Les chants des étoiles sont étroitement liés aux tremblements stellaires.
Comme la terre, les étoiles sont soumises à des séismes provoqués par leur
propre activité. La différence, c'est que sur notre planète compacte, les
tremblements de terre sont brefs et localisés. Dans les étoiles, en
revanche, qui ne sont que d'immenses boules de gaz, des séismes se propagent
dans toute la structure de l'astre et pour longtemps, puisque les vibrations
durent le plus souvent des milliers voir des millions d'années. Ces
pulsations engendrent des ondes sonores qui traversent l'étoile de part en
part. Selon leur trajet et les couches traversées, les ondes se
transforment, émettant au final des millions de « notes » différentes.
Toutefois, ces sons célestes ne sont pas audibles pour une oreille humaine :
ils équivalent à une fréquence de 3 millièmes de Hertz, alors que le son le
plus grave audible par nos oreilles et de 20 Hertz. Les notes solaires sont
un million de fois plus graves que la mélodie d'un violoncelle.
En surface, ces ondes acoustiques se traduisent par des oscillations, qui
altèrent la luminosité de l'astre. Ces variations infimes (de l'ordre du
millionième) sont aujourd'hui mesurées avec précision par l'instrument VIRGO
à bord de soho, le satellite européen d'étude du Soleil. La même méthode
sera utilisée à partir de 2007 par le satellite européen Eddington , qui
étudiera 50 000 étoiles.
D'autres instruments à bord de soho mesurent les vitesses d'oscillation à la
surface de notre Soleil. Un travail de bénédictin lorsque l'on sait qu'il
s'agit de repérer des mouvements de quelques millimètres par seconde sur une
période de deux heures environ : soit un déplacement de trois à 4 m de la
surface du Soleil, environ 5 milliardièmes de son rayon. Autant chercher à
voir rouler un minuscule caillou à la surface de la Lune.
Pourtant, l'écoute du chant solaire par soho constitue une grande première,
qui a permis de sonder le coeur de notre étoile en direct. Auparavant, en
effet, la seule étude de la photosphère nous informait de ses événements
internes avec un décalage d'environ un million d'années. C'est grâce
notamment à ce fabuleux instrument et à l'étude des ondes sismiques de notre
étoile que des chercheurs américains ont pu présenter le 6 juin à
Albuquerque (Nouveau-Mexique), les premières « images » de l'intérieur du
Soleil et de sa face cachée au moment de l'observation. Une avancée capitale
sur la voie de la prévision des tempêtes solaires.
À lire : la chanson du Soleil, de Sylvie Vauclair chez Albin-Michel.
À écouter : la reconstitution de la musique solaire. Pour pouvoir
l'entendre, les ondes ont été accélérées 42 000 fois et sévèrement
comprimés. On peut entendre quelques douzaines de notes solaires, sur les
quelque 10 millions qui composent son répertoire.