http://www.blogg.org/blog-50438.html
Je joins le texte :
Elisabeth Roudinesco, les médias, et les opposants à la psychanalyse
en France. (début). | 20 août 2009
Elisabeth Roudinesco
ou comment utiliser les médias
pour discréditer les opposants à la théorie freudienne
par
Romina Bianco et Esteve Freixa-i-Baqué
Département de psychologie
Université de Picardie Jules Verne
Les Cahiers de Psychologie politique [En ligne], Numéro 11, Débats,
URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=622
Table des matières
1. Introduction
1.1. Qui est Elisabeth Roudinesco ?
1.2. La guerre des « psys » :
2. Elisabeth Roudinesco et l'Amendement Accoyer.
2.1. Historique de l'Amendement Accoyer
2.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos de l'Amendement Accoyer
2.3. Le pamphlet d'Elisabeth Roudinesco
2.3.1. Le patient, le thérapeute et l'Etat (2004)
2.3.2. Les retombées de son livre dans la presse française
3. Elisabeth Roudinesco et le rapport de l'Inserm.
3.1. Inserm, expertise collective. Psychothérapies : trois approches
évaluées (2004)
3.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos du rapport de l'Inserm
4. Elisabeth Roudinesco et l'affaire Bénesteau.
4.1. Le livre de Jacques Bénesteau : Mensonges freudiens
4.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos du livre de Jacques Bénesteau
5. Elisabeth Roudinesco et Le Livre noir de la psychanalyse.
5.1. Le livre noir de la psychanalyse
5.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos du Livre noir de la psychanalyse
5.3. La réplique littéraire d'Elisabeth Roudinesco
5.3.1. Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la
Psychanalyse
5.3.2. Les retombées de son livre dans la presse française
6. Conclusion.
1. Introduction
1.1 : Qui est Elisabeth Roudinesco ?
Née en 1944, fille de la psychanalyste Jenny Aubry, Elisabeth
Roudinesco se présente comme « historienne, psychanalyste, directeur
de recherche au département d'histoire de l'Université de Paris-VII et
chargée de conférences à la section des Sciences historiques et
philologiques de l'Ecole pratique des hautes études » (Le Magazine
littéraire, janvier 2006). Elle a été membre de l'Ecole freudienne de
Paris (1969-1981) et du comité de la rédaction de la revue Actions
poétiques (1969-1979).
Elle est également (la liste n'étant pas forcément exhaustive) :
* chargée de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences
sociales (1992-1996) ;
* Vice-présidente de la Société internationale d'histoire de la
psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP), depuis 1990 ;
* membre du conseil de rédaction de la revue L'Homme et de la Société
française d'histoire de la médecine, depuis 1997 ;
* membre de la Société « L'évolution psychiatrique », depuis 1999 ;
* collaboratrice au journal Libération (1986-1996), puis au journal Le
Monde, depuis 1996.
Elle est considérée comme « la figure maîtresse de l'histoire actuelle
du mouvement psychanalytique » (Le Magazine Littéraire, janvier 2006)
et a notamment publié : Histoire de la psychanalyse en France (Fayard,
1994) ; Dictionnaire de la psychanalyse (Fayard, 1997) ; Pourquoi la
psychanalyse ? (Fayard, 2000) ; Le patient, le thérapeute et l'Etat
(Fayard, 2004) ou encore : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre
Noir de la Psychanalyse (Navarin, 2005), etc.
1.2 : La guerre des « psys » :
La récente publication du fameux Livre Noir de la Psychanalyse (2005),
paru sous la direction de Catherine Meyer, a ravivé la guerre entre
les comportementalistes et les psychanalystes qui constituent deux des
grands courants théoriques de la psychologie. En effet, ce livre, co-
écrit par 40 spécialistes (dont les principaux auteurs sont M. Borch-
Jacobsen, J. Cottraux, J. Van Rillaer et D. Pleux) passe en revue tous
les abus, dérives et mystifications de la théorie psychanalytique et
prône l'utilisation des thérapies cognitivo-comportementales. Très
vite, les psychanalystes ont usé de leur pouvoir sur les médias pour
donner leur point de vue plutôt défavorable et désapprouver le contenu
de cet ouvrage.
Ce qui a été appelé « la guerre des psys » a commencé lors de la
publication, en février 2004, d'un rapport de l'INSERM (Institut
National de la Santé Et de la Recherche Médicale) qui visait à évaluer
l'efficacité des psychothérapies (dont faisaient partie les thérapies
cognitivo-comportementales (TCC) et la psychanalyse), rapport qui
concluait à la supériorité des TCC. Face à cette vérité, qui n'en
était pas une aux yeux des psychanalystes pour diverses raisons, ceux-
ci ont obtenu du ministre de la Santé de l'époque, Philippe Douste-
Blazy, qu'il désavoue ce rapport en le retirant du site Internet
officiel de son ministère. A la même époque se tenait au Parlement un
débat houleux sur l'usage du titre de psychothérapeute, titre
jusqu'alors non réglementé pouvant donc être utilisé aussi bien par
des psychanalystes et des psychologues diplômés que par des soi-disant
psychothérapeutes autoproclamés, afin de protéger les patients des
sectes et des charlatans. Cette discussion a abouti au vote, en août
2004, de l'amendement Accoyer imposant aux prétendants au titre une
formation de niveau BAC+5 en psychologie clinique, qui exclut donc les
praticiens sans formation universitaire, mais à laquelle les
psychanalystes ont réussi à échapper.
Ces trois faits nous éclairent sur l'influence que peuvent avoir les
psychanalystes à la fois sur les médias mais aussi sur les pouvoirs
publics pour se faire entendre et garder le quasi-monopole sur la
santé psychique. Ce constat nous a amené à essayer d'illustrer le
pouvoir de ces derniers à travers l'exemple d'une des psychanalystes
la plus médiatisée : Elisabeth Roudinesco. Pour cela, nous passerons
en revue la plupart de ses interventions médiatiques et littéraires
dans les principaux débats opposant psychanalystes et
comportementalistes, à savoir : ceux qui concernent l'Amendement
Accoyer, le rapport de l'INSERM, l'affaire Bénesteau et, enfin, Le
Livre Noir de la Psychanalyse, ainsi que les réponses qui lui sont
adressées suite à ses prises de positions. Nous tenterons, en
conclusion, de comprendre comment s'opère ce pouvoir.
Publié par vdrpatrice à 13:26:21 dans Résistances... | Commentaires
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Elisabeth Roudinesco....(Suite). | 20 août 2009
2. Elisabeth Roudinesco et l'Amendement Accoyer.
2.1 : Historique de l'Amendement Accoyer [1]
Face à l'absence de réglementation concernant la profession de
psychothérapeute, qui se destine à soulager la souffrance psychique,
le député UMP Accoyer, oto-rhino-laryngologue, dépose le 13 octobre
1999 une proposition de loi devant faire partie du code de la santé
publique et réservant l'usage du titre de psychothérapeute aux
personnes titulaires d'un diplôme universitaire (psychiatres et
psychologues). L'exposé des motifs est présenté de la manière
suivante :
« Mesdames, Messieurs,
Deux professions de la santé mentale sont formées par les
universités : les psychologues et les médecins psychiatres. Les
conditions d'accès et d'utilisation de ces titres sont étroitement
encadrées par la loi. Pourtant, il existe un grave vide juridique
concernant l'exercice de la psychothérapie. La profession de
psychothérapeute n'est en effet, à ce jour, toujours pas définie par
le code de la santé publique. Ainsi, de trop nombreuses personnes
insuffisamment qualifiées, voire non qualifiées, se déclarent et
s'instituent psychothérapeute en toute impunité, faisant courir les
plus grands dangers à des personnes qui, par définition, sont
vulnérables et risquent de voir leur détresse et leur pathologie
aggravées.
A l'heure où nos concitoyens exigent, à juste titre, une sécurité
sanitaire accrue, il importe dans ce domaine que le législateur prenne
ses responsabilités. C'est pourquoi, il vous est proposé de combler
cette lacune en réservant strictement l'appellation « psychothérapeute
» d'une part, aux titulaires du diplôme de docteur en médecine
qualifié en psychiatrie et d'autre part, aux titulaires d'un diplôme
de troisième cycle en psychologie. »
La proposition de loi est rédigée ainsi :
« Art.1. 360-1 - L'usage du titre de psychothérapeute est
strictement réservé d'une part, aux titulaires du diplôme de docteur
en médecine qualifié en psychiatrie et d'autre part, aux titulaires
d'un diplôme de troisième cycle en psychologie. »
N° 1844.- Proposition de loi de M. Bernard Accoyer relative à l'usage
du titre de psychothérapeute.
Cependant, la proposition du député Accoyer et de ses collègues
n'aboutit pas.
Plusieurs députés font alors d'autres propositions de loi relatives à
l'exercice de la profession de psychothérapeute et à la prescription
et la conduite des psychothérapies mais, c'est en 2001, avec l'arrivée
de Bernard Kouchner à la tête du ministère de la santé, que le député
Accoyer essaie de convaincre le ministre d'insérer son amendement dans
la loi sur les droits des malades. Ce dernier recule au dernier moment
pour divers motifs, la mobilisation des associations de psychanalyse,
notamment. Depuis, cette question n'a pas cessé de faire l'objet de
débats parlementaires dont nous allons faire l'économie au lecteur.
Enfin, le 24 septembre 2003, la commission des affaires sociales de
l'assemblée nationale adopte l'Amendement dit « Accoyer ». Cet
amendement est proposé le 8 octobre 2003 à l'Assemblée nationale et
obtient un vote favorable à l'unanimité. Il est rédigé comme suit :
« 1- Dans le livre 2 de la troisième partie du code de la santé
publique, il est crée un titre 3 intitulé « Dispositions particulières
» intégrant un chapitre unique intitulé « psychothérapie »
2- Dans le titre 3 du livre 2 de la troisième partie du code de la
santé publique, est inséré l'article L. 3231 ainsi rédigé :
« Art L 3231 : Les psychothérapies constituent des outils
thérapeutiques utilisés dans le traitement des troubles mentaux. Les
différentes catégories de psychothérapies sont fixées par décret du
ministre chargé de la santé. Leur mise en œuvre ne peut relever que de
médecins et psychologues ayant les qualifications professionnelles
requises fixées par ce même décret. L'agence nationale d'accréditation
et d'évaluation en santé apporte son concours à l'élaboration de ces
conditions.
Les professionnels actuellement en activité et non titulaires de ces
applications, qui mettent en œuvre des psychothérapies depuis plus de
cinq ans à la date de promulgation de la présente loi, pourront suivre
cette activité thérapeutique sous réserve de satisfaire dans les trois
années suivant la promulgation de la présente loi à une évaluation de
leurs connaissances et pratiques par jury. La composition, les
attributions et les modalités de fonctionnement de ce jury sont fixées
par arrêté conjoint du ministre chargé de la santé et du ministre
chargé de l'enseignement supérieur. »
Le député Accoyer justifie son amendement de la manière suivante :
« Les Français sont les premiers consommateurs au monde de
psychotropes, et de plus en plus de jeunes sont affectés par des
psychopathologies souvent graves.
