Google Groups no longer supports new Usenet posts or subscriptions. Historical content remains viewable.
Dismiss

FRANCE: GENOCIDES (1995-2000) (7) : PIS QUE JAMAIS

0 views
Skip to first unread message

Johan Viroux

unread,
Nov 5, 2002, 7:56:28 PM11/5/02
to
Verschave François-Xavier, Noir silence / Qui arrêtera la Françafrique ?,
éd. Les Arènes, 2000

SIERRA LEONE

(p.80) En 1989, l"'entrepreneur de guerre" libérien Charles Taylor a tenté
un pari inédit : tellement martyriser son propre peuple qu'il écoeurerait
tout le monde - les Libériens et tous ceux, diplomates, militaires ou
humanitaires, qui prétendraient les défendre ou les soulager. Le pari a été
gagné en 1997, après huit années d'horreurs indicibles, à la fois
imprévisibles et planifiées, infligées le plus souvent par des
enfants-soldats drogués. La force interafricaine dépêchée contre Taylor
(l'Ecomog) a été incapable de répondre à cette stratégie de la terreur. Le
peuple libérien lui-même a fini par demander grâce : pour mettre un terme à
ses souffrances, il a élu son tortionnaire à la présidence de la République.
Le crime est parfait, puisque son auteur fait désormais figure de chef
d'État légitime.
J'ai montré dans La Françafrique1 comment cette entreprise criminelle,
visant à faire main basse sur les ressources et les trafics du Liberia,
avait bénéficié de la complicité active des réseaux françafricains. Elle
avait pour actionnaires deux figures emblématiques de la Françafrique, les
présidents ivoirien et burkinabè, Félix Houphouët-Boigny et son "filleul"
Blaise Compaoré. Plus le fantasque Kadhafi, dont on verra qu'il est de plus
en plus associé aux grandes manoeuvres françaises en Afrique - malgré
quelques bavures, comme l'attentat contre l'avion d'UTA Brazzaville-Paris.
(p.81) Dès mars 1991, le groupe Taylor-Sankoh s' attaque à la Sierra Leone
et y cultive l'horreur. Le téléspectateur français en a eu quelque écho lors
de la prise d' assaut de la capitale, Freetown, début
janvier 1999 : 6 000 civils massacrés, des centaines d' autres mutilés, le
viol systématique des femmes et des fillettes, des milliers d' enfants
enlevés . Après les réveillons, ça a fait quelques titres-choc dans les
journaux télévisés - sans un mot, bien sûr, sur la complicité persistante
des réseaux françafricains. La découverte de "loteries à l'amputation"
systématiques a excité les neurones, telle une pornographie. La presse
écrite a envoyé quelques reporters enquêter sur cette invention ordurière.
Il faut malheureusement exhiber des échantillons de leur travail, salubre,
si l' on ne veut pas sous-estimer le cynisme françafricain. Et parce qu'il
faudra bien dire non à certaines stratégies.
Karen Lajon rapporte les témoignages d' enfants-soldats libérés, les coups
incessants, la faim, l' entraînement à tuer .
Civilian, 12 ans, affirme avoir massacré une cinquantaine de personnes .
Il y avait quatre mercenaires avec nous, deux hommes et deux femmes".
Mohamed raconte comment on traitait les plus âgés, les droguant, les
appâtant par l' argent : « Vous pouvez pas comprendre, on se met dans un tel
état que l'on se marre devant toute cette violence, on trouve ça excitant,
on n'a pas de limites. [...]
(in : Les enfants de la mort en Sierra Leone, in : Le Journal du Dimanche,
14/03/1999)

