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unread,Apr 28, 2013, 12:52:09 PM4/28/13You do not have permission to delete messages in this group
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30 avril 1963 :
Pour une raison administrative quelconque, l'administration française
arrête ses statistiques à cette date.
Du 19 mars 62 au 30 avril 63, il y eut d'après les statistiques
officielles 3093 disparus. 306 tués. 969 retrouvés vivants. 1818 dont
on est sans nouvelles parmi les européens d'algérie.
Ce chiffre ne comprend pas les attentats vieux style, c'est à dire
dont les corps sont immédiatement retrouvés, un bon millier.
Les harkis et autres musulmans ne sont pas comptabilisés par les
statistiques gaullistes.
Les chiffres des pieds noirs sont sensiblement supérieurs. (30.000
morts ou disparus depuis le 19 Mars).
Jordi: De nombreuses familles de disparus alertent qui leur député,
qui leur sénateur, qui leur maire afin de faire pression au moins sur
le gouvernement français à défaut d'intervenir sur le gouvernement
algérien. Une des premières démarches à l'Assemblée nationale sera
celle, conjointe en janvier 1963, du député socialiste du Vaucluse,
Henri Duffaut, de celui du Maine-et-Loire, Hauret (UNR) et celui du
Morbihan, Christian Bonnet (Centre démocratique). Ces trois députés
interpellent M. de Broglie sur les "disparus en Algérie" et sur le cas
des prisonniers militaires français détenus en Algérie et qui,
affirment-ils, subissent des sévices.
Le secrétaire d'Etat aux Affaires algériennes leur répond (J.O. du 1er
février) "qu'il est certain que nos compatriotes ont été sérieusement
maltraités pendant les premières semaines de leur détention alors
qu'ils étaient victimes d'une arrestation arbitraire ... Aussi le
gouvernement français a t-il élevé une protestation énergique auprès
du gouvernement algérien en demandant que les responsables soient
identifiés et châtiés. Cependant, ajoute t-il, à Oran se trouveraient
encore quelques Français, ne comprenant ni femmes, ni enfants ... au
total il y aurait environ une soixantaine de Français détenus dans les
prisons algériennes ... Il est extrêmement improbable que d'autres
Français soient détenus en Algérie à l'insu de nos représentants".
Pourtant, quelques mois plus tard, le 7 mai 1963, ce même secrétaire
d'Etat, en réponse à une question de René Pleven, indiquait devant les
députés que 3080 personnes (européennes) avaient disparu en Algérie de
1955 à 1962 avant de se rétracter devant le Sénat cette fois affirmant
le 5 novembre que "1800 personnes avaient disparu mais pas davantage".
C'est au Sénat que les dernières passes d'armes ont lieu entre
quelques sénateurs et gouvernement concernant plus généralement les
accords d'Evian. Puis ce fut le silence officiel et on ne relèvera
qu'une douzaine d'interpellations du gouvernement par les
parlementaires entre 1963 et 1973.
Le 24 novembre 1964, de Broglie intervient pour la dernière fois
devant le Sénat affirmant qu'il n'y avait que 1 773 personnes
disparues dont une quasi certitude de décès pour 1 165 d'entre elles.
On ne sait pas sur quels éléments le Secrétaire d'Etat se base alors
pour avancer de tels chiffres mais cela ne correspond aucun des
rapports que nous avons consultés datant de cette période! En
revanche, en septembre 1963, le sénateur du Haut-Rhin, Paul-Jacques
Kal (Union pour la Nouvelle République) avait directement saisi Pierre
Messmer ministre des Armées, lui demandant non seulement des
informations sur les militaires disparus en Algérie mais aussi sur les
civils disparus. Messmer répondit qu' "à la fin du conflit algérien,
239 militaires français étaient encore portés disparus ... Des
dossiers complets ont été remis [précise t-il au sénateur Kalb] à la
Croix-Rouge lors des enquêtes qu'elle a menées en Algérie. Il faut
reconnaître malheureusement que ces enquêtes n'ont abouti à aucun
résultat concret". En ce qui concerne les disparus civils, c'est
justement Jean de Broglie qui répond par lettre au sénateur Kalb le 16
novembre 1963: ... "Comme je l'ai indiqué récemment, nous avons
recensé 1 800 disparus. A ce jour, la Croix-Rouge a effectué une
enquête sur 1 185 cas sur lesquels nous avons établi 308 décès et 444
présomptions de décès, ce qui porte à 752 le nombre des disparus que
nous n'avons probablement aucune chance de retrouver en vie. 96
personnes ont été retrouvées et il y a 8 désertions reconnues. Je fais
poursuivre 327 compléments d'enquête. Il reste donc 615 personnes dont
nous sommes absolument sans nouvelles".
Or, le 5 novembre 1963, le nouvel ambassadeur de France en Algérie,
Georges Gorse, avait écrit à Jean de Broglie: "Compte tenu des
vérifications systématiques effectuées par les services de l'ambassade
et des conclusions relevées dans certains rapports des délégués du
ClCR, le bilan des atteintes aux personnes relevées en Algérie depuis
la date du cessez-le-feu se traduit aujourd'hui par les chiffres
suivants:
- période du 19 mars au 30 juin 1962, sur 852 disparus, il y a 272
tués, 205 retrouvés vivants et 375 dont le sort n'est pas précisé.
- période du 1 er juillet au 31 décembre 1962, sur 1 543 disparus
signalés, il y a 279 tués, 752 retrouvés vivants, 6 en détention et
506 dont le sort n'est pas précisé".
Bien que possédant tous ces renseignements, Jean de Broglie préfère
minimiser aux yeux de l'opinion publique le problème posé par les
enlèvements et les disparitions de civils français en Algérie.
Le but avoué du gouvernement français était de faire table rase du
problème des disparus afin de développer une plus forte coopération
avec l'Algérie indépendante. Les interpellations officielles du
gouvernement français concernant les disparus civils sont rarissimes
et elles viennent du Vatican! Le 26 avril 1965, alerté par Mgr Duval,
le pape Paul VI se met en rapport avec René Brouillet, Ambassadeur de
France près le Saint Siège pour avoir des réponses quant aux Français
disparus ou arrêtés en Algérie, au sort des harkis et à la répression
des faits de subversion dans la période qui a précédé et suivi
l'accession de l'Algérie à l'indépendance. Quatre notes sont rédigées,
empruntant très largement aux lettres de Jean de Broglie, et envoyées
au Vatican. On n'en sait pas davantage.
D'un autre côté, par les multiples ordonnances, instructions
ministérielles et articles de loi pris en faveur des conjoints de
disparus par exemple, et cela dès septembre 1962, le gouvernement de
l'époque se penchait non sur le sort des disparus mais sur celui des
familles de disparus. Enfin, le raccourcissement du délai habituel
pour une déclaration judiciaire de décès appliqué aux "rapatriés
d'Algérie" ancrait dans les mémoires non une disparition mais un
décès. Force est de constater que quelques familles de disparus n'ont
pas complètement adhéré à la volonté du gouvernement français puisque
des associations devaient à l'aube du 3ème millénaire ré-interpeller
le gouvernement.
Jean-Jacques Jordi "Un silence d'état" ISBN 978-2-9163-8556-3
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