Rome – Tout le monde en Italie voulait oublier « l’autre femme du Duce »
: les fascistes, parce qu’elle était juive, leurs opposants, parce
qu’elle était fasciste, et la famille, parce qu’elle est devenue un
problème historique embarrassant. Résultat, l’histoire de Margherita
Sarfatti a disparu du champ de la conscience publique, et avec elle son
rôle central dans le Fascisme italien et la vie du Duce.
La mère juive du Fascisme
La mère juive du Fascisme
Aujourd’hui, plus de 60 ans après que le dictateur fasciste ait été
exécuté, les descendants de Sarfatti préfère la considérer comme une
intellectuelle, patronnesse des arts, qui a travaillé à écarter l’Italie
du danger nazi, et a été obligée de fuir en Argentine quand Benito
Mussolini a mis en application les lois raciales. Ils n’ont pas entendu
d’elle ce qu’elle a fait pendant 20 ans, années pendant lesquelles elle
a partagé la doctrine de Mussolini au lit. Rien non plus sur les
quelques 1272 lettres qu’il lui a écrites pendant ces années, et qui ont
disparues. Non, elles ne sont pas dans les archives privées chez elle au
18 Via Dei Villini à Rome. C’est au moins ce qu’a dit sa petite fille
Ippolita Gaetani à Haaretz dans une interview exclusive. Une cousine
américaine, qui s’appelle aussi Margherita Sarfatti, est convaincue que
les lettres sont entre les mains de sa cousine de Rome.
Beaucoup de visiteurs se sont rendus récemment dans l’immeuble luxueux
de Rome – des journalistes, des chercheurs, des écrivains ( « Nuit
Italienne » par Nicole Fabre, un roman ou Sarfatti est un personnage de
premier plan a été publié récemment en France). C’est un somptueux
immeuble ocre,à 3 mn de marche de la villa Torlonia, la résidence
officielle du Duce – 3 mn de l’entrée arrière de la villa, notera t- on.
«La villa est en cours de rénovation» dit une jeune femme souriante qui
travaille dans la cour, « mais vous pouvez visiter Faites le tour
jusqu’à l’autre côté, cela vaut la peine ».
A la maison de Via Dei Villini dans Rome, une sonnette dorée, un vaste
portail noire, et une double porte en bois, un ascenseur dans une cage
ornée en métal, un escalier large en marbre. Ippolita Gaetani ouvre la
porte, une femme élancée de 66 ans, aux yeux bleus, qui a des manières
déterminées et intelligentes. L’appartement est spacieux, baigné de
soleil, et meublé avec une retenue classique. Les documents et les
photos de la grand-mère Margherita sont rangés dans une pièce, au centre
de laquelle se trouve le « saint des saints » : le bureau de Sarfatti.
Sur le mur, un portrait célèbre de Sarfatti avec sa fille Fiammetta,
peint par Achille Funi. A côté, des étagères chargées de bloc notes et
de journaux intimes, et un coffre avec 12 vastes tiroirs.
Avant de commencer l’interview, l’hôtesse reçoit un appel téléphonique.
« Je suis interviewée par un journal israélien, » elle s’excuse, et
ajoute, « non, non le « bon » journal. Ippolita Gaetani et ses deux
sœurs, Sancia et Margherita, sont identifiée à la gauche italienne et
mènent une certaine activité en soutien à la cause palestinienne.
Ippolita avait 21 ans quand sa grand-mère est décédée, en 1961, à l’âge
de 81 ans, mais n’a jamais posé de question sur son passé, son affaire
avec Mussolini, ou son rôle dans le mouvement fasciste. Et Sarfatti
dit-elle n’a jamais fourni volontairement des informations sur le sujet.
Elle parlait d’art, récitait du Dante, du Shakespeare, Edgar Allan Poe,
et faisait des mots croisés dans le Figaro littéraire. « Apres la
guerre, il y a eu une censure collective profonde, les gens ont essayé
d’oublier, ne s’en sont pas vanté. Il y avait une sorte d’auto censure.
Les gens commencent seulement à parler de cette période maintenant, et
aussi de ma grand-mère, » dit Gaetani.
Quand avez-vous appris que votre grand-mère avait fait partie de la vie
de Mussolini et participé au mouvement fasciste en Italie ?
