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Chaud devant ! Le regard des médias sur le changement climatique

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ENLEVER MAJUSCULES@yahoo.fr Gallad

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May 13, 2007, 2:55:16 PM5/13/07
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16 novembre 2005
Chaud devant ! Le regard des médias sur le changement climatique


Martine Tabeaud a décrypté pour nous les médias. Professeur des Universités à
Paris 1, elle s’intéresse, entre autres à la climatologie et à la perception du
climat. Elle anime un réseau pluridisciplinaire (avec des ethnologues, des
géographes, des sociologues, des physiciens, des médecins... sur cette
thématique (http://www.perceptionclimat.net/).

En guise d’introduction, Martine Tabeaud commence par différencier le temps et
le climat, deux notions très différentes. Le climat est la synthèse des
conditions atmosphériques à long terme d’un lieu, alors que le temps n’est que
la manifestation en un moment et un lieu donnés du climat. A partir du temps
qu’il fait et qu’on subit, il est légitime de vouloir s’interroger sur les
évolutions du climat, même s’il est difficile de passer du temps au climat. Ce
sujet semble intéresser largement les médias qui se focalisent sur la seule
question du changement climatique. Et ils s’en donnent à cœur joie ! Le climat
et son évolution sont un sujet porteur et font régulièrement l’objet de livres
ou de gros titres dans les journaux, à la radio ou à la télévision.

Pour la presse écrite Martine Tabeaud a étudié Le Parisien et Le Monde en
2004-2005. Sa présentation mettra l’accent sur ce dernier car c’est un
quotidien du soir bien connu pour son sérieux et son statut de référence dans
la presse française. Cette année donc, on a parlé chaque semaine du changement
climatique auquel le journal consacre entre un et quatre articles par semaine.
Ces articles sont principalement publiés dans les rubriques « Aujourd’hui »
(rubrique de reportage) et « Climats » nouvelle rubrique créée en 2004 et qui
sert à présenter, chaque week end, des articles sur le climat et ses
évolutions. Cet exemple précis servira à nourrir une réflexion plus large sur
tous les supports médiatiques.

Parler ainsi massivement du changement climatique dans la presse grand public
peut partir d’une bonne idée. En effet, cela pourrait permettre d’organiser le
transfert des connaissances depuis les scientifiques jusqu’aux décideurs qui
ont les moyens d’agir (c’est ce que propose par exemple l’Observatoire National
sur le Changement Climatique) voire l’ensemble de la société civile qui peut
agir elle aussi à son niveau. Bien plus, il apparaît que ces thématiques sont
de bons objets de communication. Mais comment passer de l’information à la
communication ? Comment un journal peut-il informer, expliquer, analyser et non
relayer un discours ambiant répété ad nauseam ? Il faut donc interroger la
place et la fonction de ceux qui font passer les messages de la sphère
scientifique à celle des décideurs et du grand public ? Qui fait passer les «
savoirs savants » sur le changement climatique vers la société civile ?

Le dictionnaire Le Robert définit les médias comme « tout support de diffusion
massive de l’information : presse, radio, télévision, cinéma, publicité,
internet... ». Les médias les plus utilisés par les Français sont la
télévision, la radio et la presse écrite qui constituent pour ¾ des Français la
principale source d’informations. La télévision joue un rôle dominant en
matière d’information : elle permet de diffuser à un grand public des images
qui viennent de plus en plus loin et de plus en plus vite. Son audience est
sans aucun équivalent avec les conférences ou ouvrages scientifiques. Les
médias représentent en France près de 30 000 professionnels qui travaillent
essentiellement dans la presse écrite, nationale ou régionale. Ce sont donc les
journalistes de presse écrite qui informent tous les autres ; leur position
mérite donc d’être interrogée. Au Monde, le changement climatique concerne une
petite poignée de journalistes ; 5% seulement des articles sont écrits par des
intervenants extérieurs.

