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21 avril 1963

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ubu

unread,
Apr 18, 2013, 12:29:57 PM4/18/13
to
L'AUTOGESTION

Pierre Lafrfont, ancien député, ancien directeur de l'écho d'oran,
raconte ses desillusions: (extrait de son livre, "l'expiation")

Les problèmes économiques demandent des solutions urgentes. La plupart
des usines sont arrêtées, les trois quarts des domaines agricoles
n'ont plus de gérants. Malgré la disparition d'une partie de la
demande, les prix ne cessent de monter, l'offre étant de plus en plus
rare. Le nouveau chef de l'Etat algérien se penche d'abord sur le
problème agricole. Il lance, dans tout le pays, une vaste campagne des
labours et promet une réforme agraire progressive.

Les premiers comités de gestion voient le jour. Leur rendement est en
fonction de leur chef, mais les fonds manquent partout. Les fellahs
sont déçus: pour eux, la révolution c'était le partage des terres.
Demeurer employés par un comité ne les satisfait nullement, d'autant
plus que les salaires, déjà diminués, sont irrégulièrement payés. Le
travail s'en ressent. Un ancien ouvrier agricole qui me demandait de
lui trouver du travail en France me dit: "Quand il y avait le patron,
je touchais 1 050 francs par jour. Aujourd'hui, j'en ai 350. Alors, tu
comprends, j'en fais pour 200."

On reconnaissait à l'agriculture algérienne un haut degré
d'industrialisation. Elle avait besoin de spécialistes et de
techniciens. Les spécialistes sont partis. Le matériel, mal entretenu,
se détériore rapidement. Aucune statistique n'étant plus publiée, il
est difficile de savoir où en est aujourd'hui la production. D'après
le rapport du Groupe Algérie du patronat français:

" Sur 350 000 hectares de vignes, 200 000 environ ont plus de
vingt-cinq ans, car rien, évidemment, n'a été remplacé depuis 1960.

" 50 000 hectares de vignes jeunes sont tellement mal traitées
qu'elles ne produisent pas et sont en cours d'arrachage. II reste
environ 100000 hectares de vignes en production, ce qui laisse mal
augurer des prochaines récoltes d'Algérie. D'ailleurs, la récolte a
été de 5 millions cette année contre 13 à 17 millions d'hectolitres
avant l'Indépendance. En 1 966, le trafic général de l'Algérie par le
port de Marseille est redevenu ce qu'il était en 1913 (le Monde, 3
février 1967).

"L'arrachage va donc amener de nouvelles cultures beaucoup plus
simples, telles que la betterave et d'autres produits. Quand on pense
qu'un hectare de vigne représente quelque 90 jours de travail par an,
contre quinze jours environ pour les cultures de remplacement, on se
fait une rapide idée de la perte de salaires agricoles qui va en
résulter (près de onze milliards).

"La situation est aussi grave dans les agrumes où pour 39000 hectares
en plein rapport avant 1962, la moitié ont déjà plus de quinze ans, et
il n'existe aucune pépinière dans toute l'Algérie. La production
baisse sans cesse, elle est déjà au tiers de celle de 1961, alors que
celle du Maroc, à l'inverse, ne cesse de progresser."

Les problèmes de la commercialisation sont encore plus difficiles à
résoudre et augmentent le déficit. Le 12 novembre 1966, Boumediene
déclarera à Berrouaghia (dépêche A.F.P.): "Le manque d'organisation et
la mauvaise gestion ont fait que notre pays - qui était hier au rang
des pays exportateurs - s'est trouvé dans l'obligation d'importer du
blé de l'étranger."

Pour fonctionner, le socialisme doit s'appuyer soit sur un sens
civique exceptionnel, soit sur un régime policier intraitable. Les
peuples méditerranéens, par essence in individualistes, ne sont pas
prédisposés à admettre sans une longue préparation la primauté de
l'intérêt de l'Etat sur celui des particuliers.

