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Billy Elliot... et son père

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Marc Mercier

unread,
Feb 12, 2001, 5:47:01 PM2/12/01
to
Je trouve souvent une très grande sensibilité, une très grande justesse
une très grande humanité au cinéma anglais.
La qualité de réalisation et l'humour étant souvent au rendez vous , il
est rare que je sorte déçu d'un de leur film
N'en déplaise à quelques critiques froids, Billy Elliot possède ces
qualités.
Les anglais ont perdu leur empire et leur rêve de grandeur.
Leurs rêves n'en sont que plus humains, plus concrets, plus présents,
plus accessibles.
Encore que, pour un jeune de 13 ans, fils de mineur, dans le comté de
Durham, entraîné par son père à être boxeur, découvrir la danse
classique et vouloir s'y investir n'est pas très accessible.
Et pour un père, veuf, mineur en grève, découvrir que son fils préfère
la danse à la boxe et qu'il rêve de Londres et d'une école de ballet
c'est presqu'un cauchemar.
Mais l'obstination de l'enfant, de son prof provoqueront un déclic chez
le père
La réalité est dure dans ces cités minières , surtout en période de
grève , sous Thatcher . Et le père va renoncer à son combat , peut être
même à sa fierté pour donner à son fils cette chance de se réaliser.
Il n'y a pas de pathos, pas de mélo. dans ce film. Certaines scènes sont
dures, d'autre très touchantes.
J'ai aimé
Et Vous?

Au fait, quel avenir "sexuel" donnez vous à Billy?
Quand son ami Michael lui prend les mains, pour les réchauffer, on sait
que ce n'est pas seulement un geste d'amitié de la part de Michael.
Quand Billy promet "de ne rien dire" de l'aveu que Michael vient de lui
faire en l'embrassant, , on pressent un doux secret entre eux.
Quand Billy quitte la cité, il rend ce baiser à son ami.
Et dans la scène final, au moment où Billy, devenu premier danseur,
s'élance pour interpréter " Le Lac Des Cygnes" ( superbe idée et
chorégraphie britannique selon mon critique préféré qui m'avait emmené
voir ce film), Michael et son amant sont là pour assister à l'évènement.
Et Billy?

Marc Mercier

Le film m'a touché.mais je n'imaginais pas à quel point.
Ce n'est qu'une 1/2 heure plus tard qu'un incident, en voiture , anodin
est venu, en me replongeant 45 ans ans en arrière me submerger de
désespoir. J'ai pleuré comme un gosse, incapable de parler.
Merci , Daniel d'avoir été là


Emilie

unread,
Feb 13, 2001, 7:35:14 AM2/13/01
to
Marc Mercier <marc_m...@hotmail.com> a écrit dans le message :
969sig$cfv$3...@news1.skynet.be...

> Je trouve souvent une très grande sensibilité, une très grande justesse
> une très grande humanité au cinéma anglais.
> La qualité de réalisation et l'humour étant souvent au rendez vous , il
> est rare que je sorte déçu d'un de leur film
> N'en déplaise à quelques critiques froids, Billy Elliot possède ces
> qualités.
> Les anglais ont perdu leur empire et leur rêve de grandeur.
> Leurs rêves n'en sont que plus humains, plus concrets, plus présents,
> plus accessibles.
> Encore que, pour un jeune de 13 ans, fils de mineur, dans le comté de
> Durham, entraîné par son père à être boxeur, découvrir la danse
> classique et vouloir s'y investir n'est pas très accessible.
> Et pour un père, veuf, mineur en grève, découvrir que son fils préfère
> la danse à la boxe et qu'il rêve de Londres et d'une école de ballet
> c'est presqu'un cauchemar.
> Mais l'obstination de l'enfant, de son prof provoqueront un déclic chez
> le père
> La réalité est dure dans ces cités minières , surtout en période de
> grève , sous Thatcher . Et le père va renoncer à son combat , peut être
> même à sa fierté pour donner à son fils cette chance de se réaliser.
> Il n'y a pas de pathos, pas de mélo. dans ce film. Certaines scènes sont
> dures, d'autre très touchantes.
> J'ai aimé
> Et Vous?

Moi aussi je suis allée voir ce film. J'ai adoré.


> Au fait, quel avenir "sexuel" donnez vous à Billy?
> Quand son ami Michael lui prend les mains, pour les réchauffer, on sait
> que ce n'est pas seulement un geste d'amitié de la part de Michael.
> Quand Billy promet "de ne rien dire" de l'aveu que Michael vient de lui
> faire en l'embrassant, , on pressent un doux secret entre eux.
> Quand Billy quitte la cité, il rend ce baiser à son ami.
> Et dans la scène final, au moment où Billy, devenu premier danseur,
> s'élance pour interpréter " Le Lac Des Cygnes" ( superbe idée et
> chorégraphie britannique selon mon critique préféré qui m'avait emmené
> voir ce film), Michael et son amant sont là pour assister à l'évènement.