(p.82) Patrick Saint-Paul1 a longuement écouté un autre enfant-soldat,
Sheriff Coroma, 11 ans, auquel l' on tente de réapprendre à vivre. Tous ses
confrères et consoeurs étaient drogués, à la cocaïne notamment, au point
parfois de devenir fous et de tirer sur les autres rebelles avant d' être
abattus. Ils étaient endoctrinés, aussi : « Vous êtes l'armée de libération.
Vous vous battez pour défendre le peuple sierra-léonais contre la tyrannie
de l'État corrompu ". On les saoulait enfin de films d' action américains,
Rambo et compagnie . Sheriff explique comment il est devenu préposé aux
amputations : « Son chef, le colonel Med, lui ordonne de couper les deux
mains à un civil. Sheriff obéit sans sourciller. "Avec la drogue, la vie
d'un homme n'avait pas plus de valeur que celle d'un poulet", dit-il.
Sheriff a fait ses preuves. Désormais il sera le coupeur de
mains attitré du colonel Med. Sheriff Coroma devient "Cut Hands". [...]
"Parfois, une dizaine de prisonniers étaient alignés devant moi et
attendaient leur tour". Assis à côté de Sheriff, le colonel Med est le grand
ordonnateur de ces atrocités. Il demande aux victimes : " manches courtes"
ou " manches longues", l'amputation au dessus du coude ou au niveau des
poignets. Les suppliciés pouvaient aussi opter pour le sacrifice d'un pied,
d'une jambe, ou d'une oreille. Ou bien choisir de mourir. [...] " La plupart
du temps, le colonel Med était de mauvaise humeur . il choisissait la double
amputation des bras" [...] .
Lorsque les enfants n' avaient pas mangé de viande depuis plusieurs jours,
on ordonnait à "Cut Hands" de ramasser les mains et les bras amputés. "Je
les mettais dans un grand sac, et puis je les jetais dans une grosse
marmite. On appelait ça la soupe rebelles. Les adultes n'en mangeaient
jamais" ".
Une écolière amputée de la main gauche raconte : « Les rebelles ont des
bouts de papier qu'il faut choisir. Pied coupé, une main coupée, deux mains,
un membre, tête scalpée, mort 3". Seulement un mutilé sur trois
(p.83) a pu survivre, estiment les organisations humanitaires présentes en
Sierra Leone.
"Captain Blood", 17 ans, recruté comme enfant-soldat au Liberia, ne se
souvient même plus de son vrai nom. Son meilleur souvenir d' enfance, c' est
" quand on a aligné deux cents personnes dans un village
et que j'ai eu le droit de les descendre avec une mitrailleuse de gros
calibre).
Son rêve ? " Que la guerre recommence en Sierra Leone. Sinon, je retournerai
me battre au Liberia. "
Venue en Sierra Leone, la Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Mary
Robinson est hantée par ce qu' elle a vu : « Tant de femmes et de jeunes
filles détenues pour servir de vraies esclaves sexuelles, tant d'enfants et
d'hommes jeunes et vieux qui ont perdu des membres par suite d'une politique
délibérée d'amputation ". Cette politique s' applique dans toutes les zones
de pénétration du RUF. Son passage
à Makeni, une ville située à 140 km au nord-est de Freetown, est ainsi
résumé par l'évêque du lieu .
« Plusieurs milliers de personnes, dont desfemmes et des enfants, ont été
délibérément tués et mutilés. Les femmes et les filles sont systématiquement
violées, les maisons brûlées et détruites, les biens pillés, les enfants
sont enlevés, drogués et contraints d'infliger des atrocités à leur propre
peuple ".
Selon Pascal Lefort, de l'ONG Action contre la faim4, cette systématisation
de l'horreur est un message simple, adressé à ceux qui voudraient empêcher
l' accession du RUF au pouvoir et à ses rentes -
les diamants notamment. En tête de ces gêneurs figurait la force
interafricaine Ecomog, envoyée par les pays ouest-africains pour soutenir le
gouvernement du président Tejan Kabbah, régulièrement élu en 1996. Aux
soutiens sierra-léonais et étrangers de ce pouvoir, les rebelles font savoir
. « Le recours à la force via l'Ecomog n 'apportera pas la solution au
conflit et nous sommes prêts à tout pour le prouver ".
Autrement dit : « Nous trouvons beaucoup plus économique, plutôt que de
porter des coups à une force armée, de torturer les civils et miser sur le
désir assez universellement partagé de faire cesser l'horreur".
Le message a été entendu. Sous l' égide du général-président togolais
Eyadéma, des négociations ont conduit à l' entrée du RUF dans un
gouvernement d'union nationale, avec amnistie de tous les crimes
commis - dont certains relèvent manifestement du crime contre l'humanité.
L'accord a été entériné par l'ONU. Pour la deuxième fois, la stratégie
taylorienne est légitimée.

1. D' après Patrick Saint-Paul, Tortionnaire à onze ans au Sierra Leone, in
Le Figaro du 28/09/1999.
2. Propos tenus à Freetown le 25/06/1999, IRIN.
3. Cité par AE (Sierra Leone. Libération d'un prêtre enlevé par la
rébellion, 12/04/1999).
4. Sierra Leone : l'impasse, inAction contre la faim. Le Journal, 07/1998.

