La mort annoncée de Normale Sup

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abourick

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Oct 8, 2005, 8:00:14 AM10/8/05
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http://www.lefigaro.fr/debats/20051008.FIG0133.html


La mort annoncée de l'Ecole normale

Par Nicolas Baverez*
[08 octobre 2005]

Dans l'économie ouverte et la société de la connaissance, la recherche fonde
la richesse des nations, qui détermine leur potentiel de croissance, leur
positionnement dans les secteurs à forte valeur ajoutée, leur compétitivité
sur les marchés mondiaux. D'où une concurrence féroce pour attirer les
cerveaux, les enraciner sur un territoire et leur offrir un environnement
favorable, qui passe par la multiplication des liens entre recherche,
enseignement supérieur, entreprises innovantes et autorités publiques. D'où
un double défi universitaire et scientifique qui se décline en massification
de l'enseignement supérieur, nécessaire à l'amélioration des qualifications
de la population active, et en développement de pôles d'excellence aptes à
concentrer les meilleurs des étudiants et des chercheurs et à dynamiser la
recherche et l'innovation.


Dans cette course, l'Europe s'est laissé distancer. Une Europe qui ne
consacre que 1,1% de son PIB à l'enseignement supérieur contre 2,7% pour les
Etats-Unis, qui comptent dix-sept universités parmi les vingt premières
mondiales. Une Europe dont l'effort de recherche est limité à 1,9% du PIB
contre 2,7% pour les Etats-Unis, qui accueillent 70% des Prix Nobel et
assurent 44% de la production des articles scientifiques importants. Une
Europe qui ne dispose que de 900 000 chercheurs quand 400 000 chercheurs
européens travaillent aux Etats-Unis et dont les investissements en R & D
sont inférieurs à ceux de l'Asie depuis 1998.


Au sein de l'Union, la situation est cependant très loin d'être homogène.
Certains pays, telle la Suède, qui affecte 4,2% de son PIB à la recherche,
ont placé la technologie au coeur de leur stratégie d'adaptation à la
mondialisation. La France présente l'image inverse d'une nation dont le
déclin économique est indissociable de son déclassement intellectuel et
scientifique, caractérisé par un effort de recherche limité à 2,1% du PIB,
une production scientifique inférieure à 5% des articles publiés, la
présence de quatre universités dans les cent premières mondiales dont la
première vient au 46e rang.


Parmi les quatre institutions rescapées figure l'Ecole normale supérieure de
la rue d'Ulm, que Time place en septième position dans le classement des
cinquante meilleurs établissements européens. Et ce, en raison d'un mode de
fonctionnement original qui repose sur quatre piliers : un projet
intellectuel orienté vers la recherche fondamentale ; une vocation de pôle
d'excellence qui passe par une grande exigence dans le recrutement des
étudiants, des enseignants et des chercheurs ; la coexistence intime des
sciences dures, des sciences humaines et des humanités ; le positionnement à
l'intersection de l'université - dont les étudiants suivent le cursus
parallèlement aux cours spécifiques qui leur sont dispensés - et de quelque
deux cents équipes de recherche. Cette situation singulière, soumise en
permanence au feu croisé des critiques de la bureaucratie et des syndicats
de l'Education nationale, se trouve aujourd'hui sous la menace directe d'un
projet de fusion avec les écoles de Cachan qui entraînerait la dissolution
paradoxale de l'Ecole normale supérieure au moment même où le gouvernement
entend l'ériger en pivot d'une Ecole d'économie de Paris dotée de 10
millions d'euros. Le regroupement de l'Ecole normale supérieure et des
écoles de Cachan vise à conforter leur stature internationale grâce au
rassemblement de 2 000 normaliens, 2 000 autres étudiants, 500 doctorants et
1 300 enseignants et chercheurs sur trois sites universitaires situés en
Ile-de-France et sur le campus de Ker Lann, près de Rennes. L'objectif
consisterait d'une part à recentrer la «grande Ecole normale supérieure»
vers la formation des enseignants, d'autre part à rapprocher la recherche
fondamentale et la recherche appliquée, le tout servi par la rationalisation
des moyens humains et financiers et l'engagement de grands projets
immobiliers sur le site de Cachan (construction d'une salle polyvalente à
destination des entreprises et d'une halle polyvalente pour les activités
sportives et associatives).


