvrira alors que la "grande famille Soka" à laquelle on a
maintenant le sentiment intime d'appartenir est parfois la cible d'attaques
extérieures malveillantes de la part d'écrivains, de journalistes, et même
de l'Etat français (Rapports parlementaires). Articles de presse
défavorables et critiques de toutes sortes seront vécus comme autant de
persécutions contre lesquelles il faudra de toutes ses forces se protéger.
Il faudra ignorer les critiques, faire taire ses doutes, et s'éloigner de
tous ceux qui, par envie ou ignorance, dénigrent la Soka Gakkai et cherchent
à nous en écarter.
Tout comme la majorité des gens, celui qui rencontre la Soka Gakkai ignore à
peu près tout de cette organisation et de l'immense polémique qui l'entoure
(articles de presse, soupçons d'espionnage industriel, procès en diffamation
intentés aux journaux, mauvaise image au Japon, etc.). Dans ces conditions,
peut-on réellement parler de liberté de choix ? Un véritable engagement
sincère et authentique n'exigerait-il pas, dès le départ, une connaissance
complète de l'organisation ?
3. Un peu d'histoire
La Soka Gakkai a été fondée dans les années 30 comme branche laïque de
l'école bouddhique Nichiren Shoshu, à laquelle elle a « emprunté » sa
doctrine : un bouddhisme radical hérité d'un moine japonais du XIIIe siècle,
Nichiren Daishonin (1222-1282).
Nichiren
Ce moine mystique prêchait un bouddhisme pour le moins radical. Nichiren
prônait en effet la dévotion exclusive au Sûtra du Lotus1, qui constituait
selon lui, la forme unique et définitive du bouddhisme, la "Loi correcte".
Estimant que sa compréhension n'était pas à la portée de tous, il en arriva
à déclarer que la seule dévotion à ce sutra permettait d'atteindre l'Eveil :
"Partant de l'idée que la lettre même du Sûtra possédait une vertu
salutaire, il en était bientôt arrivé à affirmer que cette vertu se trouvait
en quelque sorte concentrée dans le titre du Livre, et que par conséquent le
prononcé de ce titre en valait la lecture. Il suffisait en somme
d"'invoquer" le Livre pour bénéficier de cette vertu2." Et la récitation du
mantra « Nam Myo Renge Kyo » (Je rends hommage au Sûtra du Lotus3) constitue
aujourd'hui encore l'essentiel de la pratique "religieuse" de la Soka
Gakkai.
"Ardent patriote, Nichiren voulut faire de son pays le centre à partir
duquel la Doctrine telle qu'il la concevait, se répandrait sur le monde
entier4." Rêvant d'imposer sa vision spirituelle comme religion unique au
Japon, et de fusionner gouvernement et religion, Nichiren condamnait les
autres doctrines religieuses, y compris certaines écoles bouddhiques :
"Selon Nichiren, le Nembutsu"(croyants de la terre pure) était le chemin de
l'enfer, le zen était la doctrine des démons, et les rituels Shingon
menaient au désastre5." En 1260, il remit aux autorités un traité dans
lequel « il expliquait que les désastres fréquents qui ravageaient le Japon
à cette époque survenaient à cause des enseignements erronés du faux
bouddhisme [et] qu'afin d'établir la paix, le gouvernement devait interdire
toutes les autres écoles bouddhiques et obliger toute la population à
adopter sa vraie loi6. » Ses prises de position lui valurent de sérieux
ennuis. Il fut exilé par deux fois, et échappa même de justesse à la peine
capitale.
La Nichiren Shoshu
« A sa mort, Nichiren avait 260 disciples divisés en plusieurs écoles. La
plupart de ces écoles se sont réconciliées avec l'école fondatrice Nichiren
Shu, à part la Nichiren Shoshu (la vraie secte de Nichiren) qui est restée
un mouvement indépendant7. »
Nichiren n'ayant pas désigné d'héritier unique, ce sont les six doyens du
groupe de ses disciples qui se chargèrent à sa mort de répandre sa doctrine
et de protéger la tombe et le temple de Minobu. L'un d'entre eux, Nikko
Shonin (1246-1333), à la suite d'un différend l'opposant aux autres
patriarches, s'enfuit avec les restes du défunt Nichiren, et construisit en
1290 le temple Taiseki-ji, temple principal de la Nichiren Soshu situé au
Mont Fuji8.
« Le courant principal, incarné par les cinq autres disciples de Nichiren,
était la "faction tolérante", tandis que le courant de Nikko était la
"faction austère". Toutefois, certains spécialistes considèrent cette
faction minoritaire, peu portée aux concessions, comme plus pure et plus
orthodoxe que l'autre9." "L'actuelle Nichiren Soshu remonterait donc à
l'époque d'Edo et au moine Nikkan (1665-1726) qui réussit à régénérer
l'école de Nikko, à la 26ème génération. Cette école prit d'abord le nom de
"Nichiren Shu, faction de Taiseki-ji", et en 1912 seulement celui de
"Nichiren Shoshu "9. » Le 67ème et actuel Grand Prêtre de la Nichiren Shoshu
est Nikken (né en 1922). La Nichiren Shoshu demeure une école bouddhiste
minoritaire et "marginale". Un certain nombre de différences doctrinales la
distingue des autres courants bouddhistes, y compris des écoles se réclamant
de Nichiren. "Une des différences doctrinales majeures (...) se trouve dans
son interprétation de l'identité de Nichiren, et donc dans la signification
des Trois Trésors du Bouddhisme [le Bouddha, la loi, le clergé], la Nichiren
Shoshu voit Nichiren comme l'incarnation de l'Eternel Bouddha qui n'est pas
le Shakyamuni historique. L'Eternel Bouddha est considéré comme supérieur à
celui-ci10."
Quatre ans plus tard, le 24 avril 1979, Ikeda, accusé par les moines de la
Nichiren Shoshu de vouloir s'emparer du pouvoir, et d'être devenu "une sorte
de bouddha autoritaire", démissionne de sa fonction de président de la Soka
Gakkai Japon, qu'il exerçait depuis 20 ans. Cette démission n'étant que le
premier épisode d'un conflit entre l'organisation laïque et la secte
originelle, conflit qui ne cessera de s'intensifier au fil des années15.
Succèdent alors à Ikeda, devenu président honoraire, Hiroshi Hojo, ancien
sénateur et haut-responsable de l'organisation, puis en 1981, Einosuke
Akiya.
En 1983, La Soka Gakkai Internationale est reconnue organisation non
gouvernementale (ONG) auprès de l'ONU. Ikeda se voit remettre, en août 1983,
le prix de la paix des Nations Unies, et, cinq ans plus tard (le 16/6/1989),
le "Humanitarian Award" du Haut Commissariat des Nations Unies pour les
réfugiés.
La Soka Gakkai
Née au Japon dans les années 30, la branche laïque de la Nichiren Shoshu, ne
comptait à l'époque que quelques milliers de membres. Elle connut une
croissance considérable après-guerre, et surtout à partir des années 60 sous
l'impulsion de son troisième président Daisaku Ikeda.
En 1930, un éducateur japonais, Tsunesaburo Makiguchi [1871/1944], converti
deux ans plus tôt au bouddhisme de la Nichiren Shoshu, fonde en compagnie de
Josei Toda [1900/1958] la « Soka Kyoiku Gakkai » (Société pour une éducation
créatrice de valeurs). Le but de ce groupe était alors d'appliquer les
principes bouddhiques de la Nichiren Shoshu dans le domaine de l'éducation.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Toda et Makiguchi sont emprisonnés, et ce
dernier décède en prison en novembre 1944. Libéré un an plus tard (le 3
juillet 1945), Toda reconstruit l'organisation, dont le but se voit élargi à
la paix, la culture, et l'éducation, et qui est rebaptisée (en mars 1946)
« Soka Gakkai » (Société créatrice de valeurs).
"Toda voulait recruter 750 000 familles avant sa mort (...). Un programme
fanatique de "Shaku-buku" (recrutement) fut entrepris11." Un objectif que la
Soka Gakkai proclama atteint en 1957.
Josei Toda meurt un an plus tard, et son disciple, Daisaku Ikeda (né en 1928
à Tokyo) prend le pouvoir. Ikeda, devenu le troisième président de la Soka
Gakkai le 3 mai 1960, développera le mouvement hors des frontières du Japon,
et lui donnera son orientation politique.
Le mouvement s'implante sur le territoire français sous la forme
"association loi de 1901" en avril 1966.
"En mai 1964, la Soka Gakkai était devenue une des plus grandes
organisations religieuses du Japon, déclarant 4,3 millions de foyers
adhérents, soit plus de 10 millions d'individus (...). Ikeda mentionna alors
pour la première fois le projet de faire entrer ses membres au Parlement et
de créer un parti politique religieux 12. "Ce fut chose faite le 17 novembre
1964 avec la création du Komeito ("Parti du gouvernement propre"ou "Parti de
la probité"). "Le Komeito est ainsi devenu le premier parti religieux
japonais, fondé sur un programme de fusion entre pouvoir d'Etat et religion.
(...)Le Komeito et la Soka Gakkai étaient des organisations absolument
jumeIles13." En 1970, la Soka Gakkai se sépare "officiellement" du Komeito,
"pour couper court aux accusations de confondre religion et politique (.)14.
" Mais malgré cette séparation affichée, le parti politique reste un "outil"
de la secte. "Malgré son image "laïque", le Komeïto reste très dépendant de
la Soka Gakkai, son principal soutien électoral. La secte a d'ailleurs
continué à jouer un rôle important dans la vie politique notamment en faveur
de la normalisation des relations avec la Chine (...)14." Les deux
organisations demeurent aujourd'hui encore intimement liées.
Le 26 janvier 1975, La Soka Gakkai Internationale (SGI) qui regroupe
l'ensemble des organisations de chaque pays voit le jour, avec à sa tête
Daisaku Ikeda.
Ikeda et les moines : rien ne va plus !
En 1990, le torchon brûle entre le grand patriarche de la Nichiren Shoshu et
la Soka Gakkai. Ikeda se voit limogé par Nikken pour avoir émis des
critiques à son encontre: "La Nichiren Shoshu [met] fin au mandat de Sokoto
(représentant des organisations laïques de la NS) détenu par Ikeda, le
27/12/90, et lui [retire] la responsabilité exclusive de la propagation du
bouddhisme en dehors du Japon16."
En novembre 1991, la guerre éclate, et c'est l'organisation tout entière qui
se voit purement et simplement excommuniée par les moines. Dans une "Notice
d'excommunication de la Soka Gakkai" datée du 28 novembre 1991 et adressée à
ses dirigeants, le clergé affirme sa complète séparation avec l'organisation
japonaise, ainsi qu'avec l'ensemble des organisations Soka Gakkai de par le
monde : "(...) la Soka Gakkai détruit elle-même le but et la raison de son
existence en tant qu'organisation laïque et va à l'encontre de
l'enseignement et de la foi de la Nichiren Shoshu, (...). Après plusieurs
directives et mesures disciplinaires, (...) la Soka Gakkai n'a pas montré le
plus petit signe de retour sur soi-même ou de repentir. Le clergé, par
conséquent, déclare qu'il ne peut plus tolérer la Soka Gakkai au sein des
organisations laïques de la Nichiren Shoshu. (...) De plus, (...) toutes les
organisations de la SGI qui acceptent ou soutiennent les directives de la
Soka Gakkai sont également excommuniées et n'ont désormais plus de liens
avec la Nichiren Shoshu17."
