UBUjean-jacques viala
unread,May 18, 2012, 3:30:41 PM5/18/12You do not have permission to delete messages in this group
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38 morts, 53 blessés, enlèvements, plastics.
Deux européens enlevés sont libérés par le F.L.N.
Deux européens réalisent un hold up sur la poste d'El Biar.
Une patrouille de garde mobile attaquée.
Le F.L.N. attaque une patrouille militaire à Oran, les militaires
ripostent, 7 morts.
Le préfecture de Saïda est détruite par une violente explosion.
A Valmy, petit village proche d'Oran où rien ne s'était passé , mais un
meurtre en Octobre 61, un jeune lycéen de 18 ans est enlevé et disparaît
à jamais. Tous les habitants comprennent que le fameux slogan "la valise
ou le cercueil" est serieux et se résignent à l'exil.
Le Comité des affaires algériennes du jour aborde le problème des
enlèvements, Tricot annonce que Azzedine va les publiquement désavouer
ce jour même, Azzedine n'en fait bien entendu rien. (voir ci-dessous)
Verdict à Paris du procès Salan, il déclare "je revendique ma
responsabilité comme chef de l'O.A.S." et "le général De gaulle a remis
l'algérie au F.L.N., sa parole a été reniée".
Parmi les témoins, la veuve d'Albert Camus rappelle l'engagement de son
mari et déplore l'incompréhension de la métropole,
Juin, Massu, la veuve de Leclerc et celle de de Lattre témoignent en sa
faveur.
Quelques officiers ont accepté de témoigner en sa faveur, l'amiral Ploix
indique que Messmer, ministre des armées lui a interdit, comme à tous
les militaires, de témoigner.
Le général Pouilly, qui a refusé de suivre Challe puis Salan indique
que "leur crime est peut-être moins grave que le nôtre".
L'ancien président de la république, René Coty vient repeter ce qu'il
disait en 1957: "Comment la France peut-elle, sans se deshonorer, livrer
l'Algérie aux égorgeurs? (...) je le pense encore".
Les deputés d'algérie viennent témoigner en nombre.
Les avocats rappellent que Salan a été victime d'un attentat monté par
Debré car il était jugé trop républicain. "Cela vous a beaucoup servi"
lui dira bien plus tard un des juges, Valery-Rabaud.
Le verdict n'est pas la mort, De gaulle est furieux et dissout sa haute
cour de justice spécialement crée pour l'occasion. Il avait mis Jouhaud
en attente de fusillade le lendemain de l'arrestation de Salan, soit
pour adjoindre Salan à la fête soit (plutôt) pour faire fusiller le chef
et se donner les gants de gracier le sous chef, de surcroît pied noir (à
l'époque c'était pas considéré comme aujourd'hui une situation
aggravante d'être pied noir, au contraire).
Sous le choc de la non condamnation à mort de Salan, il décide de faire
fusiller Jouhaud.
Il se heurte à de nombreuses oppositions, du général Partiot qui refuse
de désigner le peloton (il sera cassé de l'armée pour mauvais esprit) à
des ministres (Giscard, Pisani, Sudreau, Foyer, garde des sceaux,) et
même Pompidou qui met sa démission dans la balance.
De gaulle n'a pour appui dans cette exécution que Michelet, ce saint
laïque, qui avait déjà lors du procès exigé la peine de mort. Il remet
l'affaire à plus tard, il se vengera sur Piegts et Dovecar.
Le 23 mai 1962, Maître Jean-louis Tixier-Vignancour prononçait une
plaidoirie de deux heures devenue historique. En effet, contre toute
attente, il parvenait à éviter au général Salan la peine capitale,
pourtant ouvertement souhaitée par le chef de l'Etat.
A l'Elysée, quand le général De Gaulle apprit le verdict, il ne cacha
pas sa colère. On dit même qu'il brisa de ses mains deux objets du
mobilier national. Le lendemain, un décret présidentiel prononçait la
dissolution du tribunal militaire. Plutôt qu'une plaidoirie de rupture,
Me Tixier-Vignancour avait choisi de plaider les circonstances
atténuantes.