La prise en charge de la souffrance psychique fait souvent appel aux
psychothérapies. Or le vide juridique en ce domaine est total. Des
personnes, insuffisamment qualifiées ou non qualifiées, se proclament
elles-mêmes « psychothérapeutes ». Elles peuvent faire courir de
graves dangers à des patients qui, par définition, sont vulnérables et
risquent de voir leur détresse ou leur pathologie aggravées. Elles
connaissent parfois des dérives graves. Depuis février 2000, la
mission interministérielle de lutte contre les sectes signale que
certaines techniques psychothérapeutiques sont un outil au service de
l'infiltration sectaire et elle recommande régulièrement aux autorités
sanitaires de cadrer ces pratiques. Cette situation constitue un
danger réel pour la santé mentale des patients et relève de la santé
publique. Il est donc indispensable que les patients puissent être
clairement informés sur la compétence et le sérieux de ceux à qui ils
se confient. Il convient donc de considérer les psychothérapies comme
un véritable traitement. A ce titre, leur prescription et leurs
conduites doivent être réservées à des professionnels détenteurs de
diplômes universitaires, attestant d'une formation institutionnelle,
garantie d'une compétence théorique, pouvant être doublée d'une
expérience pratique. »
C'est là le véritable point de départ de la mise en mouvement des
organisations des professionnels, des associations, instituts et
syndicats car, d'après cet article de loi et la justification du
député Accoyer, un psychothérapeute doit avoir un diplôme
universitaire attestant d'une formation institutionnelle de haut
niveau. Or, tous les psychanalystes ne sont pas médecins ni même
psychologues. Ceux-là en sont donc exclus, l'analyse didactique ne
rentrant pas dans le cadre d'une « formation institutionnelle ». Les
réactions ne se sont pas fait attendre et, arrivé devant le Sénat le
19 janvier 2004, l'amendement Accoyer est devenu l'amendement 363 de
About-Mattéi :
« L'usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels
inscrits au registre national de psychothérapeutes. L'inscription est
enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l'état dans
le département de leur résidence professionnelle.
Sont dispensés de l'inscription les titulaires d'un diplôme de docteur
en médecine, les psychologues titulaires d'un diplôme d'état et les
psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs
associations.
Les modalités d'application du présent article sont fixées par
décret. »
Le 11 avril 2004 l'amendement Accoyer devient amendement Dubernard.
Il est rédigé ainsi :
« La conduite des psychothérapies nécessite soit une formation
théorique et pratique en psychopathologie clinique soit une formation
reconnue par les associations de psychanalystes.
L'usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels
inscrits au registre national des psychothérapeutes.
L'inscription est enregistrée sur une liste dressée par le
représentant de l'état dans le département de la résidence
professionnelle des personnes souhaitant user du titre de
psychothérapeute. Cette liste mentionne notamment les formations
suivies par le professionnel. Elle est tenue à jour, mise à
disposition du public et publiée régulièrement. En cas de transfert de
la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle
inscription est obligatoire. La même obligation s'impose aux personnes
qui, après deux ans d'interruption, veulent à nouveau faire usage du
titre de psychothérapeute.
Sont dispensés de l'inscription sur la liste visée à l'alinéa
précédent les titulaires d'un diplôme de docteur en médecine, les
personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans des
conditions définies par l'article 44 de la loi portant diverses
dispositions d'ordre social n°85-772 du 25 juillet 1985 et des
psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs
associations.
Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret
en Conseil d'Etat. »
Après le retour au Sénat de l'amendement puis son examen en séances
publiques à l'Assemblée Nationale et au Sénat, il devient l'article 52
de la loi n°2004-806 du 9 août 2004 paru dans le Journal Officiel du
11 août 2004, page 14277, texte n°4.
Cet historique montre à quel point le texte du député Accoyer a subi
de nombreuses modifications devant la vigueur des réactions des
psychanalystes qui ont un poids certain dans la vie intellectuelle
française. Nous allons maintenant examiner le débat médiatique à ce
propos, dans lequel Elisabeth Roudinesco est intervenue au travers de
multiples formes, dont un livre, qui permettent de comprendre ses
positions et ses opinions.
2.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos de l'Amendement Accoyer
Paul Benkimoun, dans un article du journal Le Monde du 12 novembre
2003 qui s'interroge sur la réglementation de la pratique des
psychothérapies, met l'emphase sur l'inquiétude des psychanalystes à
propos de « l'évaluation » que devraient subir les non-médecins et les
non-psychologues qui exercent la psychothérapie depuis plus de cinq
ans à la promulgation de la loi et qui voudraient bénéficier du titre
de psychothérapeute. En effet, étant donné que tous les psychanalystes
ne sont pas diplômés en médecine ni même en psychologie, ceux-là
devraient passer devant un jury qui risquerait de leur interdire la
pratique des psychothérapies. Mais qui jugera et sur quels critères
que quelqu'un est apte à exercer en tant que psychothérapeute ? C'est
là la grande frayeur des psychanalystes dont certains rejettent
complètement le projet et d'autres l'acceptent sous certaines
conditions. C'est alors qu'Elisabeth Roudinesco propose de négocier
une représentation de toutes les écoles de psychanalyse dans le jury
proposé par Bernard Accoyer.
Toujours en réaction aux expertises des non-médecins et non-
psychologues proposée par l'amendement Accoyer, dans son intervention
au « Forum des psys » organisés par Jacques-Alain Miller le 15
novembre 2003, Elisabeth Roudinesco dénonce et appelle à la
mobilisation contre ce qu'elle qualifie « d'invasion barbare », c'est-
à-dire, le scientisme. Selon elle, « »on ne combat pas les dérives des
médecines parallèles - ni mêmes des psychothérapies - par des
expertises mais par la lutte intellectuelle d'une part et par de
bonnes lois de l'autre ». L'historienne de la psychanalyse pense
également que « le pouvoir de l'expertise [...] se retournera contre
ceux qui s'en croyaient protégés » et, de ce fait, craint des
divisions encore plus fortes au sein même de la psychanalyse.
La réponse que fait Patrice Van Den Reysen (professeur agrégé
d'éducation physique et sportive) à cette intervention est que, sur le
plan intellectuel, le monde occidental a connu bien des « invasions
barbares » et notamment celle de la psychanalyse qui n'a pas fini de
faire des ravages. En effet, selon lui, « la psychanalyse a réussi à
faire imposer le totem de la théorie de l'inconscient avec ses
tabous : les critiques dirigés contre lui ». Patrice Van Den Reysen
souligne la contradiction d'Elisabeth Roudinesco qui ne cesse
d'affirmer que la psychanalyse est une science et qui refuse des
expertises scientifiques sur son efficacité. Le professeur d'éducation
physique appelle ça de l'obscurantisme qui consiste à « vouloir
combattre et éradiquer la raison, et le rationalisme critique en
particulier ».
Dans son article Les faux-semblants de l'amendement Accoyer paru dans
Le Monde du 24 novembre 2003, Elisabeth Roudinesco maintient sa
position vis-à-vis de l'amendement qui, selon elle, ne permet en aucun
cas de préserver la population des charlatans et déclare qu'il n'y a
pas eu assez de discussion à propos de la loi proposée par le député
UMP Accoyer avec les principaux intéressés, c'est-à-dire, avec les
professionnels de la santé mentale.
Cet article a suscité plusieurs échanges entre l'historienne de la
psychanalyse et le Docteur Vasseur (Psychiatre, Psychanalyste) entre
le 25 novembre 2003 et le 5 décembre 2003. Dans sa première réponse du
25 novembre 2003, le Docteur Vasseur déplore la non-compréhension
d'Elisabeth Roudinesco à propos de « l'esprit » du texte du député en
reprécisant l'un des objectifs premiers de l'amendement qui est : «
appeler, comme exigence première à la pratique des psychothérapies,
l'acquisition par la théorie et par la clinique des connaissances en
psychopathologie ». A cela, Elisabeth Roudinesco répond qu'elle ne
comprend pas comment le Docteur Vasseur, lui-même psychanalyste, peut
être favorable aux expertises et ainsi s'opposer violemment à des
personnalités de la psychanalyse telles que Jacques-Alain Miller,
membre fondateur de l'Ecole de la cause freudienne, Jacques Sédat,
membre du conseil d'administration de l'association Espace Analytique
et Alain Fine, président de la Société psychanalytique à laquelle le
Docteur Vasseur appartient. Le docteur Vasseur répond qu'il réussit
tout à fait à concilier ses deux pratiques (psychiatre et
psychanalyste) sans se tromper de rôle lorsqu'une demande de soin lui
est faite, qu'elle soit médicale ou psychanalytique. Il explique
également que, pour lui, la psychiatrie ne serait pas ce qu'elle est
devenue aujourd'hui sans la psychanalyse. Enfin il précise que lui et
le député Accoyer ont décidé de passer par des actions de témoignages
scientifiques pour alerter le public et les politiques. Dans sa
dernière réponse, Elisabeth Roudinesco déplore le fait que la
psychiatrie soit devenue, à ses yeux, une « discipline sinistrée » car
« elle a rompu le pacte qui l'unissait à la psychanalyse [...] en se
soumettant aux classifications du DSM [2]... ». Enfin, elle termine en
désapprouvant le côté « pensée unique » que manifeste, selon elle, le
Docteur Vasseur.
Le 12 décembre 2003, le ministre de la santé de l'époque (M. JF
Mattei) reçoit les représentants des associations psychanalytiques,
dont Elisabeth Roudinesco, qui demandent le retrait de l'amendement
Accoyer. Cette rencontre a abouti à un verbatim, rédigé par Elisabeth
Roudinesco le lendemain de la réunion à partir des notes prises sur
place. Ce texte se présente sous la forme d'un dialogue dans lequel
les propos tenus par chacun sont retranscrits. Il en ressort que le
ministre de la santé propose le retrait de la psychanalyse du champ
d'application d'un amendement en échange d'une remise d'un annuaire
commun des analystes qui ferait passer la psychanalyse sous le
contrôle d'un Ministère. Cette proposition est loin de convenir à
Elisabeth Roudinesco et c'est ce qu'elle explique dans une interview
du journal Libération. Selon elle, « un annuaire commun n'est pas une
bonne idée » et si cette proposition était acceptée, alors « ce serait
un aveu de faiblesse et le signe d'une sorte de faillite de la
réflexion intellectuelle des psychanalystes ». Mais, un article de
Libération du 20 décembre 2003 met en exergue une « querelle de psys
autour d'un annuaire ». En effet, de nombreux psychanalystes ne sont
pas d'accord avec les propos d'Elisabeth Roudinesco publiés dans
l'article précédent. Elle y affirmait que la majorité des sociétés
analytiques avait donné leur accord au ministre pour la création d'un
annuaire commun (de tous les analystes) remis officiellement aux
pouvoirs publics. Or, Jacques Sédat, lui-même psychanalyste, déclare
dans un communiqué que cet annuaire serait à la disposition du public.
Dans un article de Libération du 13 janvier 2004, le journaliste Eric
Favereau fait le bilan de la mobilisation des « psys » contre
l'amendement Accoyer en reprécisant la position d'Elisabeth Roudinesco
qui dénonce une société d'évaluation et d'expertises. En effet, elle
déclare lors d'une interview du journal Le Point que cet amendement
est inefficace et « inapplicable ». Selon elle, il donne trop de
pouvoir aux psychiatres et ainsi, aux médicaments et aux experts. Elle
craint « une société de plus en plus standardisée...et psychiatrisée »
et pense que cette loi souligne la confusion entre trouble mental et
souffrance psychique.