Je crois que si Michael est là c'est pour montrer qu'il n'a pas oublié son
premier amour mais aussi qu'il n'oubliera jamais leur amitié.

> Et Billy?
>

La sexualité de Billy? Elle reste ambigue tout le long du film: la fille de
sa prof de danse est amoureuse de lui mais il n'éprouve rien du tout pour
elle, son copain homo est plus important à ses yeux. Il ne semble pas
particulièrement intéressé par les filles mais il n'a que 12 ans :je ne
crois pas que Billy soit homo, je crois qu'entre lui et son meilleur ami il
existe une amitié tres forte mais pas plus, même si son copain est amoureux
de lui. Il sont amis parce qu'ils se comprennent: son meilleur ami c'est son
confident, c'est quasi le seul qui comprenne son choix de faire de la danse
classique (du moins au début du film) et d'un autre côté Billy c'est aussi
quasi l'un des seuls qui accepte l'homosexualité de son ami. Mais je crois
que malgré leur rapprochement et leur complicité il n'y a pas d'amour entre
eux, (tout au moins pas du côté de Billy), juste une grande compréhension
l'un de l'autre, de l'amitié quoi... Il m'a semblé tout au long du film que
Billy faisait comprendre à son meilleur ami qu'il n'y aura jamais d'histoire
d'amour entre eux. Pour moi ce baiser qu'il lui rend c'est un baiser
d'adieu, une façon de dire à son ami qu'il n'oubliera pas leur amitié: quel
meilleure autre preuve d'amitié pouvait-il en effet donner à son ami? Je ne
crois pas que ce baiser signifie que Billy est homosexuel et qu'il est
amoureux de son meilleur ami: je crois que c'est un baiser rempli d'amitié,
mais pas rempli d'amour. Je peux me tromper, je me trompe souvent. Voila ce
que j'ai pensé du film, il y a certainement d'autres interprétations
possibles, je tenais à vous faire partager la mienne.

Emilie

Tetsuokira

unread,
Feb 13, 2001, 2:52:53 PM2/13/01
to
J'ai moi aussi bien apprécié ce film. Je me suis laissé emporter par les
vagues de sentiments, jusqu'au crescendo de la fin où il entre en scéne
et où son pére en craque d'émotion et de fierté. Les relations pére-fils
me font toujours cet effet. Peut-être parce que le mien ne sait pas que
je suis gay, où qu'il le craint. Parceque je l'aime malgré ses défauts
et que je n'ai pas encore trouvé le courage de lui dire, ni comment
d'ailleurs.

Pour revenir au film, il est vrai que c'est ambigu, mais comme le dit
une autre intervenante, il a 12 ans (dans l'histoire, car l'acteur en à
14, je crois), et il ne sait pas encore vers quel coté il aimera, bien
que ça réaction avec la fille de la prof me semble révélateur: il n'a
pas d'attrait pour elle. Alors qu'avec son pote...

Maintenant, est-ce que le milieu de la danse est vraiment rempli de gay?
Bonne question, mais quand on aime son corps, qu'on apprend à le
maitraiser, le construire, le connaitre, et qu'on s'entraine en tenu
légére et moulante (hum!) on devient certainement plus "ouvert" aux
expérience et au plaisir du corps.

Quand dise les intéressés, ça baise bien dans les vestiaires des ballets
? :))

Marc Mercier wrote:
>
> Je trouve souvent une très grande sensibilité, une très grande justesse
> une très grande humanité au cinéma anglais.

> ........

Marc Mercier

unread,
Feb 13, 2001, 2:47:22 PM2/13/01
to

Emilie <couturie...@wanadoo.fr> a écrit

> Je crois que si Michael est là c'est pour montrer qu'il n'a pas oublié
son
> premier amour mais aussi qu'il n'oubliera jamais leur amitié.
>

> La sexualité de Billy? Elle reste ambigue tout le long du film:

>Je peux me tromper, je me trompe souvent. Voila ce
> que j'ai pensé du film, il y a certainement d'autres interprétations
> possibles, je tenais à vous faire partager la mienne.
> Emilie

La maturité de Billy , évidente sur certains sujets ( L'acteur, Jamie
Bell est également, étonnement mature) ne l'a pas conduit à s'orienter
dès ses 12 ans.
Il envisage , sans méchanceté, que son ami soit "PD" ou "tapette" plus
par mimétisme social que par mépris.
D'un autre côté, quand il donne une leçon de danse à Michaël , il lui
donne un tutu, alors que Lui n'en porte pas.
Ce rôle qu'il fait jouer à son ami n'est pas "gratuit".
Maintenant , à chacun de savoir, si, dans la scène de l'adieu, il lui
donne un baiser , gage d'amitié ou s'il lui "rend" le baiser "d'amour"
que Michael lui avait donné plus tôt.

