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Diamants primitifs

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Rémi Moyen

unread,
Feb 21, 2008, 2:11:45 PM2/21/08
to
Hello,

Je suis tombé par hasard sur le numéro de Science & Vie de janvier, et
en particulier sur un article qui parle de diamants de 4,25 Ga retrouvés
dans des zircons australiens.

Si j'ai bien suivi l'article, l'idée des auteurs de l'étude (M.
Menneken, U. Münster et S. Wilde, U. Curtin (Perth)) est que ces
diamants, vu leurs caractéristiques, se sont probablement formés dans
des roches métamorphiques d'ultra haute pression. Et cela nécessite
d'avoir une lithosphère continentale suffisamment épaisse pour avoir ce
genre de métamorphisme.

À part le sensationnalisme habituel de S&V, c'est vraiment une nouveauté ?

(non non, ce message n'est pas destiné à une seule personne, mais disons
que j'aurais de toute façon posé la question à cette personne en privé
si je n'avais pas posté ici :-) )
--
Rémi Moyen

Jean-François Moyen

unread,
Feb 22, 2008, 2:37:08 AM2/22/08
to
On Thu, 21 Feb 2008 21:11:45 +0200, Rémi Moyen
<r.moye...@ukonline.co.uk.invalid> wrote:

> Hello,
>
> Je suis tombé par hasard sur le numéro de Science & Vie de janvier, et
> en particulier sur un article qui parle de diamants de 4,25 Ga retrouvés
> dans des zircons australiens.

Alors, déjà, le papier d'origne est là :

http://www.nature.com/nature/journal/v448/n7156/abs/nature06083.html

Hadean diamonds in zircon from Jack Hills, Western Australia
Martina Menneken, Alexander A. Nemchin, Thorsten Geisler, Robert T.
Pidgeon & Simon A. Wilde
Nature 448, 917-920

C'est un groupe multi-universités, dans cette histoire Simon Wilde a
fourni les échantillons et le "background" et c'est le groupe Allemand qui
a du faire le boulot. Un jour, à l'occasion, je vous raconterais la petite
histoire de Jack Hills et le who is who (Simon Wilde, Mark Harrison, John
Valley, etc.), il y a plein de trucs rigolos...

Les gens interessés par le sujet peuvent aller voir les powerpoints de la
conférence Penrose d'in y a deux ans, regardez en particulier ceux de
Simpon Wilde, Mark Harrison et Martin Whitehouse.
http://www.utdallas.edu/~dxt038000/Plate%20Tectonics/presentations.htm

> Si j'ai bien suivi l'article, l'idée des auteurs de l'étude (M.
> Menneken, U. Münster et S. Wilde, U. Curtin (Perth)) est que ces
> diamants, vu leurs caractéristiques, se sont probablement formés dans
> des roches métamorphiques d'ultra haute pression. Et cela nécessite
> d'avoir une lithosphère continentale suffisamment épaisse pour avoir ce
> genre de métamorphisme.

Pour faire des diamants, il n'y a qu'une seule façon connue : c'est de
mettre du carbone dans des conditions autour de 4 GPa et 1000 C, c'est à
dire 120 km. 1000 C à 120 km, c'est relativement froid (normalement la
base de la lithosphère, qui se situe dans cette zone, est plutôt à 1300
C). On a donc besoin d'une lithosphère froide et (donc) épaisse.

Ca, c'est un scoop, parce que la "logique" conventionelle de l'Archéen,
c'est que la Terre se reforidit et était nettement plus chaude à
l'Archéen, encore pire à l'Hadéen, ce qui rend difficile la formation de
lithosphère froide et épaisse. Ici, on a des preuves du contraire : une
lithosphère épaisse dès 4.2 Ga, c'est à dire un bloc continental stable,
rigide, froid. Ce qu'on appelle un craton maintenant, un truc comme
l'Afrique Australe typiquement, qui n'a pas bougé depuis 2 Ga.


>
> À part le sensationnalisme habituel de S&V, c'est vraiment une nouveauté
> ?

Oui et non. Ca fait un moment qu'on regarde les zircons de Jack Hills (ça
s'est vraiment relancé dans les années 2000, je me souviens de l'IAS à
Perth ou Simon Wilde venait de trouver les premiers âges > 4 et quelques
Ga, c'était juste avant Acasta...), et qu'on sait (1) qu'ils ont plein
d'évidences d'interaction avec la surface (isotopes de l'oxygène); (2)
qu'ils contiennent des inclusions de plein de choses qui font penser à des
magmas froids et hydratés (muscovite en particulier). L'ensemble suggérant
assez fortement l'existence de noyaux continentaux relativement stables,
épais et froids à l'Hadéen. Mais ce n'était que de la croûte, on peut
encore s'en sortir en bidouillant (par exemple en empilant des bouts
d'arcs insulaires pour faire un micro-continent, ou en différenciant un
plateau océanique type Kerguelen), bref on n'a pas besoin d'un gros
continent au sens propre.