(p.84) « Superman, Leather Boot ("Botte de Cuir") et Mike Lamin trois des
commandants les plus féroces du RUF viennent d'être libérés. [...1 Au Kosovo
[...1, de tels tueurs seraient probablement recherchés et inculpés par le
Tribunal pénal international. Ici, ils circulent en toute impunité, au
milieu de leurs victimes. [...1 Mary Robinson a été particulièrement
choquée, affirmant qu'il y avait "davantage de pertes humaines, de
mutilations et de violations des droits de l'homme" en Sierra Leone qu'au
Kosovo. [...1 L' amnistie des criminels de guerre a été imposée par le RUF
comme une condition non négociable à un accord de paix. "C'est une pilule
difficile à avaler , note Kadi Sesay [présidente de la Commission nationale
pour la démocratie et les droits de l'hommel. Mais c'était ça ou la
poursuite des massacres et des mutilations pendant des années" ».
Selon un rapport du Secrétaire général de l'ONU, le RUF et ses alliés
détenaient encore en septembre 1999 au moins 3 000 enfants enlevés lors de
l'attaque de Freetown en janvier. Corinne Dufka, enquêtrice de l'association
Human Rights Watch, note qu'en dépit de l' accord de paix, des assassinats
et des viols sont enregistrés chaque jour, «justement à cause de la
certitude de l'impunité" .

TAYLORISME
Qui a permis ce cycle de massacres, d' exactions, de mutilations ?
L' alliance de Charles Taylor, Blaise Compaoré et Muammar Kadhafi, bénie et
promue par la Françafrique.
Mué en président, le seigneur de la guerre libérien Charles Taylor a été
reçu avec les honneurs à l'Élysée dès la fin septembre 1998. Normal :
dirigeant d'un pays anglophone, il est francophone et francophile. Michel
Dupuch, le patron de la "cellule africaine" officielle, a été initié à l'
Afrique par l'un des parrains de Taylor, le président ivoirien Houphouët -
auprès duquel il fut ambassadeur durant quatorze ans. Il connaît
parfaitement le dossier libérien, avec, selon La Lettre du Continent, " un
penchant très favorable à Charles Taylor ".
Celui-ci continue de se comporter en chef de faction. La sienne a fait ...

1. La Sierra Leone veut quitter l'enfer, in Le Figaro du 18/09/1999, Mike
Lamin sera nommé ministre du Commerce et de l'Industrie le 21 octobre,
tandis que son chef Foday Sankoh prendra la présidence de la Commission de
la gestion des ressources stratégiques du pays, de la reconstruction et du
développement, qui supervise notamment le secteur minier.
2 D'après R, Ourdan, Leprix de lapaix, in Le Monde du 02/12/1999, Les
témoignages de cette violence continuée sont insupportables ( Testimonies
from civilian victims ofrecent abuses, HRW, 0311211999),
3. Élysée. L'Afrique selon Dupuch, 08/06/1995.

(p.85) ... près de 300 morts le 18 septembre 1998, en attaquant une autre
ethnie. Dix jours avant la réception à l'Élysée.
Le ministre de la Coopération Charles Josselin promet à Taylor que la
diplomatie française militera aux Nations unies pour lever l'embargo sur les
armes destinées au Liberia. Il n' est pas sûr que ce soit un bon
plan - saufpour les vendeurs d'armes. Trois mois après cette proposition,
les miliciens du RUF, épaulés et armés par le régime libérien, assaillent
Freetown et la livrent au carnage. Taylor lui-même admet que « 3 000
Libériens " combattent aux côtés de la rébellion sierra-léonaise, mais selon
lui il ne s'agirait que de « mercenaires ".
Aux entreprises françafricaines, Taylor a de nouveau fait miroiter l'or, les
diamants, le fer, le bois, le caoutchouc, dont son pays est richement
pourvu. Elles en ont été « impressionnées$, selon leur porte-parole
Jean-Louis Castelnau .
Le président libérien continue cependant de s' adonner aux trafics en tous
genres, dont la capitale Monrovia est une plaque tournante : pavillons de
complaisance, drogue, armes, diamants de contrebande.
Selon le département d'État américain, Taylor est devenu un acteur important
du circuit parallèle des diamants. Ce qui lui permettrait d'acquérir des
armes pour le RUF3. Plusieurs faits confortent cette assertion.

--
Pour contacter le modérateur : fsg-...@neuronnexion.fr

0 new messages