Morceaux choisis.
"C'étaient donc les Français d'Algérie, ces officiers, ces musulmans
fidèles qui formaient la petite troupe de fidélité, qui se laissaient
emporter ici et là à des actes d'autant plus incendiaires qu'ils avaient
moins d'effet. Tout cela n'était pas bien méchant et nous en serons
d'accord, puisque c'est M. Morin qui le dit.
J'affirme qu'à partir de ce moment, traiter de manière bestiale des gens
qu'on arrête, que l'on déporte. ..Mais, Messieurs, s'il ne s'agissait
pas de Français d'Algérie, imaginez un instant ce qu'aurait dit la
conscience universelle. Il s'agirait de la personne humaine, avec ses
spécialistes, ses commissions internationales de juristes, avec ses
organes également tout à fait spécialisés pour traîner l'armée française
dans la boue et qualifier la Légion de je ne sais plus quoi. Peut-être
de troupes étrangères.
C'est bien simple. Nous aurions assisté à un scandale tel que les
colonnes du temple s'en seraient ébranlées. Il ne fallait pour cela
qu'une chose, c'est que les victimes fussent des fellaghas ou des
Portugais; auquel cas nous aurions eu droit à ce concert.
Mais il s'agissait de Français d'Algérie ; cela n'intéresse absolument
personne dans les arcanes de la conscience universelle. Ce qui nous
amène à penser, et c'est tout de même important, qu'il y a des gens qui
font monnaie de la personne humaine, et qui ne s'occupent de la personne
humaine que quand celle-ci intéresse leurs opinions politiques. Et c'est
là, Messieurs, voyez-vous la constatation la plus triste et la plus
lugubre qu'en effet, nous puissions faire. Ils n'ont même pas de pudeur.
J'aurais été à la place de la Ligue des droits de l'homme j'aurais fait
quelque chose, oh! avec des réserves bien sûr; j'aurai dit: ce n'est pas
pour ces saligauds; mais il y a cette vieille femme morte, il y a tout
de même ce camp de Djorf. Et à la place de la Ligue des droits de
l'homme, j'aurais émis une protestation timide; je l'aurais fait,
excusez-moi cette expression lamentable et vulgaire, mais vraie, pour la
galerie; je l'aurais fait quand même. Mais la Ligue des droits de
l'homme n'a même pas cette pudeur, cela ne l'intéresse pas.
Elle est même contente. "Une balle, cela vaut mieux qu'un rapatriement."
C'est un responsable en Algérie qui l'a dit. C'est bon et cela prépare
des lendemains qui chantent.( ...) Aucune jolie guerre, aucune jolie
révolution! Alors là nous sommes bien partis. Aux morts vont s'opposer
les morts; aux plastiquages vont s'opposer les plastiquages, aux blessés
vont s'opposer les blessés.
Il y aura d'ailleurs des blessés de diverses catégories. Parce qu'il y a
des blessés qui ont droit aux cinq colonnes à la une, à la télévision.
Et puis il y a les deux petits Garcia, cette petite fille et ce petit
garçon le crâne fracassé contre les pavés de la rue. pour eux, pas de
cinq colonnes à la une; ce n'est pas intéressant.
Si je le rappelle, c'est parce qu'on rend, parce qu'on va rendre justice
ici, et qu'il faut vraiment que sur les violences nous ayons tout dit. (
...) Le général De gaulle a gagné.
L'indépendance de l'Algérie sera proclamée le 1 er juillet.
Il lui aura donc fallu quatre ans et un mois. La route a été longue,
elle a été rude pour mais par sa ténacité, par sa volonté
exceptionnelle, il est parvenu à écarter tous les obstacles. Evidemment,
sur la route ainsi parcourue, il y a beaucoup de carcasses d'automobiles
éventrées et d'hommes tués car on n'atteint pas un but aussi important
sans que véritablement, Messieurs, les ruines soient immenses.