Enfin, dans un article du journal Le Monde de juillet 2005, alors que
les décrets d'application du dispositif réglementant la profession
adopté en 2004 sont en préparation et se concentrent sur la formation
des futurs psychothérapeutes, Elisabeth Roudineco estime qu'« il
s'agit de bannir la psychanalyse des formations de psychopathologie »
et que « ce projet revient à créer un corps de fonctionnaires chargés
du contrôle du psychisme des individus ».
2.3 : Le pamphlet d'Elisabeth Roudinesco
2.3.1 : Le patient, le thérapeute et l'Etat (2004)
Le pamphlet d'Elisabeth Roudinesco, intitulé : Le patient, le
thérapeute et l'Etat (2004) fait suite à l'adoption de la réécriture
par JF. Mattei et F. Giraud de l'amendement Accoyer devenu amendement
363 de About-Mattei (dont nous avons parlé précédemment) et au rapport
de l'Inserm [3] dont nous parlerons dans la troisième partie de ce
travail.
Elle y annonce clairement, dès le début, sa position : l'Etat n'a pas
à se mêler de « qui fait quoi » dans la psychanalyse ; la
psychanalyse, quelle qu'elle soit, n'a pas de compte à rendre à
l'Etat. En disant cela, il est évident qu'Elisabeth Roudinesco décide,
au travers de ce livre, d'ouvrir un véritable règlement de comptes
avec l'Etat et les psychanalystes qui ont accepté de remettre à l'Etat
un annuaire commun de tous les analystes.
Elle rappelle que Freud lui-même considérait la psychanalyse comme un
système de pensée et comme un art plutôt que comme une psychothérapie.
Ainsi, la psychanalyse n'a pas pour but de guérir et se justifie
d'elle-même. On comprend alors pourquoi Elisabeth Roudinesco est
fermement opposée aux listes des membres que les sociétés
psychanalytiques doivent régulièrement présenter, tout comme les
médecins et les psychologues doivent présenter leur diplôme pour
bénéficier du titre de psychothérapeute. En effet, le titre de
psychothérapeute étant réglementé, cela implique que les
psychothérapies, quelle qu'elles soient, sont soumises à l'évaluation
de leur efficacité. C'est ainsi que l'auteur consacre tout un chapitre
intitulé : Mirage de l'expertise dans lequel elle condamne fermement
le rapport de l'Inserm. Elle déclare que les évaluateurs de l'Inserm
(ces « experts ») sont inaptes à juger les psychothérapeutes car ils
ne savent pas à qui ils ont affaire. De plus, l'historienne de la
psychanalyse remet en cause l'objectivité des évaluateurs du fait
qu'ils sont eux-mêmes des adeptes des thérapies cognitives et
comportementales (TCC) [4] qu'elle définit comme « un mélange de
méthode Coué, de dressage des corps, de technique de persuasion et de
conditionnement conscient ». Elle ajoute que « ces adeptes du
comportementalisme expertisent des hommes et des femmes en les
traitant comme on traitait autrefois des rats de laboratoire ». Elle
conclut en disant que les théories du conditionnement (sur lesquelles
se basent les TCC) ne sont inspirées que par la négation radicale de
toutes les formes de liberté. De toute évidence, Elisabeth Roudinesco
se positionne en tant que défenseur de la liberté des patients.
Cependant, le patient ne doit-il pas savoir, justement, à qui il a
affaire avant de choisir librement le thérapeute qu'il estime capable
de l'aider ?
2.3.2 : Les retombées de son livre dans la presse française
Dans un article de Libération de mai 2004, le journaliste Eric
Favereau décrit Elisabeth Roudinesco comme le repère dans « la planète
compliquée de la psychanalyse ». Il la définit comme étant une femme
d'influence avec un très fort tempérament et qui montre librement ses
avis. Son livre est ressenti tel un « coup de colère ». L'historienne
de la psychanalyse pense que la loi proposée n'est pas la bonne et
qu'il s'agit d'une abdication des libertés. Egalement, elle y dénonce
le fait que « les psychanalystes ont déserté les débats, leurs
sociétés sont devenues des corporations ».
Quant à l'article du journal L'Humanité du 24 mai 2004, il décrit le
livre de la psychanalyste comme « un combat » contre la dérive
scientiste de la psychanalyse. Le journaliste y expose le point de vue
de l'auteur selon lequel l'amendement Accoyer « s'identifie bien plus
à une mise au pas qu'à une réflexion sereine, collective et nécessaire
sur la situation contemporaine des thérapies de l'âme et le statut du
sujet qu'elles dessinent ».
Dans l'interview qui suit cet article, Elisabeth Roudinesco reproche
aux psychanalystes d'accepter l'intrusion de l'Etat dans leur
discipline au travers des expertises. En effet, selon elle, on ne peut
pas expertiser le psychisme comme on évalue un médicament : « [...]
l'histoire de chacun est toujours autre chose que les recettes
chimiques [...] ». Elle leur reproche également « d'avoir engagé le
dialogue avec leurs ennemis alors qu'ils croyaient dialoguer avec la
science ». Or, d'après l'historienne, la scientificité de la
psychanalyse n'a pas de sens, la cure par la parole n'étant pas une
science exacte. Seule une analyse sociologique pourrait apporter une
certaine validité à cette cure. Elisabeth Roudinesco termine cette
interview par un appel à « un sursaut collectif de réflexion et
d'analyse » le but étant de « sauver la liberté et la puissance
émancipatrice de la psychanalyse ».
Le Monde du 10 juillet 2004 publie un article dont le titre résume en
une phrase le contenu du livre de la psychanalyste : Elisabeth
Roudinesco pourfend les « donneurs d'annuaires ».
La parution de ce livre a également suscité de vives réactions sur
Internet, notamment de la part d'un certain Loïc Talmon qui a écrit,
en Août 2004, un article intitulé : Les patients, Roudinesco et l'étau
(psychanalytique). Dans ce texte, Talmon (qui possède une formation
académique en psychologie) présente le livre de l'historienne comme
une récidive en référence à un autre livre de Roudinesco : Pourquoi la
psychanalyse ? (1999). Il y dénonce « cette mauvaise foi qu'on ne lui
connaît que trop » qui lui permet de défendre « ce champ de ruines que
constitue désormais l'invention freudienne » et la contradiction
permanente de l'auteur. Pour cela, il reprend point par point les
arguments avancés par Roudinesco dans son livre et démontre qu'ils
n'ont pas de sens. Cela part du rapport de l'Inserm sur l'évaluation
des psychothérapies qui auraient été produites uniquement par des
thérapeutes favorables aux TCC en passant par le nazisme enfoui des
anti-freudiens...
Selon Talmon, dans ce livre, « notre chère psychanalyste ne dissimule
plus les véritables enjeux : il s'agit d'une lutte de pouvoir [...] »
et « Elisabeth Roudinesco ne recule devant aucun procédé rhétorique
pour discréditer ses "ennemis" et rehausser d'autant la psychanalyse
aux yeux du public ».
Jamais un article de loi n'a suscité de telles réactions dans l'un des
derniers pays les plus freudiens au monde. Les uns, alertés par les
associations de victimes, accueillent à bras ouverts cette mesure qui
vise à encadrer une profession envahie par le « charlatanisme ». Les
autres, plus nombreux, s'insurgent : l'écoute ne se réglemente pas !
Comme nous avons pu le voir, face à la pression exercée par les
psychanalystes, Bernard Accoyer a rectifié le tir et promis de les
épargner : par leur histoire et leur organisation en écoles, ils
méritent une place à part. La psychanalyse a réussi, une fois de plus,
à tirer son épingle du jeu. Cependant, les membres de ce courant sont
loin d'être tous en accord avec le compromis qui a été adopté.
Au début de l'année 2006, des discussions ont été entamées avec
diverses associations représentant des professionnels de la santé
mentale (psychologues, psychiatres, psychanalystes...) à propos de
l'avant-projet de décret d'application de l'amendement. Le ministère
de la santé a décidé que tous les professionnels, y compris les
psychanalystes, souhaitant bénéficier du titre de psychothérapeute
devront se soumettre à une nouvelle formation sanctionnée par un
diplôme de niveau Master, validé par l'Université. Le but de cette
formation est de permettre aux futurs psychothérapeutes d'acquérir «
une connaissance de la diversité des théories se rapportant à la
psychopathologie et une connaissance des quatre principales approches
de psychothérapie validées scientifiquement (analytique, systémique,
cognitivo-comportementaliste, intégrative) ».
Les réactions de l'historienne de la psychanalyse, face à ce projet,
ne se sont pas fait attendre : cette dernière refuse l'enseignement de
la psychanalyse (qui « ne s'est jamais définie comme une science ») à
l'Université. Son objectif est clair : préserver la psychanalyse de
tout contrôle de l'Etat afin de maintenir le pouvoir du courant
freudien sur la France.
Au moment où nous écrivons ces lignes, cet avant-projet est déjà
désuet, d'autres ont été proposés et la question n'est toujours pas
réglée ! Affaire à suivre...
Publié par vdrpatrice à 13:23:32 dans Résistances... | Commentaires
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Elisabeth Roudinesco....(Suite). | 20 août 2009
3. Elisabeth Roudinesco et le rapport de l'Inserm
3.1. Inserm, expertise collective. Psychothérapies : trois approches
évaluées (2004) [5]
Suite au plan de santé mentale mis en place en 2001 par le ministère
de la santé, l'Inserm s'est vu adresser la demande conjointe par la
direction générale de la Santé (DGS) et deux associations de
patients : l'UNAFAM (union nationale des amis et des familles de
malades psychiques) et la FNAP-psy (fédération nationale des
associations de patients et ex-patients de psychiatrie) d'une
expertise collective visant à évaluer l'efficacité des psychothérapies
utilisées dans le secteur de soins français.
De fait, la présente expertise dresse un bilan selon les données
disponibles parmi la littérature internationale concernant trois
approches psychothérapeutiques à savoir : les approches
psychodynamique, cognitivo-comportementale, familiale et de couple,
approches auxquelles les professionnels intéressés ont largement
recours pour traiter les troubles mentaux de l'adulte, de l'adolescent
et de l'enfant.
Le travail des experts de l'Inserm s'est organisé autour de trois axes
principaux qui constituent les données générales sur l'évaluation de
l'efficacité thérapeutique : la définition, les aspects
méthodologiques et l'évaluation de chacune des approches ainsi qu'un
bilan faisant intervenir études comparatives et études d'évaluation
par la pathologie.
Face au dogme d'« inévaluabilité scientifique » des psychothérapies
persistant en France (qui constitue « l'exception qui confirme la
règle »), la publication le 26 février 2004 de l'expertise collective
de l'Inserm a soulevé bien des critiques. Qui plus est, les résultats
qu'elle a mis en avant sont loin d'être ceux qui vont dans le sens de
l'opinion de nombreux praticiens et de celui de l'opinion publique. En
effet, si la psychanalyse a un poids très fort dans le système
psychothérapeutique français, elle n'en fournit pas moins de mauvais
résultats en termes d'efficacité : 16 troubles ont été examinés dans
le rapport de l'Inserm et pour 15 d'entre eux, ce sont les thérapies
cognitivo-comportementales (« bête noire » de la psychanalyse) qui
sont apparues comme étant le mode psychothérapeutique le plus
efficace.