A l'origine du schisme: les différents scandales politiques et financiers18
auxquels se trouvait mêlée de près ou de loin la Soka Gakkai, et l'attitude
autoritaire d'Ikeda, accusé de trahir la doctrine, et de prêcher pour sa
propre religion. "Diffamation, vénalité et usurpation d'autorité cléricale,
voilà, entre autres, les péchés dont le prêtre principal de la secte, Nikken
Abe, accuse le groupe laïque. Il accuse les chefs de Soka Gakkai d'accomplir
des fonctions sacrées réservées au clergé (...)19." De son côté, la Soka
Gakkai réplique à cette excommunication taxée de "mesure brutale et
anachronique" en réclamant la démission du Grand Prêtre de la Nichiren
Shoshu. Fustigeant les comportements féodaux du clergé, et dénonçant la vie
corrompue des moines, M. Ikeda [rend] public un long document
d'excommunication (...). Il [interdit désormais] le pèlerinage au temple du
Mont Fuji (d'où [un] énorme manque à gagner pour les moines) et la présence
des prêtres de la Nichiren Shoshu aux funérailles. Bref, c'est la lutte à
couteaux tirés20."
Une situation bien embarrassante pour la Soka Gakkai, qui, malgré sa
supériorité numérique, et Bien qu'ayant été reconnue (en 1952) organisation
religieuse au Japon, se retrouve privée de son affiliation aux héritiers de
Nichiren, et perd du même coup sa légitimité. Ce qui l'oblige à corriger
certains écrits, et à revoir sa position vis-à-vis des moines de la Nichiren
Shoshu et du Grand Prêtre Nikken : « Ce dernier précédemment considéré par
la Soka Gakkai comme son Grand Prêtre est maintenant condamné et traité de
démon du ciel (Tenma). Pour les adapter à ce nouveau contexte, la Soka
Gakkai révise ses livres et ses dossiers d'études sur la doctrine de la
Nichiren Shoshu et en particulier sur la notion de vrais héritiers (...).
Par exemple, dans son livre « le bouddhisme en action », Ikeda affirmait :
d'autres écoles qui se réclament de Nichiren peuvent sembler avoir la même
doctrine que nous, mais il leur manque cet héritage en ligne directe et sans
discontinuité à partir de Nichiren ; si la foi n'est pas basée sur cet
héritage en ligne directe, il est inutile de se référer à un Gohonzon21
ainsi fabriqué car aucun fruit ne peut en résulter22.»Et la guerre fit rage
au Japon entre la Soka Gakkai et l'école bouddhique désormais surnommée "la
secte Nikken", Japon où près d'une centaine de procès opposèrent les deux
organisations .
" Cette guerre prit une telle dimension qu'elle ternit au Japon, l'image de
la Soka Gakkai et sa réputation de mouvement bouddhiste humanitaire,
respectueux des droits de l'homme (...)24." Une image négative dans
l'opinion publique nippone qui contraste avec son image internationale. Une
mauvaise réputation qui n'a pas empêché son expansion à l'étranger. La Soka
Gakkai serait aujourd'hui présente dans 177 pays, dont la France, où elle
compterait entre 6000 et 8000 membres. Une implantation réussie en toute
discrétion. En effet, qui connaît l'existence de cette organisation ? «
Cette secte a tissé subrepticement sa toile sur la scène internationale,
quasiment à l'insu de tout le monde, or cette faible visibilité n'a pas été
un obstacle à son implantation24."
Actuellement, Le président de la Soka Gakkai France est (depuis 1999) Yoshio
Chiba. Daisaku Ikeda est toujours président de la SGI, et bien qu'il ne soit
que président honoraire de l'organisation japonaise Soka Gakkai (Le
président actuel étant toujours Einosuke Akiya), il demeure pour tous les
adeptes, français et étrangers, le leader suprême, le Sensei (Le maître).
1. Les sutras (ou soutras) sont des textes rapportant les paroles du
Bouddha. Le Sutra du Lotus est l'un des principaux sutras du Bouddhisme
Mahayana (Grand Véhicule). Il se compose de 28 chapitres. Les adeptes de
Soka Gakkai n'en étudient que deux: les 2ème et 16ème chapitres, qu'ils
récitent deux fois par jour. C'est la récitation "Gongyo".
2. René Sieffert, "Les religions du Japon", P.U.F., 1968.
3. "Namu signifie dévotion en Sanskrit, et Myo-Renge-Kyo est le titre du
sûtra du lotus en japonais. Le mantra Namu- Myoho-Renge-Kyo veut dire
"dévotion au sûtra du lotus en japonais "("A profile of Soka Gakkai " T.
Hirano, 1996).
4. Jacques Brosse, "Les grands maîtres de la spiritualité", Larousse-Bordas,
1998.
5. ln "A profile of Soka Gakkai", re-arranged by T. Hirano, 1996.
6. Ibid.
7. Florence Lacroix, propos recueillis en avril 2000. Chercheuse en sciences
politiques, Florence Lacroix a vécu sept ans au Japon. Elle doit soutenir
prochainement à la Sorbonne une thèse sur la Soka Gakkai, et sa stratégie
internationale. Ce travail, fruit d'une enquête menée au Japon et en France
à partir de fréquentations à l'intérieur et hors de la secte, de
témoignages, de documents internes, d'ouvrages et d'articles en langue
japonaise, etc. fera l'objet d'un livre courant 2002.
8. Ainsi, cette école est appelée "école Niko" ou "école Fuji".
9. Florence Lacroix, op. cit.
10. In "A profile of Soka Gakkai", op. cit.
11. Ibid.
12. ln "Problèmes politiques et sociaux" n° 603.
13. Ibid.
14. Philippe Pons, "Le Monde", 27 avril 1979.
15. « Rappelons que dans les années 70, se fit jour la rumeur que Ikeda
était la réincarnation de Nichiren, les prêtres lui demandèrent de se
rétracter. Ikeda répliqua en disant: une personne comme moi peut-elle être
considérée comme un Dieu vivant ou une réincarnation de Bouddha ? C'est un
non-sens ! Pourtant la rumeur persista (.) . ("A profile of Soka Gakkai",
re-arranged by T. Hirano, 1996).
16. Document C.C.M.M. (Centre Roger Ikor), octobre 1991.
17. Extraits du « Résumé de la "Notice d'excommunication de la Soka
Gakkai" ».
18. "En 1988, la Soka Gakkai est condamnée par un tribunal de Tokyo pour
avoir placé sur écoutes le téléphone du domicile privé du secrétaire général
du PC japonais." (Extrait de "Bulles" n 31, troisième trimestre 1991).
« La Soka Gakkai a été poursuivie par le fisc pour avoir soustrait 2,3
milliards de yens [environ 92 millions de francs] obtenus sur la vente de
tombes (.) Elle est, d'autre part, impliquée dans une affaire de commissions
évaporées dans des ventes successives de tableaux de Renoir sur laquelle
enquête également le fisc (...). » (Philippe Pons, "Le Monde", dimanche
1er - lundi 2 décembre 1991).
"Il y a deux ans, la découverte dans un dépôt à Yokohama d'un coffre
contenant une valeur de 1,2 millions de dollars en yens a amené les
enquêteurs sur la trace d'un membre de Soka Gakkai ." ("International Herald
Tribune", par Steven R. Weisman, Il février 1992).
19. "International Herald Tribune", par Steven R. Weisman, Il février 1992.
20. Extrait de "Bulles" n°33, 1er trimestre 1992.
21. Parchemin devant lequel l'adepte pratique (voir chapitre "La pratique").
22. Lire à ce sujet « A profile of Soka Gakkai », op. cit. .
23. ln "A profile of Soka Gakkai", op. cit.
24. Florence Lacroix., op. cit.
4. La Pratique
L'essentiel de la pratique pour les adeptes de la Soka Gakkai consiste en la
lecture biquotidienne (Gongyo) d'extraits des 2ème et 16ème chapitres du
Sûtra du Lotus (chapitres « Hoben » et « Juryô »), ainsi que la récitation
matin et soir, parfois des heures durant, de la formule sacrée [magique ? ]
" Nam Myo Renge Kyo1", appelée "Daimoku2".
"Un tel dépouillement de l'office cultuel est jugé par la plupart des
membres comme une simplification du bouddhisme qui le démocratise en le
mettant à la portée de tout un chacun (...)3."
Le « Gohonzon »
A l'exception de certains grands rassemblements, la pratique se déroule à
domicile. L'adepte, seul ou en famille, récite « gongyo » et « daimoku »,
mains jointes devant le Gohonzon, sorte de parchemin sur lequel figure la
calligraphie de la formule symbolisant la "Loi merveilleuse" : "Nam myo
renge kyo".
"Le Gohonzon joue ainsi le rôle d'un lieu enchanté où, l'espace d'une
pratique, tout peut être possible à condition que la foi, la shinjin, soit
entière et déterminée et que le doute sans cesse renaissant soit combattu
comme une tentation pernicieuse 3."
Ce Gohonzon que possède le pratiquant est une réplique du « Daigohonzon »
(Grand Gohonzon), gravé par Nichiren lui-même, et dont l'original se trouve
au "Grand Temple Taisekiji"(Japon). Le Gohonzon est remis officiellement
lors d'une cérémonie solennelle durant laquelle l'adepte prête serment de
rejeter les "enseignements provisoires", promettant une loyauté exclusive
envers la Loi et ses maîtres4.
La "Zad"
Par petits groupes, les adeptes se réunissent régulièrement pour pratiquer
et étudier les écrits de D. Ikeda, ou ceux de Nichiren revus et corrigés par
le même Ikeda, c'est la " zadankai".
La "zad", qui se déroule au domicile de l'un des pratiquants, est également
le lieu de discussion et de témoignage où l'on va raconter son "expérience
bouddhique", et vanter les bienfaits obtenus par la pratique.
Ces réunions sont dirigées par le "kumisho", et bien que l'ambiance ne soit
pas formaliste, elles n'en sont pas moins soigneusement préparées : "en
effet, chaque réunion de discussion a été répétée quelques jours à l'avance
par les responsables de groupe; ils déterminent le thème et prévoient
quelles expériences ils vont raconter (...). Les gens sont assis en cercle
dans la salle de séjour où se tient la "zad" (...). La réunion débute par
une brève auto présentation des participants semblable à celle des groupes
de rencontre de type psychothérapeutiques, qui se limite habituellement à
quelques traits : nom, âge, métier, date de début de pratique, à quoi on
ajoute parfois une assertion convenue du genre "et je suis très heureux
d'être là 5."