Il y est parvenu. Les conséquences de cette politique, bonnes ou
mauvaises, seront appréciées plus tard; Pour les conséquences
immédiates, si l'on est honnête, il faut établir deux colonnes. Il y a
l'actif, très important, le plus important, c'est l'indépendance de
l'Algérie. Mais, de bonne foi, si l'on est partisan de cette politique
bien entendu, il faut avoir le courage d'accepter le passif comme
l'actif; Et vous ne pouvez pas négliger ce passif des conséquences
immédiates. Cela, Messieurs, ce n'est pas possible et ce serait
d'ailleurs absolument contraire à toute logique et à tout bon sens.
Le général Salan s'est opposé à cette politique pour les raisons que je
vous ai dites et sur lesquelles je ne reviendrai pas car je ne veux pas
céder à la tentation de me répéter. Il a pris position contre cette
politique. Mais il faut attendre le jugement des années 1968 ou 1970
pour nous dire si le résultat est bénéfique et si finalement cette
politique était bonne.
Comment voulez-vous prononcer aujourd'hui une condamnation capitale
contre le général Salan alors que celui qui était hostile à cette
politique peut constater, avec un peuple entier, les conséquences
immédiates ? ( ...)
Car ces conséquences immédiates c'est d'abord une population affamée. Et
cela on n'en parle jamais. Mais c'est une population affamée. Pourquoi?
Parce que, très justement, le gouvernement dans la crainte d'un putsch
ou d'une sécession de mauvais aloi, c'est-à-dire tendant à maintenir
l'Algérie dans la République, le Gouvernement avait réduit les stocks
alimentaires à quinze jours. C'était une mesure dictée par la raison
d'Etat et il n'y a à ce sujet qu'à s'incliner. (...) Enfin, Messieurs,
c'est une population martyrisée. Il est difficile au milieu de ces
martyrs d'ajouter un martyr de plus. Je croyais que le Pouvoir en avait
assez, quand ce ne serait que les anciens combattants musulmans qui
sont, vous le savez, vous connaissez l'Algérie, la cible préférée des
jeunes FLN qui, après avoir demandé des services à la section locale,
prennent leurs galons de jeunes révolutionnaires en crachant sur ces
vieux soldats, ou comme à Mostaganem en les faisant cracher eux-mêmes
sur leur médaille militaire.
C'est généreux, la France. Et ces officiers français musulmans passés à
la chaux vive ou cuits dans des chaudrons comme à Saïda? Et le président
Tardieu qui venait nous dire cette humiliation effroyable qu'il avait
ressentie en voyant les vieux camarades médaillés militaires comme lui
qui baissaient la tête au lieu de la redresser comme jadis avec tant de
foi et de confiance.
Puis, Messieurs, c'est une population en état d'exode. Et avons-nous
bien réfléchi qu'hélas dans notre existence nous avons déjà assisté à un
exode sur les routes de France, en 1940?
Et le Haut Tribunal militaire voudrait-il penser que les femmes, les
enfants, les vieillards qui s'entassent actuellement sur le port
d'Alger, sur les aérodromes d'Algérie, alors qu'on avait réduit d'un
cinquième les moyens de transport et qui vivent là-bas dans un état de
dénuement atroce, ces gens-là revivent les heures de 1940.
Mais non, en 1940 ceux qui participaient à l'exode avaient l'espoir,
après la tourmente, de regagner leur domicile. L'exode de 1962 c'est
l'exode tout court, ce sont des gens qui justement partent pour ne plus
jamais revoir ce qui faisait, avec le cadre de leur vie, le bonheur de
leur existence. ( ...)
Il n'est pas possible, Messieurs, d'agir autrement. Or quand vous vous
rappelez les conditions de l'engagement du général De gaulle, quand vous
vous remémorez le caractère incroyable des conditions dans lesquelles le
choix a été prononcé, quand votre mémoire fidèle vous tient présents la
sensibilité de son coeur et le patriotisme de son état, alors vous ne
pouvez, Messieurs, que vous dire que cet homme à un moment de sa vie
s'est identifié à une province et à une province malheureuse. (...)