Cette fusion, dont la logique se résume à la doctrine bureaucratique selon
laquelle «big is beautiful», débouche sur une succession d'incohérences.
Incohérence de l'ambition intellectuelle, qui ne peut être la couverture
universelle des disciplines mais un investissement ciblé dans des secteurs
stratégiques du savoir. Incohérence du projet scientifique, qui verrait la
recherche fondamentale - pourtant vitale - marginalisée au profit de la
recherche appliquée et les humanités placées en voie d'extinction (il
n'existe pas de section littéraire à Cachan mais des études d'art appliqué
et de design). Incohérence du projet de formation, ciblé autour de la
professionnalisation de l'enseignement supérieur français, alors qu'il est
vital d'accélérer l'ouverture sur la société et l'économie ouvertes.
Incohérence pédagogique, puisque la taille des pôles d'excellence mondiaux
est comparable à celle de l'Ecole normale (600 à 1 200 étudiants pour les
collèges britanniques, 800 undergraduates pour le Caltech californien, 4 100
undergraduates répartis en cinq écoles pour le MIT, contre 900 normaliens).
Incohérence géographique, tant l'Ecole normale doit contribuer - aux côtés
de Paris-VI, de l'EHESS, du Collège de France... - à revitaliser Paris, qui
tend à se transformer en désert scientifique, tandis que Cachan relève du
pôle technologique de la vallée de la Bièvre.


Trois conclusions émergent. 1. Autant que d'en susciter de nouveaux, il est
vital de préserver les pôles d'excellence publics et privés français qui
constitueront le pivot du redressement futur du pays : la fusion avec Cachan
doit dès lors être abandonnée au plus vite, dès lors qu'elle implique la
dénaturation de l'Ecole normale supérieure en un hybride improbable au
croisement d'un CNRS miniature et d'un «super IUFM». 2. De même que le plan
de réforme de la fiscalité pour 2007 masque l'augmentation parallèle et
démesurée des prélèvements et des dépenses publics dans le budget de 2006,
l'accent placé sur l'investissement dans la recherche va de pair avec la
poursuite du déclassement des institutions et des équipes françaises les
plus performantes en raison du refus d'une autonomie et d'une sélectivité
accrues. 3. A l'image de l'ensemble de l'enseignement supérieur et de la
recherche, l'Ecole normale supérieure a vocation à être profondément
modernisée, mais dans le respect de son histoire et de son identité, à
travers son insertion dans un réseau mondial de pôles d'excellence de
recherche fondamentale, l'ouverture et l'internationalisation de son
recrutement, l'intensification des liens avec les entreprises et la
diversification de ses sources de financement.


* Essayiste et économiste, auteur de La France qui tombe (Perrin), Nicolas
Baverez vient de signer la préface au «Quarto» Raymond Aron (Gallimard).

fu2 fr.soc.politique


Michel Talon

unread,
Oct 8, 2005, 11:10:00 AM10/8/05
to
In fr.sci.physique abourick <bourri...@yahoo.br> wrote:
> http://www.lefigaro.fr/debats/20051008.FIG0133.html
>
>
> La mort annoncée de l'Ecole normale
>
> Par Nicolas Baverez*
> [08 octobre 2005]

Ah! Baverez tel qu'on l'aime! S'il n'existait pas il faudrait l'inventer.
Au fait, il est où le classement de l'école normale supérieure, dans
le fameux classement des universités? D'ailleurs, dans la foulée, et
celui de Polytechnique?

--

Michel TALON

µ

unread,
Oct 10, 2005, 2:55:19 AM10/10/05
to
> Ah! Baverez tel qu'on l'aime! S'il n'existait pas il faudrait l'inventer.
> Au fait, il est où le classement de l'école normale supérieure, dans
> le fameux classement des universités? D'ailleurs, dans la foulée, et
> celui de Polytechnique?

Polytechnique n'a jamais eu la prétention d'avoir d'énormes labos de
recherche performants: ce sont les élèves qui sont brillants.