D’une manière générale, les journalistes actuels ont majoritairement reçu des
formations littéraires, qui ne les prédisposent pas à traiter de thèmes
scientifiques aussi pointus que le changement climatique. Les scientifiques de
formation travaillent principalement dans les revues spécialisées et non dans
la presse généraliste. Il n’y a donc aucun spécialiste du changement climatique
dans les médias généralistes, ce qui est d’autant plus normal que ce thème fait
largement appel à la pluridisciplinarité. Les journalistes ne sont donc
qu’imparfaitement armés pour faire passer dans le grand public les recherches
actuelles sur l’évolution du climat.

Quelles sont la liberté et la marge de manœuvre des journalistes pour évoquer
ces thématiques ? Ils sont largement dépendants des annonceurs qui financent
les journaux grâce à la publicité. La part de la publicité varie selon les
médias. Ainsi, la presse écrite est financée à moitié par les ventes et par la
publicité. Les chaînes de télévision publiques (comme France 2 ou France 3)
sont financées par la publicité et la redevance. Les chaînes privées quant à
elles (comme TF1 ou M6) sont financées entièrement par la publicité. On peut
s’interroger s’il leur est possible d’aller, dans leurs articles, à l’encontre
des annonceurs qui les font vivre. Et comme souvent ces financeurs sont des
industriels pollueurs...

Dans tous les médias, les personnalités interrogées - les spécialistes ès
changement climatique - sont toujours les mêmes. Ils acquièrent ainsi un statut
d’experts scientifiques à l’autorité indiscutable. Cela met en lumière la
mauvaise circulation des savoirs entre la sphère scientifique et la sphère
médiatique qui réduit la nébuleuse des chercheurs à quelques visages seulement.
Les experts ne sont pas choisis pour leurs compétences (que les journalistes
tout comme le public ignorent) mais parce que leurs discours dégagent une
certaine autorité. Leurs noms passent de journalistes en journalistes en
entretenant ainsi la fascination pour le scientifique (souvent limité aux
seules disciplines « dures ») censé détenir une parcelle d’une vérité jugée
incontestable.

Au-delà de la question de la légitimité, il est intéressant de remarquer que le
climat est un reflet des préoccupations des sociétés. Quand la société est
réputée stable et immuable, on n’envisage pas les climats dans leurs dynamiques
; on s’intéresse surtout à la météo, c’est-à-dire au temps qu’il fait, à un
endroit précis, celui où l’on habite... Aujourd’hui, en même temps que la
société évolue en profondeur et se mondialise, on rappelle que le climat évolue
sans cesse lui aussi. La mondialisation de nos sociétés a entraîné une
globalisation du problème climatique. A présent, on s’intéresse aux climats et
à ses évolutions ainsi qu’au temps qu’il fait à l’autre bout de la planète.

Que nous disent les médias sur le changement climatique ? Derrière la diversité
de ses formes, le message est très simple. Ainsi, on répète à l’envi que le
réchauffement actuel est un changement car il est anthropique (l’homme acteur
et non plus simplement spectateur) et qu’il est lié aux émissions de gaz à
effet de serre ; il a déjà commencé et de nombreux aléas en témoignent. Par
conséquent, les politiques doivent mettre en œuvre des solutions. Les autres
discours sont rarissimes. Pourquoi une telle unanimité ? Est-ce un effet de la
surenchère : « ils en ont parlé, il faut qu’on en parle aussi » ? Les raisons
sont plus profondes. Les médias ressassent une seule idée qu’ils contribuent à
former. Or la télévision, qui repose sur l’audimat, se doit d’être consensuelle
pour s’imposer ; les médias n’ont donc aucun intérêt à faire entendre une voix
dissonante et polémique qui remettrait en cause l’idée généralement admise.

Qu’en est-il dans Le Monde ? Les trois sujets qui arrivent en tête sont le
réchauffement et ses manifestations, les gaz à effet de serre et le protocole
de Kyoto. Juste après, arrive la politique climatique américaine, comme si une
relation de cause à effet liait le réchauffement global et les Etats-Unis... La
place des pays émergents ou les énergies renouvelables sont aussi évoquées.
Certains thèmes sont très peu évoqués, comme la difficulté à modéliser le
changement climatique et les marges d’erreur de ces modèles, ce qui est
pourtant crucial dès que l’on parle de prospective. Le développement des PVD
est peu évoqué (sauf pour souligner qu’il peut nuire au climat !), tout comme
les conséquences sociétales du réchauffement.

