À PROPOS DU PRETENDU " RECHAUFFEMENT GLOBAL D'ORIGINE ANTHROPIQUE "
ET DE LA DISPARITION PROGRAMMEE DES GLACIERS ALPINS.
Communication du Professeur Robert VIVIAN, glaciologue,
membre de l'Académie Drômoise des Lettres, des Sciences, et des Arts.
Depuis bientôt un quart de siècle s'est mis en place un discours " mondialiste
", discours ambiant auquel personne n'a pu échapper, selon lequel " la terre
enregistre depuis quelques dizaines d'années un réchauffement de l'atmosphère
(de l'ordre de 1,5°C à 2° ou même 5°C pour le siècle…. selon les scénarios),
réchauffement - dit " global " - dû à l'augmentation dans l'atmosphère des gaz
à effet de serre produits par les industries humaines : C02, CH4, CFC..... La
preuve ? Les glaciers fondent, le niveau de la mer s'élève ; mieux ! Les
glaciers - et tout spécialement ceux des Alpes - sont, à court terme, menacés
de disparition. "
Une remarque d'abord : en matière scientifique, les " moyennes " ne veulent
rien dire : elles peuvent recouvrir des états et des notions complètement
contradictoires (ex. suite à la déglaciation quaternaire il a été enregistré
aux latitudes moyennes des transgres-sions marines tandis qu'aux latitudes
polaires au contraire, la conséquence a été le phénomène de landhöjning =
allègement, donc avec émersion des terres et " terrasses soulevées ").
Incontestablement l'utilisation abusive des " moyennes " nuit à la crédibilité
de certains modèles.
La " mondialisation " en matière de climat est un leurre. Elle n'existe pas.
Les évolutions des climats de notre planète ne se font, ni de manière
concomitante, ni de façon homogène. On le redécouvre aujourd'hui avec le
concept de NAO (Oscillation nord atlantique des valeurs de la pression
atmosphérique) qui analyse les comportements climatiques souvent
contradictoires du Nord et du Sud de l'Europe ; comme existent des oppositions
entre Amérique du Nord et Europe, entre le domaine antarctique et le reste du
monde.
En octobre 2005, les équipes nationales de ski se plaignaient de ne pas pouvoir
faire d'entraînements : parce qu'il y avait trop de neige dans les Alpes
Orientales… et pas assez dans la vallée de Tarentaise (P. Jolly, Le Monde). En
2005-2006, pendant que l'Europe subit une vague de froid sans précédent,
l'Australie enregistre des records de chaleur générateurs d'incendies monstres,
etc.
On comprendra qu'il est complètement erroné de vouloir étudier les variations
des glaciers de montagne des régions tempérées au vu des seules courbes de
température et des seules évolutions de l'environnement chimique des régions
polaires. Qu'on se le dise !
Par ailleurs, il faut bien avoir en mémoire que si un réchauffement peut
provoquer aux latitudes moyennes une fusion accélérée des glaciers
(canicules1976 et 2003 !), au contraire, dans les zones froides à températures
négatives, iI signifie, le plus souvent, une augmentation des précipitations
neigeuses donc à terme, une crue glaciaire.
Autres remarques montrant que sur le terrain, les choses ne sont pas si simples
que cela :
- pour certains glaciers alpins et pour les glaciations d'inlandsis (travaux de
la NASA au Groënland) les conclusions des études de bilans glaciaires sont à
nuancer : des bilans positifs peuvent correspondre, sur les fronts, à des
reculs linéaires et volumétriques tandis que des bilans négatifs peuvent fort
bien se traduire dans certaines circonstances par des avancées glaciaires ;
- phénomène souvent méconnu : dans les pays de mousson (Himalaya),
l'accumulation en neige des glaciers se fait en été plus qu'en hiver, au
contraire des autres régions du monde où l'hiver est la saison d'alimentation
et l'été la saison d'ablation.
Et avec tout cela, on voudrait que les glaciers obéissent au doigt et à l'œil
aux fluctuations climatiques !
Ensuite, les glaciers n'ont pas attendu l'aube du troisième millénaire, ni le
développement des industries humaines pour fluctuer (grosso modo) en fonction
du climat. Depuis la fin des temps quaternaires, la décrue en Europe a ainsi
ramené les glaciers des zones de Piémont jusque dans le coeur de la montagne
alpine... enregistrant alors des fluctuations qui ont été beaucoup plus
importantes que celles enregistrées aujourd'hui, et en des temps où il n'y
avait ni voitures, ni chauffages urbains, ni aucune autre trace sensible de
civilisation humaine !