--


Michel Talon

unread,
Oct 10, 2005, 4:29:34 AM10/10/05
to

Si, il y a des labos de recherche à Polytechnique. Beaucoup des spécialistes
français de théorie des cordes sont passés par là, Antoniadis par exemple,
il y a eu de grands spécialistes de théorie constructive des champs,
Magnan, Seneor, Rivasseau, en math il y a aussi des gens connus, c'est
un centre de première grandeur sur les plasmas, etc. Je me suis permis un peu
d'humour car Normale est classé loin derrière Paris VI et Polytechnique loin
derrière Normale, ce qui montre que le classement des universités est quelque
chose à interpréter soigneusement. Par exemple Cambridge (UK) est classé 2°
université mondiale derrière Harvard et Princeton 10°. Or dans les domaines
que je connais j'ai du mal à justifier un tel classement de Cambridge, et à
fortiori des 2 autres établissements anglais qui sont dans le haut du
palmarés, Oxford et Imperial College. Toujours dans les domaines que je
connais, Princeton devrait venir en numero 1 ou 2, etc.

Plus spécifiquement le problème français a peut être une interprétation toute
simple. Les gens sont répartis sur un grand nombre de structures différentes,
Paris VI et Paris XI pour les grandes universités scientifiques parisiennes,
plus l'ENS Ulm, le Collège de France, Polytechnique. Plus les "établissements"
le CNRS, le CEA, etc. Donc il est fort possible que cette fragmentation à elle
seule explique la différence entre le système scientifique parisien, qui dans
son ensemble est énorme, et le système scientifique anglais, dont le
représentant le plus célèbre est Cambridge. Sincèrement j'ai du mal à croire
que dans les sciences "dures", math, physique, etc. Cambridge représente
tellement plus et tellement mieux que l'ensemble ci-dessus. Ensuite il ne
faut pas oublier que ce classement met dans le même pot tous les domaines
universitaires, scientifique, mais aussi médical, économique, etc. De celà
je ne sais absolument rien.

Ensuite il y a la part exorbitante attribuée aux gens exceptionnels, prix
Nobel, etc. Croire que ceci représente la réalité de la recherche est une
fumisterie. Les universités américaines sont surreprésentées dans ce
classement. On y voit à des rangs incroyablement élevés des universités du
Middle West que personne ne connaît, et qui ne figurent à cette place que
parcequ'elles ont fait un pont d'or à quelques célébrités pour les attirer
dans leur cambrousse. Autant il est évident que Harvard, Princeton, Berkeley,
Stanford, le MIT dominent le monde de la recherche mondiale (depuis que le
système soviétique s'est écroulé), autant un certain nombre d'autres
classements sont absolument ridicules.

--

Michel TALON

Valmont

unread,
Oct 10, 2005, 8:33:44 AM10/10/05
to

Il est assez facile de comprendre que le classement de Shangai
n'est pas assez bien mené pour pouvoir prétendre avoir une valeur
objective. Il n'y a en effet pas assez de données dans leur base.
Ils ne font que compter les Nobels et les publis dans Nature et
Science :

http://ed.sjtu.edu.cn/rank/2005/ARWU2005Methodology.htm#Meth2

C'est bien trop faible pour en faire un classement valable. La
seule chose que cela nous apprend, c'est que par rapport aux
Etats-Unis la France manque de Nobels et de publis dans Nature et
Science, ce qui est malheureusement vrai. Mais il y a d'autres
raisons qui expliquent cela.

Sinon, ce qu'il y a d'etonnant dans l'article du Figaro, c'est
l'auteur, Nicolas Baverez, Essayiste et économiste, auteur de
"La France qui tombe (Perrin)". Je ne pensais pas que l'ENS pouvait
susciter autant de soutien de sa part. J'ai un peu peur qu'il ne
cherche à la transformer en musée, mais c'est l'intention qui
compte. C'est un ancien élève, ou quoi ?


V.

Michel Talon

unread,
Oct 10, 2005, 9:27:39 AM10/10/05
to
Valmont <val...@padespams.fr> wrote:
> Sinon, ce qu'il y a d'etonnant dans l'article du Figaro, c'est
> l'auteur, Nicolas Baverez, Essayiste et économiste, auteur de
> "La France qui tombe (Perrin)". Je ne pensais pas que l'ENS pouvait
> susciter autant de soutien de sa part. J'ai un peu peur qu'il ne
> cherche à la transformer en musée, mais c'est l'intention qui
> compte. C'est un ancien élève, ou quoi ?
>

Je ne crois pas. Par contre c'est pas les anciens élèves qui manquent
sur fr.sci.physique et fr.sci.maths ...