"Très tard à l’âge de 17, 18 ans, et par mes amis. On n’en parlait pas à
la maison. Il y avait de la censure en Italie. Tout était de la
responsabilité des allemands, tout le mal, les lois raciales, les
persécutions. A la maison aussi, on mettait tout sur le dos des
allemands. Quand j’ai grandi et que j’ai commencé à lire, j’ai compris
que le fascisme et le nazisme sont interchangeables. Ma mère ne pensait
pas comme cela – elle continuait à dire que le fascisme a été acceptable
jusqu’à ce qu’il se mette bien avec Hitler."
« A mon avis, si les noirs et non pas les juifs avaient alors été
persécutés, beaucoup de juifs seraient encore fascistes… En fait, c’est
la même chose aujourd’hui. Beaucoup de juifs en Italie sont fascistes,
parce que le fascisme est bien plus prêt de l’Israël d’aujourd’hui, ils
persécutent les arabes. Si vous allez aujourd’hui dans le Ghetto de
Rome, vous verrez que cette partie de la communauté juive de Rome est
vraiment fasciste, fasciste dans sa mentalité, dans sa tête. Et la
situation au Moyen Orient complique les choses. Ils accusent quiconque
parle contre Israël d’être antisémite. Et la politique italienne est
bien plus proche de la droite que de la gauche. »
Rencontre avec l’histoire
Sa mère, Fiammetta, s’est convertie au christianisme en 1930, et est
restée en Italie avec sa famille même après que Margherita et son fils,
Armedeo, se soient exilés en Argentine suite à l’application des lois
raciales. Mais Sarfatti craignait pour le bien être de sa fille et de
ses petits enfants, et après la conquête de Rome par les nazis, elle a
utilisé les quelques relations lointaines qui lui restait de ses heures
de gloire pour s’assurer qu’aucun mal ne leur serait fait. Ainsi,
Fiammetta a trouvé refuge dans un hôpital, déguisée en infirmière, son
mari, Livio, qui n’était pas juif, est passé dans la clandestinité, et
leurs enfants ont été envoyés dans des couvents catholiques. La soeur
aînée de Margherita, Nella Errera, n’a pas eu la même chance. Elle et
son mari, Paolo, qui ont nié officiellement être juifs, ont été arrêtés
par les SS en 1944 et envoyé au camp de Fossoli, puis, de là, à
auschwitz. Ils sont morts en route pour le camp d’extermination.
Le café est prêt et Gaetani le verse dans une demi tasse.
Est-ce que votre grand-mère parlait du passé ou se sentait responsable
pour la mort de sa sœur ?
« Pas avec moi, pas avec nous, c’était tabou à la maison. Elle a pu
avoir des sursauts de conscience, mais soit vous décider de vous
suicider, soit vous vivez. Des gens vivent avec des choses pires sur la
conscience. Elle s’occupait d’art – ce n’est pas qu’elle ait fait du mal
ou fait de la délation. Au contraire, certains historiens disent que
tout le temps qu’elle est restée à ses côtés, Mussolini a fait moins de
choses horribles. Elle-même n’a rien fait de mal vis-à-vis de quelqu’un.
Que sont homme était une ordure – il n’y a aucun doute là-dessus. »
L’histoire dramatique de la vie de Margherita Sarfatti commence par une
enfance tranquille, heureuse dans le ghetto de Venise, où elle est née
le 8 avril 1880, la plus jeune enfant d’une famille juive religieuse
riche, les Grassinis, (le père de l’écrivaine italienne Nathalie
Ginzburg était son cousin). La charmante fillette aux cheveux roux, yeux
verts et une insatiable curiosité, a grandi dans un environnement
protégé, entouré d’amour, surtout de la part de sa grand-mère, Dolceta
Levi Nahmias, « une femme de qualité » selon une expression juive, et
c’est d’elle qu’elle a appris à vivre dans le présent et à ne pas se
laisser emprisonner dans le passé.
« Oh mon dieu » murmurait-elle chaque soir au cours d’une prière qu’elle
avait inventée, « apprends moi à être heureuse et apprends moi à être
reconnaissante pour toutes les bonnes choses que tu m’a données ». Être
heureuse à tout prix : c’est le leitmotiv qui l’a propulsée pendant
toute sa vie. A l’âge de 18 ans, malgré l’objection de ses parents, elle
a épousé Cesare Sarfatti, un avocat juif et socialiste, qui avait 14 ans
de plus qu’elle. Les Sarfattis ont eu 3 enfants, Roberto, Amedeo, et
Fiammetta.