En fait, la sexualité de Billy n'est pas un élément capital dans le
film.

Je soulevais la question uniquement pour être en charte :-)

D'un autre côté, cet aspect ne peut être totalement ignoré.
Ce n'est pas sans raison que le milieu du ballet a payé un lourd tribut
au sida.
Ou ce milieu attire , ou ce milieu rapproche!

Enfin la chorégraphie du " Lac des Cygnes", du Royal Ballet de Londres,
évoquée dans ce film a une particularité "sexuelle".
Contrairement aux ballets précédents, le rôle des cygnes est tenu par
des hommes - On voit dans la scène finale, Billy s'élancé,, grimé en
cygne.
Ambiguïté de plus.

Marc

perrine.joly

unread,
Feb 13, 2001, 4:28:42 PM2/13/01
to

Marc Mercier <marc_m...@hotmail.com> a écrit dans le message :
969sig$cfv$3...@news1.skynet.be...
[...].

> Leurs rêves n'en sont que plus humains, plus concrets, plus présents,
> plus accessibles.

En effet, le rêve de Billy peut être celui de tout un chacun.

> Encore que, pour un jeune de 13 ans, fils de mineur, dans le comté de
> Durham, entraîné par son père à être boxeur, découvrir la danse
> classique et vouloir s'y investir n'est pas très accessible.

Ce n'est pas très accessible mais c'est ce combat et cette volonté pour y
parvenir qui donne sa force au film.


> Et pour un père, veuf, mineur en grève, découvrir que son fils préfère
> la danse à la boxe et qu'il rêve de Londres et d'une école de ballet
> c'est presqu'un cauchemar.
> Mais l'obstination de l'enfant, de son prof provoqueront un déclic chez
> le père
> La réalité est dure dans ces cités minières , surtout en période de
> grève , sous Thatcher . Et le père va renoncer à son combat , peut être
> même à sa fierté pour donner à son fils cette chance de se réaliser.
> Il n'y a pas de pathos, pas de mélo. dans ce film. Certaines scènes sont
> dures, d'autre très touchantes.
> J'ai aimé
> Et Vous?

J'ai vraiment aimé ce film, je l'ai trouvé très beau.
La passion de Billy pour la danse est tellement grande qu'il arrive à faire
changer d'avis son père. Et c'est en voulant vraiment quelque chose qu'on
arrive à faire bouger les choses.


> Au fait, quel avenir "sexuel" donnez vous à Billy?
> Quand son ami Michael lui prend les mains, pour les réchauffer, on sait
> que ce n'est pas seulement un geste d'amitié de la part de Michael.
> Quand Billy promet "de ne rien dire" de l'aveu que Michael vient de lui
> faire en l'embrassant, , on pressent un doux secret entre eux.
> Quand Billy quitte la cité, il rend ce baiser à son ami.
> Et dans la scène final, au moment où Billy, devenu premier danseur,
> s'élance pour interpréter " Le Lac Des Cygnes" ( superbe idée et
> chorégraphie britannique selon mon critique préféré qui m'avait emmené
> voir ce film), Michael et son amant sont là pour assister à l'évènement.
> Et Billy?

Je ne pense pas que Billy soit homo. J'ai compris le baiser d'adieu de
Billy comme un témoignage de son amitié pour Michael, un "remerciement" pour
l'avoir soutenu et encourager à danser.
Il marque aussi le départ de Billy, scellant l'amitié et l'amour qu'avait
introduit celui de son ami. La bouble est donc bouclée.
Et si Michael est venu assister au ballet, c'est par amour pour Billy. Il ne
voulait pas manquer ce spectacle car il aime toujours Billy, bien que
celui-ci ne le lui rende qu'en amitié.
Mais je pense que si Billy était homo, il arriverait à le faire admettre à
son père, s'il en avait la même volonté que celle pour danser.
Enfin, ceci est mon interprétation du film et je pense que chaque spectateur
en a une différente.


--
Perrine

-- Aimer est la véritable respiration de l'âme. ---


jonathas

unread,
Feb 13, 2001, 5:18:52 PM2/13/01
to

perrine.joly <perrin...@wanadoo.fr> a écrit dans le message :
96c926$atf$2...@wanadoo.fr...