Plus tard quand nous aurons prononcé tous notre nunc dimiffis, plus tard
lorsque les passions comme les opinions seront ensevelies dans la
poussière des générations, quand l'injure et la louange ne retentiront
plus dans le coeur des hommes neufs de ce temps, alors la postérité se
lèvera pour juger et comme toujours, elle jugera d'abord les juges, ceux
qui ont rendu un jugement en période de drame de la Nation, ceux qui ont
versé ou n'ont pas versé le sang des frères sur le pavé comme un verglas
trop dur, ceux qu'on fusille ou qu'on ne fusille pas aux fossés des
villes, ceux qui ont conservé de l'indulgence pour les mérites illustres
et pitié pour les chutes.
Dans votre réquisitoire, Monsieur l'Avocat général, vous avez, un
moment, été trop loin. Vous avez affirmé, par souci littéraire, je
l'espère, que, la peine capitale que vous réclamiez de ce Tribunal
prononcée, nul n'essuierait les larmes du condamné au Tribunal de Dieu.
Vous ne pouviez point le dire et pas davantage invoquer les morts des
guerres. Ce n'est pas possible. Je vous en réponds en adjurant le
Tribunal de m'entendre. Depuis que j'assiste en cette salle d'audience
le général Salan, jour et nuit, j'entends monter des grandes nécropoles
militaires, des petits cimetières de ce qui fut le front, de Lorette, de
Douaumont, de Cassino, de Mulhouse, ou de Cao- Bang. ..j'entends monter
l'innombrable oraison de ceux qui ne sont plus mais qui ne sont plus
parce qu'ils ont tout donné à la Patrie. Ceux-là qui savent sont aux
côtés de celui qui pendant des années fut leur camarade avant d'être
leur chef, ceux-là savent, Monsieur le Procureur général, le prix du
sang et certains sont couchés auprès de leur fils pour avoir une double
fois accompli l'ouvrage et avoir refusé d'amener le drapeau. Ils ne
peuvent pas comprendre, eux, les méandres dans lesquels nous nous
trouvons. Et alors, ils prient dans la communion des héros et des
martyrs de notre patrie pour qu'un jugement n'ajoute pas à l'ensemble
des malheurs le malheur qui dure plus que les autres.
Vous avez parlé, Monsieur l'Avocat général, et vous ne le pouviez point,
du Tribunal de Dieu. Nous sommes devant le Tribunal des hommes et
aujourd'hui, dans ce mois qui est consacré à la Mère de tous les hommes,
je dis au Haut Tribunal militaire qu'il ne faut pas jeter une ombre de
deuil dans le printemps de Marie, qu'il ne faut pas placer dans l'avenir
qui est devant nous le germe fondamental d'une discorde éternelle.
Vous avez, Messieurs, ce soir, entre vos mains, le moyen d'accomplir un
geste pour que se réalise, au bout de la nuit, la fragile et difficile
unité des vivants.
M. LE PRÉSIDENT. - Accusé, levez-vous. Avez-vous quelque chose à ajouter
pour votre défense?
M. SALAN. - Je n'ouvrirai la bouche, Monsieur le Président que pour
crier "Vive la France". Et me tournant vers M. l'Avocat général je dis
simplement ceci: Que Dieu me garde! ...
Dans le figaro, Chauvel écrit un long article qui aura un certain
retentissement, sur le sort des harkis du commando George. Chauvel
n'avait pas envie de venir à Saïda il a fallut l'insistance de Wormster.
Dans cet article on apprend que les chefs du commando, officiers de
l'armée française ont été sadiquement torturés et sont morts. Que
seulement 16 ont été sauvés, dont le chef, Youssef.
Lors de la réunion du comité des affaires algériennes du 23 Mai, on
attend la déclaration du FLN désavouant les enlèvements (il y en a eu 63
à Alger seulement la semaine précédente). La déclaration était promise,
mais rien ne vient., le gouvernement met son mouchoir par dessus et ne
dit rien, son seul souci consistait à donner l'impression aux
métropolitains que les accords étaient bons et que tous les troubles
venaient de l'O.A.S.