Reste le régime policier. Mais ce n'est pas le cas. Ou, tout au moins,
le régime policier qui petit à petit s'installe est uniquement
politique et se soucie fort peu de productivité.


-
UBU

Dans l'infini, il y a TOUJOURS de la place.

Reeves

Zulu

unread,
Apr 18, 2013, 2:10:35 PM4/18/13
to
J'ai bu du Sidi Brahim l'autre jour, un vin que j'ai toujours connu comme d'origine
algérienne. Je fus étonné de voir une origine tunisienne sur l'étiquette.

Tout s'explique
http://en.wikipedia.org/wiki/Sidi_Brahim_%28wine%29

Production marocaine:
http://www.sidi-brahim.fr/vignoble.html

Où en est la production algérienne?

ubu

unread,
Apr 19, 2013, 12:46:24 PM4/19/13
to
On Thu, 18 Apr 2013 20:10:35 +0200, Zulu
<""zulu\"@guantanamo-beach.CIA's resort.org"> wrote:


>>
>J'ai bu du Sidi Brahim l'autre jour, un vin que j'ai toujours connu comme d'origine
>algérienne. Je fus étonné de voir une origine tunisienne sur l'étiquette.
>
>Tout s'explique
>http://en.wikipedia.org/wiki/Sidi_Brahim_%28wine%29
>
>Production marocaine:
>http://www.sidi-brahim.fr/vignoble.html
>
>Où en est la production algérienne?

N'apu.

--

ubu

unread,
Apr 19, 2013, 12:46:24 PM4/19/13
to
Pierre Lafont, ancien député, ancien directeur de l'écho d'oran,
raconte ses desillusions: (extrait de son livre, "l'expiation")



rMÉDECINS BULGARES

Revenons en 1962. Un effort louable de remise en ordre est alors
tenté: c'est la période des grands discours de Ben Bella, la période
des grands enthousiasmes.

L'Algérie libérée du joug colonial va connaître un effort sans
précédent. Les pays de l'Est et les pays frères (arabes) vont
remplacer la France, et leur aide matérielle et technique sera, elle,
complètement gratuite!

On voit, en effet, arriver des instituteurs égyptiens, des médecins
bulgares et koweitiens! On s'aperçoit alors que la langue est un
obstacle imprévu. Pour les Egyptiens, ce n'est qu'une difficulté,
l'arabe qu'ils parlent n'étant pas identique à celui d'Algérie. Mais
comment expliquer à un médecin bulgare la maladie dont on souffre?

D'après les déclarations du ministre de la Santé, il y avait en
Algérie, avant l'Indépendance, 2 600 médecins civils et 650 médecins
militaires. Pour soigner 12 milllions d'habitants, il en reste 200: un
médecin pour 60 000 habitants.

La France n'a pas à en être fière, c'est la preuve du nombre ridicule
de médecins musulmans que nous avions formés.

Aussi l'arrivée des médecins des pays de l'Est est-elle accueillie
avec joie. A Oran, avant l'Indépendance, vivait un gynécologue détesté
pour ses opinions politiques (communiste) et unanimement apprécié pour
ses qualités professionnelles et humaines: le docteur Larribère.
Contraint par l'O.A.S. de quitter Oran, sa clinique incendiée, il
revient après l'Indépendance et est nommé médecin-chef de l'hôpital.
Comme ses fonctions le lui imposent, il assiste à quelques opérations
faites par des chirurgiens bulgares. Horrifié, il fait un rapport au
ministre de la Santé publique. Par retour, il reçoit... sa révocation
et repart pour la France. Il y a quelques mois, un articulet de
France-Soir apprenait à ses lecteurs indifférents qu'un petit docteur
(sic) s'était tué en nettoyant les vitres de son appartement de la
banlieue parisienne: c'était ce docteur Larribère. A Oran, sa mort eût
été un événement, à Paris, c'est à peine un fait divers.