En fait, ce qu'il faut surtout savoir, c'est que les glaciers - surtout les
glaciers dits " de montagnes " tels que ceux que l'on rencontre dans les Alpes
- ne sont que des indicateurs " imparfaits " du climat. D'autres facteurs que
le climat interviennent, en particulier ceux liés au cadre physique dans lequel
s'inscrivent les glaciers (géologie, altitude moyenne, altitude du front, pente
longitudinale, hypsométrie, couverture morainique, hydrographie...).
On ne peut donc, en aucune façon, faire systématiquement d'une variation
glaciaire (positive ou négative) le test d'une fluctuation de même sens du
climat.., donc, a fortiori, de " l'artificialité " du climat mise en avant à la
fin du XXe siècle.
L'expérience du terrain..., mais que disent donc les glaciers ?
Un point d'actualité d'abord : oui, aujourd'hui, beaucoup des glaciers alpins
reculent, comme ils l'ont souvent fait dans leur histoire ! Mais cela joue
chaque année sur des pourcentages variables de la population des glaciers.
Pendant que certains ou beaucoup de glaciers reculent, certains autres… ou
beaucoup d'autres sont, dans le même temps, en position stationnaire ou en
position d'avancée. Pour bien s'en persuader il suffit de consulter le schéma,
très pédagogique, des variations suisses au cours du XXe siècle (in " Les
variations des glaciers suisses ", Revue du Club Alpin Suisse).
Les longueurs des langues des glaciers alpins diminuent, mais les volumes de
glace restants sont encore considérables. Ainsi le minuscule glacier de
Sarennes (dont beaucoup pressentent la fin prochaine !) juxtapose aujourd'hui
trois sous-bassins où la glace dépasse encore 70 à 80 mètres d'épaisseur. A
Saint-Sorlin, l'épaisseur maximum relevée est de 135 mètres ! (sources : Labo
de glaciologie CNRS).
Un retour sur la période holocène : l' Holocène a marqué depuis 12000 ans le
grand recul des glaciers alpins jusqu'à leur position actuelle. Depuis le
Boréal (9000-7000 BP), les glaciers ont oscillé sur un espace assez restreint,
celui des marges des glaciers actuels, permettant à ces altitudes une présence
continue des espèces arborées (cf. bois datés C14).
Alors que dans le dernier tiers du XlXe siècle et dans la première partie du
XXe siècle, les glaciers des Alpes ont subi, surtout de 1925 à 1965, un très
intense recul qui a marqué... et les esprits et les paysages glaciaires... le
dernier tiers du siècle (période centrée sur l'intervalle 1970-1990) a vu - au
contraire - , dans le massif du Mont-Blanc et dans d'autres régions du monde,
les fronts des glaciers avancer et les volumes de glace s'accroître. Ne
parlait-on pas dans la presse, en 1986, de " nouvelle glaciation " ? Que les
glaciers reculent ou avancent, il faut se rappeler que leur comportement ne
doit être analysé qu'à l'aune de la durée (historique et géologique) ...et non
de l'année ou d'un tout petit groupe d'années, voire d'une vie humaine. Le
glaciologue suisse F.A. Forel, en 1902, allait plus loin encore lui qui
constatait : " Hélas ! la mémoire de l'homme est bien courte et ses
comparaisons bien incertaines. "
Sinon, il devient facile de prouver tout et n'importe quoi, y compris de mettre
en contradiction avec eux-mêmes les tenants du tout " réchauffement global dû
aux industries humaines ".
Quelques exemples ?
Les glaciers ont été, dans le passé, beaucoup plus réduits qu'aujourd'hui. À
preuve l'existence de ce village de Saint Jean de Perthuis (aujourd'hui
disparu) qui occupait, avant le XVe siècle, l'emplacement actuel de la langue
frontale actuelle du glacier de la Brenva… ou bien encore, ces multiples
vestiges archéologiques révélés çà et là lors des phases du recul glaciaire
récent. Un fort recul peut ne pas être inexorable et ne doit pas aboutir
automatiquement à la disparition du glacier. Il y a plusieurs millénaires, la
croissance de pins cembro, pins à crochets ou mélèzes, à des altitudes et en
des lieux et des temps où aujourd'hui l'on ne trouve que de la glace, est un
fait avéré. Les glaciers ont, depuis, reconquis les espaces.
