Tout bon libéral scrute avec attention l'évolution du marché de
l'énergie, totalement ouvert depuis le 1er juillet 2007. Or, depuis deux
ans, il n'a vu que de timides progrès : la fourniture d'électricité et
de gaz en France est encore largement dominée par EDF et GDF Suez, comme
le confirme le nouveau bilan publié, mercredi 27 mai, par la Commission
de régulation de l'énergie (CRE).
A la fin du premier trimestre, 875 000 sites résidentiels - une personne
peut avoir plusieurs compteurs - étaient clients d'un fournisseur
alternatif en électricité sur 29,7 millions de sites, soit une
progression de 26 % par rapport aux trois derniers mois de 2008. En gaz,
508 000 sites étaient dans ce cas sur un total de 10,8 millions (+ 22
%). Pour les entreprises, l'ouverture à la concurrence a stagné début
2009 dans l'électricité et a progressé de 5 % dans le gaz.
CHASSE GARDÉE
Les tarifs réglementés, chasse gardée d'EDF pour l'électricité et de GDF
Suez pour le gaz, leur permettent de limiter la concurrence. A cela
s'ajoute, pour EDF, l'importance de la rente nucléaire, qui lui donne la
possibilité de proposer des tarifs plus attractifs que ceux de groupes
rivaux. Comment favoriser la concurrence, exigence de la Commission
européenne, sans entraîner une envolée des prix de l'électricité,
impératif en temps de crise pour des entreprises à la recherche de
compétitivité ?
Une équation que le gouvernement et le Parlement devront résoudre à
l'automne, en s'appuyant sur le rapport de Paul Champsaur publié le 24
avril. Pour permettre aux fournisseurs alternatifs opérant dans
l'Hexagone (Poweo, Direct Energie) de pratiquer des tarifs plus
compétitifs, l'ex-président de l'Autorité de régulation des
télécommunications (Arcep) préconise de leur donner le droit d'acheter à
EDF des quantités d'électricité au prix du nucléaire "pour un volume
proportionné à leur portefeuille de clientèle".
Il faudrait alors que ce prix de gros soit calculé à partir des coûts de
chaque réacteur et que la CRE s'assure que les fournisseurs ayant acquis
cette électricité à bon prix ne la revendent pas au prix fort sur les
marchés étrangers. Un système de contrôle très lourd. François Lévêque,
professeur d'économie à Mines ParisTech, juge qu'un tel mécanisme irait
"à contre-courant" de la libéralisation voulue par Bruxelles qui prévoit
qu'à l'exception des lignes électriques - monopole naturel devant être
régulé par la puissance publique - les autres segments (production,
fourniture...) doivent être ouverts à la concurrence.
La CGT juge qu'à terme l'application des propositions du rapport
Champsaur entraînerait "une hausse des tarifs à un moment crucial pour
l'industrie française et alors que le pouvoir d'achat des particuliers
est déjà entamé".
Jean-Michel Bezat
Article paru dans l'édition du 28.05.09.