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[39-45] 30 octobre 1940 - Vichy et la collaboration d'Etat

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Jacqueline Devereaux

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Oct 29, 2004, 6:16:01 PM10/29/04
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30 octobre 1940 - Vichy et la collaboration d'Etat -

Le Chambre des députés et le Sénat français, réunis en Assemblée
nationale, avait, le 10 juillet 1940, par 468 voix contre 80, et
20 abstentions, donné "pleins pouvoirs" au gouvernement de la
République française, sous l'autorité et la signature du maréchal
Pétain, à l'effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une
nouvelle constitution de l'Etat français.

Tel est le fondement juridique du régime de Vichy. Cela permettra à
ses partisans de proclamer sa légitimité.

Cela n'empêchera pas de Gaulle et la Résistance, arguant des pressions
exercées contre eux, de le tenir pour une simple "autorité de fait".

Dans l'immédiat, en tout cas, ce vote consacre la fin de la IIIème
République, abandonnée par une classe politique en débandade.

Dès le 11 juillet 1940, les 3 premiers actes constitutionnels
définissent le cadre institutionnel de ce qu'on va bientôt nommé
la "Révolution nationale".

Philippe Pétain, qui s'est nommé lui-même "chef de l'Etat français",
concentre entre ses mains les pouvoirs exécutif, législatif et
judiciaire. Les assemblées sont ajournées "jusqu'à nouvel ordre".

Le 12 juillet 1940, le maréchal Pétain se désigne un successeur éventuel
en la personne de Pierre Laval. Puis par l'amiral Darlan.

Dans le même temps, en réaction contre une institution démocratique
rendue responsable de la débâcle de juin et d'un "certain relâchement
des moeurs", le nouveau régime se propose de restaurer les "valeurs
morales traditionnelles", Il se définit lui-même comme un Etat
autoritaire fondé sur les hierarchies et les "communautés naturelles".

La devise républicaine "Liberté Egalité Fraternité" est remplacé par
celle de "Travail Famille Patrie".

Les syndicats ouvriers, suspects d'inspirer une lutte des classes, jugée
artificielle, sont remplacés par une organisation corporative des
métiers, renouvellée de l'Ancien Régime.

Contre les "séductions" de la ville et l'"esprit de jouissance", le
régime de Vichy prône le retour à la terre "qui, elle, ne ment pas".

Pour "rendre la France aux Français" et garder ses élites des
"contagions cosmopolites", la franc-maçonnerie est dissoute.

Et surtout, un rigoureux statut des Juifs, dû à la seule initiative du
gouvernement français, encore plus drastique que celui des Allemands à
cette époque. Vichy met en place un véritable "antisémitisme d'Etat".

Enfin, une "Légion française des combattants", estimée porteuse de
l'esprit de Verdun et des "vertus de la race", est chargé de répandre
dans la nation, à travers les "messages" du maréchal, l'idéologie de la
Révolution nationale.

Les "Chantiers de la Jeunesse", en remplaçant le service militaire et la
conscription, jouent le même rôle que les Jeunesses hitlériennes à
l'égard des nouvelles générations françaises.

Bref, le régime de Vichy, s'il s'est imposé à la faveur de la défaite,
apparaît comme une création française autonome, procédant de courants
intellectuels et politiques traditionnels, mais minoritaires, à qui les
évenements ont donné l'occasion providentielle de mettre leurs idées en
pratique.

Mais le régime de Vichy, tenant le victoire des Allemands pour
inéluctable, concentre ses efforts sur la politique intérieure, tout en
offrant au 3ème Reich, le 30 octobre 1940, une "collaboration d'Etat",
dans l'espoir que la France "rénovée" se voie reconnaître sa place dans
l"Ordre nouveau européen" qui sortira de la guerre.

La prolongation et la radicalisation du conflit ne tarderont pas à
dissiper le paternalisme un peu masochiste du second semestre 1940, en
faisant éclater au grand jour les contradictions vichyssoises.

La première partie du régime de Vichy s'achevera en février 1941, quand
Flandin devra céder sa place à Darlan, sous la pression allemande.

La troisième période s'ouvre en avril 1942, quand Pétain doit accorder à
Pierre Laval le poste de chef de gouvernement.

La quatrième et dernière commence en novembre 1942. La "Zone libre" est
occupée par les Allemands, l'"Armée d'armistice" désarmée, la flotte
française sabordée à Toulon, l'Empire colonial passant dans le camp
allié.

Pétain conférera alors à Laval les pleins pouvoirs, c'est-à-dire de
signer seul lois et décrets.

