Fraction a exprimé avec précision :
...
> L’observation fait valoir une preuve, par l’interprétation d’une perception.
> Mais la preuve n’a pas le monopole de l’évidence. Il existe d’autres formes
> d’évidences rationnelles et démonstratives ou intuitives et axiomatiques.
Mais aucune qui ne permette malheureusement la puissance opérationnelle
des sciences, tout simplement parce que les "évidences" ne sont pas des
preuves, factuelles ou logiques, mais des interprétations humaines.
L'observation, au sens scientifique, ne passe pas par la perception
mais par les appareils de mesure, lesquels donnent la même indication
dans leur marge d'erreur, quelque soit le fabricant.
Il était "évident" à une époque, que la terre était plate, ou que le
soleil tournait autour de la terre. Les "évidences" sont subjectives,
pas l'indication du thermomètre à l'ombre.
...
> Là, on piétine dans un débat « induction vs transcendance ». On est pourtant
> d’accord sur le fond : la dimension n’est pas une main invisible, mais il
> existe une main invisible décrite par les forces réelles que l’on pourrait
> réduire à une dimension, par une sémantique adaptée. Reconnaissez au moins
> l’analogie avec un scrutin démocratique, où induction et transcendance ne
> sont que les deux faces d’une même pièce, sans corrompre la linéarité de
> votre chère causalité. La dimension agit par négativité, comme une diapo, un
> moule : c’est davantage un promoteur qu’un constructeur. Qu’en est-il de la
> définition que vous donnez à l’espèce animale, sinon la définition d’un
> concept, dont la logique coïncide avec le physique, et dont le tribut
> essentiel est l’homologation ? Si l’espèce homologue la compatibilité
> génétique des créatures, entre autres, cela implique une verticalité
> ontologique du déterminisme. Si vous êtes amateur de mathématique fractale,
> vous devez savoir que l’implication a trois formes naturelles : l’arbre, la
> bulle et l’homothétie. Le déterminisme que vous reconnaissez, et que
> reconnait la science, c’est le déterminisme causal. Mais il en existe deux
> autres : le déterminisme référentiel et le déterminisme analogique. Les
> implications entre la causes et son effet sont causales, les implications
> entre un escargot et un camping-car sont analogiques, et les implications
> entre Paris et la France sont référentielles. Vous êtes encore sauvable,
> repentez-vous au dieu du déterminisme, avouez-lui l’autorité indue de votre
> argument factuel. ? La machine à vapeur permet à la civilisation un certain
> niveau d’énergie. Vous allez me dire que ce niveau d’énergie n’est pas un
> concept, et pourtant il discrimine, par limitation rationnelle. Vous allez me
> dire que ce n’est pas une cause, et pourtant cette limitation n’est que le
> contraire de son moteur, sa formule, qui propulse l’autopoïèse ferroviaire
> par conduction. Ce moteur conceptuel fait bien « vroum », mais seulement dans
> un champ de considération analogique.
Je "zappe", voir 2§ plus loin.
...
> L’interrupteur suffirait-il à la lumière ? Chronologiquement peut-être, mais
> chronologiquement seulement. ? La charge de la preuve (ou de la
> démonstration) est plutôt à celui qui revendique les ressources structurelles
> du cerveau comme suffisantes à l’intelligence.
"Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"
Euclide.
C'est ce que je fais à propos d'un nébuleux "quelque chose" qui serait
nécessaire à l'intelligence au-delà du cerveau, et dont ceux qui
l'affirment ont la charge de la preuve. Pour ma part j'affirme donc,
gratuitement si l'on veut puisque je n'ai pas la charge de la preuve,
qu'il n'existe pas, que le cerveau suffit.
Aucune preuve de ce qui est affirmé ne pas exister ne peut-être
demandée, puisque la preuve consiste à démonter l'existence de la
chose.
...
> Je ne saurais pas décrire le rouge à un aveugle, et pourtant je saurais lui
> parler de toute forme de « biologie impactée » dans leurs moindres détails.
> Si un simple jeu d’ondes, de particules et de champs suffit à justifier en
> vous l’émergence des couleurs, comme des autres sens, l’évidence qui peut
> arbitrer cette croyance relève plutôt d’une véracité intuitive, impressive,
> et difficilement transmissible. En français ça donne ? : le rouge véhicule
> une vérité référentielle ni objectivable (cf. vacuité de l’onde
> électro-magnétique) ni formalisable (cf. intransmissible).
Le rouge n'est qu'une étiquette collée sur l'une de nos perceptions.