Les sources sont peu nombreuses : l’Agence France Presse publie environ 200
dépêches par an qui sont systématiquement reprises, sans faire l’objet de
critiques. Les rapports produits par des organismes indépendants, moins
univoques et plus nuancés (comme celui du GIECC dont la dernière édition compte
1932 pages réparties en trois volumes) ne sont pas lus. D’autres sources sont
mobilisées, comme les prestigieuses revues anglo-saxonnes Nature ou Science. Ce
sont donc les physiciens et les spécialistes de l’énergie qui ont la cote dans
les médias et ont le monopole de la parole et de l’autorité.

La publication de ces articles dans Le Monde est assez régulière, même s’ils
sont rythmés par les événements de politique internationale (comme une réunion
du G8 ou la ratification par un Etat du protocole de Kyoto). Les «
anniversaires » font aussi l’objet d’articles (un an après la tempête ou la
canicule...) : c’est une manière de rappeler le changement en cours sans pour
autant contribuer à la constitution d’une vraie mémoire du risque et du climat.

Le discours sur le changement climatique est donc très pauvre, et se limite à
un débat manichéen entre les bons (c’est-à-dire les tenants du changement
anthropique, les pays qui ont ratifié le protocole de Kyoto), souvent « écolos
» et « de gauche », préoccupés par l’avenir de l’humanité, et les méchants,
jugés irresponsables, (que Le Monde désigne par la périphrase politiquement
correcte de « mauvais élèves »), c’est-à-dire les égoïstes ou faiseurs de
profits, les pays qui n’ont pas ratifié Kyoto, les capitalistes et autres
pétroliers américains... qui doutent de l’origine uniquement anthropique du
réchauffement actuel. Cela alimente un anti-américanisme très présent dans ces
débats. Quelques citations l’attestent : « L’enjeu, au fond, est de savoir quel
modèle de consommation adoptera la planète, et notamment les pays en voie de
développement : dispendieux à l’américaine, ou plus sobre, à l’européenne ou à
la japonaise. » (Pierre Radanne, janvier 2004) ou « Le conseil de la Maison
Blanche pour la qualité de l’environnement a substantiellement modifié certains
rapports scientifiques officiels » et « minoré les liens entre les émissions de
CO2 provenant des énergies fossiles et le réchauffement climatique. » (Hervé
Morin, juin 2005).

Surtout, le changement climatique est toujours abordé dans une logique
catastrophiste déjà ancienne. La peur du déluge est tenace. Ainsi, en 1894
Camille Flammarion dresse la liste des catastrophes possibles. En 1910, le
passage de la comète de Halley suscite des craintes : certains pensent que la
proximité de la queue de la comète pourrait entraîner la diffusion dans
l’atmosphère de gaz cyanogènes causant ainsi la fin du monde. Après Hiroshima
et en pleine guerre froide, A. Berger scénarise les conséquences possibles d’un
affrontement nucléaire qui pourrait modifier le climat en profondeur. Plus
récemment, le passage à l’an 2000 a suscité des peurs millénaristes que l’on
croyait disparues depuis longtemps. Cette veine catastrophiste est souvent
renforcée par des titres accrocheurs qui envisagent ce problème global par le
petit bout de la lorgnette. Au moindre coup de froid on parle de
sibérianisation ! Citons également le titre de l’article de Denis Delbecq paru
dans Libération le 29 septembre 2005 : « Effet de serre : le chauffage de la
Terre bloqué sur maximum ».

Même les discours scientifiques qui se veulent sérieux se trouvent parasités.
Ainsi, l’exposition Climax à la Cité des Sciences et de l’Industrie à la
Villette a prédit pour 2100 une température à l’intérieur des continents de
plus de 40°C entraînant des incendies à répétition et une hausse du niveau de
la mer de plus de 90 cm. Rappelons que les modèles présentent d’importantes
marges d’erreurs, et que, surtout, les scientifiques ne sont pas d’accord entre
eux et reconnaissent qu’ils ne savent pas exactement comment le climat va
évoluer.

