Il apparaît donc qu'ils luttent entre eux bien plus qu'ils ne discutent.
Mais pourquoi, pour quel objet luttent ils ? Faut il croire que pour
lutter il n'est pas besoin de lutter pour quelque chose ? La guerre est
le père et le roi de tout, disait Héraclite. Le principal est de lutter
quant à l'objet de la lutte, il est chose secondaire.
L'un proclame: l'homme est la mesure de tout ce qui existe; un autre lui
répond aussitôt : Non, ce n'est pas l'homme, c'est Dieu qui est la
mesure de tout. Et voilà la guerre déclarée. L'un affirme: "identique en
essence"; l'autre "semblable en essence", et c'est de nouveau la
bataille. Toute l'histoire de la pensée humaine, philosophique
théologique, est l'histoire d'une lutte acharné, mortelle.
Il y a lieu de croire que l'idée que nous nous faisons de la vérité
comme d'une chose qui ne supporte pas la contradiction découle au fond
de la passion des hommes pour la lutte. Les vieilles gens - les
philosophes, les théologiens sont d'ordinaire des vieillards - ne
peuvent se battre à coups de poings, et ils ont inventé que vérité est
"une" afin de pouvoir se battre au moins en parole. Or la vérité n'est
pas "une" du tout et n'exige nullement que les hommes se battent pour elle."
Léon Chestov: "Athènes et Jérusalem", p. 324; Ed.: Aubier.
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"The imagination is not a State: it is the Human existence itself."
William Blake
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"La seule vraie issue, dit-il, est précisément là où il n’y a pas
d’issue au jugement humain. Sinon, qu’aurions-nous besoin de Dieu ? On
ne se tourne vers Dieu que pour obtenir l’impossible. Quant au
possible, les hommes y suffisent. (Chestov) "
(A. Camus - le mythe de Sisyphe)
Daodejinge