Flux et reflux au fil du temps ; ainsi vivent les glaciers du monde !
Dans le même temps où l'on nous annonçait qu'à cause des gaz à effet de serre,
les années 80 étaient les plus chaudes du siècle (cf. R. Houghton et G Woodwell
in Pour la Science, 1989, avec comme années " record ", dans l'ordre : 1988,
1987, 1983, 1981, 1980, et 1986), ces mêmes années 80 étaient marquées dans les
Alpes, sur le plan glaciologique, par une des deux crues glaciaires les plus
significatives du XXe siècle :
- en France (les glaciers du Mont-Blanc avancent ; sur la rive gauche du
glacier d'Argentière " destruction " - consécutive à la crue glaciaire - du
pylone de téléphérique situé en rive gauche, sur la bordure du glacier… ;
- en Suisse (crue glaciaire nécessitant la transformation de la prise d'eau du
torrent en prise sous-glaciaire au glacier de Biferten, bassin de la Linth (cf.
photos dans la revue du CAS) ;
- en Autriche et en Italie (augmentation localisée des pourcentages de glaciers
en crue).
Pourquoi cette perception apparemment erronée de la " réalité -terrain " ?
Il y a à cela au moins trois raisons.
1) D'abord une certaine méconnaissance de la vérité scientifique (la "
glaciologie d'autoroute " est mauvaise conseillère !) et géographique... dont
la conséquence est de faire apparaître le glacier comme le simple - et seul -
reflet du climat ambiant.
2) Ensuite, nous l'avons dit, la période de crue des années 80 a été
complètement masquée aux yeux du grand public par la réalité de nombreux reculs
concomitants (qu'il n'est point nécessaire de nier pour rester dans la
normalité millénaire), enregistrés principalement sur de petits glaciers,
exposés au sud, de faible altitude moyenne, ou situés en marge de glaciation,
mais ne concernant que des volumes restreints de glace. L'exemple souvent
invoqué est le petit glacier de Sarennes (50 ha) en Oisans, glacier dont le
bilan de masse est mesuré in situ depuis plus de 50 ans (avec 30% de bilans
annuels positifs tout de même !). Le phénomène de recul est d'autant plus
voyant que le nombre des petits glaciers est important dans les Alpes
occidentales (75 % du nombre de glaciers - dont la taille est inférieure ou
égale à 50 ha - représentent à peine 19 % du volume de glace accumulée du Léman
à la Méditerranée). Par ailleurs, le nombre de petits glaciers s'accroît au
cours de la déglaciation (par morcellements successifs des grands glaciers) :
il convient donc, pour ne pas trahir la fameuse " réalité -terrain " ,
d'évoquer des surfaces - ou mieux encore des volumes - plus que des nombres et
surtout que des pourcentages de populations de glaciers.
3) Le discours mondialiste " triomphant ", martelé inlassablement, partout et
par tous (ou presque !) prêchant le réchauffement global et le recul des
glaciers de par le monde (cf. " le discours ambiant " résumé plus haut)... et
correspondant, dès les années 80, à la mise en place du discours-programme,
géopolitique plus que scientifique, de l'IPCC (lntergovernmental Panel on
Climatic Changes ; GIEC en français).
Non les glaciers alpins ne peuvent pas servir de preuve ou d'alibi
à l'identification de la part anthropique d'un soi-disant réchauffement global.
Le réchauffement d'origine anthropique (dont nous affirmons nous aussi la
réalité) reste largement masqué par les fluctuations " naturelles " du climat.
... ce qui , bien sûr, ne disqualifie en aucune façon le discours et les
recherches sur les effets des activités humaines (CO2, CH4, CFC..) dans les
évolutions climatiques très récentes.
Alors pourquoi cette contradiction entre notre analyse et celle soutenue par
l'internationale écologiste et diffusée à l'envi par les médias du monde entier
(ce qui ne constitue ni une vérité, ni une preuve, Paul Valéry l'a dit avant
nous !) ? Tout d'abord, rappelons que le catastrophisme a toujours fait partie
du discours scientifique.
En 1901, un géologue grenoblois, W.Kilian annonçait déjà la disparition
prochaine des glaciers alpins ; ce qui poussa le grand glaciologue suisse F.A.