jr

unread,
Apr 21, 2013, 3:20:04 AM4/21/13
to
ubu <JEJV...@WANADOO.FR> wrote:
> On Thu, 18 Apr 2013 20:10:35 +0200, Zulu
> <""zulu\"@guantanamo-beach.CIA's resort.org"> wrote:
>
>
>>>
>> J'ai bu du Sidi Brahim l'autre jour, un vin que j'ai toujours connu comme d'origine
>> algérienne. Je fus étonné de voir une origine tunisienne sur l'étiquette.
>>
>> Tout s'explique
>> http://en.wikipedia.org/wiki/Sidi_Brahim_%28wine%29
>>
>> Production marocaine:
>> http://www.sidi-brahim.fr/vignoble.html
>>
>> Où en est la production algérienne?
>
> N'apu.

Wikipédia en anglais donne une explication: les soldats picolent.

"independence, the wine industry was hard hit by the loss of the French
settlers and the French army who provided a sizable domestic market for the
wine"

--
jr

yakafaukon

unread,
Apr 21, 2013, 4:55:44 AM4/21/13
to
Et les pinardiers qui faisaient la navette entre Oran/Alger et Port
Vendres/Sête avec du rouge à 14 degrés c'était pour les négociants qui
faisaient ensuite des coupages avec les vins issus de cépages hybrides
(résistants au phyloxéra), afin de les rendre plus consommables donc
vendables. L'armée n'ayant pas trop grand chose à voir là dedans.

L'Algérie était alors exportatrice de toutes productions, ça a bien changé.
Il faut dire que ceux qui travaillaient sont partis.


ubu

unread,
Apr 21, 2013, 1:14:20 PM4/21/13
to
Pierre Lafont, ancien député, ancien directeur de l'écho d'oran,
raconte ses desillusions: (extrait de son livre,
"l'expiation")

L'ENSEIGNEMENT ET SES PROBLÈMES

Un des plus importants efforts de l'Algérie nouvelle et l'un des plus
honorables est consacré à l'enseignement. Les déclarations se
succèdent annonçant qu'en peu de temps tous les enfants seront
scolarisés. Mais, là comme ailleurs, les difficultés de la tâche sont
accrues par les conditions mêmes de l'Indépendance.

Les instituteurs et les professeurs français sont en partie remplacés
par des coopérants. Ceux-ci, convaincus par la mystique d'extrême
gauche et sur les instructions formelles du "Parti", viennent faire
œuvre humaine ... et politique, les hauts salaires n'étant qu'un des
éléments secondaires de leur décision.

Très vite, ils doivent se rendre à l'évidence: l'Algérie est ravie de
les voir arriver, mais elle entend limiter leur action à leurs
fonctions professionnelles. L'Algérie n'a pas besoin de leurs conseils
qu'ils soient politiques ou même éducatifs. Quant aux salaires, étant
donné la désorganisation administrative et le dénuement financier, ils
ne sont pas, ou sont très irrégulièrement payés. Il faut un accord
avec le gouvernement français, qui se substitue au gouvernement
algérien, pour que tout rentre dans l'ordre. Aujourd'hui, les
difficultés de recrutement du personnel de la coopération sont de plus
en plus grandes. Girod de l'Ain, dans le Monde du 18 mai 1967, écrit:

"On a supprimé les cadres du pays pour les remplacer par des
coopérants venus au début par prosélytisme de gauche, puis attirés par
les hauts salaires. Aujourd'hui, ce sont surtout les militaires qui
passent ainsi leur service plus agréablement que dans une caserne. Le
pays y a-t-il gagné?"

