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FRANCE's GENOCIDES (1995-2000) (11)

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Johan Viroux

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Jan 11, 2003, 1:55:21 PM1/11/03
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FRANCE's GENOCIDES (1995-2000) (11)

Verschave François-Xavier, Noir silence / Qui arrêtera la Françafrique ?,
éd. Les Arènes, 2000
COMORES

(p.135) À mi-route de Madagascar et du continent africain, dans le canal du
Mozambique, les quatre îles principales de l' archipel des Comores (la
Grande Comore, Anjouan, Mohéli, Mayotte) devaient former en 1975 un État
indépendant. Lors du référendum d' autodétermination, le colonisateur mal
repenti imposa un décompte par île.

Contre l'histoire et la géographie, la France conserva Mayotte, dont une
majorité d'habitants avaient préféré le maintien dans le giron français. Le
président Giscard d'Estaing validait ainsi une dissension cultivée par des
ambitions et intérêts locaux ou régionaux. Je reviendrai sur le mode
opératoire de cette amputation, dont le petit État comorien (650 000
habitants, sur un territoire grand comme les Yvelines) ne s'est jamais
remis. D'autant que lui fut vite signifié qui restait son maître.

Durant deux décennies (1975-1995), c'est le mercenaire Bob Denard, homme de
main de la DGSE et de Jacques Foccart, qui a installé ou fait le lit des
présidents comoriens successifs (Ali Soilihi, Ahmed Abdallah, Saïd Mohamed
Djohar, Mohamed Taki).

Lorsqu'ils cessaient de plaire, ils étaient abattus, par pitié ou
inadvertance (en 1978 et 1989), ou seulement remisés, comme Djohar en 1995.
On pourrait dire "débarqués" : deux de ces renversements furent consécutifs
à un abordage par voie maritime. C'est l'une des techniques préférées du "
corsaire de la République " - le titre dont il se pare.

De 1978 à 1989, Denard considère les Comores comme son domaine personnel 2.
Il crée une Garde présidentielle (GP) de 600 hommes, dont 20 à 30 Européens,
payée par l' Afrique du Sud 3 Car en réalité ce domaine n' est laissé à
Denard qu' en usufruit, par un réseau franco-sud-africain. Au service de l'
apartheid, mais aussi de toutes sortes d' opérations et trafics peu avouable

(p.137) Il ne faut pas oublier qu'une bonne partie des mercenaires
participent d'une idéologie proche de la droite extrême, assez peu soucieuse
de droits de l'homme et de démocratie. Parmi ceux qui sont intervenus aux
Comores dans le sillage de Denard, on trouve François-Xavier Sidos,
conseiller de Jean-Marie Le Pen pour les affaires africaines et la
coopération (!), le para-commando Gilles Rochard, militant du Front national
en Haute-Savoie, ou Didier Grandière, membre de la secte Ordre du Temple 5.
Les milieux d' extrême-droite française se servent également des Comores
comme d'un relais commode pour leurs trafics d'armes.

(p.143) Tandis que le pays est démembré, que l'État est en faillite et que
les forces de l' ordre en viennent à tirer sur les manifestants, Taki a des
éclairs de lucidité. Dans Jeune Afrique Économie , il dénonce sans détour
les lobbies françafricains « qui tirent les ficelles de la crise comorienne"
. « S'ils veulent utiliser Anjouan comme plaque tournante pour le
blanchissement de l'argent sale, non ! Et je crois que c'est ce qu 'ils
veulent ».

Le 10 octobre 1998, il limoge son trop envahissant directeur de cabinet Saïd
Hilali. Il meurt le 6 novembre, d'une crise cardiaque qui laisse dubitatif
un certain nombre de Comoriens.

UN POUVOIR À LA RAMASSE

De Paris, on supervise une succession cafouilleuse. Le président intérimaire
Massounde Ben Saïd désigne un Premier ministre, Abbas Djoussouf, doté d'une
coalition ingérable, apparemment incapable de traiter la crise extrême où
est plongé le pays. La voie est ouverte à un nouveau coup de force. Dans La
Croix du 23 février 1999, Adrien de Mun écrit un article prémonitoire :

" Selon un diplomate comorien, les mercenaires conservent des atouts dans le
jeu politique comorien. " Les élections aux Comores, c'est impossible",
explique-t-il. "Un coup d'État bien préparé est préférable à une guerre
civile". [...] " Vous savez, ironise un Comorien, les hommes de Denard sont
trop vieux, fatigués, et donc moins risque-tout! Alors, ils limitent leurs
rêves aux Comores". Bon nombre de légionnaires, en particulier ceux qui sont
basés à Mayotte, rêvent de devenir eux aussi des " affreux", à la solde de
n'importe quel pouvoir. Plusieurs d'entre eux se sont mariés avec des
Comoriennes et entendent jouer un rôle politique ".

(p.146) Philippe Boisadam résume ainsi le point de vue français . « L'unité
des Comores est une construction artificielle de l'histoire coloniale. Il
n'y a pas de race comorienne ». Faut-il rapatrier ce haut fonctionnaire
pour venir nous parler de l'unité raciale de la France ? . L' ambassadeur de
France à Moroni, Gaston Le Paudert, est sur la même longueur d'onde. Avec
son premier conseiller, ils ont, devant le médiateur de l' OUA Pierre Yéré,
« relevé les différences d'origine entre les habitants de la Grande Comore
et ceux d'Anjouan : les premiers viennent d'Afrique de l'Est, alors que les
seconds sont d'origines perse et arabe ". Il n'y a pas qu' au Rwanda
d'Habyarimana que les ambassadeurs de France ont une grille
d'interprétation ethniste!

(p.147) Vingt-cinq ans après leur rattachement à la France, les trois-quarts
des Mahorais ne parlent pas le français, langue officielle. Régulièrement
condamnée par l'ONU et l'OUA, la présence française à

(p.148) Mayotte continue de déstabiliser l'État comorien. Dans la série des
coups d'État organisés par des mercenaires français, l'île a souvent servi
de relais. Selon le journaliste Pascal Perri, le Grand-Comorien Amir,
entrepreneur à Mayotte, " a servi de point d'appui aux nombreux mercenaires
qui écument la région en leur fournissant un soutien logistique ". Un lobby
d' extrême-droite poursuit à Mayotte son travail de division de l'archipel.
Le déséquilibre économique engendré par les flux financiers injectés par la
France creuse l' écart entre les îles. Mayotte elle-même vit d'une économie
artificielle, assistée : les exportations couvrent moins de 3 % des
importations 2. 41 % de la population active est au chômage. L' alcoolisme,
la prostitution et la délinquance se développent. (.)

L' alternative, c' est la désintégration de la société comorienne, pourtant
admirable de solidarité, et le triomphe des sirènes islamistes, déjà fort
insistantes : le Soudanais el Tourabi distille sa propagande. Avec
d'inévitables effets chez les importantes communautés comoriennes installées
dans l'Hexagone, à Marseille, Lyon, Dunkerque, ou en région parisienne.

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