Par conséquent, une large polémique, confrontant les opposants et les
défenseurs des TCC, s'est ouverte dans les médias et notamment dans la
presse. Si, pour les défenseurs, les résultats ne font que rendre
compte d'une réalité clinique souvent méconnue, leurs opposants
argumentent leur rejet par le manque de rigueur estimé quant aux
critères déterminant l'efficacité d'une thérapie ou par le manque de
données scientifiques concernant les résultats de la psychanalyse en
clinique française.
Quant à Elisabeth Roudinesco, elle est évidemment très hostile à ce
rapport et nous allons voir quel est son point de vue à travers ses
interventions médiatiques.
3.2 : Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos du rapport de l'Inserm
Dans un article de L'Humanité du 13 janvier 2004, avant même la
parution du rapport de l'Inserm, Elisabeth Roudinesco publie un
article intitulé La psychanalyse, la santé, l'expertise dans lequel
elle s'oppose clairement à « cette politique hygiéniste » que le
gouvernement a mise en place. Elle rejette le scientisme, l'évaluation
et l'expertise. Selon elle, « la psychanalyse est attaquée partout
dans le monde par les neurosciences et le comportementalisme ("les
piliers de ce sombre hygiénisme") et par les psychanalystes eux-mêmes
qui sont parfois complices d'une volonté d'auto-anéantissement parce
qu'elle représente [...] l'une des formes les plus modernes de
résistance à la pratique de l'expertise, du contrôle et de
l'évaluation ».
Cet article nous donne un avant-goût de la manière dont va être
accueilli le rapport de l'Inserm par l'historienne de la
psychanalyse...
Lors d'une interview, disponible sur le site de la Cité des Sciences,
l'avis de Roudinesco est sans surprise. Celle-ci remet en cause le
fait que les évaluations du dit rapport ont été réalisées par des
adeptes des TCC, ce qui aurait orienté les conclusions en faveur de
ces thérapies. Par ailleurs, ce rapport n'a pas de sens étant donné
que, pour elle, « on ne peut pas tester le psychisme comme on teste
une substance dans un médicament ». Le psychisme fait partie de ces «
choses qui, dans la vie, ne peuvent pas être expertisées ». Enfin, en
tant que bonne historienne, elle rapporte les faits d'une « guerre »
menée par l'amendement Accoyer et le rapport de l'Inserm contre le
courant freudien qui résiste en héros et que, bientôt, l'homme devra
remercier pour ne pas l'avoir laissé se faire réduire à « la somme de
ses comportements ».
Cette interview a suscité une vive réaction de la part d'Annie Gruyer,
présidente de Médiagora Paris [6], qui définit cette interview comme «
un tissu de haine, de prétention, d'ignorance, de mépris tant pour les
autres approches thérapeutiques (que la sienne) que (plus grave
encore) pour les personnes en souffrance (les patients) », les
patients qui sont considérés par Madame Roudinesco comme, je cite : «
des rats de laboratoire » (rien que ça...). Par la suite, Mme Gruyer
prend le soin de justifier cette définition en dénonçant, dans un
premier temps, une « désinformation » dont nous avons déjà parlé
précédemment et qui concerne l'appartenance des experts de l'Inserm à
tous les courants en faisant référence à Jean-Michel Thurin,
psychiatre-psychanalyste. Puis elle pose la question de «
l'évaluabilité » des thérapies qui est infaisable d'après Elisabeth
Roudinesco mais qui, pourtant, se pratique chez « nos voisin anglo-
saxons » et sert de garantie aux premiers concernés mais trop souvent
négligés : les patients. C'est sur ce point qu'Annie Gruyer insiste en
parlant en tant que patiente ayant le droit légitime d'exiger le
maximum d'informations sur toutes les formes de thérapies disponibles.
A ce propos, elle joint une lettre ouverte qu'elle a elle-même rédigée
et qui est destinée à tous les psychothérapeutes (psychiatres,
psychologues, psychanalystes, cognitivo-comportementalistes). Le
message y est clair : les patients ont un « droit de savoir » que tout
thérapeute doit respecter !
Puis, alors qu'on n'entendait plus parler du rapport de l'Inserm
depuis un moment, le ministre des solidarités, de la santé et de la
famille de l'époque : M. Philippe Douste-Blazy a relancé le débat.
Le 5 février 2005 se tenait à Paris, à la Maison de la Mutualité, le
septième Forum des psys, organisé notamment par Jacques-Alain Miller,
gendre du psychanalyste Lacan, qui a invité M. Douste-Blazy. Face à la
réticence des psychanalystes vis-à-vis du rapport de l'Inserm, le
Ministre a profité de ce forum pour y annoncer le retrait du site
officiel du ministère dudit rapport. Cette décision sonne comme une
victoire pour les psychanalystes qui ne tardent pas à l'annoncer au
grand public. C'est le cas d'Elisabeth Roudinesco qui publie également
un article dans le journal Le Monde du 15 février 2005 intitulé La fin
d'une évaluation dans lequel elle félicite M. Douste-Blazy d'avoir
rendu un tel hommage à Freud lors du forum. Elle rappelle également
que « le psychisme qui caractérise tout sujet échappe à de telles
évaluations » sous-entendu, les évaluations du rapport.
Cet article lui a valu une réponse Internet de Loïc Talmon qui se
livre à une véritable analyse du « vibrant hommage » qu'Elisabeth
Roudinesco rend « à notre cher Ministre » dans son article en y
dénonçant une « propagande tapageuse des fantômes psychanalytiques qui
hantaient les médias français ». Il nous dévoile ainsi la recette
utilisée par l'historienne de la psychanalyse « qui donne au final un
plat qui se mange froid et sent bon la vengeance différée ». Le
premier « ingrédient » est alors « l'argument carbonisé de
l'antisémitisme » (sous-entendu, que celui qui est contre la
psychanalyse est un « nazi qui s'ignore »). Le deuxième ingrédient est
« la désinformation » (tout ce que dit Elisabeth Roudinesco à propos
des TCC dans son article n'est que caricature). Enfin, dernier
ingrédient : « la politisation du débat » (l'amendement Accoyer
provient « d'une politique réactionnaire » et le rapport de l'Inserm «
d'un groupe néo-nazi »). Loïc Talmon souligne également, et à juste
titre, que la psychanalyste exclut complètement les patients du débat,
patients qui sont pour une évaluation des psychothérapies, ce qui va
de soi ...
Dans une interview menée par Philippe Grauer, responsable du SNPPsy
[7], Elisabeth Roudinesco parle du geste du ministre comme d'« une
victoire de la raison contre l'obscurantisme et de l'intelligence
contre la sottise ». Il faut bien sûr entendre par « raison et
intelligence » la discipline reine qu'est la psychanalyse et par «
obscurantisme et sottise » le milieu scientifique de l'expertise et de
l'évaluation que l'historienne rejette en bloc. Mais cette victoire ne
suffit pas, dit-elle, le prochain objectif étant d'obtenir
l'abrogation de l'amendement Accoyer qui est « inapplicable » et «
contradictoire ».
Quand la vérité éclate au grand jour et que celle-ci ose aller à
l'encontre de la discipline reine qu'est la psychanalyse, tous les
moyens sont bons pour garder la face ; et, cela, Elisabeth Roudinesco
le sait bien. Elle qui se comporte comme la défenderesse du mouvement
freudien, elle réussit, une fois de plus, à nous faire une détestable
démonstration de manipulation sur les médias et sur les pouvoirs
publics français entremêlée d'une certaine mauvaise foi ...et ça
marche !
Le coup de grâce : la décision de retrait du site du ministère du
fameux rapport de l'Inserm par M. Douste-Blazy dont Elisabeth
Roudinesco se vante d'en avoir été informée par ce dernier bien avant
que tout ceci ne soit officiel. Et comme si cela ne suffisait pas, dès
qu'elle en a l'occasion, Roudinesco souligne le courage de M. le
Ministre, histoire de le caresser un peu plus dans le sens du poil...
Seulement, l'Inserm et la Direction générale de la santé prennent très
mal la décision du ministre. L'Inserm, organisme public, se dit
scandalisé. La direction de la santé, quant à elle, dénonce un pays
totalitaire.
Heureusement que certains voient clair dans le petit jeu sournois de
l'historienne et qu'ils considèrent que « dénoncer les manigances
d'une fausse prophétesse constitue une action d'utilité publique
» (Talmon, op. cit.).
4. Elisabeth Roudinesco et l'affaire Bénesteau.
4.1 : Le livre de Jacques Bénesteau : Mensonges freudiens
Jacques Bénesteau est psychologue clinicien, formé aux Universités de
Nice, Paris V et Aix-en-Provence. Après vingt-six années de carrière
en pédopsychiatrie, il pratique désormais au sein du Service de
Neuropédiatrie du C.H.U de Toulouse et est, depuis 1974, chargé
d'enseignement à l'Institut de Formation en Psychomotricité de la
Faculté de Médecine de Toulouse-Rangueil.
En 2002, il publie Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation
séculaire aux éditions Mardaga qui est un véritable pavé jeté dans la
mare freudienne. L'importante documentation, constituée de plus de 730
éléments de référence, sur laquelle s'appuient les arguments de ce
livre, lui donne une incontestable valeur objective. C'est un travail
de recherche colossal et qui impose le respect tant pour sa
pertinence, sa rigueur, sa précision que pour la clarté de l'exposé.
Mais à quoi donc aboutit cette enquête ?
Comme le titre de l'ouvrage le laisse présager, ce livre nous démontre
à quel point Freud, le père de la psychanalyse, était indiscutablement
un charlatan qui n'avait aucun scrupule à manipuler ses patients, à
les exploiter au mépris de leurs réelles souffrances pour pouvoir
fabriquer les fausses vérités nécessaires à la construction de son
propre mythe et à la cause de la psychanalyse.
Le lecteur découvre ainsi comment la théorie de l'inconscient se
révèle n'être qu'une véritable escroquerie montée de toutes pièces par
un homme avide de reconnaissance et d'argent.
Mais, dans un pays comme la France, où la théorie freudienne reste
prégnante dans le milieu de la santé mentale, la parution de ce livre
a connu bien des déboires comme nous le fait remarquer François Aubral
[8] dans un article paru dans le numéro 5 de Seine et Danube.
En effet, François Aubral nous apprend, de source sure, que quatorze
éditeurs français qui ont lu le manuscrit de Bénesteau n'ont pas
souhaité le publier. De plus, après sa parution chez nos voisins
Belges dans la courageuse collection dirigée par Marc Richelle [9]
chez l'éditeur Mardaga, « personne n'a daigné en France faire l'écho à
ce livre dans les feuilles littéraires de la grande presse dont c'est
le métier ! ». Il y a là selon l'auteur de cet article « un vrai
problème qui mérite réflexion ». Tout est mis en œuvre pour passer
sous silence tous ceux qui osent s'en prendre à la théorie freudienne.