Monneret: " La question des enlèvements fut abordée au Comité des
Affaires Algériennes du 23 mai 1962. La vague atteignait alors un
sommet. Les autorités françaises disposaient de renseignements
extrêmement solides sur ce grave problème. Après la lettre du général de
Menditte et celle du Préfet de Police Vitalis Cros, il y avait peu de
doutes à avoir sur l'implication du FLN et sur l'ampleur du phénomène.
Elles étaient largement attestées par des centaines de fiches du 2ème
Bureau. A cette réunion, le Haut Commissaire Christian Fouchet indiqua
qu'il attendait du GPRA un désaveu des enlèvements, pour le soir même.
(Cette attente fut déçue). Il envisageait, à défaut, de faire arrêter Si
Azzedine. Le premier ministre Georges Pompidou aurait conseillé la
prudence en ce domaine. Il suggéra de laisser intervenir des Algériens
musulmans. Au total, la position adoptée par les responsables français
fut des plus circonspectes. Elle n'alla pas au delà de l'invite faite à
Abderahmane Farès, Président de l'Exécutif Provisoire de demander à Si
Azzedine d'interrompre son action. A aucun moment, l'autorité française
n'envisagea d'utiliser ses forces armées et de pénétrer dans les
sanctuaires des nationalistes pour briser le système des enlèvements.
Evidemment, une telle initiative eût été interprétée, du côté du FLN,
comme une reprise des opérations offensives. Elle pouvait rallumer une
guerre d'Algérie que l'on avait eu bien du mal à arrêter. Il est vrai
aussi que la lutte contre les kidnappings était essentiellement un
travail de police. Or, M. Bernard Tricot nous a fait remarquer lors d'un
entretien, qu'à cette époque, en Algérie, les policiers avaient cessé de
former un instrument efficace pour le pouvoir. La police était
désorganisée et elle échappait à l'autorité. Selon le Conseiller d'Etat,
les forces armées ne pouvaient pas, facilement du moins, se substituer à
elle. Cette objection ne nous paraît pas cependant entièrement fondée.
Il faudrait admettre en effet que l'Armée en soit arrivée à un stade où
elle aurait été inutilisable.
En fait, pendant toute la période qui va du 19 mars à l'indépendance
(proclamée le 2 juillet) l'activité du gouvernement français s'est
ordonnée autour d'un impératif intangible: priorité à la lutte contre
l'O.A.S. et la tenue du référendum dans les meilleurs délais. Ce furent
les deux axes de la politique officielle, le reste étant tenu pour moins
important. A cet égard, le déclenchement d'une vague d'enlèvements était
un élément, selon toutes apparences imprévu, qui venait perturber le
scénario.
Perturber est cependant un mot faible car, à partir du 17 avril, c'est
une violation ouverte des Accords qui fut perpétrée. Tout se passait
comme si la propagande du FLN qui ne manquait pas une occasion de
déplorer que le gouvernement français ne luttât pas assez énergiquement
contre l'O.A.S. était prise au pied de la lettre par ses militants.
Autrement dit, une partie de l'organisation nationaliste agissait comme
si elle avait décidé de mener sa propre lutte contre l'Armée Secrète,
et, à sa manière. Le problème ainsi posé était de taille: le
cessez-le-feu n'était pas stricto sensu bafoué, puisque précisément, il
n'y avait pas d'ouverture du feu et puisque l'Armée française n'était
pas visée. Néanmoins, des citoyens français, par centaines, étaient
touchés, au mépris des droits de la personne et de l'esprit des Accords.
Les raisons qui auraient pu inciter la partie française à réagir étaient
multiples et aucunement négligeables :
1) En agissant comme il le faisait à Alger et à Oran, le FLN ajoutait au
désordre et amplifiait la guerre civile qui secouait l'Algérie. Il
fallait donc qu'il cessât d'intervenir pour laisser à l'autorité
française en charge du maintien de l'ordre, le soin de mener la lutte
contre l'O.A.S., lutte qui commençait à être couronnée de succès.