>
> V.
>

--

Michel TALON

Philarete

unread,
Oct 23, 2005, 4:44:27 AM10/23/05
to

Je me permets d'intervenir, puisque je tombe sur cet intéressant
échange :
Si, Baverez est un ancien d'Ulm (promo 1980), même s'il a fait l'ENA
ensuite. De même pour l'historien Jacques Julliard, qui a donné une
sorte de "version de gauche" du cri d'alarme de Baverez, dans le Nouvel
Obs.

Michel Talon

unread,
Oct 23, 2005, 5:51:11 AM10/23/05
to
Philarete <aubin....@gmail.com> wrote:
> Si, Baverez est un ancien d'Ulm (promo 1980), même s'il a fait l'ENA
> ensuite. De même pour l'historien Jacques Julliard, qui a donné une
> sorte de "version de gauche" du cri d'alarme de Baverez, dans le Nouvel
> Obs.
>

Tiens, on apprend tous les jours quelque chose. Faut-il en déduire que
son "cri d'alarme" est un canular?


--

Michel TALON

Philarete

unread,
Oct 23, 2005, 9:31:15 AM10/23/05
to
Michel Talon wrote:

> Tiens, on apprend tous les jours quelque chose. Faut-il en déduire que
> son "cri d'alarme" est un canular?

> Michel TALON

Je connais peu Baverez, mais je n'ai pas l'impression qu'il ait
conservé, de son passage à Ulm, un goût prononcé pour le canular...
La vérité est que la crise est assez grave à l'ENS. Avant hier, je
crois, le directeur a convoqué une conférence de presse, pour
dénoncer la "campagne" relayée par le Figaro et le Nouvel Obs.
Certains disent que c'est sa succession qui est en jeu, mais le débat
dépasse tout de même ce petit problème personnel... L'aspect
financier et budgétaire n'est pas le moindre, en tous cas, et je
soupçonne le projet de fusion Ulm-Cachan d'être commandé avant tout
par le souci de faire des économies d'échelle: le reste est du
baratin censé masquer le fait que l'Etat n'a pas, ou ne veut pas
prendre, les moyens de faire fonctionner décemment ces institutions.

Michel Talon

unread,
Oct 23, 2005, 9:58:12 AM10/23/05
to
Philarete <aubin....@gmail.com> wrote:
> Michel Talon wrote:
>
> > Tiens, on apprend tous les jours quelque chose. Faut-il en déduire que
> > son "cri d'alarme" est un canular?
> > Michel TALON
>
> Je connais peu Baverez, mais je n'ai pas l'impression qu'il ait
> conservé, de son passage à Ulm, un goût prononcé pour le canular...

Ouaf!

> La vérité est que la crise est assez grave à l'ENS. Avant hier, je

Ca fait grosso modo depuis 1968 que la situation est grave à l'ENS,
depuis certains "mauvais choix" et certaine visite du "Général" en
ses augustes locaux.

--

Michel TALON

Philarete

unread,
Oct 23, 2005, 10:27:10 AM10/23/05
to
C'est sûrement vrai, mais ça m'intéresserait de savoir en quel sens
vous l'entendez. Parce que la crise actuelle me semble tout de même
liée à un phénomène plus général, qui est que l'Etat se croit seul
qualifié pour dispenser un enseignement supérieur, et d'autre part
manque actuellement totalement d'idée claire sur la raison d'être de
cet enseignement…

Michel Talon

unread,
Oct 23, 2005, 12:42:35 PM10/23/05
to
Philarete <aubin....@gmail.com> wrote:
> C'est s?rement vrai, mais ?a m'int?resserait de savoir en quel sens
> vous l'entendez. Parce que la crise actuelle me semble tout de m?me
> li?e ? un ph?nom?ne plus g?n?ral, qui est que l'Etat se croit seul
> qualifi? pour dispenser un enseignement sup?rieur, et d'autre part
> manque actuellement totalement d'id?e claire sur la raison d'?tre de
> cet enseignement?
>