A ce propos, François Aubral revendique le fait que « même en matière
de psychanalyse, le droit de penser, de critiquer et de philosopher
par soi et pour soi appartient à tout honnête homme [...]. La France
n'a aucune raison de mépriser ce droit » tout en précisant que «
presque partout ailleurs dans le monde, elle [la psychanalyse] a pour
ainsi dire disparu ou est en voie de disparition ». Mais ce droit est
difficilement applicable étant donné le véritable « embargo sur
archives », exercé par les membres restant de la famille du médecin
viennois et de ses disciples, qui laisse planer le doute quant à la
validité de la théorie psychanalytique.
Malgré tout, en mars 2003, l'œuvre de Bénesteau reçoit le premier prix
de la Société Française d'Histoire de la Médecine (SFHM) à
l'unanimité. Mais, encore une fois, la grande presse littéraire n'en
dit mot, ce qui n'est pas le cas de notre chère historienne de la
psychanalyse qui profite de l'occasion pour se faire entendre.
4.2 : Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos du livre de Jacques Bénesteau
D'après l'article de François Aubral, suite à la récompense décernée
par la SFHM à Bénesteau pour son livre Mensonge Freudien, Roudinesco,
qui fait partie de cette société, a adressé une lettre [10] au Docteur
Alain Ségal, président de ladite société, dans laquelle elle fait part
de sa stupéfaction. D'après François Aubral, elle y ferait également
un amalgame entre l'« épouvantable » auteur d'un best-seller [11] et
Bénesteau, ce que François Aubral excuse en considérant qu'il s'agit
certainement d'« un mouvement de colère acceptable » de la part de
l'historienne.
Mais le professeur de philosophie va vite s'apercevoir qu'il ne s'agit
pas d'un simple coup de colère avec la parution d'un article de
Roudinesco dans la revue Les Temps Modernes sous le titre « Le Club de
l'Horloge et la psychanalyse : chronique d'un antisémitisme masqué ».
Dans cet article, Elisabeth Roudinesco explique clairement qu'elle a
écrit à Alain Ségal parce qu'il était de son devoir de demander des
comptes aux membres du jury de la SFHM pour avoir décerné le premier
prix au livre de Jacques Bénesteau (ce même premier prix qui lui avait
été remis pour un de ses livres auparavant). Après avoir soi-disant
démonté point par point les principaux arguments avancés par Bénesteau
(cet « adepte du courant cognitivo-comportemental »), elle décrit
l'ouvrage de ce dernier comme un mélange de « démarche scientiste » et
de « rhétorique d'inspiration antisémite et négationniste ». Je cite :
« L'ouvrage de Bénesteau n'est donc rien d'autre que l'expression
masquée d'un retour du refoulé d'une certaine France chauvine et
réactionnaire qui, durant l'entre-deux-guerres, appelait "science
boche" la doctrine inventée par Freud, laquelle deviendra ensuite,
dans le discours nazi, "une science juive", et enfin, dans le contexte
d'aujourd'hui, une fausse science propageant des complots bolcheviks
».
Enfin, elle termine son article en pointant du doigt les «
spécialistes du domaine psychiatro-psychologique » qui ont fait
l'éloge de l'œuvre de Bénesteau, ceux-là qui ne méritent pas, selon
elle, le titre de « scientifique » « qu'ils s'octroient ».
Cet article, d'après François Aubral, est « hallucinant, haineux et
rigoureusement faux » et ce dernier finit par s'adresser directement à
Elisabeth Roudinesco : « Mais que vous arrive-t-il Madame ? A-t-on le
droit de critiquer Freud et la psychanalyse sans se voir immédiatement
marqué du sceau de l'infamie sans le moindre argument ? Vous maniez à
tout va les amalgames, à mes yeux les plus délirants, pour salir
Bénesteau que vous n'avez probablement pas les moyens intellectuels de
critiquer à la loyale ». Aubral dénonce, dans l'article de Roudinesco,
« un très affreux montage » (des citations prêtées à Bénesteau qui
n'existent pas, des « résumés frauduleux », ajout de petits mots qui
font la différence...) et félicite avec ironie le « courage » de
l'historienne pour avoir utilisé ces moyens plus qu'inadmissibles mais
dont Bénesteau nous avait prévenu !
François Aubral n'est pas le seul à avoir décortiqué les méthodes plus
que douteuses d'Elisabeth Roudinesco pour discréditer le contenu de
l'ouvrage de Bénesteau. Patrice Van den Reysen en a fait autant et son
analyse détaillée qu'il rend disponible dans son article rejoint celle
du Professeur Aubral : « [...] Madame Roudinesco crée de toutes pièces
des phrases qui ne se trouvent pas dans le livre de Jacques Bénesteau
ainsi que des montages argumentaires et des mots qui permettent de lui
attribuer des démonstrations ou des affirmations qu'il ne fait pas ».
Dans son article, Patrice Van den Reysen souligne, dans un premier
temps, le pouvoir de « Madame Roudinesco et consort » sur les médias
et les politiques de notre pays, utilisé pour contrer toutes les
critiques faites au freudisme. Il explique également que quoi que l'on
dise ou fasse, les psychanalystes ont toujours le dernier mot grâce à
leurs interprétations abusives. Pour cela, il nous fait une jolie
démonstration en prenant l'exemple du fameux argument d'antisémitisme
que voici : « [...] être contre la psychanalyse et le freudisme, c'est
être contre la "science juive", donc être un antisémite. Et si votre
antisémitisme reste impossible à prouver par les faits, c'est donc
qu'il est inconscient et qu'il avance masqué, comme le prétend Madame
Roudinesco. Mais dans ce cas, comment réfuter une telle accusation ?
Car selon les freudiens, si je refuse une interprétation par la
causalité inconsciente, c'est que je résiste à la théorie, et toute
résistance est assimilée comme une confirmation de la théorie par les
freudiens ! »
Enfin, Patrice Van den Reysen termine son article en faisant allusion
au procès en diffamation qu'ont intenté Jacques Bénesteau et le Club
de l'Horloge à Elisabeth Roudinesco ; ce procès dont s'est emparée la
presse qui, une fois de plus, plaide en faveur de la psychanalyse.
Le 14 avril 2005, L'Humanité publie un article qui prend clairement
parti pour Elisabeth Roudinesco en intervertissant complètement les
rôles. Tout d'abord son titre, qui met en avant l'historienne de la
psychanalyse : Roudinesco face à la droite extrême, donne l'impression
que c'est cette dernière qui attaque en justice Bénesteau ; or, il
s'agit bien du contraire. De plus, le journaliste commence son article
en posant une question (« Les penseurs de la droite extrême
supporteraient-ils mal la critique ? ») dont le sujet du verbe
(faisons un peu de grammaire) semble quelque peu inapproprié. En
effet, comme nous avons pu le voir dans les deux brillants articles de
Aubral et Van den Reysen, ne serait-ce pas plutôt la psychanalyste qui
supporterait mal la critique de son courant de pensée ? Cet article ne
fait que rapporter les faits d'un seul point de vue : celui de la
psychanalyse.
A la même date, Libération publie un article un peu plus long sur
l'affaire et toujours en faveur d'Elisabeth Roudinesco. Selon le
journaliste, cette affaire « s'inscrit dans le contexte d'une montée
en puissance de la critique de la psychanalyse » en faisant référence
au rapport de l'Inserm sur l'évaluation des psychothérapies. Comme
dans l'article précédent, celui-ci expose les faits du seul point de
vue psychanalytique.
Le 16 avril 2005, le même journal raconte le procès entre l'auteur de
Mensonges freudiens et le président du Club de l'horloge, d'un côté,
et l'historienne de la psychanalyse, de l'autre (alors que les deux
affaires étaient parfaitement distinctes au début et ont été
volontairement réunies par la suite) en décrivant les stratégies
employées par chacun des partis pour se défendre. L'auteur de cet
article ne peut tout de même pas s'empêcher de faire une pointe
d'humour noir à la mode « psychanalyse » en déclarant que de Lesquen
(président du Club de l'horloge) a « (re)découvert » l'existence de
l'inconscient avec un « lapsus » qu'il aurait commis à deux reprises :
celui de dire « Madame Bénesteau » au lieu de « Madame Roudinesco ».
Enfin, le journaliste n'oublie pas de laisser sous-entendre, à la fin
de son article, qu'Elisabeth Roudinesco semble bien partie pour gagner
ce procès.
Toujours le 16 avril 2005, le journal Le Monde publie un article dont
le contenu est sensiblement le même que le précédent et renvoie le
lecteur au verdict qui sera prononcé le 2 juin 2005. De même pour
l'article du 18 avril 2005 du journal L'Humanité.
Au lendemain du jugement, les quotidiens L'Humanité, Libération et Le
Monde publient le résultat du fameux procès. Roudinesco obtient la
relaxe, Roudinesco-Club de l'horloge, 1-0 ou encore Le Club de
l'horloge perd son procès contre l'historienne Elisabeth Roudinesco,
bref, le lecteur l'aura compris : la psychanalyste a gagné le procès
qui lui avait été intenté. En fait, les juges ont estimé que, sur la
forme, la procédure engagée par Jacques Bénesteau était juridiquement
nulle, les propos n'étant pas suffisamment précisés ; ils n'ont donc
pas pu se prononcer sur le fond. Pour ce qui est du Club de l'horloge,
le tribunal a fini par considérer qu'Elisabeth Roudinesco, en
procédant à une analyse critique des modes de pensée et positions de
l'association, « n'a pas dépassé les limites autorisées du droit de
libre critique dans le cadre d'un débat d'idées ». Evidemment,
l'historienne de la psychanalyse s'est dite « très heureuse » de la
décision du tribunal en déclarant que c'était le droit de l'historien
qui avait été démontré, et s'est répandue dans les médias en clamant
qu'elle avait accusé Bénesteau d'antisémitisme, que celui-ci lui avait
intenté un procès en diffamation et qu'il ne l'avait pas gagné (sous
entendu : il l'avait perdu, il n'y avait pas eu de diffamation de sa
part à elle, il était donc bel et bien antisémite). Le lecteur
appréciera l'élégance du procédé.
Ce verdict a suscité la réaction « Internet » de Loïc Talmon qui
dénonce la « grande presse française » pour avoir « sournoisement mêlé
les deux affaires (Bénesteau et Club de l'horloge) pour la bonne
cause... freudienne ». Il dénonce également cette « tradition » qui
remonte au père de la psychanalyse et qui consiste en l'utilisation
abusive de l'argument de l'antisémitisme par les psychanalystes «
lorsqu'ils sont acculés par les faits ». Dans cet article Loïc Talmon
nous fait part de son total désaccord avec la décision du tribunal car
pour lui : « [...] accuser quelqu'un d'antisémitisme sans l'ombre
d'une preuve plus convaincante qu'un préfacier revêtu de la 'mauvaise'
couleur politique ou que des montages de textes éhontés, relève bel et
bien de la diffamation pure et simple ». Pour appuyer son point de
vue, il nous rappelle l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881
relative à la diffamation par voie de presse.
Ces faits ont également été rapportés par Marie-Jeanne Marti (2006)
dans un ouvrage qui dénonce certains abus de la « nébuleuse "Psy"
française» : Les marchands d'illusions (éd. Mardaga).