Cependant, elle a trouvé la vie à Venise trop étriquée, et son mari
aspirait aussi au changement. Le couple a déménagé au centre nerveux de
l’Italie – Milan. Là, Marghereta a commencé a se faire une place au sein
de l’élite intellectuelle, et est devenue active dans des domaines qui
jusque là étaient réservés exclusivement aux hommes : l e journalisme et
l’art. Pour cela, elle a ouvert un salon tous les mercredis où se
rencontrait tout le Who’s Who, et s’est faite une réputation d’hôtesse
irréprochable : belle, spirituelle, et vive d’esprit. Sa maison est
devenue le centre de l’avant-garde artistique, le melting pot du
futurisme, et plus tard celui du mouvement Novecento. Les artistes,
écrivains, politiciens à la tête de ces mouvements fréquentaient
régulièrement son salon.
« Une sorte de sens olfactif affiné me pousse vers les personnes douées
» écrivait-elle dans ses mémoires, qui représentent vraiment une
collection d’épisodes relatant ses rencontres avec des célébrités
mondiales, comprenant l’inventeur Guglielmo Marconi, le pape Pie X, le
président Franklin Delano Roosevelt, Albert Einstein, et bien d’autres.
Israël Zangwill, qu’elle appelait le « Dickens juif » et Ze’ev
Jabotinsky, le dirigeant sioniste révisionniste, faisaient partie de ses
connaissances.
« C’était une femme éduquée, très attentive aux modes culturelles, une
manipulatrice, ambitieuse et dépourvue d’inhibition, avec un talent
singulier pour la promotion personnelle
(un talent qu’elle a montré quand son fils est mort au cours de la
première guerre mondiale, s’appropriant sa mort comme un autre moyen de
faire sa propre promotion), « selon l’historienne le Dc Simona Urso, de
l’université de Padua qui a écrit une biographie de Sarfatti.
Le tournant dramatique de sa vie - la rencontre avec l’histoire - a eu
lieu en 1912, quand un jeune journaliste, rustre et inconnu du nom de
Benito Mussolini a été nommé éditeur du journal socialiste Aventi, pour
lequel Sarfatti écrivait des critiques artistiques. A 29 ans, il était
plus jeune de 3 ans que Sarfatti, un coureur de jupons charismatique,
avec un don pour fasciner ses auditeurs par ses discours. Sarfatti a
remarqué « une lueur de fanatisme » dans ses yeux et a été immédiatement
attirée par le pouvoir qu’il projetait.
Une juive et une raciste
C’est ainsi qu’a commencé une relation romantique et politique qui a
duré deux décennies. Au début, sa passion était plus grande que la
sienne, comme reflétée dans une lettre qu’il a écrit à un ami, le poète
Ada Negri : « je m’inquiète et je suis un peu triste. Elle est distante,
et n’écrit pas. Quel dommage ! Ainsi perdre des jours d’amour. » Et
comme sa sœur, Edwige a écrit dans ses mémoires, « L’amour de Benito
pour cette écrivaine était nouveau et profond, parce qu’elle était
capable de contrôler son mental et ses pensées. »
Leur relation romantique a rapidement provoqué des querelles furieuses,
à cause du refus de Mussolini, un macho, de s’abstenir d’avoir des
relations avec d’autres femmes. Sarfatti refusait de partager son amant,
cela lui suffisait de le partager avec sa femme, la mère de ses enfants,
Rachele. Néanmoins, leurs rencontres sont devenues plus fréquentes, et
ils échangeaient constamment des notes et des lettres. Ils se sont
abstenus de montrer leur relation en public, mais ne semblent pas avoir
fait d’efforts particuliers pour cacher leur relation à leurs époux(se)
respectifs.
« Une fois elle m’a dit qu’elle avait seulement aimé deux hommes dans sa
vie et que tous les deux étaient extraordinaires » je suppose qu’elle
faisait référence à Mussolini et à mon grand père « Margherita Magali,
la fille d’Amedeo et la petite fille favorite de Sarfatti, a-t-elle dit
à Haaretz.
« Elle m’a aussi conseillé de ne pas coucher avec mes petits amis « car
a-t-elle dit pour eux « c’est quelque chose de complètement différent,
ils se lèvent remettent leur pantalon et c’est complètement fini. » elle
m’a encouragé à préserver « mon innocence « jusqu’à ce que je me marie.
Un conseil plutôt étrange venant de sa part ».