>
> Je ne pense pas que Billy soit homo. J'ai compris le baiser d'adieu
de
> Billy comme un témoignage de son amitié pour Michael, un
"remerciement" pour
> l'avoir soutenu et encourager à danser.
> Il marque aussi le départ de Billy, scellant l'amitié et l'amour
qu'avait
> introduit celui de son ami. La bouble est donc bouclée.
> Et si Michael est venu assister au ballet, c'est par amour pour Billy.
Il ne
> voulait pas manquer ce spectacle car il aime toujours Billy, bien que
> celui-ci ne le lui rende qu'en amitié.
> Mais je pense que si Billy était homo, il arriverait à le faire
admettre à
> son père, s'il en avait la même volonté que celle pour danser.
> Enfin, ceci est mon interprétation du film et je pense que chaque
spectateur
> en a une différente.

Pour le scénariste, en effet, il n'est pas du tout homo.

Tout le message martelé au cours du film, c'est que faire de la danse,
c'est très bien (comme la boxe, du genre " on fait de la danse mais on
n'est pas des pédés "). Michael n'est là que pour incarner au contraire
le vilain petit canard qui ne voit dans la danse que l'occasion de se
travestir. Il y a un gros plan révélateur au début de la scène finale
sur les poils la poitrine de Billy-adulte au moment d'entrer en scène.
Il ne manque plus que la voix off pour nous dire que Billy, bien qu'il
ait fait de la danse, est devenu un homme, un vrai, pas comme ce pédé de
Michael et son copain, qui sont présentés en folles perdues...

Pour faire admettre l'homosexualité comme normale chez les mineurs du
fin fond de l'Angleterre, on attendra un peu ;-)

Marc Mercier

unread,
Feb 13, 2001, 5:47:03 PM2/13/01
to

Tetsuokira <tetsu...@wanadoo.fr> a écrit

>. Les relations pére-fils
> me font toujours cet effet. Peut-être parce que le mien ne sait pas
que
> je suis gay, où qu'il le craint.

Mon père est mort avant de savoir. Même avant que je ne le sache.
Je crois que j'aurais hésité, comme Toi.
Le titre que j'ai donné au post montrait l'importance que j'accordais à
cet aspect.
L'image du père qui renonce à ses idées , à son combat militant pour son
fils, pour l'avenir de son fils m'avait perturbé.
Sur l'autoroute, en revenant du ciné, j'ai entendu un bruit inhabituel.
Daniel m'a dit" ce n'est rien. ma portière est mal fermée"
En qq sec, j'ai vu , mentalement, la portière s'ouvrir et Daniel
basculer et cette "image" m'a rappelé un souvenir vieux de 45 ans .
J'étais avec mon père dans une auto-tamponneuse (la seule fois ) et lors
d'un choc j'ai été éjecté. Mon père , d'un geste vif, m'a rattrapé.
J'étais encore sous l'émotion qui, comme Toi, m'avait envahi, pendant le
film.
Et je me suis posé la question: "Est ce que moi, en me révoltant contre
les injustices et les saloperies que je subis depuis qq années, je ne me
suis pas contenté d'un combat militant et stérile"
Quelques secondes ont suffi pour m'asphyxier et me faire fondre en
larmes


>
> Maintenant, est-ce que le milieu de la danse est vraiment rempli de
gay?
> Bonne question, mais quand on aime son corps, qu'on apprend à le

> maîtriser, le construire, le connaître, et qu'on s'entraîne en tenu
> légère et moulante (hum!) on devient certainement plus "ouvert" aux


> expérience et au plaisir du corps.
> Quand dise les intéressés, ça baise bien dans les vestiaires des
ballets

Je n'en connais pas.
Par contre, j'en ai pris la place.
Mon membre et mon corps ont remplacé, dans le lit de D * ,ceux d'un
membre d'un corps de ballet. :-)
Cette proximité me permet de répondre OUi à ta question.
D'autre part, j'ai un ami photographe qui fréquentait les loges (et les
saunas bruxellois ) de la troupe de Béjart.
Il en a ramené souvenirs et photos...
Eux aussi répondent OUI à ta question.

Marc Mercier

*(Il ne veut même plus que je dise son prénom sur le forum)


bernard C

unread,
Feb 13, 2001, 6:47:11 PM2/13/01
to

Marc Mercier <marc_m...@hotmail.com> a écrit dans le message :
969sig$cfv$3...@news1.skynet.be...

> Je trouve souvent une très grande sensibilité, une très grande justesse
> une très grande humanité au cinéma anglais.

Je suis allé à partir de ton enthousiasme voir ce film .

Je dirai quelques mots .

La scène qui m 'a semblé pivotale c'est la danse sur "I love to boogie" .
Là la filiation est absolue .