Une fois de plus, la psychanalyse obtient gain de cause grâce au
pouvoir de persuasion d'Elisabeth Roudinesco qui continue à séduire
les médias et qui est parvenue à séduire la justice française...
Publié par vdrpatrice à 13:20:23 dans Résistances... | Commentaires
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Elisabeth Roudinesco... (Fin) | 20 août 2009
5. Elisabeth Roudinesco
et Le Livre noir de la psychanalyse.
5.1. Le livre noir de la psychanalyse
Le livre noir de la psychanalyse est un ouvrage qui a été co-écrit par
près de quarante auteurs (historiens, philosophes, psychiatres...)
spécialistes du freudisme et de la psychanalyse. On y découvre les
thèses des érudits anglo-saxons de Freud, jusque-là pratiquement
inconnues du grand public, mais également des témoignages de personnes
ayant vécu la psychanalyse douloureusement. Le bilan de la
psychanalyse que ce livre dresse est accablant. On y trouve les
principales approches critiques de la psychanalyse : épistémologique,
historiographique et thérapeutique. Il est à noter que certains
articles réalisent une interaction entre les trois approches en
montrant comment des preuves historiques établies à partir de
documents d'archives permettent d'avoir une vue très précise sur les «
méthodes de découverte et d'investigation de Freud » et d'en déduire
que les conséquences thérapeutiques de ses théories sont bien
différentes des prétendus succès éclatants qu'il n'a cessé de vanter
tout au long de sa carrière.
A la lecture de ce livre, on se rend compte qu'on est en présence de
récits rigoureux solidement étayés par des démonstrations et des
preuves vérifiables.
Compte tenu du caractère synthétique des thèses développées dans Le
livre noir et du langage simple et clair employé par ses auteurs, on
peut considérer qu'il constitue une excellente invitation à se
documenter plus en profondeur en découvrant les ouvrages de référence
écrits des auteurs.
Le livre noir de la psychanalyse avec les Mensonges freudiens de
Jacques Bénesteau offrent désormais au grand public français ce qu'il
n'est plus permis d'ignorer sur Freud et sa théorie.
Contrairement à l'ouvrage de Jacques Bénesteau, Le livre noir de la
psychanalyse n'est pas passé inaperçu dans les médias français, mais,
tout comme Mensonges Freudiens, il a suscité moult réactions de la
part des psychanalystes. Comme toujours, Madame Elisabeth Roudinesco
n'a pas manqué d'occuper le devant de la scène, marquant ses
interventions avec la méthode désormais reconnaissable par tous et qui
constitue sa marque déposée.
5.2 : Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de
celle-ci dans les médias à propos du Livre noir de la psychanalyse
Avant même la parution du livre noir (eh oui, c'est possible !),
Elisabeth Roudinesco publie une longue note de lecture pour
information à propos du livre, datée du 29 août 2005, qu'elle rend
disponible sur Internet.
Dans la première partie de ce texte, l'historienne de la psychanalyse
décrit le contenu de l'ouvrage comme étant une violente insulte envers
tous les représentants du mouvement psychanalytique. Tout est bon pour
discréditer le contenu de l'ouvrage : « Les chiffres sont faux, les
affirmations inexactes, les interprétations parfois délirantes. Les
références bibliographiques sont tronquées et l'index est un tissu
d'erreurs ».
Roudinesco reconnaît, dans ce texte, que la psychanalyse traverse une
crise dont les causes sont multiples et reproche aux auteurs du Livre
noir de ne pas les avoir évoquées et d'avoir « abandonné tout esprit
critique pour se livrer à des dénonciations extravagantes ». Elle
explique également que Freud et la psychanalyse ne doivent pas payer
pour des abus commis par des « charlatans » en évoquant les familles
d'enfants autistes.
Elle nous dévoile ensuite la tonalité générale de l'ouvrage qu'elle
compare à « celle d'un réquisitoire qui vise à réduire l'individu à la
somme de ses comportements et à dénoncer toute tentative d'explorer
l'inconscient ».
Ce livre, poursuit-elle, « est écrit dans une langue dénonciatrice, et
truffée d'une terminologie évoquant les procès en sorcelleries :
mystification, imposture, possession, préméditation, assassinats,
meurtres, complots, etc. »
Puis, Elisabeth Roudinesco nous révèle que, dans deux des chapitres du
Livre noir, les textes qui y sont rassemblés ne sont ni plus ni moins
que des résumés de livres déjà publiés, et renvoie le lecteur à son
Dictionnaire de la psychanalyse pour vérifier tout cela.
A la fin de la première partie de ce texte, Elisabeth Roudinesco
évoque la une du Nouvel Observateur du 1er septembre 2005 qui, il faut
le souligner, a été le premier à ouvrir la polémique en présentant
honnêtement et courageusement Le Livre noir, grâce à un dossier
d'Ursula Gauthier accusée par Roudinesco d'être « favorable de longue
date aux TCC ».
La deuxième partie du texte de l'historienne est consacrée au statut
juridique de l'ouvrage. Elle y précise que Le Livre noir est une «
opération éditoriale », un « montage ou collage éditorial de
différents articles » dont le but est de « nuire à une discipline et à
ses représentants ». Elle dénonce également le fait que certains
articles du livre n'ont rien à voir avec « l'expression de la volonté
destructrice affirmée par l'éditrice et par ses trois collaborateurs
». Il faut savoir ce que l'on veut !
Dans la troisième partie de son travail, Roudinesco explique que « de
nombreux passages de ce livre sont [...] diffamatoires » sans préciser
lesquels, et qu'ils « pourraient faire l'objet d'une expertise par des
avocats ». Elle termine ce paragraphe sans pouvoir s'empêcher de nous
dévoiler sa peur quant à « l'impact » que pourrait avoir Le Livre noir
sur l'opinion publique.
La quatrième partie du texte concerne la maison d'édition : Les
Arènes, spécialisée, d'après Roudinesco, « dans la dénonciation des
dossiers noirs de tout ».
Enfin, Roudinesco termine par un commentaire dans lequel elle dénonce
le retranchement des psychanalystes « de la vie publique et de tout
engagement politique», ce « retrait » qu'elle qualifie de néfaste
(elle doit probablement compenser ce vide vu le nombre incalculable de
ses interventions médiatiques). Elle lance clairement un appel de
détresse à la « communauté psychanalytique » en la mettant en garde à
propos de l'impact du Livre noir sur l'opinion publique et sur les
patients en souffrance et en lui demandant de cesser de jouer à
l'autruche quant aux « débats de sociétés » qui touchent leur
discipline. Madame Roudinesco se sentirait-elle en position de
faiblesse ?
Du côté de la presse, L'Express présente le Livre noir comme « une
attaque au vitriol de l'œuvre de Freud et de ses héritiers, accusés de
charlatanisme et d'abus de pouvoir » dans un contexte de crise mêlant
deux affaires : le rapport de l'Inserm et l'amendement Accoyer qui «
ont déclenché des prises de bec mémorables entre comportementalistes
et analystes ».
Puis, le quotidien offre à Elisabeth Roudinesco sa propre tribune afin
de mener sa « contre-attaque », seule, sans aucune partie adverse pour
s'opposer à ses arguments. En effet, l'auteur de cet article, Gilbert
Charles, n'a pas jugé nécessaire d'inviter un seul des auteurs du
Livre noir pour le défendre ou même en justifier le contenu. C'est
alors que la psychanalyste se voit accorder une interview sur mesure
qui lui permet d'introduire un à un l'ensemble des arguments qu'elle
avance dans le document Internet que nous avons vu précédemment. Mais,
cette fois, elle est sûre de toucher un plus large publique : effet
mouche garanti ! C'est à se demander si le journaliste n'a pas ajusté
ses questions en fonction du discours préalablement préparé...
Cependant, la plaisanterie a assez duré et les réactions ne se sont
pas faites attendre. Une semaine après la publication de cet article,
le professeur Jacques Van Rillaer, un des principaux auteurs du Livre
noir, s'adonne à une petite « analyse des affirmations d'Elisabeth
Roudinesco » qui s'y trouvent. Il passe ainsi en revue une vingtaine
de ses énoncés traitant divers aspects du contenu et de la forme de
l'ouvrage et « qui témoignent d'une étonnante mauvaise foi ». Encore
une fois, les rectifications apportées par le professeur concernent,
la plupart du temps, des propos détournés et déformés par Mme
Roudinesco. Il ne manque pas d'appuyer ses affirmations à l'aide de
références bibliographiques précises, chose qu'Elisabeth Roudinesco
omet souvent de faire... Il souligne également les énormes lacunes de
la psychanalyste concernant la psychologie scientifique ce qui est
quelque peu fâcheux pour quelqu'un qui prétend critiquer les TCC.
Une autre réaction, suite à l'interview de l'historienne de la
psychanalyse parue dans l'Express du 5 septembre 2005, est celle de
Laurent Beccaria, directeur des éditions Les Arènes qui adresse un
droit de réponse à Elisabeth Roudinesco. En effet, d'après lui, la
psychanalyste met gravement en cause la réputation des éditions qu'il
dirige en supposant que certains articles du Livre noir auraient été
inclus « à l'insu du plein gré » de leurs auteurs, ce qui est
totalement faux ! Pour prouver qu'il n'a pas « violé le droit moral
des propos des auteurs », il met à disposition l'ensemble des
documents qui montrent que tous les auteurs du Livre noir ont écrit
leurs textes en connaissant parfaitement « l'intention critique de
l'ouvrage ».
Enfin, c'est au tour des principaux auteurs du Livre Noir de la
Psychanalyse de répondre collectivement à Roudinesco. Ce sont toujours
les mêmes faits qui lui sont reprochés : ils dénoncent les
contrevérités et les accusations de la psychanalyste qui n'apporte
aucune preuve de ce qu'elle avance. D'ailleurs, plusieurs points
rejoignent ceux évoqués dans l'analyse du Professeur Van Rillaer.
En référence à l'article d'Ursula Gauthier : « Faut-il en finir avec
la psychanalyse ? » paru dans le numéro du 1er septembre 2005, le
Nouvel Observateur explique sa démarche qui n'a visiblement pas été
appréciée par les psychanalystes. Laurent Joffrin précise dans cet
article qu'il n'a jamais été question, pour le journal, de déclarer la
guerre aux psychanalystes qu'il reconnaît comme étant de leurs amis.
Tout simplement, le Livre Noir leur semblait soulever « des questions
qui ne pouvaient rester sans réponse » et, c'est pourquoi, « pour
équilibrer » leur dossier, ils avaient d'abord fait appel à «
l'historienne de la psychanalyse la plus connue en France, Elisabeth
Roudinesco ». C'est alors que l'on apprend que cette dernière « a
d'abord refusé de débattre avec un quelconque auteur du "Livre noir" »
à la grande surprise des journalistes du Nouvel Observateur. Puis,
elle leur a proposé de « passer sous silence l'ouvrage » et de «
remplacer les extraits prévus par un long entretien avec elle »
justifiant sa démarche que le livre est « politiquement louche, à la
limite de l'antisémitisme » (encore le fameux argument de
l'antisémitisme !). Laurent Joffrin termine son courageux article en
disant que le débat reste ouvert et qu'il « continuera à donner la
parole à tous les protagonistes, sans se laisser intimider par un
terrorisme intellectuel [...] qui ne sert pas les défenseurs de la
cause freudienne ».