J'ai du mal à comprendre. Il n'y a rien d'illégal à fonder des universités
privées. Il y en a même quelques unes comme catho. Il y a plein de grandes
écoles privées. Mais tout ça reste confidentiel et peu de gens sont prêts
à dépenser 30 000$ par an pour aller à la fac, ce qui est le prix standard aux
USA. Incidemment les gens sont prêts à investir de telles sommes quand ils ont
la garantie d'obtenir des jobs "à six chiffres" à la sortie. En France dans
la plupart des cas ça n'existe pas.
La raison d'être de l'enseignement supérieur? former des étudiants, exactement
comme partout dans le monde. La raison d'être de l'ENS c'est là qu'il faut se
poser des questions, dans la situation actuelle elle n'est même pas capable
de fournir des débouchés décents à ses anciens élèves dans l'enseignement
supérieur ou la recherche. Elle est tout juste capable du minimum syndical,
assurer des emplois dans l'enseignement secondaire, et quelques places dans
les corps pour les plus chanceux. Et cette décadence date d'aprés 68 quand la
droite au pouvoir a considéré qu'Ulm était peuplée de gauchistes et qu'ils
n'auraient plus rien. Réciproquement à la fac le normalien est un immonde
privilégié qu'il faut dégommer à tout prix.

--

Michel TALON

Joe Cool

unread,
Oct 23, 2005, 12:50:21 PM10/23/05
to
Michel Talon a écrit :

> La raison d'être de l'ENS c'est là qu'il faut se
> poser des questions, dans la situation actuelle elle n'est même pas capable
> de fournir des débouchés décents à ses anciens élèves dans l'enseignement
> supérieur ou la recherche.

L'ENS n'est qu'une sorte de super-fac dont les membres croient disposer
de droits supplémentaires (places réservées, etc). Pourquoi les
étudiants des universités bas de gammes n'airaient pas le droit à des
débouchés garantis ? Pourquoi est-ce moins honteux ?

--
Joe Cool

Michel Talon

unread,
Oct 23, 2005, 1:30:56 PM10/23/05
to

Tu vois je n'ai même pas eu besoin de ressortir le discours standard, tu t'en
charges pour moi. Donc dans ces conditions, explique moi à quoi ça sert de
passer le concours? C'est bien l'un des rares concours de la république qui ne
sert grosso modo à peu prés à rien. L'apôtre du déclin n'a pas besoin de
chercher plus loin pour expliquer le déclin de son école chérie.


--

Michel TALON

Tom

unread,
Oct 23, 2005, 4:51:59 PM10/23/05
to
Michel Talon a écrit :

> Tu vois je n'ai même pas eu besoin de ressortir le discours standard, tu t'en
> charges pour moi. Donc dans ces conditions, explique moi à quoi ça sert de
> passer le concours? C'est bien l'un des rares concours de la république qui ne
> sert grosso modo à peu prés à rien. L'apôtre du déclin n'a pas besoin de
> chercher plus loin pour expliquer le déclin de son école chérie.

A la fac par exemple les concours ça sert à rien. Ceux qui n'ont pas le
niveau n'ont pas leurs années, c'est tout. Sélection naturelle. Du
Darwinisme en puissance quoi :-)

--
Tom

jacques

unread,
Oct 24, 2005, 1:44:42 AM10/24/05
to
Au risque de passer pour le vilain petit canard, votre discours au
sujet de "débouchés garantis", lorsqu'on obtient un diplôme,
prestigieux de préférence, me paraît assez révélateur d'une vision
"figée" de la société qui illustre sans doute le malaise dont vous
vous plaignez.
Il me semble que l'obtiention d'un diplôme sanctionne des
compétences et est un atout pour jouer un rôle actif dans la
société, plutôt qu'un "droit" à un emploi garanti à vie.
Bien sur cette approche est moins sécurisante et conduit à se
remettre en cause régulièrement, mais n'est ce pas plus stimulant ?
Jacques

Michel Talon

unread,
Oct 24, 2005, 4:38:00 AM10/24/05
to
jacques <jacque...@neuf.fr> wrote:
> Il me semble que l'obtiention d'un diplôme sanctionne des
> compétences et est un atout pour jouer un rôle actif dans la
> société, plutôt qu'un "droit" à un emploi garanti à vie.
> Bien sur cette approche est moins sécurisante et conduit à se
> remettre en cause régulièrement, mais n'est ce pas plus stimulant ?
> Jacques