La première guerre mondiale a été plutôt tragique pour la famille
Sarfatti : Roberto, l’aîné des fils, a été tué au combat à l’âge de 17
ans. « Je suis tourmentée par la peine que vous ne provoquez plus chez
moi » sa mère a écrit dans l’un de ses poèmes qu’elle lui a dédié. Apres
que son amant se soit emparé du pouvoir dans le pays, le gouvernement
fasciste a gratifié Roberto Sarfatti d’une médaille d’héroïsme à titre
posthume.
Bien que son père se soit converti au christianisme, et sa mère fût
chrétienne, Magali, il y a quelque temps, a soutenu l’idée d’un juif
milanais d’ajouter une étoile de David sur la tombe de son héro d’oncle
sur le site du mémorial d’Asiago. Mais son frère Roberto, ainsi appelé
du nom du soldat tué, et les cousines de Rome n’étaient pas très
enthousiasmes à l’idée de faire cela. « Il est mort en italien, pas en
juif « dit Roberto, qui se souvient de sa grand-mère comme d’une femme
dominatrice et intolérante.
Officiellement, Israël n’a jamais manifesté d’hostilité à l’égard de la
maîtresse de Mussolini, et selon Gaetani, sa grand-mère a visité Israël
plusieurs fois. Parmi les documents dans son appartement, un visa
d’entrée en Israël datant de 1959, portant la signature du consul,
Shlomo Nahmias (le même nom que sa grand-mère chérie)
La marche de Rome de 1922 pour s’emparer du pouvoir a été apparemment
conçue dans la maison de campagne de Sarfatti, près de Corno. C’était
l’heure glorieuse de Mussolini et aussi de Sarfatti. La fille rousse du
ghetto, la fille de parents religieux observants, était sur le point de
jouir de l’éclat du pouvoir fasciste. « La recherche du pouvoir semble
avoir été le lien le plus fort entre eux » a écrit l’historien Philip
Cannistraro (avec Brian Sullivan) dans » l’autre femme du Duce »
(William Morrow & Co., 1993) à propos des deux amants, qui alors ne
faisaient plus aucun effort pour cacher leur relation.
Selon des rumeurs qui circulaient en Italie à l’époque, Rachele
Mussolini qui est restée dans le nord avec ses enfants, avait une
affaire avec un employé des chemins de fer, et Cesare Sarfatti n’était
pas non plus un traîne savate. Quand son mari est mort, Sarfatti a
déménagé à Rome et est devenue « l’autre femme du Duce ». Ses relations
personnelles avec Mussolini étaient idylliques : il passait plus de
temps avec les enfants de sa maîtresse qu’avec les siens propres, et
pendant cette période, son influence politique était aussi au zénith.
Elle était l’écrivaine fantôme du Duce, écrivant des articles de
journaux en son nom, éditant l’organe du parti fasciste et a écrit sa
première biographie, qui, comme il se doit, a été publié en première
édition en anglais en Grande Bretagne.
« C’est une femme qui a reçu le pouvoir dans un cadre qui privait les
femmes de tout pouvoir politique efficace et de pouvoir personnel » note
le Dc Urso. « Sarfatti a été la première à discerner le besoin de créer
un bagage culturel au fascisme et un langage artistique qui le
représenterait, et elle a œuvré pour la promotion du mouvement
artistique Novecento » dont les représentants dans les années 30 sont
devenus les chefs de file de ceux fournissant la propagande de
Mussolini. Elle –même a pris probablement part à la formulation de cette
idéologie. »
Comment est ce possible de réconcilier ses origines juives et la voie de
Mussolini ?
« Son lien avec Mussolini peut être en partie expliqué par le chemin
qu’ils ont tous les deux suivis du socialisme au fascisme – une voie
idéologique suivie par toute une génération. Le fascisme a attiré un
grand nombre de juifs qui étaient convaincus que l’unification de
l’Italie, le Risorgimento (la Résurgence) pour laquelle les juifs
avaient combattu en 1848, n’était pas encore complète. Ils se
projetaient en avant, vers la fin d’une époque et la naissance d’une
nouvelle Italie. N’oublions pas que Sarfatti était juive mais n’en était
pas moins aussi raciste que Mussolini ».