2) Le gouvernement français était comptable de la sécurité et de la vie
de ses citoyens.
3) Le FLN, ou une partie du FLN, continuait à pratiquer le terrorisme,
malgré les Accords. Ce faisant, il se plaçait dans la continuité de ses
agissements antérieurs, il n'était pas devenu un parti de gouvernement.
4) L'architecture même des Accords d'Evian, comme l'esprit de la
coopération entre la France et la future Algérie étaient compromis et
laissaient mal augurer de l'avenir .
Nous ne devons pas perdre de vue que l'activité du FLN avait sans doute,
initialement, un objectif limité, celui de lutter contre l'O.A.S. Nous
avons montré au chapitre precedent la déviation et même la dérive qui,
très vite avait caractérisé les enlèvements. Que le gangstérisme soit
venu altérer la tactique mise au point est un fait établi. Toutefois, la
responsabilité des nationalistes dans ce drame aux conséquences
multiformes demeure. Responsabilité morale d'abord, puisque le FLN a
choisi de recourir à cette pratique, et que le GPRA ne l'a pas vraiment
désavouée ensuite; son président Ben Khedda se contentant d'une phrase
indirecte et sans portée. La responsabilité du FLN étant avérée, le
gouvernement français aurait dû, en bonne logique, condamner ceux qui,
après avoir signé ces Accords agissaient dans un esprit opposé. En fait,
Paris était dans une position difficile: d'un côté, il y avait
l'exigence de suivre la voie tracée à Evian et donc d'interrompre les
opérations contre le FLN, de l'autre, celle de rejeter la transgression
cynique que représentaient les enlèvements. Demeurer fidèle à l'esprit
d'Evian rendait nécessaire de concilier ces deux obligations, or, elles
étaient largement contradictoires. En plaçant le gouvernement devant un
tel choix, le FLN ne lui avait-il pas tendu un piège ? En affirmant
vouloir suivre les Accords et en maintenant le principe du "dégagement",
la France se retrouvait condamnée à une position inconfortable.
L'alternative était de reprendre l'offensive au risque de faire le jeu
de l'O.A.S., ou bien de minimiser l'importance des rapts. C'est cette
seconde voie qui fut choisie.
En effet, sans aller jusqu'à la rupture, la partie française pouvait
lancer une mise ne garde solennelle. Elle préféra se maintenir dans un
registre de discrétion extrême, ce qu'illustre parfaitement la rencontre
le 11 mai 1962 en Suisse, de Louis Joxe avec Saad Dahlab déjà évoquée.
En acceptant de déclarer, du bout des lèvres - l'expression paraît
s'imposer -, qu'il ne fallait pas procéder à des actions aveugles, le
délégué FLN n'allait pas très loin et le problème demeura entier. Il
avait refusé de désavouer la pratique elle-même, pour ne critiquer que
l'excès. La rencontre fut à peine annoncée, elle ne fut accompagnée que
de déclarations très réservées et elle n'eut aucune répercussion. Quant
à la démarche française consistant à faire appel à l'autorité
théoriquement en charge de l'ordre, à savoir l'Exécutif Provisoire, elle
n'avait qu'une portée limitée, voire toute symbolique, en raison de la
faiblesse des moyens dont disposait Farès, son Président. Au total et en
définitive, il se passa ce qui devait se passer ensuite chaque fois que
les Algériens violeraient les Accords, le gouvernement français choisit
de faire le gros dos."
Monneret, "la phase finale de la guerre d'algérie", l'harmattan,
ISBN2-7475-0043-8
--
UBU
C'était l'oncle Martin c'était l'oncle Gaston
L'un aimait les tommis l'autre aimait les teutons
Chacun pour ses amis, tous les deux ils sont morts
Moi qui n'aimait personne, hé bien je vis encore.
Georges Brassens