Les corps de la grand mère alzheimerienne, comme du père et plus encore de
l'aîné rejoignent le corps de la mère à travers Billy

Ce n'est pas du tout un film sur l'homosexualité , mais sur plusieurs
ruptures nécessaires à l'identité .

Le film est traversé de part en part par cela qui conduit de la Cité minière
aux marches de Coven Garden ..qui conduit du trampoline sur le lit de la
chambre des enfants à l'envol du lac des cygnes sur la scène du Royal Opera
House .

La mère est morte. Elle laisse une parole essentielle, qu'elle ne peut dire
que morte : "sois toujours toi même Billy" . (ce qui venant d'un mort délie
une telle parole de l'injonction paradoxale )

Pour être lui même il faut en passer par l'affrontement à l'image paternelle
.


Ce film est donc un film sur la paternité , une paternité divisée qui exige
de celui qui est veuf , comme tu le dis Marc , mais aussi brisé dans
l'humiliation Tatchérienne , d'être en position d'opérer la fonction
maternelle .( Le frère ainé est le porte parole de l'image paternelle dans
sa fixité ..et il dira parlant de la mère , rompu lui aussi : "elle aurait
dit oui ")

ce père est un père qui doit affronter le dépouillement du vieil homme pour
qu'advienne un autre que lui : les doigts fins de Billy qui constituent le
premier plan du film montrent d'emblée le renoncement aux gants de la lignée
paternelle .


C'est aussi un film sur l'art , bien plus que sur la danse . Alors bien sûr
la danse implique le corps et les images de son ambiguïté . Les ambiguïtés
sexuelles sont présentes à tous les niveaux, et aussi les peurs de la
féminité masculine . On voit , je dirai de façon banale les indécisions de
l'adolescence.

La peur provient moins de l'homosexualité , somme toute remarquablement bien
dépassée , sinon bien tolérée à tous les niveaux ( sauf peut-être par Billy
lui même...qui le symbole n'est pas mince , prend le seul risque majeur
d'échouer son concours lorsqu'il frappe son congénère dans le vestiaire de
l'Académie Royale de danse en le traitant de pédé !!) , que de la peur liée
aux rupture du réel .
Nous dirions maintenant (en terme de neurosciences ) la rupture des
routines , c'est à dire des identités contextuelles : la principale c'est
celle qui est montrée dans les murs .
Il y a tout le temps des murs et leur continuité est assurée par le mur des
boucliers des forces de l'ordre (Billy est toujours contraint par les murs ,
qui lui mordent la peau , hormis lorsque l'aérien de la danse le délivre de
la gravité...il dira , la danse c'est voler , c'est être électrique...)

Ces murs , les piquets de grève, cèdent progressivement , il y a les
"jaunes", il y a les draps, cloisons fragiles et aveuglantes qui livrent le
frère de Billy aux coups et aux sabots des chevaux de la garde montée, il y
a l'épreuve du renoncement et l'humiliation du père retournant à la mine ,
et enfin la dépression des gréviste lorsque les syndicats capitulent .

Les capitulations successives des résistances de la scène sociale sont les
symboles des transformations que doit opérer le père pour admettre Billy
comme autre .
Billy est autre
-car beauté contre noirceur du monde ,
-car espace (tu n'es jamais allé à Londres , papa ?) contre univers clos de
l'aliénation au travail ritualisé (il y a à Durham une cathédrale que Billy
n'a jamais vue ),
-car corps serrés descendant dans le puit de mine contre liberté de l'envol
, culminant dans la dernière image ,

sont autant d'antagonismes qui séparent le réel de la sublimation .

Alors ce film est parabolique bien sûr .

Je ne m'arrêterais pas , mais il le faut ...:-))
Très beau film Marc , merci de m'avoir donné envie d'aller le voir .


vraiment ,l'homosexualité dans ce film , me parait avoir un statut très
accessoire en tant que thématique par rapport à des questions d'une autre
ampleurs qui se posent .

L'esthétique du film est très belle , cadrage, rythme , lumières , pas de
caricature , pas de mollesse mélodramatique...

Une grande émotion .

A plus tard .

Bernard

bernard C

unread,
Feb 13, 2001, 6:59:59 PM2/13/01
to

Marc Mercier <marc_m...@hotmail.com> a écrit dans le message :
96c42g$mtk$2...@news1.skynet.be...