Forel à répliquer, dans la Revue du Club alpin suisse, par un article
retentissant intitulé " Les glaciers alpins vont-ils disparaître ? "; article
dans lequel le Maître mettait en pièces les arguments de son éminent collègue !
On part trop souvent du postulat selon lequel il faut faire peur aux gens si
l'on veut qu'ils changent leurs comportements. Le discours des écologistes est
simple, mais aussi schématique… Et pour toutes ces raisons, pas toujours
scientifiquement juste ! Ainsi, que penser de ce commentateur-journaliste
suisse, défaitiste en diable, qui nous assène pour mieux nous persuader -
croit-t-il - : " D'ici l'an 2070, 80% de nos glaciers suisses auront disparu
"... ou de la publicité utilisée en 2003 comme appel pour l'exposition " Climax
" au parc de la Villette : " La terre se réchauffe, les glaciers fondent, la
mer monte "… ou, mieux encore, de celle du Ministère de l'Environnement (2001)
clamée sur les ondes par un fringant Fabrice Lucchini : " Plus les voitures
avancent, plus les glaciers reculent ". Ce discours n'a qu'un seul objectif :
convaincre. Il répond à une noble cause : la défense de l'environnement ;
laisser à nos enfants une terre propre. Qui ne peut être d'accord avec cette
profession de foi là ?
Mais l'approche de la relation " glaciers/climats " tient alors, nous l'avons
dit, beaucoup plus de l'argumentaire géopolitique que du discours scientifique…
avec des dérapages inacceptables car ils conduisent à l'énoncé de contre -
vérités scientifiques graves qui, à terme, ne peuvent que discréditer une cause
au départ généreuse.
RETOUR À UNE ÉVIDENCE : " L'EXCEPTION CLIMATIQUE " DE 2003
SE SITUE BIEN DANS LA NORMALITÉ DU CLIMAT TEMPÉRÉ.
Ainsi va la vie sous les latitudes tempérées où, en matière de climat,
l'exception confirme souvent la règle…et où, à chaque fois, chacun s'étonne et
s'inquiète de ces " exceptions " qui pourraient devenir la réalité de demain.
Au XVIIe siècle déjà, Madame de Sévigné, depuis le château de Grignan, évoquait
ces " dérèglements du climat ". Mais bien avant elle, les chroniques avaient
souligné les facéties du climat de l'ouest européen marqué, comme le disent les
scientifiques, par de " fortes variabilités inter-annuelles " : périodes de
grande sècheresse, phases de fortes chaleur, hivers sans neige ou hivers
tardifs, années pluvieuses ou hivers précoces et fortement enneigés, tempêtes…
et bien après elle, les phénomènes climatiques rares perdureront !
a - Dans la Drôme
Grâce au recueil d'observations météorologiques de l'an 359 à l'an 1900
rassemblées par Albert Gourjon (Valence 1968) et aux richesses publiées dans le
Bulletin de la Société archéologique et de Statistique de la Drôme, nous savons
que ce département n'a pas été exempt de canicules et sècheresses telles que
celles que nous avons endurées en 2003… et que cette année là n'a pas constitué
une exception.
Quand bien même il est difficile, à distance, d'apprécier le contenu
d'informations peu documentées, les situations exceptionnelles telles qu'elles
nous sont relatées, se sont succédé à un bon rythme pendant des siècles : en
l'an 627 avec " des sources qui se tarissent et de nombreux morts de soif " ;
en 640 où l'on enregistre des chaleurs tropicales : " les hommes et les femmes
tombaient morts n'ayant plus en bouche la salive nécessaire " ; en 850, famine
résultant de la chaleur et de la sècheresse enregistrées ; en 987 " chaleur
épouvantable déclenchant une famine qui durera cinq ans " ; en 995 été
excessivement chaud au cours duquel " les arbres s'enflammaient spontanément "
en 1000, en 1135, en 1232, en 1393, en 1473, en 1504, en 1518, en 1540, en
1583, en 1605, en 1612, en 1642, en 1660, en 1681, en 1706, en 1719 (" 1719 fut
une des années les plus sèches et les plus chaudes qu'on ait encore vues en
France ")… Et ainsi de suite : plusieurs fois par siècle en moyenne de graves
canicules se sont exercées sur le Sud-Est français.
b - Dans les Alpes
Les Archives de la Société des Amis du vieux Chamonix regorgent également de
témoignages précieux… sur les hivers tardifs par exemple. Par chance, cela
s'est passé au XVIIIe et au XIXe, une époque où les sports d'hiver ne
représentaient pas le gros de l'activité économique de la Vallée et dans un
temps où l'année " commençait bien " lorsqu'il n'y avait pas de neige !