"La maison qui abrite votre vie"
Le pratiquant se doit de respecter et de protéger le Gohonzon, celui-ci
symbolisant sa vie tout entière qui en sera le reflet. « [Pour lui], le
Gohonzon est la chose la plus précieuse de sa vie, la première à sauver en
cas d'incendie dans un appartement, par exemple6. » Par conséquent, pas
question de le punaiser sur le mur du salon, le précieux parchemin est
enchâssé dans un meuble/autel appelé "Butsudan", auquel on se doit
d'attribuer une place d'honneur au sein de l'habitat, et sur lequel doivent
être déposées chaque jour des offrandes symboliques: eau, fruits, encens,
bougies, feuillages. "Bien entendu, personne ne vous dit quel doit être, et
à quoi doit ressembler votre butsudan. Mais il représente la maison qui
abrite votre vie. Alors trois morceaux de cagettes, c'est un peu court.
Surtout si l'on vous dit que mieux vous enchâsserez votre gohonzon, et mieux
votre vie se verra protégée (Extrait du témoignage d'une ex- adepte)."
Cher C.E.D.I.S.
L'adepte peut fabriquer de ses propres mains son butsudan, mais le précieux
meuble peut également être commandé auprès de la société "CEDIS"(Compagnie
Européenne de Distribution et de Services). Cette S.A.R.L. basée à Arcueil
(94), et à la tête de laquelle nous retrouvons Yoshio Chiba, l'actuel
président de Soka Gakkai France, fabrique et commercialise les multiples
accessoires nécessaires à la pratique : des autels bouddhiques aux
indispensables gongs, des chapelets aux présentoirs à offrandes, des
diverses coupes à eau et à riz en passant par les bougeoirs, bacs à encens,
vases, fournitures pour l'éclairage interne de l'autel, etc. Cedis propose
également les différents ouvrages et les incontournables publications
internes : livrets de pratiques, brochures d'étude, textes et discours de
Daisaku Ikeda, etc. Ainsi, le pratiquant pourra choisir son butsudan sur
catalogue pour un prix variant de 970,00 francs (147 ?) à 8200,00 francs
(1250 ?).(tarifs octobre 2000)7. Ce n'est pas donné, mais rien ne vous
oblige à choisir le modèle de luxe, si ce n'est que " mieux vous enchâsserez
votre Gohonzon et mieux votre vie se verra protégée."
« Les daimoku, comme un aimant, attirent les bienfaits 8 »
"Avec la prière, en récitant daimoku, on acquiert de la sagesse. Chaque
matin, on expose son désir, sa décision de réaliser la paix mondiale dans sa
famille, au sein de son couple, dans son travail, etc. Et puis après, on
agit au quotidien. Pas à pas, on répète ce processus tous les jours, ce qui
nous conduit vers la réalisation de nos souhaits9."
Par cette pratique, l'adepte est censé obtenir de multiples bienfaits, dans
tous les domaines de sa vie : santé, travail, relations, vie sentimentale,
etc. Une pratique assidue et "correcte" conduit immanquablement au succès
désiré. Chercheuse en science politique, Florence Lacroixl0, qui s'intéresse
de près à la Soka Gakkai depuis plusieurs années, en connaît bien les
mécanismes : « L'idée de base est que le karma est allégeable et modifiable
par une pratique "correcte". Toute l'astuce réside dans l'adjectif
"correct". Si vous pratiquez correctement, vous devez obtenir la réalisation
de vos désirs, de la rencontre avec l'âme sour à la guérison du sida, en
passant par un travail, une promotion, l'achat d'une maison, le règlement de
vos problèmes relationnels avec belle-maman, ou avec votre femme, votre
impuissance, votre stérilité etc. Vous pouvez tout obtenir par une pratique
correcte. » Rien de magique vous diront les adeptes, mais une pratique
agissant comme un "accélérateur de vie", une pratique permettant de tout
"transformer". « Cette notion de "transformer" est très importante pour les
pratiquants car, tout le temps, on vous dit qu'il n'y a pas de miracles,
mais que la vie est comme une balance : d'un côté, il y a le mauvais karma
(dû aux mauvaises actions commises dans cette vie et dans les vies
précédentes), et pour "racheter" ce mauvais karma, une seule solution :
pratiquer (Extrait du témoignage d'une ex-adepte). »
Et la puissance de la récitation, nous dit-on est immense : « Nam Myo Renge
Kyo est semblable au rugissement d'un lion. » Les publications comme le
journal « Cap sur la paix » et le mensuel « Troisième Civilisation (TC) »
regorgent de témoignages et de récits d'expériences attestant de
l'efficacité de cette pratique ; morceaux choisis :
« En 1996, la bonne fortune accumulée grâce aux activités bouddhiques, et de
nombreux daimoku m'ont permis de réussir le concours d'entrée à l'école
d'infirmière et de poursuivre mes études dans de bonnes conditions
financières ("Cap sur la paix"n°320, 16 mars 2000) »
« (...) c'est avec beaucoup de découragement que j'entamais ce travail (...)
Mais c'était compter sans les effets de ma pratique. Dès qu'un obstacle
apparaissait (et ils furent nombreux), ils étaient pulvérisés et remplacés
par des bienfaits sans aucune mesure ! (...), ma pratique était très
efficace, me permettant d'accroître la qualité de mon travail, me donnant
chaque fois un peu plus de force dans ma détermination (TC n°465, mai 2000,
p11 ). »
« Je confondais plaisir de la bonne chère avec alcoolisme ! (...), je pris
la ferme décision d'arrêter de me détruire par cette drogue (...), et je
commençais ce long combat à renfort de daimoku (...) Maintenant je sais que
si je n'avais pas rencontré la Loi bouddhique merveilleuse, j'aurais
certainement plongé dans l'alcoolisme profond (TC n°463, mars 2000, p11). »
« (...) Il me fallait de l'argent. Je pratiquais en exprimant mon désir de
trouver la meilleure solution. Dans le même temps, la mairie de Nîmes
instaura un RMI et je me vis attribuer exactement la somme qu'il me fallait
par mois. (...)A peine avais-je terminé les trois heures de pratique que je
m'étais fixées que le téléphone a sonné. C'était un ami, à qui j'ai tout
naturellement expliqué ce qui m'arrivait. Après m'avoir écouté, il m'a dit
qu'il venait de recevoir une grosse somme d'argent et qu'il m'envoyait ce
dont j'avais besoin... (TC n°465, mai 2000, p.18 )"
« (...) Après des années d'efforts et de travail, j'ai en quelques heures
perdu tout ce que j'avais construit et plus, sans compter les problèmes qui
sont venus derrière, touchant mon environnement proche. (...)Tout
m'échappait, je n'arrivais pas à restaurer mes affaires. Comme j'avais
épuisé toutes les ressources possibles et que je n'ai aucun mal à faire
beaucoup de daimoku, je me suis décidé à pratiquer jusqu'à ce que ma
situation change, et cela m'a pris des jours et des jours... et la situation
a changé. »
"J'avais contracté un virus inconnu par les médecins et mes chances de
survie étaient de 2 % (...), en faisant daimoku, mon corps a produit des
anticorps et j'ai réussi de cette façon à expurger le virus [sic] (TC n°465,
mai 2000, p.18 )."
"Grâce à la maladie, j'ai pu vérifier la grande force de la Loi bouddhique
(...). Ma femme m'a dit: « les médecins ne peuvent rien pour toi. Tu dois
pratiquer » (...), je me suis alors mis à réciter Nam Myo Renge Kyo. Au bout
de quatre jours, mon état s'est amélioré et à la grande surprise du corps
médical, j'ai évité l'intervention chirurgicale. (.) J'ai maintenant 76 ans
(...). En pensant rétrospectivement aux trente-huit premières années de ma
vie, maladies et accidents de toutes sortes, il m'apparaît clairement que
mon karma était de mourir jeune. Je suis persuadé que c'est grâce à la
pratique bouddhique, en suivant les directives du président Ikeda, que j'ai
pu ainsi prolonger ma vie (TC n°463, mars 2000, p.32 )."
Bien sûr, les résultats ne sont pas forcément immédiats, mais il faut
persister, et surtout ne pas douter : "Pendant mes cinq premières années de
pratique, alors que j'avais "la tête dans le sable", j'ai parfois douté de
l'issue de ce combat. Ces résultats concrets ont dépassé mes espoirs ("Cap
sur la paix" n°320, 16 mars 2000)."
Si la récitation permet d'ambitieuses réalisations, les aspirations et les
buts recherchés par le pratiquant peuvent être parfois beaucoup plus
prosaïques : « J'ai 26 ans et je suis née dans une famille de pratiquants.
Très jeune j'ai compris que je pouvais utiliser la pratique pour résoudre
tout type de difficulté ; Je ne m'en privais pas et j'utilisais les daimoku
épisodiquement : lorsque je voulais avoir une bonne note à l'école, ou pour
ne pas tomber du tire-fesses pendant les vacances de ski... ("Cap sur la
paix"n°320, 16 mars 2000). »
Nul besoin de comprendre, récitez !
Il suffirait donc de pratiquer, pour obtenir les succès désirés, et pour que
les bienfaits de toutes sortes se produisent immanquablement. Et les
résultats sont garantis sans qu'il soit absolument nécessaire de comprendre
le sens de ces litanies, comme nous l'explique D. Ikeda dans cet extrait du
journal jeunesse de SGF "Cap sur la paix"(n°320 du 16 mars 2000) :
Question : « Pourquoi obtient-on des bienfaits en récitant gongyo et daimoku
même si l'on en comprend pas le sens ? »
Réponse d'Ikeda : « Un nourrisson tète le lait de sa mère. A-t-il besoin
pour cela de connaître la composition chimique du lait qu'il boit ? Sans
savoir pourquoi, si ce bébé tète, il grandit. Il en va de même pour la
récitation de gongyo et daimoku. Naturellement, si nous en comprenons le
sens, c'est encore mieux, mais cela ne fera que renforcer notre foi en la
Loi merveilleuse (...), même si nous ne comprenons pas le sens de ce que
nous récitons, quand nous faisons gongyo et daimoku, notre voix est entendu
par les bouddhas, les bodhisattvas et les divinités bouddhiques à travers le
temps et l'espace, éveillant les fonctions protectrices dans la vie et dans
l'univers. Cela reste invisible mais tout l'univers se met en marche pour
que notre prière se réalise. »
"De la répétition au conditionnement"
Cette pratique qui pourrait à première vue s'apparenter à une inoffensive
"méthode Coué" peut en réalité constituer un redoutable outil d'enfermement.
En effet, l'adepte s'autopersuade que tous les événements heureux qui
surviennent dans sa vie sont dus à la pratique. Ainsi, les réussites
professionnelles ou personnelles sont immanquablement mises sur le compte de
la pratique, et constituent autant de "preuves actuelles" de son indéniable
efficacité. "La preuve actuelle ou concrète (...) est la plus déterminante
(...), elle ne laisse aucun doute : c'est la victoire dans notre vie
quotidienne, l'atteinte de notre but et surtout le bonheur que donne en
toutes circonstances un état de vie éveillé11."
