Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?
L’automobile américaine obtiendra-t-elle une aide fédérale d’urgence de
25 milliards de dollars ? Jusqu’au 20 janvier prochain, la décision
appartient largement aux républicains, qui occupent la Maison Blanche et
qui disposent du moyen de paralyser une disposition parlementaire. Or,
face à l’urgence, les amis du président George W. Bush paraissent avoir
décidé que le meilleur cours est de ne rien faire même si General Motors
menace de se déclarer en faillite avant la fin de l’année. A leurs yeux,
sauver l’automobile américaine, ce serait sauver un système industriel
qui accorde trop de place aux syndicats, puissants dans le Midwest et à
Detroit, et consent à des rémunérations salariales excessives, ou en
tout cas supérieures à ceux de la concurrence. « Les difficultés
financières auxquelles font face les Trois Grands [General Motors, Ford,
Chrysler] ne sont pas le produit de l’actuel ralentissement économique,
a ainsi estimé le sénateur républicain de l’Alabama Richard Shelby, mais
le produit d’une structure non compétitive liée à son organisation et à
sa force de travail. » Les élus démocrates ne l’entendent pas ainsi. Ils
sont disposés à aider l’industrie automobile, mais ils souhaitent en
profiter pour l’obliger à produire davantage de véhicules économes en
énergie.
Le contraste avec le sort réservé aux banques demeure assez frappant.
Dans leur cas, des sommes gigantesques ont été engagées, sans
contrepartie, et sans s’étendre sur leur responsabilité dans la
situation difficile qu’elles rencontraient. En août dernier, le Wall
Street Journal était en revanche monté au front pour s’opposer avec
véhémence à toute aide fédérale à l’industrie automobile : « Un plan de
sauvetage évitera la faillite mais il ne résoudra pas les problèmes
fondamentaux de Detroit, qui fabrique des voitures que les Américains ne
veulent pas acheter et qui accepte de signer des accords contractuels
trop généreux et trop inflexibles avec les syndicats (1). » Depuis, ce
même journal s’est néanmoins déclaré favorable au plan de sauvetage de
700 milliards concocté par l’administration Bush au profit des banques.
Car Detroit n’est pas Wall Street. Et sacrifier un secteur industriel
qui emploie, toutes activités confondues, près de 3 millions
d’Américains, le prix n’apparaît pas trop lourd aux yeux de ceux qui
tiennent encore pour quelques semaines les rênes à Washington s’il leur
permet de porter un coup mortel à des syndicats déjà fort mal en point.
Après l’avoir emporté largement, en particulier dans les Etats
industriels du Midwest, le président élu Barack Obama a fait part d’une
disposition beaucoup plus accommodante : il ne laissera pas disparaître
une activité automobile « qui est la colonne vertébrale de l’industrie
américaine. »
(1) Editorial « The Next Bailout : Detroit », The Wall Street Journal,
21 août 2008.
--
"Spéculation et crises : ça suffit !" Déjà plus de 30 000 signatures.
http://www.stop-finance.org
>http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-11-18-Automobile
>
>Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?
plutôt pour faire plaisir aux verts qui haïssent l'automobile.
--
UBU.
Le seigneur prévaricateur pour se faire absoudre ne fonde plus une abbaye mais un musée.
Jean Dubuffet.
> >Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?
>
> plutôt pour faire plaisir aux verts qui haïssent l'automobile.
Je ne vois pas au nom de quoi l'OMC - qu el'on n'entend pas beaucoup,
d'ailleurs, ces temps-ci - , que l'on a vu si tatillonne par le passé
lorsque des états européens soutenaient des acteurs économiques,
laisserait le gouvernement US injecter massivement des capitaux pour
sauver son industrie automobile.
Cette industrie a fait preuve d'une totale incompétence, en continuant
à produire des modèles totalement décalés avec les nouvelles attentes
des consommateurs, qui, au niveau mondial, se portent vers des
voitures plus petites et moins polluantes. C'est l'incapacité des
dirigeants de GM, Ford et Chrysler à anticiper cette tendance qui a
mis l'industrie automobile US en grande difficulté.
Aider l'industrie automobile US reviendrait à récompenser les mauvais
élèves et pénaliser les bons élèves que sont les constructeurs
européens et asiatiques, qui seraient tout à fait capables de vendre
plus de voitures aux USA maintenant que les circonstances leur sont
plus favorables.
--
Pierre Col
"Chercher à connaître n'est souvent qu'apprendre à douter"
(Antoinette du Ligier de la Garde, femme de lettres française,
1638-1694)
> On 19 nov, 19:14, UBUjean-jacques viala <jejvi...@free.fr> wrote:
> > On Tue, 18 Nov 2008 21:56:14 +0100, "o.gehaime"
> > <o.geha...@gmail.com>
>
> > > Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?
> >
> > plutôt pour faire plaisir aux verts qui haïssent l'automobile.
>
> Je ne vois pas au nom de quoi l'OMC - qu el'on n'entend pas beaucoup,
> d'ailleurs, ces temps-ci - , que l'on a vu si tatillonne par le passé
> lorsque des états européens soutenaient des acteurs économiques,
> laisserait le gouvernement US injecter massivement des capitaux pour
> sauver son industrie automobile.
