Ces sources ne sont pas crédibles quand elles annoncent 10 millions de
personnes à Cuba et 3 millions à Hispaniola en 1492 et années suivantes
pour des raisons bassement matérielles : il n'y a pas assez de terres
arables pour nourrir tout ce monde avec les techniques agricoles
traditionnelles, qui existent encore en Guyane, au Brésil, en Colombie,
en Equateur ou en Bolivie. Et là où il existe des terres à gogo (en
Amazonie, en Guyane, en Orénoquie) les descendants des Amérindiens qui
peuplaient Cuba et Hispaniola du temps de Colón ne sont que quelques
milliers, avec des techniques agricoles plus avancées que leurs ancêtres
! Toutes les sources du monde ne peuvent pas aller contre la logique et
les faits. Si elles contreviennent au deux alors il y a un problème :
elles ne sont pas crédibles. D'ailleurs quand les sources reposent sur
des techniques scientifiques (recensement, comptage) elles donnent des
résultats du même ordre de grandeur que mes calculs fondés sur la
capacité des îles à nourrir une population : 60.000 pour le recensement
de 1507.
> Une derniere source :
>
>http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jsa_0037-9174_1980_num_67_1_2195
> Ça parle, entre autres, de l'agriculture et des ressources
> alimentaires
> d'Hispaniola, mais c'est sûrement du pipeau, comme le reste...
J'y jetterai un oeil quand j'aurai le temps. Voici un article
intéressant qui traite, entre autre, de la culture sur abattis :
http://www.francophonie-durable.org/documents/colloque-ouaga-a3-contribution-jouve.pdf
Dans ce schéma d’évolution le premier stade d’évolution considéré est le
système d’abattis brûlis. Ce stade est-il historiquement le premier à
avoir été adopté par les agriculteurs ? On en discute, certains
considérant que dans des situations d’insécurité dues à la faune sauvage
ou aux conflits inter- ethniques, la culture pouvait être fixée et
relativement intensive.
Toujours est-il que le système d’abattis brûlis est un système très
ancien qui a été pratiqué dans la plupart des zones tropicales et qui
reste pratiqué dans un grand nombre de régions tropicales, de Kalimantan
à l’Amazonie en passant par le sud-est du Cameroun ou la Guinée
forestière. C’est celui que l’on trouve dans les zones de front pionnier
ce qui atteste de son caractère de système initial dans l’exploitation
des terres de forêt.
Ce système peut se définir par un temps de culture court, alternant avec
un temps de jachère long permettant la reconstitution d’un couvert
arboré. Jusqu’à une date récente le fonctionnement de ce système a été
mal compris et sa pratique continue à être sévèrement jugée. En effet on
a considéré pendant longtemps que ce qui conduisait les agriculteurs à
abandonner leurs champs après 2 à 3 ans de culture pour aller en
défricher un autre était la baisse de fertilité minérale et organique de
leur parcelle. Or les travaux de chercheurs comme Moreau en Côte
d’Ivoire ont montré que l’accumulation d’éléments fertilisants et la
réduction de l’acidité du sol consécutives au brûlis de la biomasse
accumulée dans la couverture arborée durant la jachère longue
permettaient un temps de culture plus long que celui habituellement
adopté par les agriculteurs dans les systèmes fonctionnant sans
contraintes foncières. Dans ces conditions, ce qui conduit les
agriculteurs à abandonner leur parcelle c’est d’abord l’envahissement
par les mauvaises herbes.
La jachère longue arborée entraîne l’extinction de ces mauvaises herbes
si bien qu’après la défriche, la culture peut être pratiquée sans
désherbage, ce qu’atteste l’absence d’outils de sarclage dans les
systèmes de défriche brûlis originels ; dans ces systèmes les seuls
outils sont la hache, le feu et le bâton à fouir.
Si l’on considère maintenant les performances de tels systèmes on
constate que le rendement des cultures est généralement assez
satisfaisant. Ainsi en riz pluvial après défriche, on peut obtenir des
rendements de 2 tonnes/ha. Mais si on rapporte cette production à
l’ensemble des terres nécessaires au bon fonctionnement du système c’est
à dire en y incluant la jachère, la productivité par hectare devient
alors nettement plus médiocre, de l’ordre de 0,2 t/ha.
En revanche quand on évalue le temps de travail nécessité par ces
systèmes on s’aperçoit que la productivité du travail est plutôt bonne.
On a donc affaire à un système extensif assurant une bonne productivité
du travail. C’est sur la base de ce constat que l’on peut mieux
apprécier la rationalité de cette pratique du point de vue des agriculteurs.
Dans les conditions générales de la culture itinérante sur brûlis où la
densité de population est faible, leur objectif est de valoriser le
facteur de production le plus rare et donc le plus stratégique. Ce
facteur ici est le travail et l’on comprend alors mieux pourquoi les
agriculteurs abandonnent leurs champs dès que la nécessité du sarclage
et la diminution des rendements entraînent une baisse de la productivité
de leur travail. On comprend aussi leur réticence à fixer leur culture,
objectif récurent de la plupart des projets et services de l’agriculture.