En revanche, les difficultés rencontrées par le pratiquant, les problèmes
de toutes sortes, les échecs sentimentaux ou professionnels, témoigneront
d'une pratique incorrecte ou insuffisante. La non-réalisation des désirs de
l'adepte ne remettra pas en question le bien-fondé et "l'efficacité" de
cette pratique, mais la sincérité de sa croyance et de son engagement.
L'absence de résultats n'aura pas pour conséquence d'éloigner l'adepte de
cette pratique, mais au contraire de l'enfermer dans une logique le
conduisant à pratiquer toujours davantage.
Entre espoir et terreur
A ce stade, l'attitude de l'adepte pourrait être comparée à celle d'un
individu souffrant d'une passion maladive du jeu. En effet, comme le joueur
contraint par une pulsion irrésistible à remiser sans cesse dans l'espoir de
"se refaire", et d'enfin "rafler la mise", l'adepte s'enferme dans un
comportement compulsif qui l'entraîne à pratiquer toujours plus, dans
l'espoir irraisonné du "gain" tant espéré. Impossible d'avoir tant perdu
pour ne pas finir par gagner. Impossible, après tant d'efforts et de
sacrifices, de ne pas obtenir enfin de bénéfices. L'adepte ne peut pas
s'arrêter maintenant, alors qu'il n'est peut-être qu'à quelques "daimoku" du
résultat. "Ce résultat si merveilleux, si attendu porte un nom, c'est le
"kuduku", et son contraire, c'est le "bachi" (prononcer "batchi"). Celui-là,
c'est le résultat négatif, celui qui nous tombe dessus parce que l'on a
planté des causes négatives. Par exemple, lorsque l'on dit du mal de la
pratique, des pratiquants, ou quand d'une façon ou d'une autre on a cherché
à nuire à la Soka Gakkai, et le bachi peut être terrible : maladie grave,
accident soudain... (...). C'est pourquoi vous ne rencontrez pas de
pratiquants pour dénoncer les pratiques de la Soka Gakkai, car ils ont peur
du bachi, et puis ils ont fait tant d'efforts pendant tant de temps, qu'ils
espèrent qu'un jour, peut-être, ils ramasseront tout de même le kuduku qui
changera leur vie en joie (Extrait du témoignage d'une ex-adepte)."
L'absence de résultats qui tend à marginaliser l'adepte vis à vis du groupe,
le conduit parfois à un véritable déni de la réalité, comme nous l'explique
Florence Lacroix : "Si l'adepte n'obtient pas la réalisation de ses désirs,
souvent légitimes d'ailleurs, c'est qu'il pratique mal. Alors, un supérieur
hiérarchique l'aide à rectifier le tir, mais si ça ne donne rien, la non
réalisation de ce désir devient une menace pour la cohésion du groupe.
Surtout s'il commence à douter. (...) Il est à un moment où, à force de se
voir accusé de ne pas pratiquer correctement, l'adepte culpabilisé va finir
par altérer sa propre évaluation de sa situation et peu à peu, abdiquer sa
faculté de jugement. Il va en arriver à s'autopersuader que sa situation
s'améliore à vue d'oil, que certes ça pourrait aller mieux, mais que ça
pourrait aussi être pire. ". Arrêter la pratique signifie pour l'adepte, non
seulement renoncer aux bienfaits qu'il aurait pu obtenir en persévérant,
mais également perdre tout ce qu'il croit avoir acquis depuis le début grâce
à elle. Ayant souvent rencontré l'organisation et commencé à pratiquer alors
qu'il traversait une situation difficile, l'idée même de s'en éloigner fait
naître en lui une insupportable angoisse, et le laisse en proie à une
véritable terreur : « La terreur, c'est quand l'adepte est persuadé que s'il
arrête la pratique et sort de la Soka Gakkai, il perdra non seulement ce
qu'il aurait pu obtenir dans une pratique "correcte", donc un bienfait
virtuel, mais aussi ce qu'il possède déjà, la santé, un revenu minimum, son
domicile, son conjoint, etc. Il se sent habité par une peur irraisonnée qui
s'étend par cercles concentriques à chacun des domaines de la vie. La
terreur est à la mesure de l'espoir dont elle est la face noire. Son
jaillissement sanctionne la perte de l'espoir. Autrement dit, l'adepte a le
choix entre se claquemurer dans un espoir déréalisant ou éprouver une
terreur épouvantable et qui crée une tension bien plus éprouvante. La
terreur est mitoyenne de l'espoir, et c'est cette mitoyenneté qui enferme
l'adepte dans une déréalisation parfois stupéfiante. Elle est alimentée par
les menaces spirituelles faites téléphoniquement ou par courrier aux adeptes
qui s'éloignent de la secte. Ils doivent alors s'attendre à développer un
cancer, à perdre leur emploi ou leur conjoint, etc. (Florence Lacroix). »
Les dangers du mantra
Un mantra est une formule sacrée (phrase ou simple syllabe) censée posséder
un pouvoir spirituel. L'usage du mantra se retrouve dans l'hindouisme et le
bouddhisme (principalement dans le courant "Vajrayana "). "Le principe est
simple : il s'agit de répéter un son, une syllabe ou une phrase à un rythme
variable. (...) L'important n'est pas la signification de la phrase
prononcée, mais bien la prononciation rituelle du mantra dont l'efficacité
résulte de la répétition rythmée du son, soit à haute voix, soit à voix
basse, soit encore mentalement (...)12." Mais l'emploi du mantra n'est pas
anodin et sa répétition forcenée peut présenter des risques : "[le mantra]
peut avoir une signification ou non. On le dit et le redit des centaines ou
des milliers de fois par jour pour apaiser son esprit et progresser. Mais
attention ! Le mantra n'est pas neutre. (...)La fréquence de la répétition
doit être adaptée aux possibilités des uns et des autres. S'il est mal dosé,
il peut provoquer des troubles : excitation, hallucinations, auto hypnose
(...)13." De nombreux spécialistes comme le docteur Jean-Marie Abgrall14,
s'accordent sur les dangers possibles d'une telle pratique : "L'emploi des
mantra est une des techniques les plus répandues dans les sectes. Son
apparence caricaturale, sa banalisation masquent bien souvent des dangers
véritables. Le mot mantra vient du sanscrit "formule sacrée". Dans les
sectes, il est de surcroît un "instrument de pensée." (...)Cette répétition
permet d'obtenir une baisse de vigilance qui peut conduire au sommeil
hypnotique, voire à la transe15." On connaît le fameux mantra "Hare Krishna,
Hare Krishna, Krishna, Krishna, Krishna, Hare, etc." des membres de
l'A.I.C.K.16. « La Soka Gakkai (...) utilise largement ce processus de
répétition pour ancrer les termes et la doctrine dans le mental, de même que
pour impliquer physiquement et psychologiquement le sujet qui consacre par
ce biais temps et énergie à la secte 17. »
La pratique exigée des adeptes de la Soka Gakkai, comme nous l'avons vu,
consiste en la récitation de la formule "Nam Myho Renge Kyo", dont la
répétition est censée apporter d'innombrables bienfaits et conduire
immanquablement au succès désiré. La durée de la récitation peut être
variable et peut se voir prolongée pendant des heures en vue d'un résultat
déterminé. Ainsi, le pratiquant peut être amené à faire un million de
daimoku dans un but précis, ou pour obtenir la solution d'un problème. Une
telle pratique peut paraître saugrenue, mais il ne faut toutefois pas en
négliger les effets et les dangers, ni "minimiser le phénomène d'hypnose
auto-suggestive des mantras répétés à l'infini (parfois durant des heures,
des nuits entières. . . ) qui crée une accoutumance et produit un effet
aliénant18." S'il est vrai que ces séances de récitation procurent à court
terme des sensations d'apaisement et de bien-être, il n'en demeure pas moins
qu'elles peuvent fragiliser le psychisme de la personne à son insu, la
rendant perméable à toutes formes de suggestions, l'entraînant malgré elle
"au seuil de l'auto hypnose, dans une zone où elle perdra tout esprit
critique et laissera pénétrer sans le savoir le discours du Maître au plus
profond de son subconscient même 19."
__________________
1. Namu Signifie dévotion en sanskrit et Myoho-Renge-Kyo est le titre du
sûtra du lotus en japonais. Le mantra Namu-Myoho-Renge-Kyo veut dire «
dévotion au sûtra du lotus » et s'appelle le Dai-moku (le titre sacré) dans
le bouddhisme de Nichiren. (...) Il Y a aussi une différence dans la
prononciation de Dai-Moku, les autres mouvements [se réclamant de Nichiren]
ont adopté Namu-Myoho-Renge-Kyo, alors que la Nichiren Shoshu (et la soka
Gakkai) utilisent Nam'Myoho-Renge-Kyo (Extrait de : "A profile of Soka
Gakkai", re-arranged by T. Hirano, 1996)."
2. « On dit "réciter Daimoku", faire Daimoku" ou "pratiquer" pour nommer
l'action de réciter Nam Myoho Renge Kyo (Extrait du glossaire du mensuel de
SGF "Troisième Civilisation' n°464, juin 1999). »
3. Louis Hourmant, "Sectes et démocratie", sous la direction de Françoise
Champion et Martine Cohen, Seuil, janvier 1999.
4. D'après "Bulles" (bulletin de l'U.N.A.D.F.I.) n°15, 3ème trimestre 1987.
5. Louis Hourmant, "Sectes et démocratie", op. cit.
6. Ibid.
7. Ces prix concernent le butsudan seul, butsudan qu'il est d'usage de
rehausser d'un socle (prix : de 460 F (70 ?) à 1300 F (198 ?)) et
d'installer sur un meuble/support surmonté d'une tablette haute (prix: de
4100 F (625 ?)à 5200 F(792 ?)), la tablette basse est en supplément (prix :
de 1100 F (167 ?)à 1300 F(198 ?)).
8. Extrait de 'Troisième Civilisation" (mensuel de Soka Gakkai France)
n°463, mars 2000 (p.32 ).
9. Extrait de "Troisième Civilisation" n°465, mai 2000 (p.19).
10. Op. cit.
11. Extrait de "Troisième Civilisation" n°460, décembre 1999 (p.l7).
12. Jean-Marie Abgrall, "La mécanique des sectes", Payot et Rivages, 1996.
13. Bernard Fillaire, "Le grand décervelage", Plon, 1993.
14. Jean-Marie Abgrall est psychiatre, criminologue, et expert auprès des
tribunaux. Spécialiste du phénomène sectaire, il est l'auteur de nombreux
ouvrage sur le sujet.
15. ln "La mécanique des sectes", op. cit.
16. « Association Internationale pour la Conscience de Krishna ».
17. Laetitia Schlesser-Gamelin, "Le langage des sectes", Editions Salvator,
mars 1999.
18. Note A.D.F.I. décembre 1997.
19. Max Bouderlique, "Sectes, les manipulations mentales", Chroniques
sociales, mars 1996.