- 1744 : " L'an 1744 commença par un beau temps. On eut très peu de neige. Les
mulets roulaient facilement toute la commune aussi librement qu'au mois d'août.
Jamais homme vivant n'avait vu un temps si agréable dans cette saison. L'hiver
commença le 9 mai… "
- 1765 : " L'année 1765 débuta sous d'heureux auspices car depuis le 10
décembre jusqu'au 30 janvier on eut une température délicieuse. Le 24 février
on partit pour aller travailler les vignes à Martigny…. "
- 1783 : " Pour à l'égard de l'hiver, il fut tout à fait léger jusqu'au
commencement du mois de mars, qui fit une grande quantité de neige le premier
et le second jour… "
- 1797 : " Janvier, léger, de même en février ..puis beau temps continu en
février-mars. Hiver remarquable : manque de neige pour la luge ; début des
labours le 8 avril. "
- 1815 : " L'an 1815 commença bien et fut beau jusqu'au 11 mars où il tomba
beaucoup de neige. Nous avons commencé de semer le 8 avril. "
c - Sur le territoire français
Au XXe siècle, les périodes de sécheresse vinrent pareillement bouleverser le
bel ordonnancement du climat français :
- 1921 est le cœur d'un épisode sec qui s'étend sans interruption d'octobre
1920 à mars 1922. La Loire à Blois connaît un déficit de 57% sur ses débits
moyens ;
- 1949. La Loire connaît ses débits d'été les plus faibles du siècle tandis que
toute la décennie 1940-1950 connaît des sècheresses successives marqués par des
hivers froids et secs et des étés caniculaires. Notons que ces années de
sècheresse préparent le grand étiage glaciaire des années cinquante (100% des
glaciers alpins sont en recul en 1950 d'après la commission glaciologique de
l'Académie Suisse des Sciences) ;
- 1976. La sècheresse est comparable en sévérité à 1921 mais est moins
longue…encore qu' elle dure d'octobre 1975 à août 1976 ! ;
- 1989. Longue sècheresse de juillet 1988 à février 1990. Le semestre
mai-octobre1989 est le plus sec depuis 40 ans. Du 1er novembre 1988 au 1er
décembre 1989 : 13 mois pendant lesquels le déficit global est de 30 % en
Bretagne. Les deux mois de juillet-août ont le même ensoleillement que 1976
mais septembre et octobre ont un ensoleillement supérieur de 50% à la normale.
Dans ce XXIe siècle débutant, la sècheresse de 2003 n'a cédé en rien aux
périodes de chaleur du passé : de mai à septembre pour ce qui est de la
longueur de l'épisode (donc sècheresse d'été mais aussi de printemps) mais
surtout avec des températures caniculaires en juillet-août (proches de…et
dépassant même 40 degrés centigrades l'après-midi… en particulier sur le
sud-est de la France).
Au jour le jour, les Français ont réappris à vivre la sécheresse et la canicule :
le jour, baisser les volets tout en laissant les fenêtres fermées ; vivre dans
l'ombre ; puis le soir à la tombée de la nuit ouvrir tout grand fenêtres et
volets pour laisser pénétrer la fraîcheur nocturne et tout spécialement celle
du petit matin. Survivre en somme, à la calamité… ce que n'ont pu faire nombre
de nos aînés aux organismes affaiblis et aux conditions de vie difficiles, dans
des structures d'habitation peu adaptées (murs minces, absence de
climatisation…). Le drame sanitaire a été immédiat et implacable : surmortalité
avec 13500 décès… chiffre soulignant, si besoin était, le caractère
exceptionnel - social, plus encore que climatique - de l'épisode. Ce caractère
exceptionnel du phénomène " canicule " rentre bien, on le voit par les exemples
présentés ci-dessus, dans une certaine forme de normalité du climat tempéré.
Normalité donc…, ce serait le contraire qui serait anormal !