Pour autant, est-ce que ce matraquage médiatique est efficace ? Est-ce que le
message passe correctement auprès du grand public ? Malgré cette couverture
médiatique, de nombreuses enquêtes révèlent que les hommes politiques ne
prennent pas conscience de l’évolution du climat et de ses conséquences
(enquête menée auprès des maires d’Ile-de-France). Les citoyens quant à eux
s’en remettent aux « experts » ; ils sont à la fois sages (la moitié d’entre
eux n’a pas de certitude tranchée) et schizophrènes (en 2001 67% des Français
se disent prêts à changer leur mode de vie pour stopper l’évolution du climat
sans toutefois accepter la moindre perte de confort !).

Pour conclure son exposé sur une note d’espoir, Martine Tabeaud rappelle
qu’aucune des catastrophes annoncées dans le passé n’a eu lieu ! Il faut aussi
faire confiance à l’inventivité de l’homme qui sait trouver des solutions aux
problèmes qui se posent à lui...
Débat

Yann Calbérac : Comment le changement climatique est-il perçu dans les autres
pays, et en particulier chez les « mauvais élèves » ?
Il y a peu d’enquête sur cette question. Cependant, il semble que le Canada
soit bien préparé au changement climatique, mais le réchauffement est vu comme
un événement ayant des conséquences positives : les conditions de vie au Canada
seraient ainsi plus faciles. De même, le Royaume-Uni a aussi une vision plutôt
positive du réchauffement : le rail des tempêtes qui frappent les îles
britanniques serait reporté plus au nord, et épargnerait ainsi plus souvent la
Grande-Bretagne. Notons à ce sujet que les tempêtes, comme celle qui a touché
la France en 1999 provoquant une crise, sont fréquentes en Grande-Bretagne, et
leur gestion est mieux organisée.

Sylviane Tabarly : En dehors des revues scientifiques, comme Science et Nature,
la presse internationale, et notamment le New York Times, semble présenter des
articles plus solides que ceux proposés en France, par exemple au sujet des
glaces de l’Arctique. Pourquoi un tel décalage ?

En effet, les notions d’incertitude, de mobilisation, sont davantage exposées.
Le message transmis paraît plus sérieux, moins caricatural. L’article sur
l’Arctique, expliquant que les glaces pourraient s’accroître avec le
réchauffement, puisque les précipitations seraient plus importantes, est paru
dans le supplément New York Times du Monde il y a plus de trois mois. Il y a
une quinzaine de jours, la rubrique « Climat » du Monde présentait cette
information comme un scoop ! On peut donc relever des contradictions, des
défaillances dans l’information à l’intérieur d’un même journal. Certains
journaux américains semblent avoir, quant à eux, une vision plus complexe et
pluridisciplinaire des phénomènes.

Yann Calbérac : Qu’en est-il de la circulation des savoirs entre savants et
grand public ? La presse fait référence aux publications de Science et Nature,
mais d’autres revues, non citées, s’intéressent-elles aussi au changement
climatique ?

De nombreux travaux sont ignorés : en particulier, les recherches des Français,
par exemple sur les causes solaires et pas seulement anthropiques du
réchauffement sont occultées. Un article sur les glaciers, montrant la
complexité des choses, a été très vivement critiqué parce qu’il n’entrait pas
dans le discours français classique, alors qu’il s’agissait de propositions
sérieuses, et pas de provocation gratuite. Les détracteurs sont donc nombreux,
biaisant le message. Le discours des Américains percole davantage.

Marie-Christine Doceul : Que faut-il penser des conséquences de ces discours ?
Il est difficile de démêler tous les éléments qui rentrent en considération sur
la question du changement climatique, d’où l’impression de « se faire avoir »
par les médias, qui ne montrent que ce qu’ils veulent bien montrer. On ne
cherche jamais à tout éclaircir, et les véritables débats scientifiques sont
occultés.