5. Soka Gakkai, Le bouddhisme en question
Celui qui fait ses premiers pas dans cette organisation n'en doute pas : il
va se voir initié au bouddhisme. La nouvelle recrue se voit invitée par un
"ami bouddhiste" à participer à une réunion de discussion, une "zad". Tous
les adeptes de la Soka Gakkai vous diront pratiquer LE bouddhisme, traduisez
par "le bouddhisme de Nichiren", ou plus exactement "le bouddhisme version
Soka Gakkai". Car malgré l'excommunication prononcée à son encontre par les
Grands Prêtres de la Nichiren Shoshu, son école originelle (voir
historique), la Soka Gakkai continue de revendiquer cette filiation et de se
présenter comme l'héritière directe (et unique) de Nichiren.
Mais la position de la Soka Gakkai par rapport au bouddhisme est pour le
moins ambiguë :
"Elle s'édifie au-dessus, prétend en être la continuité, tout en s'en
démarquant radicalement de façon à justifier sa raison d'être1." Comme nous
le verrons plus loin, la Soka Gakkai se trouve en contradiction avec
certains principes fondamentaux de la philosophie bouddhiste. Prétendant
incarner « le vrai bouddhisme », elle en rejette les autres enseignements.
Elle ne fait d'ailleurs pas partie de l'Union Bouddhiste de France (UBF) qui
regroupe pourtant les écoles de toutes obédiences, qui, malgré leurs
différences, se reconnaissent entre elles.
Certains considèrent pourtant la Soka Gakkai comme un mouvement d'expression
bouddhiste à part entière, s'inscrivant légitimement dans cette mouvance
malgré ses différences, et injustement soupçonné et décrié. D'autres
estiment au contraire que ce prétendu bouddhisme n'est qu'une façade
destinée à cacher une tout autre vérité. . .
De l'engouement pour le Bouddhisme
« Avec les Etats-Unis, la France est le pays le plus "bouddhiste"
d'Occident2. »
Selon les enquêtes d'opinion, 5 millions de Français se disent "attirés" par
le bouddhisme. D'après Frédéric Lenoir3, ils ne seraient en fait que 15000
pratiquants à fréquenter les quelques 200 centres de méditations répartis
sur l'hexagone. Un chiffre auquel viennent s'ajouter les 100000 à 150000
"proches" du Bouddhisme, ainsi que la grande masse des "sympathisants"4.
Comment expliquer un tel engouement pour le bouddhisme ? Soif d'exotisme ou
simple mode orientaliste ?
Si la personnalité du sympathique et médiatique Dalaï-Lama y est
certainement pour beaucoup, l'intérêt porté au bouddhisme en Occident semble
avoir des raisons bien plus profondes : "Face à la crise actuelle des
sociétés industrielles, cette pensée non dogmatique, qui se propose de
guérir la douleur de l'existence, semble offrir de nouvelles réponses 5."
Précurseur de notions comme l'écologie, le bouddhisme séduit par les valeurs
dont il est porteur, et auxquelles il se voit indissociablement rattaché :
tolérance, non-violence, respect de toutes les formes de vies, etc. . .
Philosophie ou religion, le bouddhisme véhicule avant tout l'image d'une
spiritualité empreinte d'une grande sagesse, une spiritualité exempte de
l'aspect moralisateur et dogmatique souvent reproché à la religion
catholique. Rappelons que « 90% des sympathisants sont des déçus du
catholicisme 6. » Mieux, le bouddhisme, « religion sans Dieu(x) », peut même
trouver un écho favorable chez les athées et séduire les anticléricaux les
plus radicaux. De plus, son côté "rationaliste" s'adapte tout à fait à la
culture française.
Si tous nos concitoyens ne désertent pas les églises pour les monastères, le
bouddhisme demeure incontestablement le « chouchou » de l'opinion publique.
Le bouddhisme attire. Le bouddhisme rassure. Et une organisation qui se
présente comme bouddhiste ne peut qu'inspirer confiance. . .
Un bouddhisme non reconnu
L'Union Bouddhiste de France (UBF) fédère les associations des différents
courants de la communauté bouddhiste. Initiatrice de l'émission télévisée
dominicale "Voix bouddhistes" sur France 2, « l'UBF a pour vocation d'être
un interlocuteur représentatif de cette communauté au regard des pouvoirs
publics et de défendre les droits et intérêts communs des diverses
traditions bouddhistes (...). [Elle entend contribuer] au rapprochement des
différentes écoles dans le plus grand respect de leur spécificité
spirituelle et de leur organisation interne 7. » Pourquoi l'UBF s'est-elle
toujours refusé à accueillir la Soka Gakkai, malgré le désir de cette
dernière d'y adhérer ? « Nous avons (...) refusé la Soka Gakkai qui ne
répond pas à nos critères: c'est un mouvement laïque et un courant
politique » se contentait de déclarer en avril 2001 l'une de ces
administratrices, Eve Apprill8, au magazine « Actualité des Religions 9».
Autrefois, la fédération bouddhiste (qui s'appelait alors ABF10) se montrait
plus critique vis à vis de la Soka Gakkai, lui reprochant :
« - son intolérance et son agressivité incompatibles avec l'amour et la
sagesse prônées par le bouddhisme,
- son ostracisme à l'égard des autres religions, alors que Bouddha prêchait
l'accueil de toutes,
- son mélange du politique et du religieux,
- son irrespect à l'égard de ceux qui la refusent ou s'en retirent,
- les conversions plus ou moins forcées,
- une sorte de terrorisme à l'encontre des journalistes 11. »
Dans une lettre datée du 12 octobre 1983, son président de l'époque, M.
Daniel Léonard Blanc, interpellait vigoureusement le président de la Soka
Gakkai, M. Daisaku Ikeda :
« (...)Le 5 juin 1981, j'ai attiré votre attention sur la mauvaise
réputation de votre organisation en France (...), regrettant que parmi les
sectes reconnues dangereuses, une seule soit d'expression bouddhique : la
vôtre.
Le 25 décembre 1981, je vous ai interpellé sur la structure totalitaire de
votre organisation en France et sa dynamique d'infiltration (réseaux
économiques, scientifiques et culturels français) et de subversion populaire
(pacifisme d'inspiration soviétique). Le 25 décembre 1982, j'ai attiré votre
attention sur les rapports « douteux » de votre organisation en France, avec
l'argent. Je distinguais (...) :
1) la pression pour faire payer les membres
2) la violence à l'encontre des membres demandant un contrôle des fonds
recueillis (...)
Aujourd'hui, (...) je suis obligé de sortir de la réserve polie que je
vous ai manifestée jusqu'alors pour vous faire part de notre profond
désaccord à vous voir agir de la sorte en France, portant ainsi atteinte à
l'image du Bouddhisme dans la population française. (...) je vous avais
demandé de faire en sorte que votre organisation, ainsi qu'elle en a
l'habitude, ne pratique plus la méthode de la "PRESSION SUPERSTITIEUSE" pour
obliger vos membres à payer « L'IMPOT SOKA GAKKAI » à l'occasion de votre
campagne de fonds en octobre 1982 (...). La "PRESSION SUPERSTITIEUSE",
exercée sur les membres au cours de cette collecte de fonds a été telle
qu'elle a suscité une réaction de rejet parmi certains responsables français
qui, comme il se doit dans toute structure fascisante, ont été aussitôt
cassés et démis de leur fonction (...). Une telle méthode fondée sur la
"violence psychique" et la "coercition" caractérise les mouvements qui, ne
disposant pas de légitimité, emploient ce genre de procédé qui aux yeux de
l'opinion publique les qualifient de terroristes si l'on veut les classer
parmi les politiques ou de racketteurs si l'on veut les classer parmi les
criminels de droit commun. (...).
Certes la mise en place de votre réseau d'influence (...) nécessite (...)
la soumission totale de tous les membres de votre organisation. Sachez
toutefois, Monsieur le Président, que nous avons honte pour vous que vous
osiez vous saisir du bouddhisme et avancer ainsi masqué, tromper aussi bien
les braves gens qui aspirent à une voie religieuse que les personnalités du
Monde politique, économique, scientifique et artistique mal informées sur
vos intentions et vos agissements12. »
Une critique sans appel qui nous a poussé à connaître la position actuelle
de l'UBF vis à vis de l'organisation Soka Gakkai. Mais l'union bouddhiste se
montre aujourd'hui pour le moins laconique (frileuse ?) sur le sujet. En
effet, questionnée sur la légitimité de la Soka Gakkai à se revendiquer du
bouddhisme, et sur les éventuels dangers à y adhérer, l'UBF nous a répondu
dans un courrier en date du 2/08/1999: "Nous ne donnons pas de
renseignements sur la Soka Gakkai, considérée comme une secte. Cette
organisation ne fait pas partie de notre fédération."
En contradiction avec le bouddhisme "traditionnel"
"Il faut suivre la Loi et non la personne" professe le bouddhisme. Or, si le
véritable culte voué au président Ikeda contredit à l'évidence ce principe,
la Soka Gakkai trahit sur bien d'autres points encore les valeurs
fondamentales de cette philosophie : "D'un point de vue doctrinal (...) la
Soka Gakkai trahit les dogmes majeurs du bouddhisme, en prônant d'une part
la satisfaction de ses désirs et besoins, autrement dit en renforçant
l'illusion de la substantialité du "moi", alors que tout au contraire le
bouddhisme en dénonce le caractère purement illusoire en vertu de sa
conception matérialiste de l'être, et d'autre part en nourrissant l'espoir
d'un bonheur futur, tandis que le bouddhisme prône le désespoir comme la
condition d'un bonheur authentique13." Le but ultime du bouddhisme est, en
effet, d'atteindre l'illumination en effaçant son ego, il s'agit de se
détacher de ses désirs, et de parvenir à la réalisation de la vérité
suprême. "Les fondements de la doctrine sont contenus dans les Quatres
Nobles Vérités proclamées par Siddharta Gautama :
- Toute existence est douloureuse.
- L'origine de la douleur est le désir par où on est enchaîné au SAMSÂRA
(cycle perpétuel des renaissances).
- L'abolition du désir met fin à la souffrance.
- La voie de la délivrance consiste à suivre les règles de moralité, de
méditation, de sagesse et de connaissance enseignées par le "NOBLE SENTIER
OCTUPLE". Délivré du SAMSÂRA on parvient au NIRVANA ("extinction"), l'état
d'Eveil caractérisé par la dissolution du moi individuel dans le BRAHMAN, la
réalité suprême14."