Comme nos perceptions entre individus différents ont quand même de
nombreux points communs, la perception du "rouge" correspond en
l'occurence à une plage de fréquences électromagnétiques suffisamment
bien délimitée pour nous permettre de qualifier une propriété objective
des objects que nous voyons, et de nous entendre sur elle entre
individus, avec une faible marge d'erreur.
Mis à part chez les daltoniens, si je présente un objet vert en disant
qu'il est rouge, tout le monde me contradira, signe de l'objectivité de
ce genre "d'étiquette" malgré l'impossibilité d'en communiquer le
ressenti.
Qu'ensuite on fasse de la métaphysique sur ce que serait le rouge en
tant que tel, ça n'a pour moi aucun sens. Je m'en tiens à ce qui a un
pouvoir opérationnel, le reste étant un jeu d'interprétations, de
définitions, voire de verbiage jouant sur des significations modulables
à l'infini, jeu qui, s'il a un minimum de cohérence logique interne,
est du domaine de l'irréfutable. C'est la raison de mon zap d'un
paragraphe précédent, désolé.
...
> Dans chaque scientifique sommeille un rêveur insatiable. J’espère que votre
> rêve n’aveugle pas trop votre sens des réalités. ? Je ne suis pas sûr de
> rencontrer dans ma vie une machine qui saura faire ses lacets, mais j’ai peur
> que si elle le savait, elle ne saurait pas grand-chose d’autre, et que son
> algorithmique ne serait, pour le moment, pas transposable, comme du jeu
> d’échec au jeu de Go par exemple.
https://www.huffingtonpost.fr/2017/10/18/en-3-jours-lintelligence-artificielle-de-google-a-appris-le-jeu-de-go-et-ecrase-la-machine-qui-a-detrone-lhomme_a_23247579/
Vous vous trompez, vous n'avez pas idée de l'état de l'art du domaine.
Cela n'a vraiment rien à voir avec la programmation classique où toutes
les branches sont prévues et l'ensemble déterminé.
Les programmes d'IA sont des programmes qui se modifient eux-mêmes et
évoluent en fonction de leur "expérience". Si au départ on dispose de
deux programmes identiques qui ne savent quasiment rien faire sauf leur
apprentissage, alors placés dans des environnements différents ils
seront complètement différents au bout de quelque temps.
On ne peut même pas prévoir ce qu'ils feront. Il y a eu un exemple d'IA
orienté vers la communication. Deux machines devaient apprendre à
communiquer entre elles. Elles ont réussi, et ceux à l'initiative du
projet étaient incapables de comprendre le protocle de communication
qu'elles ont élaboré et qu'elles utilisaient pour dialoguer entre
elles.
Le seul obstacle aujourd'hui pour une IA généraliste, qui ne se
contente pas du jeu de go, est la puissance de calcul encore
insuffisante. On sait cependant comment la puissance des machines
évolue (en gros suivant la loi de Moore). En moins d'une génération,
sans doute même moins, on y sera.
...
> Vous voudriez que le signifié émerge du signifiant, que le sens émerge du mot
> ? Que la machine, à force de traiter l’information comme un logisticien
> manipulerait un carton de produits, dont il ne connait que le poids et la
> fiche technique, réussirait enfin à visualiser intimement son contenu ?
>
> L’autoédition implique que l’auteur doit faire sa pub lui-même. Depuis que je
> poste sur les forums, j’ai vendu exactement zéro livre. C’est un début. ?
> Mais je me rends compte que ce forum est désert, il m’évoque un marécage dont
> vous seriez le hibou de circonstance. ?
On peut faire table rase de l'émergence. Aucune réalité n'émerge de
quoique ce soit, et j'ose même l'affirmation audacieuse que le tout est
bien la somme de ses parties si on les prend bien toutes (par exemple
les éléments de l'ensemble, mais aussi toutes les interactions
possibles entre éléments, elles-mêmes à considérer comme éléments...).
Prenons un exemple basique : des chercheurs ont créé des petits robots
mécaniques tous identiques se déplaçant sur une aire délimitée où
étaient éparpillés des cubes. Le programme de ces robots balladeurs
était des plus simples : s'ils rencontraient un cube, ils devaient le
pousser un coup devant et un coup à gauche. Ces robots ne
communiquaient pas entre eux. Au bout de quelque temps, les chercheurs
notaient que tous les cubes avaient été "bien rangés" d'un côté.
Serait-ce que les robots se seraient organisés ou auraient une
conscience collective ? Bien sûr que non. On comprend seulement qu'avec
un jeu d'instructions simplissime et le désordre, on est arrivé à un
ordre digne d'une conscience allergique à la pagaille, à quelque chose
qui donne l'impression que le tout est plus que ses parties, alors que
le tout était mécaniquement l'effet de causes élémentaires mais
nombreuses.