Yann Callot : Il y a 20 000 ans, les modifications étaient beaucoup plus
importantes qu’aujourd’hui, donc il faut aussi relativiser le discours. Par
ailleurs, il a été question, dans un contexte de réchauffement global, d’un
refroidissement local sur l’Europe : que penser de cette hypothèse ?
Les Américains ont produit plusieurs modèles selon différentes hypothèses sur
le changement climatique : le modèle proposant un refroidissement en Europe a
été supprimé depuis, au profit de modèles envisageant le réchauffement partout.
Le problème vient du fait que l’on bute sur des échelles et sur des idées. Les
modèles ne font jamais que reproduire ce qui a déjà été observé. La situation
du Drias, il y a 11 000 ans a servi de modèle pour un réchauffement planétaire
avec refroidissement en Europe. Les hypothèses transmises par les médias
témoignent d’un profond narcissisme : l’homme est au centre de la nature, d’où
la prédominance des facteurs anthropiques dans les causes avancées du
réchauffement, et le refus des facteurs solaires ; l’hypothèse du
refroidissement en Europe a aussi séduit les médias français dans la mesure où
elle met en avant une singularité locale.

Yann Callot : La canicule française de 2003 correspond à une année d’hivernage
au Sahel. Les évolutions peuvent donc être différentes, donc pourquoi tant de
catastrophisme ?
Le catastrophisme ne semble pas justifié pour le réchauffement climatique :
plus il fait chaud, plus il y a de vie. Les problèmes effectifs sont ceux de la
gestion politique des événements, mais pas du mouvement global.

Le problème vient donc plutôt du fait que l’on ne s’intéresse qu’aux
catastrophes, mais pas aux aspects positifs, qui existent bel et bien. Le cas
du Sahara est révélateur de cette vision.

C’est la même chose pour le trou de la couche d’ozone : l’évolution est
cyclique, avec des hausses et des baisses selon les années, mais on ne parle
que des phases d’agrandissement, pas des phases de diminution. On indique
parfois que le trou de la couche d’ozone s’est « ré-agrandi », ce qui suppose
qu’entre-temps il avait diminué, mais ce moment intermédiaire est passé sous
silence. Il s’agit bien d’une incitation au catastrophisme par les médias. Le
message de ce café-géo est donc de montrer qu’il ne faut pas accepter tout le
discours en bloc : il faut avoir un regard critique sur le message transmis par
les médias, et être conscient que l’on a besoin de connaître de nombreux
éléments pour pouvoir prendre du recul sur la question.

Jacques Défossé : Il y a une vingtaine d’années, les discours sur le climat
étaient rares ; aujourd’hui, ils sont omniprésents. Comment expliquer cette
transition ?

Il y a une trentaine d’années, les questions liées au climat ont commencé à
intéresser des nouvelles disciplines, particulièrement la physique et la
géologie. L’intérêt des géologues s’est fait dans le cadre du questionnement
sur les ressources pétrolières et d’une redéfinition de la discipline. La
physique et la géologie sont des disciplines qui ont de l’argent et qui ont une
visibilité importante auprès des médias. Lorsque le sujet est devenu une
priorité pour les chercheurs de ces sciences, la machine s’est emballée.

Jacques Défossé : Qui finance la recherche sur le climat ?
Les recherches sur le changement sont effectuées par des laboratoires publics
(Ecole polytechnique, Ecoles normales supérieures, Météo France, etc.). C’est
donc avec l’argent du contribuable.

Paul Arnould : La controverse sur les pluies acides reposait finalement sur des
lobbies économiques, avec la question des pots catalytiques par exemple.
Aujourd’hui, on peut se poser la même question pour le battage médiatique sur
le réchauffement climatique : à qui ça profite ?
Le sujet doit profiter à un certain nombre de lobbies ; pour les détracteurs du
changement climatique, les pétroliers... pour les tenants... là encore, c’est
très flou.

Jacques Défossé : Le discours est entretenu par un écho dans la vie quotidienne :
depuis 1988, les crues cévenoles sont nombreuses, donc le public se sent
concerné. Les lobbies et le discours ne pourraient pas tenir si longtemps (et
les financements continuer d’affluer ?) si des éléments concrets ne venaient
pas témoigner de leur pertinence...

