Les bobos phénomène de notre époque ?
Que nenni !
Un peu de recul historique ne messied point.
Et un zeste de psychanalyse relèvera le goût.
En 1659, Gédéon Tallemant des Réaux présente une monographie
féroce de ces jeunes aristocrates qui aiment à se déguiser en
bohémiens,
en adoptant l'allure et le langage pour se démarquer de leur caste.
St Simon détournera le terme militaire d'"avant-garde" pour désigner
ces héritiers farfelus qu'il qualifiera d'inutiles et de prétentieux,
ne leur trouvant pour excuse que de devoir meubler leur oisiveté.
Balzac décrira les "princes de la bohème", ces dandys inconsistants
et vaporeux, prêts à suivre aveuglément la dernière mode car pour eux
le passé ne vaut rien, et au présent rien n'est tabou.
A partir de là, tous les écrivains, artistes ou comédiens de quelque
renom revendiqueront leurs excentricités publiques et leurs propos
subversifs comme autant de signes distinctifs du talent voire du génie,
tout en vivant en privé de façon fort bourgeoise, tel Marx engrossant
ses bonniches.
La nouveauté moderne est, après WW 2, l'osmose entre les germanopratins
fantasques et une certaine gauche d'apparence qui a à coeur de faire
oublier ses complaisances pour le maréchal.
C'est la célébration des noces incestueuses entre l'art (ou ses
succédanés) et la politique politicienne. Plutôt que de quémander
auprès d'un mécène, autant se servir directement dans les caisses !
Puis, dans nos sociétés post-modernes où l'immigré a remplacé le prolo,
et où la décroissance s'est substituée au grand soir, le bobo légitimé
par les média qu'il contrôle s'incruste dans le paysage sociologique
urbain. Avec, en tant que classe devenant dominante, la prétention
d'imposer son système de valeurs à l'ensemble de la société.
Le changement est radical : de marginal plus ou moins influent, il
devient acteur prioritaire et prescripteur d'opinions.
Le bobo est en règle générale éduqué et d'origine bourgeoise (on y
trouve peu de produits de l'ascenseur social) il jouit d'un mode de vie
de privilégié et occupe une position économique enviable dans la
société, ou un poste de pouvoir, l'un ou l'autre en forme d'avantages
héréditaires.
Mais...
Coucou la psychanalyse !
Le bobo vit les affres de la dissonance cognitive !
Parce que ça faisait bien dans son milieu d'origine de se donner des
airs rebelles, on lui a rabâché dans sa jeunesse la vulgate
crypto-marxiste pour les nuls, mâtinée d'anarchisme à la Marie-Chantal.
Il y a gagné une forme de culpabilisation prégnante vis à vis de
l'argent. Semblable dans son fonctionnement à la diabolisation du sexe
dans la religion...
Composant avec le mal (= le fric) tel un prélat lubrique avec les
putes.
Cherchant des arrangements entre des croyances indélébiles,
irréfragables, et un mode de vie qui les conchie allégrement.
D'où cette dichotomie entre le dire et le faire que nous observons.
Instruit et cultivé, il promeut la spontanéité ignare du pédagogisme
farfelu, et affirme haut et fort la supériorité de l'école publique et
des mélanges sociaux.
Mais il inscrit ses moutards dans des boîtes privées chicos
fonctionnant à l'ancienne.
Profiteur d'une société dont il exploite tous les avantages, il clame
sa haine et/ou son mépris de son pays, de son histoire et de ses
institutions, mais trouve de bonnes excuses pour exploiter ses salariés
(que deviendraient ces malheureux sans lui ?)
Se croyant anticonformiste parce qu'il rejette des préjugés qui n'ont
plus cours depuis belle lurette, et valeureux résistant parce qu'il
combat les fantômes d'un passé fort heureusement révolu, il impose
insidieusement le conformisme de ses lubies assorties de délits
d'opinion à ceux qui lui font l'injure de ne pas être d'accord avec
lui.
Goinfré de Chivas, de caviar et de langouste, il verse une larme de
crocodile sur les SDF, et donne aux restau du coeur pour réduire ses
impôts, tout en déplorant que la répression fiscale l'oblige cet hiver
à se contenter de 2 semaines dans un 4 étoiles à Maurice au lieu des 3
semaines habituelles dans un 5 étoiles aux Seychelles.
Boursicoteur limite délit d'initié, il pourfend les injustices, c'est à
dire les situations qui procurent des avantages aux autres, et donne
généreusement (tant que ça ne coûte rien) des leçons de bienséance
et de bienpensance au monde entier.
Rejoignant par la tangente les ridicules prétentions des aristos et des
bourges traditionnels à codifier les bonnes manières.
Prouvant ainsi qu'au delà d'un reniement de pure façade, il en est bien
le légitime héritier.
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Mort du journalisme citoyen :
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