Une fourmilière fonctionne ainsi. De là à ce que les neurones et
synapses de notre cerveau s'apparentent à ces robots, dotées
d'"instructions" élémentaires simples, mais dont le nombre nous empêche
de d'en maitriser la complexité, et dont le résultat final que nous
voyons nous donne l'impression d'une "émergence" ou d'une
"transcendance", comme la conscience, il y a un pas à franchir.
Ce qui émerge, c'est notre changement de paradigme quand nous voyons
par exemple des cubes en vrac ou des cubes bien rangés, ou pour ce qui
est de la conscience, quand nous voyons le comportement rudimentaire
d'un cloporte, ou quand nous voyons l'oeuvre d'un artiste. Ce qui
émerge n'a aucune réalité objective, c'est notre point de vue qui
change par effets de seuils quand on observe comme un tout, le résultat
du fonctionnement de ses parties qui le déterminent totalement.
...
> Je vais tenter de déverrouiller votre conception de la réalité par une simple
> évocation : vous êtes cerné par le champ des possibles, mais vous ne le voyez
> pas, reste à définir votre niveau de rétroaction avec lui. Une espèce animale
> peut très bien tomber dans un puit de l’évolution, et avoir des difficultés
> fondamentales à en sortir. Tout simplement parce que le champ des possibles
> est courbe. Et ça, de votre propre aveu, un scientifique rigoureux refusera
> de l’envisager.
Qu'appelle-t-on un "possible", un "champ de possibles" ? Un possible
est une éventualité à laquelle on pense quand on n'a pas toutes les
données. Si un possible ne se produit pas, c'est que c'était impossible
dans les conditions données, il manquait au moins un ingrédient.
...
> Je vais le formuler autrement : Le Big bang serait un préalable causal alors
> que le principe anthropique serait un préalable référentiel, par le moteur de
> sa suffisance et l’inhibiteur de sa nécessité. Encore une fois, votre chère
> causalité n’évolue pas toute seule, le déterminisme est plus vaste que la
> causalité.
"préalable référentiel" ? S'il a un rôle opérationnel, alors on peut
tester sa réalité. Comment ?
...
> Là, c’est vous qui imposez un sens à l’histoire. Comme si le scientifique
> avait vaincu définitivement tout idéalisme et toute spiritualité. Comme s’il
> occupait un positionnement monopolistique sur l’interprétation de la réalité.
> Et vous vous méprenez. Le réalisme n’a vaincu l’idéalisme que parce qu’il est
> audible et séduisant. Il n’a pas disqualifié sa cosmologie. Les théismes ont
> été relégués à la discipline métaphysique, par leur improuvabilité. Le
> réaliste déclare « pixel = mc2 » alors que l’idéaliste enrôle ce pixel dans
> un scénario, en aval, qu’il a jugé subjectivement plus néguentropique, et
> cosmologiquement plus rentable.
Mon seul "message" est de faire un distinguo.
La connaissance scientifique est une connaissance objective, démontrée
par l'effet que son utilisation a sur le monde, notamment par la
technologie. Ca "marche" donc la connaissance est réelle !
Si l'on prétend la réalité objective d'autres concepts non observables
au sens scientifique, alors c'est à ceux qui le pensent de le
démontrer, et ça restera toujours aussi fumeux que les principe
théologiques tant qu'on ne pourra en tirer des effets concrets.
Ensuite il ne s'agit pas d'écarter l'idéalisme ni la spiritualité, mais
de les considérer comme tels, faisant partie du rêve et de la poésie,
des drogues douces (tant qu'il n'y a pas passage à l'acte).
Enfin les siences, notamment physiques avec la relativité ou la
mécanique quantique, nous montrent que la réalité dépasse de loin, de
très loin, l'imagination la plus délirante des auteurs de SF. Donc si
l'on veut se faire plaisir, plutôt que l'idéalisme et la spiritualité,
il y a l'attrait de l'inconnu du monde, satisfaire sa curiosité par la
recherche de la connaissance objective (son objectivité étant démontrée
par son efficacité dans l'action concrète).
> On peut revendiquer un modèle quantique tout
> simplement parce qu’il est rentable énergétiquement. Il devrait en être de
> même pour les cosmologies.
Non, on le peut pas. On prend un modèle pour représenter abstraitement
ce qu'on observe. Et entre plusieurs, on garde celui qui colle le mieux
aux observations et qui est le plus général possible, c'est une
question de méthode, pas d'idéologie.