> En fait, la sexualité de Billy n'est pas un élément capital dans le
> film.
>
> Je soulevais la question uniquement pour être en charte :-)
>
> D'un autre côté, cet aspect ne peut être totalement ignoré.
> Ce n'est pas sans raison que le milieu du ballet a payé un lourd tribut
> au sida.
> Ou ce milieu attire , ou ce milieu rapproche!
>
> Enfin la chorégraphie du " Lac des Cygnes", du Royal Ballet de Londres,
> évoquée dans ce film a une particularité "sexuelle".
> Contrairement aux ballets précédents, le rôle des cygnes est tenu par
> des hommes - On voit dans la scène finale, Billy s'élancé,, grimé en
> cygne.
> Ambiguïté de plus.

Je prends connaissance de tes 2 posts de la soirée après avoir écrit et
envoyé ma contribution .

En quelques points , nous partageons des appréciations convergentes .

Je dirais que l'arrivée sur Coven Garden , comme l'image de cygne interprété
par Billy et qui est l'image finale du film m'apparaissent comme bien autre
chose qu'un lyrisme de happy end .Je suis d'accord avec toi sur l'ambiguïté
finale
mais je crois à la cohésion du film dans son déroulement diachronique .

L'ambiguïté finale , le cygne que danse Billy est justement ce que permet
la liberté du jeu , de la théâtralité sans pour autant désigner le sujet
dans son identité .

amitié.

Bernard

Marc Mercier

unread,
Feb 13, 2001, 6:36:00 PM2/13/01
to

jonathas <jona...@worldonline.fr> a écrit

>
> Pour le scénariste, en effet, il n'est pas du tout homo.

Jonathas, est ce que ta phrase laisse supposer que tu as lu l'opinion du
scénariste?
Ou est-ce ton opinion personnelle?

>
> Tout le message martelé au cours du film, c'est que faire de la danse,
> c'est très bien (comme la boxe, du genre " on fait de la danse mais on
> n'est pas des pédés ").

OK

> Michael n'est là que pour incarner au contraire
> le vilain petit canard qui ne voit dans la danse que l'occasion de se
> travestir.

Dès qu'elle sera disponible, je louerai la cassette pour voir la scène
du ballet entre Billy et Michaël.

>Il y a un gros plan révélateur au début de la scène finale
> sur les poils la poitrine de Billy-adulte au moment d'entrer en scène.
> Il ne manque plus que la voix off pour nous dire que Billy, bien qu'il
> ait fait de la danse, est devenu un homme, un vrai, pas comme ce pédé
de
> Michael et son copain, qui sont présentés en folles perdues...

Il me semble que tu interprètes, très librement, parce que le côté "
folles perdues", je l'ai pas vu!
Je louerai la cassette.

Il est exact que la scène finale montre la puissance de Billy .
Moi j'ai surtout été frappé par la vue de dos, montrant les épaules, le
cou, la musculature de son corps symbole de puissance.
Personne ne doute de la puissance de Billy, s'il est arrivé à ce niveau.
Est-ce cela le symbole de l'hétérosexualité?

Cette image m'a rappelé le dos de mon Daniel...
Ce n'est pas cela qui me le fait croire" un homme, un vrai", un hétéro!
(Heureusement pour moi)

D'autre part, n'oublie pas que Billy est ... "en cygne", dans "Le Lac
des Cygnes" à ce moment là.
Que pouvait vouloir dire le scénariste ou le réalisateur en choisissant
cette chorégraphie et ce ballet là!

>
> Pour faire admettre l'homosexualité comme normale chez les mineurs du
> fin fond de l'Angleterre, on attendra un peu ;-)

Les milieux ouvriers sont , _partout_, ceux où l'homosexualité se révèle
le moins.
Et je peux faire une révélation sur fsh:
Dans les milieux universitaires, c'est pas encore gagné!

Marc Mercier


Cat

unread,
Feb 14, 2001, 5:00:50 AM2/14/01
to

"
Moi je crois qu'on peut comprendre le film des deux façons, il y a le
premier niveau qui délivre le message que tu dis. Mais au delà, on peut se
demander si le coup de poing qu'il donne dans les vestiaires de l'école de
danse ça n'est pas pour se rassurer sur sa virilité. Eh puis c'est vrai on
s'attendait à le voir danser le prince et il danse le cygne blanc c'est à
dire Odette, c'est magnifique mais quelque peu révolutionnaire. On peut
aussi remarquer son indifférence totale à l'égard de ses copines du cours de
danse, il n'a même aucune curiosité pour la minette que l'une d'elle se
propose de lui montrer.

Salut. Cat.


Cat

unread,
Feb 14, 2001, 5:03:58 AM2/14/01
to
Merci de ton analyse magnifique.
"bernard C" <bernar...@wanadoo.fr> a écrit dans le message news:
96cgsf$6h6$1...@wanadoo.fr...
>

didier el-baz

unread,
Feb 14, 2001, 6:04:39 AM2/14/01
to

"bernard C" >

>
> . Les ambiguïtés
> sexuelles sont présentes à tous les niveaux, et aussi les peurs de la
> féminité masculine . On voit , je dirai de façon banale les indécisions de
> l'adolescence.