Comme tout traité ou tout engagement, il y a des clauses de sauvergarde
qui disent en gros que les engagements d'un état sont suspendus si cet
état traverse une crise remettant en cause sa stabilité économique,
politique et social; même si c'est une archi-évidence qui ne mérite
même pas d'être couchée noir sur blanc, c'est écrit malgré tout pour
s'assurer que les abrutis qui lisent les traités ne fassent pas perdre
du temps dans ces situations.
>
> Cette industrie a fait preuve d'une totale incompétence, en continuant
> à produire des modèles totalement décalés avec les nouvelles attentes
> des consommateurs, qui, au niveau mondial, se portent vers des
> voitures plus petites et moins polluantes. C'est l'incapacité des
> dirigeants de GM, Ford et Chrysler à anticiper cette tendance qui a
> mis l'industrie automobile US en grande difficulté.
Ce sont les investisseurs qui auraient du voir cela venir, c'est le
rôle des spéculateurs que de faire ressortir ces réalités au grand jour
afin que les équipes de direction soient remplacées sous la pression
des actionnaires mécontents.
>
> Aider l'industrie automobile US reviendrait à récompenser les mauvais
> élèves et pénaliser les bons élèves que sont les constructeurs
> européens et asiatiques, qui seraient tout à fait capables de vendre
> plus de voitures aux USA maintenant que les circonstances leur sont
> plus favorables.
Assez d'accord, mais encore une fois, la bouée de sauvetage est pour
l'économie US, pas pour les constructeurs véritablement...le too big
too fail joue à plein pour eux.
> > Aider l'industrie automobile US reviendrait à récompenser les mauvais
> > élèves et pénaliser les bons élèves que sont les constructeurs
> > européens et asiatiques, qui seraient tout à fait capables de vendre
> > plus de voitures aux USA maintenant que les circonstances leur sont
> > plus favorables.
>
> Assez d'accord, mais encore une fois, la bouée de sauvetage est pour
> l'économie US, pas pour les constructeurs véritablement...le too big
> too fail joue à plein pour eux.
"Too big to imagine they could even fail". Un article intéressant :
> le jeudi 20 novembre 2008 14:34, Pierre Col de ses doigts langoureux,
> caressait son clavier:
>
> >> Assez d'accord, mais encore une fois, la bouée de
> >> sauvetage est pour l'économie US, pas pour les
> >> constructeurs véritablement...le too big too fail joue à
> >> plein pour eux.
> >
> > "Too big to imagine they could even fail". Un article
> > intéressant :
> >
> > http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11/20/et-si-l
> > -on-refusait-d-aider-l-automobile-americaine_1120964_1101386.html
> >
> Pour aller dans le sens de l'initiateur du fil, un "excellent"
> article en première page de yahoo finance US ou on annonce
> cyniquement : The Big Three will not disappear if they run out of
> cash. They'll declare bankruptcy, like the airlines do every six or
> eight weeks. A working bankruptcy would enable the automakers to
> ditch the labor contracts and pension obligations that have made them
> uncompetitive.
>
> Traduit à la louche, ça donne :
> Les trois grosses ne disparaîtront pas si elles n'ont plus d'argent.
> Elles peuvent se mettre en faillite pour six ou huit semaines.Si
> elles se déclarent en faillite avec continuation d'activité, cela
> leur permettrait de jeter par dessus bord les contrats de travail et
> les pensions des retraités qui les ont rendues non-compétitives. fin
> de la louche
>
> le lien :
> http://finance.yahoo.com/expert/article/economist/122606;_ylt=AjwOWOp4
> 01bHQ9xjSRA.waS7YWsA ou http://tinyurl.com/6rdsxy
>
> Ça consiste à condamner à la misère noire tous les retraités des
> trois grosses. Si on lit les commentaires, ça ne semble gêner
> personne. Les temps sont durs, on se croirait à la période le
> l'effondrement de l'Union Soviétique.
Ce qui m'interpelle le plus dans le cas de GM et Ford, c'est que les
cours de bourse n'ont absolument pas refleté cette réalité. Les marchés
financiers auraient dû imposer un changement de stratégie chez GM et
Ford depuis des années et des années et pourtant, rien, les cours de
bourse se sont comportés comme si aucun risque sur le pétrole ou le
crédit n'existaient. Bizarre.
Concernant les faillites, qu'il s'agisse d'industries ou de banques, il
est clair que les entreprises ne disparaissent bien évidement pas; les
employés, les clients, les fournisseurs etc... se moquent bien du fait
que l'ancien actionnaire perd tout et que le nouvel actionnaire change
le conseil d'administration.
L'exeption de GM est intéressante cependant. Les Syndicats ont fait le
pari que GM ne ferait jamais faillite et ils ont donc chargé la barque
au maximum sur des engagements sociaux qui feraient réver les ouvriers
de chez Renault ou Peugeot. Un employé licencié reçoit 105,000 dollars
net d'impôt si GM décide de se séparer de lui. Si il travaille 30 ans
chez GM, il a une belle retraite.
L'erreur qu'ont fait les Syndicats a été se sous-estimer la hausse des
soins médicaux aux USA ces 10 dernières années. C'est bien cette hausse
importante et permanente qui plombe GM et pousse GM en faillite avec à
la clef, un fantastique retour de manivelle pour les syndicats. Ils se
sont tirés une balle dans le pied, ils ont tué la bête !!
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