Le mythe d'invincibilité du maréchal s'effondre avec les dernières
illusions de la Révolution nationale.


La collaboration en France -

"J'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration".

Expression employée pour la première fois par le maréchal Pétain à la
radio le 30 octobre 1940, après sa rencontre avec Hitler à Montoire, le
terme de "collaboration" va connaître une fortune non exempte
d'ambiguité.

Dès l'hiver 1941, des discordances apparaissent entre Vichy et Paris.

A Vichy, où l'on se persuade de la victoire allemande, on cherche
d'abord à intégrer la version française de l'Etat autoritaire dans la
future europe que modélera le 3ème Reich. Ce qui n'implique pas
l'adhésion idéologique au nazisme, même si on lui sait gré de servir de
rempart contre le "judéo-bolchévisme". Les français se refusent, par
exemple, à l'instigation de Maurras et de Weygand, à organiser un parti
unique de type fasciste.

A Paris, au contraire, les "ultras" prônent une collaboration totale et
idéologique, dans la perspective d'un Etat fasciste français, et
dénoncent le double jeu de l'entourage du maréchal.

Cette collaboration idéologique à son "patron": l'ambassadeur allemand à
Paris, Otto Abetz, déjà en contact avant le déclenchement de l'offensive
allemande de l'été 1940 avec certain éléments de la droite française.

Elle dispose de ses propres journaux et quotidiens, comme "Je suis
partout", avec Robert Brasillach et Lucien Rebatet, et "la Gerbe",
d'Alphonse de Châteaubriant.

Elle a aussi ses "hommes", que divisent d'âpres rivalités.

Au premier rang d'entre-eux, Marcel Déat, normalien, ancien député
socialiste, directeur du journal "l'Oeuvre". intellectuel et théoricien,
il fonde le "Rassemblement National Populaire" (RNP), où il tente de
regrouper tous les groupuscules d'extrême-droite.

A côté de lui, presque son antithèse: Jacques Doriot, ouvrier, ancien
député et dirigeant communiste, directeur de l'"Emancipation Nationale".
Plus homme d'action que doctrinaire, il essaie de relancer son "Parti
Populaire Français" (PPF) d'avant guerre. Mais il veut jouer à fois sur
Pétain et sur les Allemands. Ceux-ci, comme celui-là, se méfiant de lui,
ne lui donnent pas les moyens de son ambition, et il finira par
s'engager sur le front soviétique.

Cependant, la "collaboration d'Etat" inaugurée par Vichy glisse
rapidement de l'économique au politique, et même au militaire, avec
l'ouverture aux Allemands des aérodromes syriens.

Le retour de Pierre Laval au pouvoir concrétise cet engagement accru
aux côtés des Allemands. Non Seulement dans la guerre contre l'Union
Soviétique ou dans la lutte contre la Résistance française, mais
également dans la politique de déportation des Juifs en France, à
laquelle collabore efficacement, sur ordre de Vichy, la police et la
gendarmerie nationale.

Le débarquement américain en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, et
l'occupation de la Zone Sud par les Allemands achèveront de réduire les
dissonances entre Vichy et Paris. Les attentistes de l'entourage de
Pétain sont rentrés dans l'ombre ou passés au gaullisme.

Les derniers journaux qui répugnaient à s'alligner sur Paris se
sabordent. La voie est libre à une collaboration poussée jusqu'aux
extrêmes.

Celle-ci s'incarnera dans 2 hommes et une troupe de choc. Le premier
est Joseph Darnand, "fidèle du maréchal", le second, Philippe Henriot,
ancien député conservateur. Tous les deux ont adhéré au fascisme par
haine de la démocratie et du communisme.

La troupe de choc est la "Milice française", créée et dirigée par
Darnand. Henriot faisant office d'orateur et de propagandiste.

Inspirée par l'organisation de la SS, collaborant étroitement avec
la Gestapo dans la lutte contre la Résistance française, la Milice,
"force de police supplétive", mènera alors, jusqu'à l'ultime fin de
l'occupation, une politique de répression impitoyable, faite à base
d'enlèvements, de tortures et d'exécutions sommaires.

Elle participera aux opérations allemandesq contre les maquis des
Glières. Elle assassinera les anciens ministres Georges Mandel et Jean
Zay, le directeur du journal radical Maurice Sarraut, et Victor Basch,
ancien président de la Ligue des droits de l'homme, et sa femme, âgée de
80 ans.

Henriot sera abattu par la Résistance et Darnand fusillé à la
Libération.

--
Jacqueline "Jade" Devereaux - jacky.d...@tiscali.be
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