Tout au contraire, la Soka Gakkai propose de réaliser ses désirs personnels
pour accéder au bonheur: "Droit au bonheur immédiat pour tous." "Le
bouddhisme de Nichiren n'enseigne pas le salut dans l'au-delà, il vise à
créer le paradis dans ce monde15." Tout individu peut révéler sa nature
bouddhique, sans nécessairement devenir moine, il lui suffit de se dévouer
entièrement au Sûtra du Lotus et de pratiquer : "Plus que d'une recherche
spirituelle, d'une croyance ou d'une philosophie, il est question ici d'une
"pratique" qui garantit avant tout la réussite individuelle. Point n'est
besoin de croire, il suffit de pratiquer pour recevoir la preuve factuelle,
c'est à dire des récompenses matérielles 16." Ainsi, l'adepte est-il invité
à vérifier les résultats concrets de sa pratique dans sa vie quotidienne. La
Soka Gakkai propose la conquête de "valeurs réelles" (Gain, bonté, beauté) ;
l'adepte se voit assuré d'obtenir par la récitation du "daimoku" des
bienfaits de toutes sortes, bienfaits spirituels, mais aussi matériels : «
La récitation (...) apporte des bienfaits spirituels, mais aussi des
bienfaits physiques liés à la magnifique harmonie des cinq éléments qui se
manifestent dans notre corps (D. Ikeda, "Troisième Civilisation"). »
Et l'on peut absolument TOUT obtenir par une pratique assidue et correcte:
« Chaque chose que nous voulons, nous pouvons l'appeler en récitant "Nam Myo
Renge Kyo"17 »
Un bouddha peut en cacher un autre
Historiquement, "Bouddha" désigne Siddharta Gautama (566-486 av. J.-C.),
le fondateur du bouddhisme, appelé aussi Sâkyamuni (le sage des Sâkya). Né
dans le nord de l'Inde, et fils du roi du petit royaume des Sâkya , il vécut
dans le luxe jusqu'au jour où, quittant le palais familial, il prit
conscience de la misère de la condition humaine. il décida alors de se
retirer du monde, et entreprit de découvrir les racines de la souffrance
dans le but de la vaincre définitivement. A l'issue de sa retraite, et à
force de méditation, il parvint au stade de la connaissance ultime, l'Eveil.
Devenu Bouddha (l'Eveillé) vers l'âge de 30 ans, il propagea son
enseignement durant les cinquante dernières années de sa vie, avant d'entrer
au nirvana (Extinction définitive).
De l'Inde, le bouddhisme s'est étendu aux autres pays d'Asie (Chine,
Corée, Tibet...), se divisant en plusieurs écoles.
Néanmoins, tous les courants bouddhistes ont pour base la vie et les
enseignements de ce prince indien et considèrent Siddharta Gautama comme le
Bouddha.
Pour la Soka Gakkai en revanche, le "vrai" Bouddha se trouve être le moine
Nichiren Daishonin, qui "systématisa d'une manière fondamentale et
définitive la Loi bouddhique pour les temps modernes 18." Nichiren, présenté
comme le fondateur d'un bouddhisme tourné vers le peuple et visant le salut
de tous, contrairement aux "autres bouddhismes" qui ne visent que le salut
des moines ; Nichiren, qui par ses enseignements, est le seul à donner « le
moyen à tout être humain, sans distinction de sexe, de culture, de niveau
social ou d'éducation de développer l'état de bouddha latent dans sa vie
19 » est considéré comme le bouddha fondamental : "Bien que Shakyamuni soit
le bouddha historique, Nichiren Daishonin est le bouddha fondamental, car il
donne le moyen originel propre et inhérent à tous les êtres humains de notre
époque d'atteindre la boddhéité 20." Ainsi, la Soka Gakkai considère que
Nichiren « a déployé en enseignant le Sutra du Lotus ce que Shakyamuni avait
laissé à l'état latent puisqu'il ne légua pas aux hommes le moyen universel
de réaliser dans la vie présente le bonheur indestructible (Troisième
civilisation, mai 1995). »
« Bouddha se voit donc supplanté par plus bouddhiste que lui-même21. »
Ajoutons enfin, que certains membres de la Soka Gakkai verraient même
l'incarnation du Bouddha en la personne du président Ikeda. Selon Florence
Lacroix22, la majorité des adeptes serait pétrie de cette certitude : "aux
yeux des adeptes nippons et étrangers, M. Ikeda est le Bouddha, mais malin,
il n'a jamais publiquement proclamé cette qualité et la fait répandre sur le
ton de la confidence émue par d'autres, modestie oblige. . . "
Prosélytisme : les témoins de Jéhovah de l'Orient
"Les grands maîtres [du bouddhisme] se sont prononcés à plusieurs reprises
contre le prosélytisme, opposé aux fondements mêmes de leur enseignement. Le
bouddhisme cherche en effet à guérir la souffrance des hommes : il considère
qu'une personne convertie sans conviction, arrachée à son milieu et à sa
culture ne saurait trouver la voie de l'Eveil 23."
Une position confirmée par le Dalaï-Lama qui encourage chacun à pratiquer
sa religion propre, en restant fidèle à sa culture et à sa tradition : «
Quand nous rencontrons des fidèles d'autres religions, mieux vaut ne pas
essayer d'argumenter, mais au contraire les encourager à vivre leurs propres
croyances le plus sincèrement possible 24. »
Pour la Soka Gakkai au contraire, le prosélytisme est de rigueur, c'est
même le but ultime. Le devoir de chaque membre est, en effet, de
"transmettre l'enseignement de Nichiren Daishonin", c'est le "shakubuku"
(réfuter et convertir). Il s'agit de supprimer les "mauvaises religions", de
réfuter les "enseignements erronés". Plus l'adepte déploie de zèle à faire
"shakubuku", plus il démontre la profondeur de sa foi (et accessoirement,
plus il progresse dans la hiérarchie de l'organisation). Le but ultime étant
de convertir l'humanité entière, condition sine qua non au bonheur des
hommes et à l'avènement de la Paix mondiale. Et cela s'appelle "Kosen Rufu",
traduction : "Enseigner et propager largement", c'est à dire "assurer, par
la transmission du bouddhisme orthodoxe et par sa propre révolution humaine,
une paix durable pour l'humanité25." Le prosélytisme devient donc un acte
charitable puisqu'il a comme objectif le bonheur de l'humanité.
"Kosen rufu", un mot qui revient comme un leitmotiv dans les diverses
publications de la Soka Gakkai, martelé à longueur de pages avec la
régularité d'un gong.
"Maintenant, debout, vous vous dressez, Car vous êtes les pionniers de la
majestueuse marche en avant de Kosen Rufu.(...) Dès à présent le monde
attend Votre venue avec ferveur (...) Alors, éclateront, sonores, Vos
applaudissements et le chant de la victoire." (Poème du président Ikeda à la
jeunesse française, 1989)
"Kosen rufu", un combat du bien contre le mal : "Kosen-rufu est un combat
contre les forces démoniaques ; il a pour scène le monde réel. Si les forces
de la Loi perdent de leur vigueur, le pouvoir du démon gagne insidieusement
du terrain (...) ce qui compte en bouddhisme, c'est la victoire ou la
défaite. Nous n'avons pas d'autre choix que de gagner la victoire à chaque
combat que nous livrons, parce que c'est seulement sur un tel triomphe que
peuvent s'établir le bonheur individuel, la prospérité de la société et le
développement régulier de la propagation26."
"Kosen rufu", une noble mission à laquelle doivent se vouer les adeptes,
exhortés par le président Ikeda, dont les encouragements aux accents parfois
martiaux évoquent davantage les harangues d'un général à ses troupes que les
discours d'un leader religieux :
« Dotés de la plus noble des missions, nous, membres de la SGI avons lutté
en première ligne et fait des efforts tenaces pour réaliser kosen-rufu. »
« Le seul moyen de réussir consiste à se battre jusqu'au bout avec
sincérité, ténacité et une inébranlable détermination. »
« Que signifie se dresser pour kosen-rufu ? Cela veut dire être prêt à
donner sa vie [sic]. »
« Avec une telle foi, vous ne serez jamais vaincus. (...) Décidons
d'avancer ensemble, joyeusement et fièrement. »
« Jeunesse, l'aube s'est levée ! (...) Vous avez obtenu une victoire
magnifique ! »
« C'est maintenant à votre tour, mes disciples, de vous unir d'un seul
cour et d'assumer l'entière responsabilité de notre mouvement en remportant
la victoire sur la scène grandiose du XXIe siècle. »
« N'oubliez jamais les vils ennemis de Bouddha, jamais ! Soyez sans
compromissions dans votre lutte contre eux ! S'il vous plaît, combattez
également jusqu'au bout la violence verbale des intrigues cherchant à nuire
au mouvement de kosen-rufu, en conservant au fond du cour la ferme décision
de ne pas reculer devant les attaques et de riposter. »
« (...) ne jamais lâcher prise face à l'adversité est la marque d'une
noblesse et d'une dignité véritable. Je tiens à affirmer que cette attitude
invincible représente la véritable essence de la croyance, de la vie et de
la Soka Gakkai. »
« Notre combat consiste à devenir les défenseurs de la plus grande
justice et de la plus haute vérité. Il est donc essentiel que vous luttiez
de toutes vos forces contre le mal et le mensonge et remportiez une victoire
indiscutable. Le bouddhisme n'est que victoire ou défaite; son but est de
réfuter ce qui est erroné afin de révéler ce qui est vrai. »
Tous ces extraits sont issus du même ouvrage27, mais on aurait pu en
relever bien d'autres encore dans les divers écrits de la Soka Gakkai. Un
tel langage n'est-il pas surprenant de la part d'une organisation se
revendiquant du bouddhisme ; bouddhisme qui prône entre autres valeurs
celles de la sérénité et de la non-violence ? La lecture des nombreuses
publications de la Soka Gakkai met nettement en évidence le prosélytisme
virulent de ce mouvement et ses visées planétaires. Ikeda assurait pourtant
en 1989 dans une interview au « Figaro Magazine28 » : "Je n'ai jamais pensé
convertir le monde." Le même Ikeda qui, un an plus tôt clamait dans un
discours à la jeunesse française : "Le 14 juin 2001, le bouddhisme deviendra
la religion universelle et l'humanité s'unifiera autour d'un Japon porteur
de la troisième civilisation."
Une chose est sûre, la majestueuse marche en avant de Kosen Rufu a pris
quelque peu de retard.
Tolérance
Résolument opposé au prosélytisme, le bouddhisme prône également la
tolérance envers les autres religions. A l'exemple du Dalaï-Lama qui se
félicite de la diversité religieuse qu'il présente comme un bienfait :
"La variété religieuse est quelque chose de très utile et de très beau29."
"Toutes les grandes religions du monde, qu'il s'agisse du Christianisme, de
l'Islam, de l'Hindouisme ou du Bouddhisme, visent à atteindre un bonheur
humain permanent. Elles ont toutes le même objectif. Toutes les religions
insistent sur la nécessité d'être honnête et bon. (...) Nous devons
considérer la question de la diversité religieuse dans cette perspective là
; dès lors, il n'y a pas de conflit 30."