Sauf que quand on passe disons le CAPES on obtient un poste de prof, quand
on passe un concours de prof de Fac on obtient un poste de prof de Fac, etc.
etc. même quand on passe un concours de facteur on obtient un poste de
facteur. Je n'ai jamais vu tous ces universitaires qui tiennent de beaux
discours sur le "droit à un emploi garanti à vie" remettre en question leur
poste de prof de fac ou de maître de conf tous les ans et céder la place à un
jeune qui serait plus compétent. Et ce non seulement en France, mais même
aux USA pays phare du libéralisme. Quand un gus a obtenu la sacro sainte
"tenure" il ne sort de sa fac que les pieds devant. Un concours "prestigieux"
qui sert tout juste d'"atout pour jouer un rôle actif" ça s'appelle une
médaille en chocolat.

>

--

Michel TALON

jacques

unread,
Oct 24, 2005, 6:04:15 AM10/24/05
to

Il me semble que l'intérêt des études, c'est avant tout un
enrichissement intellectuel au niveau personnel ( qu'il faut savoir
apprécier et dont il faut prendre conscience de la force que cela
représente) et un atout vital au niveau d'une société. D'où
l'intérêt d'avoir d'avoir un niveau d'éducation élevé, pour une
société. Dans nos sociétés modernes, on vend essentiellement de la
" matière grise", soit directement sous forme de services soit sous
forme de biens "matériels" (ce que tu vends, ce n'est pas la
"quincaille" mais ce qu'on peut faire avec).

Le diplôme ( ou la médaille en "chocolat" comme tu dis ), n'en est
que le passeport.
Je ne le perçois pas comme un titre de propriété sur un emploi à
vie.
Mais ,je conçois que d'autres aient des points de vue différents (
pour certaines tâches, une certaine sécurité et stabilité est
souhaitable).


Je comprend ta remarque ( justifiée) sur l'organisation actuelle de
l'enseignement supérieur et de la recherche, qui ne favorise pas le
renouvellement et l'entrée de nouveaux jeunes talents, c'est un débat
qu'on a déjà évoqué ici, mais, entre nous, ce type de situation
n'est ni nouveau, ni propre à ce secteur, et quant à la solution
....c'est une autre histoire....
Jacques

Michel Talon

unread,
Oct 24, 2005, 6:47:36 AM10/24/05
to
jacques <jacque...@neuf.fr> wrote:
>
>
> Il me semble que l'intérêt des études, c'est avant tout un
> enrichissement intellectuel au niveau personnel

point de vue admirable pour qui s'appelle Wendel ou Rothschild, mais quelque
peu défectueux pour le pecus vulgaris, je le crains. Il y a malheureusement
trop de misérables pour qui les études ont surtout l'intérêt de se monnayer en
espèces sonnantes et trébuchantes ... Par exemple aux USA, temple toujours
vénéré de la pensée juste, on s'aperçoit que depuis que les études
scientifiques ne payent plus, et bien tout simplement les étudiants
désertent.

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Joe Cool

unread,
Oct 24, 2005, 8:42:53 AM10/24/05
to
Michel Talon a écrit :

> Tu vois je n'ai même pas eu besoin de ressortir le discours standard, tu t'en
> charges pour moi. Donc dans ces conditions, explique moi à quoi ça sert de
> passer le concours ?

À rien, il suffit d'y entrer sur dossier.

--
Joe Cool

Joe Cool

unread,
Oct 24, 2005, 8:44:38 AM10/24/05
to
Tom a écrit :

Excepté quand les concours sont déguisés en examens. Ah, j'en veux pas
plus de vingt cet année, débrouillez-vous pour que tous les autres
soient en dessous de la moyenne.

--
Joe Cool

jacques

unread,
Oct 24, 2005, 8:48:21 AM10/24/05
to
Je ne suis ni Wendel ni Rothschild, et je n'ai pas d'admiration
particulière ( ni de complexe) pour les universités US, mais c'est
ma perception des choses ( que j'ai mis en pratique, ayant fait toute
ma carrière dans le privé, et n'ayant pas eu l'impression d'y avoir
été spécialement maltraité). En fait je me serais plutôt bien
amusé tout en travaillant honnêtement, mais toujours avec
détachement et sans excès.