Lorsque Madame de Sévigné parlait de dérèglements climatiques, elle évoquait
d'éventuelles anomalies physiques, une sorte de " chaos " dans le Landerneau
des climats. Ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est que l'on veut trouver la
cause de cette fluctuation climatique dans le contexte économique et social de
nos sociétés industrielles (c'est-à-dire hors de la sphère astro et
géophysique). Faire de l'événement exceptionnel, le point de départ d'une
évolution inexorable où les activités anthropiques joueraient désormais le rôle
essentiel. Glissement sémantique : la " fluctuation climatique " des uns est
devenue le " réchauffement global " des autres. Et dans la discussion engagée,
les fluctuations glaciaires (qui apparemment, pour certains, ne peuvent plus
être que négatives !) sont apparues très souvent comme la seule preuve évidente
de ce fameux réchauffement global qui affecterait aujourd'hui notre planète
terre.
Or, il en va des glaciers comme des fluctuations climatiques : notre
connaissance du passé glaciaire est là pour prouver que les glaciers du monde
ont déjà connu des hauts (très hauts) et des bas (très bas) et que la situation
et l'évolution des glaciations dans le monde en cette fin de XXe siècle
n'annonce rien de particulièrement catastrophique !
CONCLUSION
Un réchauffement climatique global ? NON. Des changements climatiques ? OUI.
Retour à l'année 2003 et aux futures années caniculaires. Canicule sur la
France ! Oui mais… l'année 2003 n'est qu'un de ces épisodes extrêmes qui
peuvent toujours survenir chez nous. Il y en aura d'autres ! Mais sans doute
aurons-nous oublié ! Au niveau du drame sanitaire et des problèmes humains qui
ont été rencontrés tout au long de ce long épisode chaud et sec de 2003, la
question qui se pose à nous est sans ambiguïté : pourquoi nos modes de vie
sont-ils à ce point ignorants des excès (non anormaux) du climat tempéré dans
lequel nous évoluons ?
Et voilà que l'hiver 2005-2006 nous rappelle à l'ordre. Froid et neige sur
toute l'Europe ; fleuves et lacs gelés, canalisations éclatées, les " sans
domiciles fixes " qui meurent sur les trottoirs… Ah bon !, ça existe encore le
froid ?
Où sont passés les partisans du réchauffement global ? On ne les entend pas ! À
force de nous rabâcher que l'évolution ne pouvait se faire que dans un sens,
celui du réchauffement, des habitudes étaient en train de se perdre : les états
eux-mêmes, dans leurs perspectives de gouvernement ne traitent plus avec la
même rigueur, les problémati-ques du froid.
À quoi bon puisque la terre se réchauffe !
Les scientifiques qui ne s'appuyaient que sur un côté de la fourchette de leurs
estimations (l'hypothèse du réchauffement) vont ils enfin se rendre compte
qu'il y a un symétrique à leur mise en équation : l'hypothèse du
refroidissement ; avec, entre les deux, un vaste no man's land de solutions
intermédiaires ?
Dans notre société qui aime à ce que tout soit prévisible et prévu en temps et
lieu , qui pense que tout peut se négocier en terme d'assurance, de contrat ou
d'assistance, force est de constater que nous sommes loin du compte ! Il est
grand temps de revenir sur nos fausses croyances et crier bien fort qu'à côté
des espaces de certitudes…bien minces, de larges espaces d'incertitudes
subsisteront partout et toujours.
C'est la raison pour laquelle l'observation naturaliste - longue, continue,
sérieuse…, ingrate quelquefois - doit être privilégiée afin que son
exploitation permette d'exprimer toute la complexité des phénomènes et
d'accompagner nos politiques si souvent prises en défaut.
http://virtedit.free.fr/3article.html
--
Gallad
A noter, 2 grands fils de discussion :
1) un sceptique remet en cause la tectonique des plaques,
2) en Inde, les populations vivant en aval d'un barrage construit en
1895 s'inquiètent d'un risque de rupture en cas de séisme et/ou de
crue.
pas grand'chose à redire sur le texte sauf un petit complément sur quelques
glaciers qui reculent sous un effet anthropique certain :
ceux qui sont skiables ( et skiés) en été... Voir Sarennes, mais aussi à
Tignes ....
Pourle reste la variabilité du climat a toujours existé...
Effectivement aussi les lieux où l'on fait les mesures : que valent les
mesures de Paris-montsouris en 2007 par rapport à celles de 1907.... trois
ou quatre degrés de moins liés au bétonnage, à l'urbanisme, au chauffage
urbain. Si c'est avec cela que l'on fait des statistiques, on comprend tout
!
--
Lucien COSTE