Si la rationalité agronomique et économique de tels systèmes commence à
être mieux comprise il n’en est pas de même pour leur impact écologique.
En effet ces systèmes sont jugés responsables de la destruction de la
forêt tropicale. Or dans le système originel, la jachère longue permet
la reconstitution d’un couvert arboré qui certes n’est pas la forêt
primaire mais qui garantit la reproduction et la durabilité de ce mode
d’exploitation du milieu. La preuve en est qu’il a permis dans un
certain nombre de régions tropicales la pratique de l’agriculture depuis
fort longtemps, parfois depuis le néolithique. En revanche les critiques
que l’on peut faire à l’abattis brûlis du point de vue de
l’environnement sont tout à fait justifiées lorsque ce système évolue et
se dégrade ou lorsque, comme en Amazonie, il n’est utilisé que comme une
étape vers la substitution la plus rapide possible de la forêt par le
pâturage.
En effet la plupart des avantages que présente ce système disparaissent
dès que la pression foncière conduit les agriculteurs à allonger leur
temps de culture et à raccourcir la durée de la jachère. Cette situation
intervient lorsque l’indice d’intensité agricole de Ruthenberg est
supérieur à 20 ce qui correspond approximativement en Afrique tropicale
à une densité de population supérieure à 20 habitants par km2.
Une fois ce seuil franchi, la durée de la jachère est trop courte pour
produire une biomasse suffisante pour restaurer la fertilité du sol et
surtout pour entraîner l’extinction des mauvaises herbes. Il en résulte
une diminution de la productivité de la terre et du travail ainsi qu’une
dégradation progressive du milieu. En particulier l’allongement du temps
de culture en affectant les possibilités d’un recru forestier, provoque
un changement écologique fondamental qu’est la savanisation c’est à dire
qu’à la jachère arborée originelle se substitue une jachère herbeuse qui
est loin de présenter les mêmes avantages qu’un recru forestier. Ainsi
on peut considérer qu’en Afrique tropicale un des plus grands défis
auquel sont confrontés les agronomes est de trouver des alternatives à
la défriche brûlis lorsque celle-ci ne peut plus fonctionner normalement
du fait de l’accroissement de la pression foncière.
Avec cet accroissement on assiste à une transformation des systèmes de
culture, mais cette évolution, comme on l’a vu précédemment, peut se
faire suivant une logique boserupienne c’est à dire par une
intensification agricole progressive accompagnée d’une gestion durable
des ressources ou au contraire suivant une logique malthusienne
aboutissant à une dégradation des capacités productives du milieu. On a
vu également que ces deux scénarios peuvent s’observer sur le terrain ce
qui conduit à se poser les questions suivantes : comment concilier ces
deux points de vue opposés concernant les dynamiques agraires à l’oeuvre
en Afrique sub-saharienne et comment passer d’une dynamique régressive à
une intensification de l’agriculture qui soit durable à la fois sur le
plan agroécologique et socioéconomique ?
fin de citation
Ce texte rédigé par un scientifique (agronome) nous dit qu'au delà de 20
habitants par kilomètre carré le système de culture sur abattis conduit
à une dégradation irréversible du milieu.
Prenons Cuba :
Superficie : 110.816 km²
Terres arables : 24% soit 26.600 km²
Population maximale que Cuba peut nourrir avec la culture sur abattis :
26.600*20=532.000
On est loin des 10 millions annoncés par les sources espagnoles !
Prenons Hispaniola :
Haiti :
Superficie 28.000 km²
Terres arables : 28% soit 7.840 km²
République Dominicaine :
Superficie : 48.730 km²
Terres arables : 22,6% soit 11.015 km²
Total des terres arables pour Hispaniola :
7.840+11.015=18.855
Arrondissons à 20.000.
Population maximale que Hispaniola peut nourrir avec la culture sur
abattis :
20.000*20=400.000
On est loin des 1,1 million et encore plus des 3 millions.
Or il s'agit là de la population la plus élevée possible. En général les
populations qui pratiquent l'agriculture sur abattis dépassent très
exceptionnellement des densités de 4 ou 5 habitants par kilomètres
carrés. En Guyane la densité en zone de forêt (hors littoral donc)
n'atteint pas 1h/km². Idem au Brésil où la population amazonienne se
concentre dans de grandes villes, laissant de très vastes zones avec une
densité très basses.
On peut donc tenir les nombres maximums que j'ai calculé comme trop
élevé d'un facteur compris entre 5 et 10. Ce qui nous donnerait entre
50.000 et 100.000 habitants pour Cuba et entre 40.000 et 80.000
habitants pour Hispaniola.
Dans tous les cas les sources espagnoles qui avancent des populations de
10 millions pour Cuba et de 1,1 million (voire 3 millions pour ce fou
délirant de Las Casas) sont nulles et non avenues. Par contre nous
pouvons retenir les résultats du recensement de 1507 : 60.000
Amérindiens pour Hispaniola.