La Soka Gakkai, quant à elle, fait entendre un tout autre son de gong : «
Nous sommes le Soleil du Japon et l'espoir du monde. Tous les peuples
doivent être amenés à croire à la vraie religion. Nous personnifions le vrai
bouddhisme. Le christianisme est une affaire de snobs qui aiment le tweed
anglais, les films français et le whisky américain (Troisième Civilisation,
mars 1987) 31. »
Et selon Ikeda : "la religion contribue à la division et à la haine raciale
32." La Soka Gakkai reprend et réactualise les concepts développés par le
moine Nichiren Daishonin au XIIIe siècle, lequel Nichiren, fustigeant les
mauvaises religions responsables selon lui de la ruine du pays, rêvait
d'imposer sa conception spirituelle et d'instaurer son bouddhisme comme
religion unique au Japon et dans le monde. Se présentant comme religion
universelle, porteuse de la "troisième civilisation" (devant succéder aux
modèles capitaliste et communiste), la Soka Gakkai rejette les autres
religions, y compris les différentes écoles bouddhistes : "De toute
évidence, les doctrines bouddhistes sont dépassées, seul Nichiren a donné
une interprétation cohérente par le Sutra du Lotus 33." Affirmant la
suprématie du Sutra du Lotus, la Soka Gakkai considère le bouddhisme de
Nichiren comme supérieur à toute autre croyance ou philosophie, car il
constitue à ses yeux "le principe unique et éternel qu'aucune autre religion
ne peut approcher 34."
Promettant le droit au bonheur pour tous, elle considère qu'une "religion
qui ne l'assure pas est fausse et doit être détruite 35."
Pourtant, la charte de la Soka Gakkai Internationale 37 ne précise-t-elle
pas dans son article 7 : "En se fondant sur l'esprit bouddhiste de
tolérance, la Soka Gakkai s'engage à respecter les autres religions, à
oeuvrer avec elles, à la résolution des problèmes fondamentaux auxquels
l'humanité est confrontée."
Alors, intolérante la Soka Gakkai ? Pensez donc !
« Si nous paraissons parfois intolérants, c'est que nous avons une très
forte conviction de l'authenticité de notre religion. En fait, si nous
étions vraiment intolérants nous ne nous développerions pas » déclarait
Ikeda en 1989 au "Figaro magazine", et de préciser : "Une fille vierge est
belle par sa pureté. Si elle se mélange à d'autres, elle perd sa pureté. La
religion doit garder la sienne36."
_______________________
1.In « Découverte sur les sectes et religions » n° 38, juillet 1998.
2. « Le Nouvel Observateur » n° 1865 du 3 au 9 août 2000.
3. Frédéric Lenoir est sociologue et spécialiste du bouddhisme. Il est
l'auteur de : "La Rencontre du Bouddhisme et de l'Occident", et "Le
Bouddhisme en France", Fayard, 1999.
4. In "Le Nouvel Observateur", op. cit.
5. In "Le bouddhisme", Jean-François Dufour, les Essentiels Milan, 1998.
6. In "Le Nouvel Observateur", op. cit.
7. Extrait d' "Actualité Bouddhiste", trimestriel de l'Union Bouddhiste de
France, n° 9, février 1999.
8. Eve Apprill est psychothérapeute, administratrice de l'U.B.F. et
vice-présidente de la Conférence mondiale des religions pour la paix.
9. « Actualité des religion, Sectes, pour en finir avec les clichés »,
hors-série n°5, avril 2001.
10. L'Association des Bouddhistes de France, devenue le 28 juin 1986 l'Union
Bouddhiste de France. L'actuel Président de l'U.B.F. est Jacques Martin.
11. In "Découvertes sur les Sectes et Religions", op. cit.
12. Extrait de la lettre du 12 octobre 1983, adressée à Monsieur Daisaku
Ikeda, président de la Soka Gakkai Internationale par l'Association des
Bouddhistes de France, lettre signée de son président Monsieur
Daniel-Léonard Blanc.
13. In "Découvertes sur les Sectes et Religions", op. cit.
14. "Les grandes religions du monde", Michel Reeber, les Essentiels Milan,
1998.
15. Hirosh. Nishiguchi, responsable des relations extérieures de la Soka
Gakkai.
16. Note A.D.F.I. Provence, décembre 1997.
17.Ibid.
18. Site Internet Soka Gakkai France, 1999.
19. "Troisième Civilisation", "Introduction au bouddhisme".
20. Site Internet Soka Gakkai France, 1999.
21. In "Découvertes sur les Sectes et Religions", op. cit.
22. Florence Lacroix, chercheuse en sciences politiques, op. cit.
23. In "Le bouddhisme", op.cit.
24. In "L'Esprit de Bodhgaya", Ramsay, 1999.
25. Extrait du "Glossaire" des magazines "Troisième Civilisation".
26. D. Ikeda, "Troisième Civilisation" n°322, du 16 au 31 mars 1990.
27. "Troisième civilisation" n° 96, "Discours et entretiens de Daisaku
Ikeda, Président de la Soka Gakkai Internationale", supplément au n° 460,
décembre 1999.
28. "Figaro Magazine" du 10/06/1989, entretien avec Jean-Claude Courdy.
29. ln « L'Esprit de Bodhgaya », op. cit.
30. Ibid.
31. In « Le Dico des Sectes », Anick Drogou, Centre Roger Ikor, les "Dicos
Essentiels Milan", 1998. 32. Cours du président Ikeda, entretien, extrait
n°3, février 1995.
33. Responsable de la Soka Gakkai région Provence, 5 février 1991.
34. In "Les sectes, état d'urgence", op. cit.
35. Ibid.
36. "Figaro Magazine" du 10/06/1989, op. cit.
37. Site Internet Soka Gakkai France, 1999.
6. A propos des enfants. . .
"Mes parents ont commencé à pratiquer le bouddhisme de Nichiren Daishonin
lorsque j'avais cinq ans. J'ai un souvenir très précis de cette période où
je m'asseyais à côté de mes parents pour réciter daimoku (témoignage d'un
adepte) 1."
A l'évidence, la Soka Gakkai s'intéresse de très près aux enfants et à leur
éducation. D'après Florence Lacroix2, cet intérêt pour la jeunesse serait
tout "stratégique" : « Comme dans les régimes totalitaires, les enfants sont
un enjeu, et des structures sont créées pour accompagner les futurs adeptes
dès le berceau. La Soka Gakkai a ainsi mis en place tout un réseau éducatif
qui va du jardin d'enfant à l'université au Japon et à l'étranger dans
certains pays. Cette logistique qui vise, entre autre, à assurer sa présence
dans le domaine-clé qu'est l'éducation, à développer des liens avec les
institutions éducatives étrangères parfois prestigieuses qu'elle peut ainsi
infiltrer, et à se construire une image de respectabilité, témoigne de
l'enjeu que constituent les enfants et les jeunes aux yeux de la Soka Gakkai
(...). »
La lecture du mensuel de Soka Gakkai France (SGF) "Troisième Civilisation"
nous en dit long sur le sujet, et met en évidence cette "attention toute
particulière" qui leur est portée.
« Les enfants ont la capacité de changer le monde »
C'est sur ce thème que s'est ouvert, le 5 juin 1999, "la réunion générale
des enfants d'Ile-de-France" organisée par la Soka Gakkai, une vaste
manifestation qui aurait réuni près de 700 enfants accompagnés de leurs
parents, peut-on lire dans un article de "Troisième Civilisation" (n°455,
juillet 99) : "Chacun pouvait venir avec un de ses rêves (poème ou dessin).
Mis dans un album, ils seront envoyés au président Ikeda." Au programme:
discours de la responsable des femmes de SGF, vidéo présentant des
interviews d'enfants sur la paix, et grand spectacle dans l'enceinte du
Cirque d'hiver Bouglione. Un conte "son et lumière" dont les héros sont deux
enfants qui doivent récupérer "la malle aux rêves" qui leur a été dérobée.
Après de multiples péripéties, la malle est retrouvée. Ouf ! Morale du
conte: "Vous avez découvert le courage qui permet de garder l'espoir et de
réaliser sa mission". Et demain, chers bambins spectateurs, à quelle autre
noble mission êtes-vous donc promis ? L'article s'achève ainsi: "La réunion
s'est terminée joyeusement, comme elle avait commencé, avec la magie du
spectacle en plus dans les yeux des enfants comme des plus grands et, en
prime, des glaces et des boissons offertes par le président Ikeda." Merci
qui ?
« Elever ses enfants de telle manière qu'ils chérissent la Soka Gakkai »
Les membres de Soka Gakkai vouent un véritable culte à Ikeda. Cette
admiration sans bornes pour le président doit être inculquée dès le plus
jeune âge, et le rôle en revient tout naturellement aux parents. Il leur
appartient également de créer chez leurs enfants des liens forts et durables
avec l'organisation. Ikeda, dans le n°455 du mensuel "Troisième
Civilisation" (juillet 1999), annonce clairement la couleur, exhortant les
parents à élever leurs bambins dans l'amour. . . de la secte : "l'important
est d'enseigner aux enfants l'esprit de chérir et de respecter la Soka
Gakkai. L'idéal est d'élever vos enfants de telle manière qu'ils chérissent
notre organisation. Avec cet esprit, les enfants se développeront
remarquablement [sic]." "(...) Les parents doivent montrer par leur propre
attitude l'esprit de respecter le Gohonzon et la Soka Gakkai" (...) "C'est
aux parents de bien guider leurs enfants, avec sagesse. Il est également
important de demander un soutien aux responsables du département de
l'Avenir(...) ."
« Eclairer » toute la famille
On connaît le prosélytisme auquel se livrent les membres de Soka Gakkai,
prosélytisme dont l'entourage proche, et par conséquent la cellule familiale
constituera la cible n°1 : "Dans une famille, c'est seulement lorsque l'on
surmonte les petites vagues de conflits entre celui qui pratique et ceux qui
n'ont pas encore commencé, en établissant une harmonie familiale que l'on
peut réformer la société de manière durable. Kosen-rufu se construit sur la
base de la révolution humaine de chaque famille (D. Ikeda)3." Ainsi,
l'adepte se doit de convertir tous les membres de sa famille: mari,
conjoint, frères, sours, et les enfants, bien sûr, n'échappent pas à la
règle : "Il faut souhaiter éveiller chez eux le désir de pratiquer (D.
Ikeda)4." C'est un travail de tous les instants. La personne pratiquante
doit faire preuve de persévérance et suivre les conseils avisés du Maître :
"Il faut (...) qu'elle décide d'être un soleil. Alors, il n'y a plus
d'obscurité dans le monde, toute sa famille est éclairée. Il suffit qu'elle
devienne une personne pleine de bonne fortune et puisse partager ses
bienfaits avec son époux, ses enfants et ses petits enfants5." Les
résultats, à coup sûr, ne tarderont pas à apparaître, et Ikeda d'assurer:
"Avec une telle détermination, immanquablement, le reste de la famille se
met à pratiquer6."
« Vos enfants pratiquent-ils ? »
C'est la question posée à deux parents pratiquants dans le magazine
"Troisième Civilisation" (n°459) de novembre 1999.
Réponse de la mère : « C'est un de mes objectifs non réalisé pour le
moment, mais je persévère. »
Réponse du père : "Si on leur pose la question, ils se disent bouddhistes.
Ils ont des liens très forts avec le président Ikéda, depuis leur enfance.