Je ne prétends pas que ce soit le modèle universel, mais c'est une
alternative possible ( c'est un choix qui dépend des aspirations de
chacun).
Je conviens que malgré mon intérêt et mon respect pour la science,
je suis plutôt mal placé pour donner des conseils sur ce qui faudrait
faire sur l'enseignement supérieur et la recherche ne connaissant la
chose que de l'extérieur. Ce que j'ai constaté c'est que ceux qui
avaient tenté de faire bouger la chose, se sont heurtés à de
puissantes inerties qui ont fait capoter l'entreprise. Mais d'accord
avec toi pour dire que si la situation perdure, il y a péril en la
demeure.
La solution devrait être politique, mais vu les intérêts et les
forces en présence, c'est pas gagné. La solution va alors arriver
inéluctablement autrement, par un pourrissement de la situation.

On observe une désaffection pour les carrières scientifiques( à
l'IAP, le "M2" n'a pas fait recette cette année): faut dire qu'elles
ne sont pas vraiment valorisées dans les médias ( sauf quelques uns)
, vu que ce qui est valorisant , c'est ce qui fait de la "tune".

C'est Boris Vian qui ironisait: "il est normal que les "vendeurs"
soient plus payés que les créateurs, car c'est moins intéressant de
vendre que de créer". Tout même, on a dépassé les bornes.

Il y a un juste équilibre à retrouver, espérons que le milieu
scientifique en a bien pris conscience. Je ne suis pas certain de la
chose. J'ai vécu ce genre de situation plusieurs fois dans ma
carrière. Il y en a qui ont su se remettre en cause d'autres pas. Ces
derniers ont disparus corps et biens. Peut être faut il en passer par
là ???
Jacques

Joe Cool

unread,
Oct 24, 2005, 8:48:03 AM10/24/05
to
jacques a écrit :

> Il me semble que l'obtiention d'un diplôme sanctionne des
> compétences et est un atout pour jouer un rôle actif dans la
> société, plutôt qu'un "droit" à un emploi garanti à vie.
> Bien sur cette approche est moins sécurisante et conduit à se
> remettre en cause régulièrement, mais n'est ce pas plus stimulant ?


Déclaration universelle des droits de l´homme, Article 23, Tiret 1 :

« Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à
des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la
protection contre le chômage. »

Ce qui m'énerve chez les normaliens, c'est que dès qu'ils ont leurs
privilèges, ils se gardent bien de se battrent pour ils n'en soient plus.

--
Joe Cool

Joe Cool

unread,
Oct 24, 2005, 8:49:50 AM10/24/05
to
Michel Talon a écrit :

Dès qu'un normalien a son agreg, il n'a pas à demander de traitement de
faveur.

--
Joe Cool

Michel Talon

unread,
Oct 24, 2005, 10:11:26 AM10/24/05
to

Toujours aussi logique! En effet tu as raison, l'entrée sur dossier a suffi à
nullifier complètement ce que le concours pouvait justifier.

>

Michel Talon

unread,
Oct 24, 2005, 10:10:18 AM10/24/05
to
Philippe Gaucher <p...@crepe.flambee> wrote:

> ta...@lpthe.jussieu.fr (Michel Talon) writes:
>
> > Tu vois je n'ai même pas eu besoin de ressortir le discours
> > standard, tu t'en charges pour moi. Donc dans ces conditions,
> > explique moi à quoi ça sert de passer le concours? C'est bien l'un
> > des rares concours de la république qui ne sert grosso modo à peu
> > prés à rien. L'apôtre du déclin n'a pas besoin de chercher plus loin
> > pour expliquer le déclin de son école chérie.
>
> Minute ! Réussir le concours de Normale Sup a un intérêt : on est payé
> et ça compte un peu pour la retraite.

La théorie de l'hotel, on me l'a déjà expliquée. Les points de retraîte
(divisés par 2) en voilà une perspective enthousiasmante pour un jeune!
Surtout quand à la sortie de Ulm il se rertouve au RMI pendant des années
(oui j'en connais).

>
> pg.

Michel Talon

unread,
Oct 24, 2005, 10:12:44 AM10/24/05
to
Joe Cool <zier...@free.fr> wrote:
>
> Dès qu'un normalien a son agreg, il n'a pas à demander de traitement de
> faveur.

pour être professeur dans le secondaire, ce que je disais.

>

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