La réaction d'Elisabeth Roudinesco face à cet article ne s'est pas
fait attendre. Elle écrit un droit de réponse dans lequel elle tient à
apporter quelques « précisions et mises au point ». Elle justifie
ainsi son refus de participer au numéro du Nouvel Observateur consacré
au Livre Noir en expliquant qu'il lui était impossible de participer à
la « promotion d'un livre qui travaille, à l'évidence, à la démolition
de la psychanalyse ». Concernant l'histoire du remplacement des
extraits de l'ouvrage par un entretien avec elle, Roudinesco se défend
en disant qu'elle aurait accepté une tribune à condition que la une du
journal ne contribue pas également à « l'entreprise de démolition » de
la discipline. Dans un troisième point, elle dit ne jamais avoir parlé
d'antisémitisme à l'égard de cet ouvrage où elle n'en a décelé aucune
trace. D'après elle, le journaliste a dû confondre avec les Mensonges
Freudiens de Bénesteau (qu'il est bête, alors, ce journaliste !).
Enfin, elle termine ce droit de réponse par une note de « fagotage »,
en sous-entendant qu'elle n'a aucune raison de faire partie du « petit
groupe » qui aurait « mis en doute les capacités intellectuelles de la
direction du Nouvel Observateur » étant donné que le journal l'a
toujours très bien accueillie (il ne faudrait pas que Madame
Roudinesco qui a déjà Le Monde à ses pieds, perde ses entrées au
Nouvel Obs...).
Le 17 septembre 2005, le journal Libération publie deux articles sur
la parution du Livre Noir de la Psychanalyse. Le premier donne la
parole aux psychanalystes en rassemblant des répliques trouvées ça et
là sans oublier de citer Elisabeth Roudinesco qui déclare que l' « on
ne discute pas avec des gens qui veulent vous tuer. On parle d'eux
sans eux. Pas de débats ». Cette réplique semble prendre des airs de
justification à son refus au Nouvel Observateur précédemment évoqué.
Puis le journaliste fait un rapide rappel des faits concernant les
violents affrontements, qui durent depuis trois ans, entre
psychanalystes et cognitivo-comportementalistes, auxquels vient
s'ajouter la publication du Livre Noir... qui obtient un franc
succès !
Le deuxième article est une interview qui donne enfin la parole à l'un
des principaux auteurs du Livre Noir : Jean Cottraux [12], psychiatre
des hôpitaux et chargé de cours à l'université de Lyon 1, et qui est
présenté comme « un des plus ardents défenseurs des TCC ». Il explique
que, selon lui, le but était de « lancer un débat sur la validité de
la psychanalyse ». Le problème central, explique Jean Cottraux, c'est
l'ambiguïté de la psychanalyse elle-même : guérit-elle ou ne guérit-
elle pas ? Ce « double jeu » et « cette violence intellectuelle »
deviennent insupportables aux yeux du psychiatre. Il termine cette
interview en réfutant l'historienne de la psychanalyse qui déclarait
qu'il n'y avait que 500 praticiens « técécistes » : Cottraux en
compte un peu plus du double et affirme que les TCC « vont bien » et
qu'elles ont du succès non seulement auprès des professionnels mais
aussi auprès des patients.
Le document suivant provient de la plume d'Elisabeth Roudinesco qui
règle ses comptes avec le professeur Jacques Van Rillaer qui lui
aurait attribué des propos et des jugements, dans le Livre noir, qui
ne sont pas les siens (ne serait-ce pas plutôt sa méthode à elle ?).
Cette fois, l'historienne de la psychanalyse n'oublie pas de préciser
les pages où se sont glissées les fausses déclarations. En fait, la
psychanalyste ne recense que deux exemples et conclut que Jacques Van
Rillaer « utilise des citations pour leur faire dire ce qu'elles ne
disent pas ».
Dans son numéro 269 d'octobre 2005, le magazine Science et pseudo-
sciences publie un article qui résume les mésaventures du Nouvel
Observateur avec l'historienne de la psychanalyse à propos du Livre
Noir. Pour cela, il cite l'article de Laurent Joffrin déjà évoqué et
termine par une conclusion plutôt incisive que voici : « Elisabeth
Roudinesco aurait dû demander directement à Philippe Douste-Blazy, le
ministre de la Santé qui a retiré le rapport dérangeant de l'Inserm,
l'interdiction pure et simple du Nouvel Obs, et de tous les journaux
(peu nombreux) qui rendent compte de façon honnête et sans passion de
la sortie du Livre noir ».
Le 12 octobre 2005, Elisabeth Roudinesco passe chez Jean Lebrun, seule
(une fois de plus) sur France Culture dans l'émission Travaux publics.
Elle y est invitée pour répondre de manière argumentée aux attaques du
Livre Noir. Une seule question lui est posée à ce propos et dans
laquelle Jean Lebrun lui demande de présenter certains aspects de la
polémique autour de l'ouvrage de Catherine Meyer. Elle répond en
disant que les courants comportementalistes ont toujours existé et les
définit comme « des méthodes, au pire de dressage, au mieux de
rééducation ». Elle explique ensuite qu'« il faut penser l'histoire de
la psychanalyse avec ses périodes sombres, ses excès, ses questions
d'héritage ». Or, c'est ni plus ni moins ce que le lecteur retrouve
dans le Livre Noir, mais Elisabeth Roudinesco ne le voit pas de cet
œil. Elle déclare également que les auteurs du Livre Noir disent que «
tout ça n'a pas existé » ce qui est complètement faux ! Il n'a jamais
été question de nier l'existence de la psychanalyse qui est, comme le
dit Jean Cottraux dans Libération, « une des plus grandes idéologies
du XXe siècle ». En revanche, il est évident que l'ouvrage démontre
brillamment que, sur certains points, le père de la psychanalyse a
effectivement menti.
Elisabeth Roudinesco ne mâche pas ses mots et n'hésite pas à parler
d'une « théorie du complot » qui fait que « on ne peut pas parler avec
des gens qui veulent assassiner et qui veulent prendre des places
alors qu'ils ont des places ». Encore une fois, on peut entrevoir un
semblant de justification concernant son refus de participer au débat
proposé par le Nouvel Observateur. On se demande même si Elisabeth
Roudinesco n'est pas en train de remercier furtivement le journaliste
de France Culture pour l'avoir invitée SEULE !
L'interview s'achève par un petit « coup de pub » pour le livre à
venir d'Elisabeth Roudinesco qui s'intitule : Pourquoi tant de haine ?
Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse, dont nous parlerons dans le
point 5.3.
Une autre interview a été accordée à la psychanalyste par la Radio
Suisse Romande de Genève dans l'émission Les temps qui courent à
l'occasion de la sortie d'un autre livre de l'historienne [13]. Au
cours de l'entretien, la journaliste amène son invitée à donner son
sentiment vis-à-vis du Livre Noir et vis-à-vis de l'attitude des
psychanalystes qui devraient peut-être entreprendre une tâche
d'autocritique de leur discipline. L'historienne répond que les
psychanalystes se livrent bel et bien à la critique de la psychanalyse
et de Freud, contrairement aux auteurs du Livre Noir qui, selon elle,
montrent une véritable « volonté guerrière d'éradication de la
discipline ». Elle ajoute, une fois de plus, que le débat est
impossible avec des « extrémistes de cet ordre-là ».
5.3. La réplique littéraire d'Elisabeth Roudinesco
5.3.1 : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la
Psychanalyse
Pourquoi tant de haine ? paru aux éditions Navarin deux mois après la
publication du Livre Noir, et qui a pour ambition de faire «
comprendre pourquoi l'œuvre freudienne continue de susciter une telle
haine » sonne faux.
Premièrement, il sonne faux de par sa taille. Le titre annonce tout de
même l'anatomie d'un livre qui compte pas moins de 800 pages. Or la
démonstration ne dure que le temps du premier chapitre d'un minuscule
livre, qui en contient quatre et qui s'étendent sur 91 pages.
Deuxième et dernier point (la taille du commentaire reflète la taille
de l'ouvrage), ce livre sonne faux de par son contenu. En effet, à
plusieurs reprises, la psychanalyste a déclaré que certains textes du
Livre Noir ne sont ni plus ni moins des résumés d'ouvrages ou des
reprises d'articles déjà publiés. Or, pour cette œuvre anatomique,
Roudinesco a explicitement repris ses propres interventions
médiatiques pour trois des quatre chapitres dont sa note de lecture
diffusée sur plusieurs sites « le 28 août 2005 » (sauf qu'elle est
datée du 29 août) et son entretien avec Gilbert Charles de L'Express.
Pour le dernier chapitre intitulé Autres voix, elle n'a fait que
donner la parole à d'autres psychanalystes en reprenant simplement,
pour la plupart, leurs interventions dans la presse française. Quel
intérêt de lire cet ouvrage ? Autant lire la presse !
5.3.2 : Les retombées de son livre dans la presse française
On note que la presse française n'a pas fait beaucoup écho du livre de
l'historienne de la psychanalyse. Seuls le journal Libération et Le
Magazine littéraire font état de cette publication.
Libération ne lui consacre qu'un bref article dans lequel le
journaliste décrit le contenu de l'ouvrage qui permettra aux lecteurs
de « décoder » (c'est le mot !) « la longue histoire des résistances à
la psychanalyse ».
Quant au Magazine littéraire, qui est ouvertement favorable à la
psychanalyse, le livre de Roudinesco y est qualifié de « brillant » et
« incisif », répondant parfaitement aux attaques du Livre Noir contre
Freud.
La publication du Livre Noir est une très bonne chose étant donné que
cet ouvrage s'adresse au grand public et non pas uniquement aux
professionnels de la santé mentale. Ainsi, une quantité non
négligeable d'informations a été mise à la disposition des Français
qui peuvent désormais se faire leur propre opinion à propos de la
théorie de l'inconscient. Malheureusement, en France, les «
détracteurs » de Freud gênent et lorsqu'il s'agit de rétablir ou
d'établir une vérité, les médias ne jouent pas le jeu (c'est le moins
que l'on puisse dire).
C'est alors que nous avons pu constater que les interventions
d'Elisabeth Roudinesco ne se faisaient jamais en présence de personnes
qui pourraient la contredire. Par conséquent, elle peut avancer toutes
sortes de choses qui sont souvent inacceptables mais qui sont prises
pour argent comptant par un public vulnérable et crédule. C'est là
qu'est le danger puisque c'est de cette manière que des fausses
vérités sont intégrées dans le sens commun.
Les psychanalystes, cautionnés par les médias, bloquent les débats et
parviennent ainsi à conserver une place influente dans le domaine de
la santé mentale !
6. Conclusion.
Pour conclure ce travail, permettez-nous de laisser la parole à
Patrice Van den Reysen qui semble avoir suivi de très près cette «
guerre des psys »» et dont il fait une analyse brillante dans un
article Internet intitulé La « guerre des psys », Elisabeth Roudinesco
et les médias français, qui résume tout à fait le point de vue que
nous avons adopté tout au long de ce travail :
« [...] Cette dame [Elisabeth Roudinesco] n'a qu'à claquer des
doigts, et la télévision, les journaux, les radios les plus en vue lui
déroulent le tapis rouge.