L’historien italien et journaliste Giorgio Fabre est d’accord. Dans sons
nouveau livre publié « Mussolini Raciste » il se réfère aux écrits
publiés par Sarfatti, parfois sous un nom de plume, avant même qu’elle
ne rencontre Mussolini. : « de cette période et des colonnes dans
Aventi, Margherita s’est lancée sur une voie qui la conduirait, avec une
certaine cohérence, à écrire pendant 30 ans des pages et des pages de
commentaires discriminatoires et racistes contre les noirs et les
asiatiques. Ces écrits sont très connus, mais leur ton et leur
signification sont non équivoques, et ils commencent maintenant à être
étudiés ».
Qu’en est-il du contraste entre le féminisme de Sarfatti et le machisme
de Mussolini ?
Urso : « en fait, elle n’a jamais été une vraie féministe. Elle s’est
rapprochée du féminisme seulement parce que c’était la seule façon pour
les femmes de s’engager en politique. »
Est-ce que ses attitudes fascistes relevaient d’un choix délibéré ou
était –elle influencée par ses liens avec le Duce ?
« Des deux, c’était elle qui dirigeait. On peut dire qu’elle était bien
plus fasciste que Mussolini – le Fascisme a été l’invention des deux. »
Son testament politique
Ses heures de gloire ont été de courte durée. Vers la fin des années 20,
des vents mauvais ont commencé à souffler sur Rome. Sarfatti, qui allait
avoir 50 ans, a pris du poids, et a commencé à montrer des signes
d’irritabilité et de despotisme. Son amant impatient s’est tourné vers
d’autres femmes plus jeunes, et sa judaïté a commencé à le déranger. Ses
conseillers, qui n’appréciaient pas les liens du dirigeant avec sa
maîtresse « israélite » l’ont pressé d’amener à la villa Torlonia sa
famille oubliée dans le nord et de larguer « sa putain juive ». Cette
fois Mussolini a été content de faire selon ce qu’ils exigeaient et
ainsi Sarfatti a déménagé d’une maison de l’autre côté de la rue dans un
appartement au 18 Via Dei Villini.
C’était le début de la fin. « Mrs Sarfatti traverse une crise. Son
salon, ou on avait vu par le passé des ministres et aussi des sénateurs
– se vide de semaine en semaine » a noté dans son journal intime
l’écrivain Corrado Alvaro, l’un des écrivains réguliers dans sa nouvelle
maison. Petit à petit Sarfatti a été mise de côté, et avec l’application
des lois raciales en Italie, en 1938, elle a été écartée de toutes les
positions qu’elle occupait et interdite d’écrire dans la presse.
Elle a compris que le temps était venu de partir. Elle a pris cette
décision dans sa maison de campagne près de Corno, l’endroit où elle et
Mussolini avaient semé les graines du Fascisme et où elle avait planifié
la marche sur Rome avec lui. Mais cet été, quand un membre de la famille
lui a envoyé une carte postale d’apparence innocente et a écrit un
avertissement, en anglais, entre les lignes, « attention vous êtes
surveillée » Sarfatti ne s’est pas accrochée avec nostalgie à son passé.
Rapidement, elle a fait ses valises et a demandé à son chauffeur de la
conduire à la frontière suisse. Selon ce qui est rapporté, elle a pris
avec elle tous ses bijoux, ses notes de valeur, et un trésor
inestimable, les 1272 lettres de Mussolini, une sorte de police d’assurance.
« Si vous lisez dans les journaux que je me suis suicidée parce que je
me languissais de l’Italie, ou quelque chose de ce genre, ne le croyez
pas. Sachez que j’ai été liquidée » a –t-elle dit quelque temps plus
tard à Paris, à sa fille envoyée par un aide de Mussolini pour essayer
de la convaincre de revenir. Le Dc Urso explique « en dehors de l’Italie
Sarfatti aurait pu être un problème pour Mussolini à cause de ce qu’elle
savait et de tout ce qu’elle aurait pu écrire sur le régime. »
Sarfatti, craignant le bras long de Mussolini, voulait se rendre aux
Etats-Unis, mais quand tous ses efforts pour obtenir un visa ont échoué,
elle a décidé de prendre le bateau et de s’exiler en Argentine. Alors
âgée de presque 60 ans, elle se languissait de l’Italie et se faisait du
souci pour sa fille restée en Italie. « Fiammetta, ma chérie, mon
trésor, enfin des lettres de toi commencent à arriver, tardivement, pas
dans le bon ordre, mais je peux maintenant mettre sur mon cœur le papier
que tu as touché, sur lequel tu as écris, que tu as caressé de ton
regard, de tes doigts », écrit –elle dans une lettre qui se trouve dans
les archives à Via Dei Villini.