II faut donc que la relève soit faite par des enseignants arabes. Mais
comment l'improviser? II est facile de donner le titre de professeur:
c'est insuffisant pour en acquérir la compétence. Aujourd'hui,
l'éducation primaire est, avant tout, l'œuvre de simples "moniteurs".
On s'imagine la qualité de l'enseignement et la valeur des élèves.
Dans l'enseignement secondaire et supérieur le même problème existe.
En 1967, une grève des élèves de la faculté d'Alger n'a pas d'autre
but que de se plaindre du trop bas niveau de la qualité des études.

Boumedienne leur répondra que deux cents médecins algériens, trouvant
les salaires de leur pays trop bas, exercent leur précieuse profession
... dans la banlieue parisienne.

A la pénurie de maîtres et de professeurs français va s'ajouter la
tentation d'un retour à l'Islam. On peut comprendre cette recherche
d'une "personnalité évanouie ou tout au moins tenue en lisière depuis
plus de 132 ans". Mais que signifie, sur le plan de l'éducation, le
retour à l'enseignement traditionnel de l'Ecole coranique? N'ayant pas
évolué depuis des siècles, celle-ci ne développe que la mémoire par la
répétition des textes sacrés, c'est-à-dire qu'elle se refuse à la
culture moderne, toute faite de curiosité, de doutes, de remise sans
cesse en cause du dogme, quel qu'il soit. L'Islam tourne en rond.
Comment croire que les prochaines promotions issues de ces écoles
puissent être à même de se battre avec les problèmes d'une économie
moderne? Comment croire qu'un enseignement fondé sur le respect de la
lettre puisse préparer les esprits à une culture scientifique faite
d'interrogations?

ubu

unread,
Apr 22, 2013, 12:44:59 PM4/22/13
to
Pierre Lafont, ancien député, ancien directeur de l'écho d'oran,
raconte ses desillusions: (extrait de son livre,
"l'expiation")


LE GASPILLAGE

Beaucoup de rapatriés se réjouissent ouvertement des malheurs qui
accablent l'Algérie indépendante. J'ai trop aimé ce pays pour ne pas
être saisi par une intense colère devant l'accumulation de tant de
fautes: françaises et algériennes. Elles n'ont donné qu'un résultat:
le gaspillage de l'Algérie.

Pierre Laffont, l'expiation Plon 1968

Zulu

unread,
Apr 22, 2013, 1:38:37 PM4/22/13
to
El 21/04/2013 10:55, yakafaukon escribió:
> jr wrote:
>> ubu<JEJV...@WANADOO.FR> wrote:
>>> On Thu, 18 Apr 2013 20:10:35 +0200, Zulu
>>> <""zulu\"@guantanamo-beach.CIA's resort.org"> wrote:
>>>
>>>
>>>>>
>>>> J'ai bu du Sidi Brahim l'autre jour, un vin que j'ai toujours connu
>>>> comme d'origine algérienne. Je fus étonné de voir une origine
>>>> tunisienne sur l'étiquette.
>>>>
>>>> Tout s'explique
>>>> http://en.wikipedia.org/wiki/Sidi_Brahim_%28wine%29
>>>>
>>>> Production marocaine:
>>>> http://www.sidi-brahim.fr/vignoble.html
>>>>
>>>> Où en est la production algérienne?
>>>
>>> N'apu.
>>
>> Wikipédia en anglais donne une explication: les soldats picolent.
>>
>> "independence, the wine industry was hard hit by the loss of the
>> French settlers and the French army who provided a sizable domestic
>> market for the wine"
>
> Et les pinardiers qui faisaient la navette entre Oran/Alger et Port
> Vendres/Sête avec du rouge à 14 degrés c'était pour les négociants qui
> faisaient ensuite des coupages avec les vins issus de cépages hybrides
> (résistants au phyloxéra), afin de les rendre plus consommables donc
> vendables. L'armée n'ayant pas trop grand chose à voir là dedans.

Quelques mauvaises langues ont même avancé que les vins de Bordeaux gagnaient
quelques degrés grâce au Sidi B. venu d'ailleurs.
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