Très bel analyse Bernard de ce film magnifique bravo !

didiez
(moi je le conseillerai bien a tous les pre-pubères, ça devrait
dédramatiser leurs premières poussées hormonales et le désarroi de leurs
premiers désirs, mais on va dire que je focalise....).


Tetsuokira

unread,
Feb 14, 2001, 7:30:18 AM2/14/01
to
Ha, là, je suis épatté par cette belle analyse.
Je ne l'avais pas vu comme cela, car je me suis laissé porté par
l'histoire, mais je crois que j'irais le revoir en VO, pour regarder la
forme cette fois-ci. Merci.

bernard C wrote:
>
> Marc Mercier <marc_m...@hotmail.com> a écrit dans le message :
> 969sig$cfv$3...@news1.skynet.be...
> > Je trouve souvent une très grande sensibilité, une très grande justesse
> > une très grande humanité au cinéma anglais.
>

>..........

jonathas

unread,
Feb 14, 2001, 10:32:21 AM2/14/01
to
Marc Mercier <marc_m...@hotmail.com> a écrit dans le message :
96cje8$3im$2...@news1.skynet.be...

>
> jonathas <jona...@worldonline.fr> a écrit
> >
> > Pour le scénariste, en effet, il n'est pas du tout homo.
>
> Jonathas, est ce que ta phrase laisse supposer que tu as lu l'opinion
du
> scénariste?
> Ou est-ce ton opinion personnelle?

Oui, c'est une opinion personnelle stupide de plus, désolé d'avoir omis
le AMTHA

Fred L.

unread,
Feb 15, 2001, 10:01:55 AM2/15/01
to

"bernard C" <bernar...@wanadoo.fr> a écrit dans le message news:
96cgsf$6h6$1...@wanadoo.fr...

> La mère est morte. Elle laisse une parole essentielle, qu'elle ne peut
dire
> que morte : "sois toujours toi même Billy" . (ce qui venant d'un mort
délie
> une telle parole de l'injonction paradoxale )

Tu es sûr de cela, Bernard ? Il y plein de gens pour qui la mère morte vit
encore. En sorte que le "dubble bind" ne disparaît pas comme ça, suite à un
événement à la fois prévu et d'avance contourné (la mort).
--
Fred


bernard C

unread,
Feb 15, 2001, 2:31:58 PM2/15/01
to

Fred L. <fl...@belgacom.net> a écrit dans le message :
DbSi6.4192$pa.5...@news.chello.be...


Tu as raison , oui bien sûr le double bind de l'injonction paradoxale peut
fonctionner hors même de tout énoncé . (et donc par delà la mort )

Dans le cas présent les choses sont plus complexes ...As tu vu le film ?
Parce qu'évidemment je veux bien me lancer dans une discussion de ce
problème , mais pour le coup ..ça va devenir une discussion de spécialiste
que n'accueillerait pas même fr sci psy. o)))))))))

Pour faire simple ..on peut se poser la question de ce que la parole de la
mère , transmise par cette lettre qu'elle lui remet pour être ouverte à ses
18 ans , porte de détermination pour Billy et son désir d'être danseur .
Oui je pense que la mère transmet un désir , pour autant elle n'est plus en
mesure d'exercer une emprise contradictoire. C'est à dire qu'elle n'est plus
en mesure de jouir de reprendre ce qu'elle donne ( ce qui est bien à
l'oeuvre dans le double bind ).

Même si elle transmet , ce qui est relayé par les femmes dans le film ...la
grand mère d'abord qui ne cesse dans le désordre de sa mémoire de répéter
son propre destin raté de danseuse professionnelle ..ou qu'il s'agisse de la
prof du centre socio culturel , pour laquelle aussi la scène la plus forte
est cette interjection de Billy qui dit en gros (je n'ai évidemment pas les
dialogues sous les yeux , moins encore dans ma mémoire ) mais qui dit
quelque chose comme ça : "Vous voulez que je réussisse là où vous n'êtes
qu'une ratée frustrée..")..il y a effectivement transmission , peut être
translation du désir maternel ( je l'ai dit qui est même reconnu par l'aîné
qui dira ..la mère aurait dit" OUI") .

Mais la transmission d'un désir ,voire d'une identification à travers ce
message : "sois toi même" (soit ce que je désire que tu sois) n'est pas à
proprement parler le double lien de l'aliénation .