A bien y réfléchir, on se demande s'il est bon pour la démocratie, ou,
en tout cas, pour l'idée que nous nous en faisons, qu'un tel pouvoir
sur l'information et sur la vérité, soit détenu par une seule
personne, qui ne fait partie, de surcroît d'aucun organisme d'Etat.
[...]
La question que je soulève, encore une fois, on l'aura compris,
c'est : pourquoi accorder autant de pouvoir d'expression et donc de
décision à une seule personne civile, telle que Madame Roudinesco ? En
étendant un peu ma question à la cause de la psychanalyse, on peut se
demander, pourquoi, des journaux comme l'Express, et, l'Humanité, ne
laissent s'exprimer dans leurs tribunes prétendument "libres", qu'une
partie des opposants dans la guerre des psys, c'est-à-dire les
psychanalystes ? [...]Ces gens [les journalistes] ne sont pas des
démocrates. Et il n'y a pas de tribunes, qui seraient « libres » et
démocratiques sans refléter toutes les opinions en présence sur un
problème. Car, comme l'explique Popper, un système dictatorial et
totalitaire ne peut tolérer les opposants à la doctrine imposée à
tous. Il y a eu des goulags pour les opposants au marxisme vulgaire,
il y a eu des millions de morts. Et l'erreur fondamentale de Karl
Marx, est d'avoir cru que l'instauration d'une dictature du
prolétariat entraînerait la fin de tout conflit social politique, car
cette façon de voir les choses implique aussi la fin de la démocratie
qui suppose nécessairement l'existence des conflits politiques et
rejette un système à parti unique.
On nous rétorquera que les partisans des TCC veulent imposer, eux
aussi, leur pensé unique en évinçant la psychanalyse de la place
prépondérante qu'elle occupe dans la Société française. Cette vision
des choses me semble erronée, car les critiques, parfaitement fondées
de la psychanalyse et qui auraient dû signer son arrêt de mort,
existent depuis bien plus longtemps que les TCC n'aient atteint le
niveau de développement et de médiatisation qu'on leur connaît
aujourd'hui. [...]
La situation de Madame Roudinesco dans ce conflit, les possibilités
d'expression et de décision dont elle dispose, sont, à mon sens,
irrecevables dans une démocratie. Il suffit de constater qu'aucun
autre corps de métier dans l'Hexagone, n'a de représentant qui puisse
profiter d'une aussi large présence dans les médias pour, justement,
se rendre compte qu'il y a quelque chose d'anormal ; c'est-à-dire que
les psychanalystes jouissent d'une situation nettement privilégiée et
disproportionnée par rapport aux autres corps de métier, ou même aux
autres professionnels de la santé mentale ! Cette situation si
particulière étant, bien entendu, la preuve que le freudisme et la
psychanalyse ont acquis le statut de pensée unique au détriment des
autres. Et Madame Roudinesco entend tout faire pour maintenir cet
intolérable statu quo.
Je pense que la prise de conscience de cette situation aurait pu être
faite, depuis longtemps, par la plupart des médias, qui ont, à tout
crin, accueilli Madame Roudinesco et les psychanalystes, pour parler
de tout et n'importe quoi au sujet des problèmes de notre société.
C'est-à-dire pour leur permettre de conditionner et de dresser la
société à leur mode de pensée (le symbolisme, l'analogie, l'évidence,
l'induction...), leurs concepts creux et leur mirobolantes
interprétations sur tous nos maux. C'est le cas de le dire, en France
il y a deux langues « nationales » : le français, et le freudien ! (le
lacanien, trop abscons, est devenu une langue morte après avoir été
une langue de bois).
Il ne s'agit pas, en dernier ressort, de faire taire les
psychanalystes par un moyen autoritaire, ou les censurer, comme ils
ont fait censurer le rapport de l'INSERM sur les psychothérapies. Il
s'agit de faire accepter et de faire comprendre que la recherche de la
Vérité exige logiquement le rationalisme critique, c'est-à-dire,
d'abord le pluralisme des idées, ensuite l'organisation, la création
de tribunes permettant aux différents théoriciens et praticiens en
opposition de confronter leurs arguments sur la place publique, afin
que les usagers soient informés sur toutes les positions en présence
et non pas sur une seule ligne de pensée. [...]Soyons responsables et
courageux : mettons fin à la méthode de la pensée unique et à ses
corollaires. Osons le rationalisme critique, et parions sur le fait
que, loin d'avoir fait taire les freudiens par un moyen autoritaire et
anti-démocratique, ces derniers se trouveront contraints au silence
devant la publicité, rendue accessible à tous, de leurs mensonges, de
leur esprit sectaire et fanatique, et l'imposture de leur discipline.
Notre seul espoir est de parier sur l'indépendance d'esprit, le
jugement critique et le courage intellectuel du public, non encore
informé sur les vérités que l'on étouffe ou que l'on détourne sur la
psychanalyse dans ce pays. Ce n'est qu'au prix de ces coûteuses
qualités, que la Vérité reprendra ses droits ».
Bibliographie
Bénesteau, J. (2002) Mensonges freudiens : Histoire d'une
désinformation séculaire. Mardaga, 400 p.
Clément, C. (2006) Histoire de la psychanalyse à travers le monde. Le
magazine littéraire, 449, 28-59.
Courtillier, M. (2005) La lutte de la Science contre les vérités
révélées : le rapport de l'Inserm Psychothérapie. Trois approches
évaluées, histoire d'un débat couru d'avance. Rapport de stage de
Master 1 non publié. Université de Picardie Jules Verne.
Marti, M-J. (2006) Les marchands d'illusions : Dérives, abus,
incompétences de la nébuleuse « Psy » française. Mardaga.
Meyer, C. (2005). Le Livre Noir de la Psychanalyse : vivre, penser et
aller mieux sans Freud. Paris : les arènes.
Nordé, G. (2005). L'amendement Accoyer. Rapport de stage de Master 1
non publié. Université de Picardie Jules Vernes.
Roudinesco, E. (2004) Le patient, le thérapeute et l'Etat. Paris :
Fayard.
Roudinesco, E. (2005) Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir
de la Psychanalyse. Paris : Navarin.
Van den Reysen, Patrice. (2005). La « guerre des psys », Elisabeth
Roudinesco et les médias français. Disponible sur le site Internet :
http://vdrp.chez-alice.fr/index.html
Notes
[1] La présentation de l'historique s'appuie sur le rapport de stage
de Nordé, 2005.
[2] Diagnostic and Statistical manual of Mental disorders.
[3] Inserm, expertise collective (2004). Psychothérapies : trois
approches évaluées. Les éditions de l'Inserm, Paris.
[4] Visiblement Mme Roudinesco semble ignorée que Jean-Michel Thurin,
psychiatre, psychanalyste, était un des huit experts qui a rédigé le
fameux rapport. Ou alors, le met-elle dans le même « panier » que ces
scientistes de técécistes du fait qu'il soit psychiatre ?
[5] La présentation du rapport de l'Inserm s'appuie sur le rapport de
stage de Courtillier, 2005
[6] Association créée en 1998, faite par et pour des personnes ayant
souffert et souffrant de troubles anxieux et phobiques.
[7] Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie.
[8] Professeur de philosophie à la Sorbonne.
[9] Professeur Emérite de l'Université de Liège, Belgique.
[10] Cette lettre a été reproduite dans le Journal de Nervure.
[11] Thierry Meyssan, auteur de L'effroyable imposture (Carnot, 2002).
[12] Jean Cottraux est également un des auteurs du rapport de l'Inserm
sur l'évaluation des thérapies (2004).
[13] Philosophes dans la tourmente. Fayard (2005).
Publié par vdrpatrice à 12:28:57 dans Résistances... | Commentaires
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Les causes de la schizophrénie et la part de la psychanalyse. | 02
juillet 2009
Chers récalcitrants éclairés,
L'aventure pseudo-scientifique de l'immaculée psychanalyse serait-elle
en train de ressembler à un chemin de croix ? Dans son numéro du jeudi
2 juillet 2009, Martine Perez, journaliste au Figaro, nous livre les
tous derniers résultats de recherches de haut niveau sur les causes
de la schizophrénie. Elle entame son propos en ces termes :
« Certains psychanalystes, des "antipsychiatres" ont accrédité
durablement dans les années 1970-1980 l'idée que la schizophrénie
était une maladie due à des perturbations et des interactions entre
parents et enfants. Ces théories, sans aucun fondement autre
qu’idéologique, ont durablement culpabilisé des générations de
parents, prêts à se coucher sur le divan pour régler des problèmes
réels ou imaginaires. Aujourd’hui, trois études publiées dans la revue
scientifique Nature confirment le rôle majeur des anomalies génétiques
dans cette maladie psychiatrique grave (…) ».
On sait depuis longtemps qu’un autre bastion de la psychanalyse, les
causes de l’autisme, est tombé pour les mêmes raisons. Voici
maintenant le tour de la schizophrénie. Par ailleurs, le rapport de
l’INSERM sur l’évaluation des psychothérapies mettait aussi en
évidence de manière claire le caractère foncièrement inopérant des
cures d’orientation psychodynamique pour la plupart des troubles
mentaux légers ou graves.
Cependant, les scientifiques qui ont corroboré le versant génétique de
la schizophrénie ne sombrent pas pour autant dans un dogmatisme qui
défendrait un déterminisme fondé sur la seule génétique. Ils
envisagent en effet, d’autres facteurs déclanchants de cette
pathologie comme certaines infections. Quid de la psychanalyse ? Rien.
Il faut maintenant faire le rapprochement entre l’emprise idéologique,
médiatique donc, et pseudo-scientifique de l’Empire freudien en
France, son caractère reconnu comme étant bien vide de tout pouvoir
explicatif ou descriptif, et la façon scandaleuse dont ont pu être
traités certains de ses critiques externes les plus avisés.
L’Empire freudien ne survit donc que pour défendre ses intérêts. Et il
est vrai qu’avec un chiffre d’affaire annuel de plus 14 milliards
d’euros pour l’ensemble des psychothérapies (dont une très large part
est dominée par la théorie freudienne) (Cf. Marie-Jeanne Marti, « Les
marchands d’illusions »), tous les gourous défenseurs du totem ne sont
sans doute pas prêts de lâcher un tel morceau.
Le combat continue…
Publié par vdrpatrice à 20:30:58 dans Résistances... | Commentaires
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* Elisabeth Roudinesco... (Fin) | 20-08-2009
* Les causes de la schizophrénie et la part de la psychanalyse. |
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impostures scientifiques. | 29-01-2009
* Un cas de conscience éditorial. (Au sujet de deux livres du
Professeur Robert Wilcocks. Par Jean-Pierre Luauté). | 23-01-2009
* Déterminismes, utopies, et tentation totalitaire. (Modifié le 5
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* Élisabeth Roudinesco et une certaine culture de mauvaise foi et
de mensonge...(Modifié le 16 novembre 2008). | 09-11-2008
* Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse.
(1° partie). | 02-11-2008
* Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse.
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* Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse.
(3° partie). | 02-11-2008
* Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse.
(4° partie). | 02-11-2008