Il est vrai que les discours ont un écho auprès du public, car des événements
leur donnent sens. L’hypothèse du réchauffement n’est pas contestée. Mais le
passé est oublié : il n’y a plus beaucoup de monde pour raconter la crue de
1940 dans les Pyrénées. La canicule de 1911 a fait environ 15 000 morts en
France, et celle de 2003, tout autant, mais personne n’a évoqué cet épisode
passé. Pour les inondations, la température n’est pas la seule cause : les
populations et les vulnérabilités sont différentes. Il faut donc faire
attention à ne pas tout mélanger, et à considérer les échelles des événements.

Finalement, la perception n’a-t-elle pas changé plus que le climat lui-même ?
Le problème vient du fait que l’on ne peut pas tout modéliser. Météo France ne
peut pas travailler à l’échelle micro et tout prévoir ; la technique existe, et
elle est mise en œuvre chaque année pour le tournoi de Roland Garros, mais il
est impossible, économiquement et socialement, de l’étendre à des espaces plus
vastes. Quant à la question de la perception, elle est évidemment liée à celle
de la mémoire. Des populations non méditerranéennes viennent s’installer dans
des zones inondables, mais les locaux se gardent bien de leur dire. Ainsi, la
perception change surtout parce que les gens ont changé. Les problèmes sont
ceux du suivi, de la gestion et de la mémoire, à prendre en compte.

Jacques Défossé : Le biais dans le message vient du fait que l’on ne sait pas
tout, mais le rôle des médias est de donner des informations : du coup, les
journalistes vont interroger ceux qui « savent » !
Il faudrait savoir dire « je ne sais pas » : il reste trop de choses inconnues
dans le changement climatique pour pouvoir se permettre de faire semblant de
tout savoir.

Yann Callot : Le rapport entre les facteurs naturels et anthropiques est un
paramètre inconnu : ne sont-ils pas cumulatifs ?
Ces facteurs sont sans doute cumulatifs, et non exclusifs mais on n’en connaît
pas les proportions.

Quelle est l’objectivité des modèles ? On a évoqué la contrainte du
contribuable, mais il ne semble pas y avoir de remise en cause des fondements
des modèles : comment les idéologies sont-elles prises en compte ?
Historiquement, les stations de mesures étaient des observatoires
astronomiques, situés hors des villes ; aujourd’hui, les stations sont dans les
îlots de chaleur des villes : le concept de « réchauffement global » est ainsi
fallacieux. Quelle en est la motivation initiale ?

Dans tous les cas, les recherches effectuées sur des modèles sont sérieuses :
les chercheurs sont parfaitement conscients des incertitudes, et du fait que
les modèles n’intègrent pas tous les facteurs comme par exemple, la vapeur
d’eau qui n’est pas prise en compte, car on ne sait pas traiter cette donnée,
même si on sait que c’est un facteur important de l’effet de serre. Quoi qu’il
en soit, ces modèles même imparfaits, font avancer les choses. Malgré tout, le
front scientifique est difficile à tenir face au front médiatique. Prenons un
autre exemple qui révèle les ambiguïtés des discours : celui du tramway. Il
vient d’être réintégré aux réseaux de transports urbains au nom de la
durabilité, alors qu’en fait il est surtout le prétexte à des réaménagements
urbains ; historiquement, il y a moins d’un siècle, il avait été abandonné car
il provoquait des bouchons.

Yann Calbérac : Dans la période actuelle d’après Guerre Froide, les questions
se posent davantage en termes de relations Nord-Sud : dans ce contexte, comment
sont pris en compte les discours sur le changement climatique ?
Les médias parlent peu des problèmes des PED. Dans les pays du Sud, le sujet
est perçu comme un nouveau colonialisme : les pays du Nord sont des contre
modèles, dont le comportement est à dénoncer, car le développement impliquerait
une dégradation des conditions climatiques. Ce discours est considéré avec
méfiance par les PED, qui le ressentent comme une façon polie de dire « restez
pauvres ».

En conclusion, même si aujourd’hui on se trompe de cible dans les efforts
réalisés soi-disant pour enrayer le réchauffement climatique, le développement
du vélo et l’utilisation des éoliennes par exemple permettent au moins
d’améliorer le cadre de vie. Ces changements de comportement ne changent sans
doute rien au climat, mais ce sont toujours des initiatives positives.

--
Gallad


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