L'injonction paradoxale ne transmet pas ...Elle dit : sois libre au moment
où je t'interdis de l'être . Ce qui n'est pas le cas dans ce film .Le double
lien est disjonctif, il ne structure pas ,il dissocie .Il renvoie à
l'ambivalence du désir de l'autre .

Or nous sommes déterminés par ce qui nous est transmis , qu'on le prenne du
côté des gènes neurodéveloppementaux ou qu'on le prenne du côté des
signifiants qui fabriquent le sens , disons pour faire simple les contextes
environnementaux et les modèles comportementaux ( et plus profondément les
signifiants maîtres qui nous structurent..mais nous entrons dans un langage
conceptuel qui va paraître abscons...) .

Billy est bien structuré par l'ordre omniprésent de la mère , dont les
images du retour à la tombe, cette tombe maculée de signes ineffaçables et
intraduisibles donnent clairement des indices ...Il n'est pas soumis au
paradoxe ...il est tout sauf fou ....il tend même au feu un marteau du
piano de la mère abattu à la hache par le père en pleurs pour alimenter la
cheminée de Noël : il accepte sans drame des renoncement essentiels aux
traces de la mère... c'est par là que le cinéaste nous montre le dépassement
et non la soumission au désir de l'autre .


La mère donne au delà de la mort ce que j'ai souvent ici même souligné comme
important : un arc boutant , cette fonction tutélaire si décisivement
montrée par Vitgovski puis Bruner , comme nécessaire à la réalisation du
sujet et _au delà_ duquel il peut développer sa liberté .


Il est tout à fait plausible que ce soit cet ancrage dans le désir maternel
qui donne au personnage de Billy cette ambiguïté sexuelle ( mais remarquons
qu'on peut difficilement parler de vulnérabilité identificatoire , il est de
tous les personnages celui qui affronte avec succès le plus d'obstacles et
qui réussit le mieux son "idéal du moi" (sic....o)))))))))))

Bon étrange Fred L , ceci dit , que tu m'aies demandé dans un autre post
d'être lisible sans jargon et que tu m'invites à un débat qui requiert
autant de concepts incontournables , dont même en simplifiant beaucoup on ne
pourra que me reprocher l'hermétisme... o)))))

Merci en tout cas de m'avoir invité ( je n'aurais pas osé tout seul) à
prolonger dans des domaines qui m'intéressent au plus haut point , même si
fsh peut croire que nous sommes loin de la charte ( ce qui n'est pas
sûr...)

BC


Marc Mercier

unread,
Feb 15, 2001, 4:46:04 PM2/15/01
to

bernard C <bernar...@wanadoo.fr> a écrit >
> Merci en tout cas de m'avoir invité ( je n'aurais pas osé tout seul) à
> prolonger dans des domaines qui m'intéressent au plus haut point ,
même si
> fsh peut croire que nous sommes loin de la charte ( ce qui n'est pas
> sûr...)

"Je suis sûr que c'est à Louis Desaix * de Veygoux que pensait ma mère,
lorsqu'elle me dit quand nous nous sommes rencontrés pour la première
fois en quarante-cinq ans: "Souviens Toi que tu es de Très Bonne
Souche." Elle souligna ces mots en tapant trois fois sur la table à
laquelle nous étions assis. Vraiment? Et quelle importance cela
pouvait-il avoir? De très bonne souche dit-on en français,
particulièrement quand on parle de chiens, "souche" évoque l'image des
troncs solides dont les racines profondes plongent loin dans un riche
terreau."
Extrait de " Une mère et sa honte" Robert Dessaix (Écrivain
australien . Homosexuel)

Les rapports "mère - fils " relèvent ils de la charte?
J'aurais cru que ta réponse serait plus catégorique.

Merci, Bernard parce que même si ton "hermétisme" ne nous permet pas de
suivre sur les pistes noires, tu traces certaines pistes blanches qui
sont accessibles et intéressantes.

La photo que tu as envoyée - comme l'analyse de ce film - me rappelle
une phrase , dont j'ai oublié les mots exacts et l'auteur . Elle disait
que l'essentiel n'étai pas de savoir , ni de voir mais de savoir voir.

Marc

* Il ne s'agit pas d'une coquille. Le patronyme DESAIX dans "Louis
Desaix de Veygoux " s'orthographie différemment que dans " Robert
Dessaix "
Lisez le livre si vous voulez en connaître la raison.


Gregoire Kretz

unread,
Feb 17, 2001, 6:13:18 PM2/17/01
to
jonathas <jona...@worldonline.fr> wrote:

Quelqu'un a dit sur ukglb avoir lu une interview du metteur en scène,
qui disait précisément qu'il ne voulait pas donner de réponse à la
question. Un doute calculé, quoi.

Greg

--

Here comes that sinking feeling!

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