Quand elle est revenue en Italie, en 1947, le pays avait déjà effacé de
sa mémoire à la fois le Duce et son « autre femme ». Seulement ses deux
enfants, Fiammetta (qu’elle n’avait pas vue pendant 8 ans) et Amedeo,
l’attendaient pour l’accueillir à l’aéroport de Cimapino. Sarfatti est
morte le 30 octobre 1961, dans sa maison près de Corno, anonyme et oubliée.
En fuyant le pays, Margherita Sarfatti s’est peut être épargnée le
destin de sa sœur Nella, qui est morte pendant son transport à
Auschwitz, ou la fin de Claretta Petacci, inscrite au fer rouge dans la
mémoire collective comme la maîtresse du Duce, et exécutée à ses côtés.
Mais Sarfatti s’est aussi imposée un vœu de silence et l’a respecté
pendant toute sa période d’exil en Argentine et après son retour. C’est
peut être le prix qu’elle a du payer à Mussolini pour acheter sa liberté
et garantir la sécurité de sa fille et de ses petits enfants. Jusqu’au
jour de sa mort, elle n’a fait aucun commentaire public sur lui ou sur
le mouvement fasciste, et ses mémoires ne mentionnent le mot Fascisme
que seulement une fois- et le nom même de Mussolini pas une seule fois.
Son image s’est estompée rapidement dans l’obscurité des librairies et
des archives.
N’a-t-elle jamais été contrite de son choix idéologique ? De sa relation
avec le Duce ? Comment a-t-elle réagi après la guerre et l’Holocauste ?
« La contrition n’est pas un mot approprié en ce qui la concerne » dit
le Dc Urso. « Dans un livre qu’elle a publié en 1937, « America » « la
poursuite du bonheur » (en italien), elle écrit entre les lignes sur ce
que le régime en Italie n’aurait pas du devenir, et effectivement a
accusé Mussolini d’avoir trahi le Fascisme. C’est son testament
politique. Apres elle n’a jamais dit un mot sur le sujet. Ses opinions
négatives sur le sujet sont limitées à l’axe Hitler et sont sans aucun
doute liées au choix antisémite de l’Italie fasciste. Et parce qu’elle a
choisi de ne pas s’exprimer en public, elle ne s’est pas exprimée non
plus sur l’Holocauste ».
Son histoire dramatique est peu connue internationalement et en Israël
non plus. Comment se fait-il que contrairement à Eva Braun, Clarette
Petacci, ou Evita Peron, Sarfatti est restée presque complètement inconnue ?
« Son histoire est connue en Italie, surtout chez les historiens, bien
sûr, et la raison en est probablement parce que la maîtresse de
Mussolini gravée dans les mémoires c’est Petacci, qui a passé ses
dernières années et est morte à ses côtés. Sarfatti, avec ses
contradictions internes, était un caractère inhabituel, c’est certain,
mais pas un personnage tragique- c’est difficile de la cataloguer, elle
n’est pas devenu une icône comme Evita – bien qu’à mon avis elle aurait
été heureuse qu’on se souvienne d’elle comme une sorte d’Evita. »
Saviona Mane
Article paru dans le magazine du Haaretz du 6 juillet 2006. Copyright
Haaretz. Traduction bénévole pour information à caractère non
commerciale MD pour Planète Non Violence.
--
The imagination is not a State: it is the Human existence itself."
William Blake
http://rvgmusic.bandcamp.com/
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http://bluedusk.blogspot.com/
Planète Non Violente qui conchie abondamment le racisme talmudique des
juifs, qui n'a pas tué grand monde, pour faire oublier que la barbarie
raciste et exterminatrice du coran a fait des centaines de millions de
victimes.
Presque toujours l'exécration des juifs sert à dissimuler et à nier les
crimes perpétrés par sa propre religion. Or la religion officielle de la
gauche, j'entends par là la vraie gauche, pas le P$, est le nazislam.
Celle de la droite, la vraie droite, est le paganisme impérial tout
aussi criminel que le nazislam. Vieille fable des animaux malades de la
peste.
Merci pour l'info
RV
> (un talent qu’elle a ...
>
> read more »
Ton post sur Margherita Sarfatti est très intéressant. C'est aussi
important rappeller qu'elle a écrit un livre sur Mussolini, le title
est "Dux" qui apparùt en Italie en 1926 et il eut un grand succès
aussi à l''étranger.
Ciao - Mailand
ephraim, david, tabassez moi c't'antisémite d'RVG