Ils partagent les idées et la philosophie bouddhique. Mais ils n'ont pas
encore décidé de s'engager. Mon fils, cet été, a voulu absolument me
convaincre de faire un peu de sport. Je lui ai rappelé que cela faisait
longtemps que j'essayais de le convaincre de réciter Nam Myo Renge Kyo. Nous
avons donc établi un pacte: je cours 500 mètres et il récite cinq minutes de
dai-moku. J'ai, par conséquent, encore beaucoup d'entraînement à réaliser.
(Rires)."
C'est ainsi que les enfants sont fondus dans l'idéologie de la secte,
bientôt ils penseront « Soka », ils parleront « Soka », comme le montre cet
autre témoignage affligeant paru dans le "'Troisième Civilisation" de
juillet 1999 (n°455) sous le titre :
« Il n'y a pas d'âge pour décider »
"Bonjour, j'ai 5 ans et demi. Mes parents sont pratiquants et je vais,
avec eux, vous raconter mon expérience. (...) J'étais toujours malade. (...)
Il n'y avait pas deux semaines sans que pompiers et SAMU viennent à la
maison. (...) J'ai rencontré des médecins, j'ai fait des examens pour enfin
trouver, un an plus tard, que je ne digérais pas le lait animal ni la
protéine de lait. (...) J'ai décidé d'être raisonnable et de faire mon
régime. (...) Pendant trois ans, les maladies à répétition ont diminué mais
n'ont pas complètement disparu. C'était difficile de faire des efforts tout
le temps ! Mes parents et moi, on était très fatigués. Ils pratiquaient avec
leurs amis mais c'était difficile. J'ai récité daimoku et on a trouvé un
autre médecin. (...) Les résultats n'ont pas manqué d'apparaître : j'étais
moins fatigué, les parents disaient que j'étais plus "combatif", plus
joyeux, ça marchait ! En pratiquant, on a trouvé un médecin qui connaissait
le meilleur traitement pour moi. On a continué 6 mois et à la fin on a
gagné. (...) Maintenant je peux manger comme tout le monde et je ne suis
plus malade (...). Je ne prendrai pas toute ma vie des médicaments "avec
beaucoup d'effets secondaires" (...). Mes parents disent que "je suis
maintenant en pleine santé" et que "c'est moi qui influence mon
environnement", (...) et si on apprend que quelqu'un est malade, on fait
tout de suite daimoku pour lui et on y croit !"
La pratique, nous dit ce jeune adepte (avec l'aide de ses parents), lui a
donné le pouvoir de triompher de la maladie, en lui permettant de trouver un
meilleur médecin, mais surtout en lui donnant la volonté de guérir, la
combativité, la force de vaincre le mal. Ainsi, la récitation du « daimoku »
aurait-elle aussi des vertus thérapeutiques ?
Un mantra qui guérit tout ?
La pratique ne remplacerait-elle pas avantageusement la médecine, les
effets secondaires en moins ? Si les choses ne sont pas aussi clairement
présentées, on peut tout de même dire que l'amalgame est savamment entretenu
dans les publications de Soka Gakkai :
« Le gohonzon est la source de tout pouvoir: Santé - Richesse -
Influence. »
« Nam myo Renge Kyo est semblable au rugissement d'un lion. Dès lors,
quelle maladie peut donc constituer un obstacle ? 7 »
« Quand nous sommes capables de faire surgir le Nam Myoho Renge Kyo qui
est à l'intérieur de nous, nous pouvons guérir n'importe quelle maladie. »
Le danger n'est-il pas, alors, pour les adeptes, dans la tentation de s'en
remettre exclusivement à son pouvoir ? « Bien que la Soka Gakkai n'exhorte
pas ses membres à rejeter la médecine, le recours systématique à la prière
et la conviction que "Nam Myoho Renge Kyo" guérit tout peut laisser à penser
que le premier réflexe des parents adeptes, quand l'enfant est malade, même
gravement, ne soit de pratiquer, plutôt que de consulter8. »
Dangers de la récitation
La récitation intensive d'un « mantra » (formule sacrée) est un outil de
conditionnement largement utilisé par les sectes. Tous les spécialistes du
phénomène sectaire s'accordent à dire que cette pratique peut présenter un
réel danger pour l'équilibre psychologique d'un individu, dénonçant même ces
litanies comme un phénomène « d'hypnose auto-suggestive » créant des
accoutumances et pouvant produire un effet aliénant. Si de telles pratiques
s'avèrent être aussi redoutables pour un adulte, on imagine les effets
désastreux qu'elles peuvent avoir sur le psychisme fragile d'un enfant, et
l'on peut s'interroger sur leurs conséquences à long terme. « La récitation
des mantras constitue à elle seule un puissant élément d'enfermement et de
marginalisation par rapport au monde extérieur. L'enfant qui répète
inlassablement des formules qu'il ne comprend pas (en japonais) n'est-il pas
amené à désapprendre la première fonction du langage qui est de signifier ?
Quelle influence cela aura-t-il sur sa capacité à appréhender et comprendre
le monde9 ? »
De plus, le bouleversement des repères identitaires et culturels que va
subir l'enfant ne risque-t-il pas d'avoir de sérieuses conséquences sur sa
personnalité en construction ? « Et comment se construirait-il ? La famille,
cellule intégrée dans la société dans une dynamique d'interactions, ne joue
plus son rôle, sa fonction référentielle. Les parents "nipponisés" (plutôt
que convertis au Bouddhisme) ont en effet radicalement rompu avec leur
culture. Ils n'ont plus de vécu collectif ou individuel à transmettre. Ce
qu'ils avaient intériorisé depuis leur enfance est refoulé. La chaîne de la
transmission intergénérationnelle est brisée. Tournant le dos à son histoire
familiale, l'enfant ne risque-t-il pas d'évoluer dans un monde artificiel,
opaque, sans repères identitaire10 ? »
D'éternels persécutés
Les membres de la Soka Gakkai sont animés d'un fort sentiment de
persécution. On retrouve chez eux, comme dans nombre de groupes sectaires,
cette mentalité de "citadelle assiégée" : "Nous, membres de la SGI, sommes
bien souvent attaqués et discrédités. Nous devons faire souvent face à la
haine et à la jalousie, en accord avec le Sûtra du Lotus et les écrits de
Nichiren Daishonin, qui annonçait les persécutions auxquelles serait soumis
le pratiquant de la Loi merveilleuse. La SGI qui a remporté, l'une après
l'autre, des victoires décisives en subissant des persécutions du fait de
ses efforts pour transmettre les véritables enseignements du bouddhisme est
championne de la vérité et de la justice les plus élevées qui soient (D
Ikeda)11." Ainsi, l'on ne peut être qu'avec eux ou contre eux, dans le camp
de la justice et de la vérité, ou bien dans l'erreur : « De quel côté
êtes-vous, du côté du bien ou du côté du mal ? Laquelle de ces deux routes
allez-vous choisir pour votre vie ? (D. Ikeda)12 » Cette mentalité,
solidement ancrée dans la philosophie du mouvement, fait même partie
intégrante de son histoire. Depuis l'origine, tous ceux qui ont oeuvré pour
la transmission de la "Loi correcte" auraient eu à subir persécutions et
attaques extérieures de toutes sortes. A commencer par Nichiren qui "choisit
de naître au Japon, un pays habité par les gens les plus vils et les plus
mauvais [sic], et celui où les persécutions à l'encontre de la Loi seraient
les plus sévères 13." Ce furent ensuite MM. Makigushi et Toda (présidents
successifs de la Soka Gakkai), emprisonnés par les autorités militaires
durant la Seconde Guerre Mondiale, et qui "donnèrent volontairement leur vie
pour la Loi14." "Tout comme la vie de Daishonin, l'histoire de la Soka
Gakkai est marquée par de grandes persécutions. Chacune de ces persécutions
prouve la mission très pure de la SGI et a permis le développement qu'elle
connaît aujourd'hui 15." Mise en place d'un raisonnement inversé qui tend à
renforcer l'adhésion de l'adepte au sein du mouvement : je suis attaqué
PARCE QUE je suis dans le vrai. "Les persécutions dont Nichiren Daishonin a
été la cible prouvent la justesse de son enseignement 16."
Résister aux attaques extérieures s'inscrirait même dans la nature profonde
du bouddhisme : "Propager la Loi au risque d'être soi-même emprisonné ou
martyrisé, c'est l'essence même du bouddhisme (D. Ikeda)17." "Rencontrer les
persécutions, c'est rencontrer le bouddha (D. Ikeda)18."
Elevés « à la mode soka »
Comment l'enfant baigné dans un tel climat de paranoïa vivra-t-il son
rapport aux autres, ces « autres » trop souvent présentés comme malveillants
et persécuteurs ?
Et comment fera-t-il son apprentissage de la tolérance au sein d'une telle
organisation ? Une organisation qui rejette les autres religions (y compris
les autres écoles bouddhistes). Une organisation qui diabolise d'un même
élan l'Etat, la presse et les médias, et tous ceux qui la critiquent ou
émettent un avis contraire : « ni les médias ni les populations ne font
d'efforts pour découvrir la vérité. Ils se contentent de faire un maximum de
tapage (D. Ikeda)19 »
Hors de l'organisation, point de vérité, ni de salut.
"La vénération inconditionnée du "Maître", l'étude exclusive de ses oeuvres,
la forme répétitive de la pratique conduisent à un asservissement de la
pensée (ou du sens critique), à un enfermement au sein du groupe qui
suppriment toute ouverture à d'autres sources d'informations et monopolise
toute espèce de relation." Cet endoctrinement, dénoncé par Bernard Fillaire
dans son livre "Le Grand Décervelage20", aura très certainement un impact
considérable sur l'enfant et son développement. Et l'on peut craindre que
l'enfant élevé « à la mode soka » ne devienne, plutôt qu'un adulte citoyen
et responsable, un parfait petit soldat entièrement dévoué à la cause.
Mais n'est-ce-pas justement le but recherché ?
« Votre mission est de devenir le joyau de la jeunesse du monde entier
(...) »
(Poème du président Ikéda à la jeunesse française, 1981)
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1. Extrait du journal "Cap sur la paix" n°320, 16 mars 2000 ).
2. Chercheuse en sciences politiques et spécialiste de la Soka Gakkai, op.
cit.
3. ln "Troisième Civilisation" n°454, juin 1999.
4. ln "Troisième Civilisation" n°455, juillet 1999.
5. Ibid.
6. Ibid.
7. ln "Troisième Civilisation" n°460, décembre 1999.
8. Note A.D.F.I., décembre 1997.
9. Ibid.
10. Ibid.
11. ln "Troisième Civilisation", "Discours et entretien de Daisaku Ikeda,
Président de la Soka Gakkai Internationale, n° 96 (supplément au n° 460),
décembre 1999.
12. Ibid.
13. Ibid.
14. Ibid.
15. ln "La prière pour la pluie des trois maîtres du Tripitaka", document
interne Soka Gakkai, 1998.
16. Ibid.
17. ln "Troisième Civilisation", "Discours et entretien de Daisaku Ikeda,
Président de la Soka Gakkai Internationale", op. cit.
18. Ibid.
19. Ibid.
20. "Le Grand Décervelage", Plon, 1993.
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