En revanche, les diamants, c'est tout nouveau. A la Penrose (Juin 2006),
il n'en était pas encore question, je viens de vérifier dans les
powerpoints (bon, manifestement vu la date de publication du papier à
Nature, ils devaient être en train de les trouver !). Et c'est important,
parce que ça nous donne maintenant une lithosphère épaisse et froide (pas
seulement la croûte), et ça nous donne de l'enfouissement de matière de
surface à 120 km.

L'enfouissement, c'est sympa (ça fait penser à de la subduction, bien
sûr), mais bon, en même temps, dès qu'il y a convection il faut bien une
branche descendante, donc ça ne nous mène pas loin.

Par contre les blocs continentaux stables, épais et froids, c'est plus
nouveau. C'est ausi difficile à faire rentrer dans l'image générale qu'on
a de l'Hadéen/Archéen ancien : on n'a que très peu,quasiment pas en fait,
de témoins de croûte continentale ancienne (Acasta, Isua, et ces zircons),
ce qui est un peu contradictoire avec des blocs stables et froids. Si on
avance dans le temps jusqu'à l'Archéen moyen (3.2--3.5 Ga), pour lequel on
commence à pouvoir faire de la géologie, même à cette période l'essentiel
de la géologie qu'on voit montre une croûte molle, chaude, souvent
partiellement fondue; même à 3.2 Ga on ne voit guère de blocs rigides et
froids, sauf celui qu'on est en train de décrire à Barberton -- mais il
fait 50 km sur 20, c'est vraiment un petit morceau, sans doute pas assez
gros pour avoir une racine lithosphèrique à 120 km ! Ceci dit à 3.1 Ga, on
forme le craton du Kaapvaal, qui ne bougera plus jusqu'à maintenant, et
qui lui est grand, rigide, froid et avec des diamants à la racine.

On s'oriente petit à petit vers une image assez complexe de la terre
Hadéenne (et même Archéenne, je pense), où des secteurs froids rigides
coexistent avec des domaines à croûte plus fine, plus chaude et plus
molle. Un peu comme maintenant finalement, sauf que le contraste est moins
énorme de nos jours. On peine un peu à imaginer à quoi ça pouvait
ressembler !

Il restera aussi à expliquer pourquoi ces continents Hadéens n'ont pas
survécu... si on regarde le Kaapvaal, il a un potentiel de survie énorme :
il s'est stabilisé à 3.1 Ga et depuis, il ne l'est plus rien arrivé; il
est passé au travers d'une demi douzaine de cycles rifting/orogénèse, qui
n'ont jamais rien fait de plus que quelques bassins intra-cratoniques sur
le craton, et qui ont cabossé les bordures ("ceintures mobiles" de
Murchison, de Giyani-Pietersburg et Kraaipan and co., du Limpopo Sud, du
Limpopo-Kheis, du Namaqua-Natal, Panafricain, Hercynien... ouf), tout en
préservant le coeur. Alors ? Si un continent de ce genre est virtuellement
indestructible, ou sont les continents hadéens ? On peut penser au
"bombardement tardif" vers 4.0 Ga ?


> (non non, ce message n'est pas destiné à une seule personne, mais disons
> que j'aurais de toute façon posé la question à cette personne en privé
> si je n'avais pas posté ici :-) )

Ok, I can take a hint...

JF

Rémi Moyen

unread,
Feb 22, 2008, 5:49:15 PM2/22/08
to
Jean-François Moyen a écrit :

>> Je suis tombé par hasard sur le numéro de Science & Vie de janvier, et
>> en particulier sur un article qui parle de diamants de 4,25 Ga retrouvés
>> dans des zircons australiens.
>
> Alors, déjà, le papier d'origne est là :
>
> http://www.nature.com/nature/journal/v448/n7156/abs/nature06083.html
>
> Hadean diamonds in zircon from Jack Hills, Western Australia
> Martina Menneken, Alexander A. Nemchin, Thorsten Geisler, Robert T.
> Pidgeon & Simon A. Wilde
> Nature 448, 917-920

J'avoue que j'ai été un peu gêné que S&V ne cite pas l'étude complète
(ou alors j'ai très mal lu). Au minimum dire "... dans un article publié
dans Nature...". Mais j'étais sûr que tu rectifierais instantanément
(irais-je même jusqu'à parier que tu as lu l'article à peine paru ?).

>> À part le sensationnalisme habituel de S&V, c'est vraiment une
>> nouveauté ?
>
> Oui et non. Ca fait un moment qu'on regarde les zircons de Jack Hills
> (ça s'est vraiment relancé dans les années 2000, je me souviens de l'IAS
> à Perth ou Simon Wilde venait de trouver les premiers âges > 4 et
> quelques Ga, c'était juste avant Acasta...), et qu'on sait (1) qu'ils
> ont plein d'évidences d'interaction avec la surface (isotopes de
> l'oxygène);

S&V cite justement un travail de Wilde de 2001 sur les isotopes de
l'oxygène qui indiquerait une altération de surface par de l'eau. Ils
indiquent que la présence d'eau liquide en surface à cette époque serait
aussi une nouveauté (enfin, un peu plus ancienne, fatalement, vu que ça
date de 2001).

> En revanche, les diamants, c'est tout nouveau. [...] Et c'est


> important, parce que ça nous donne maintenant une lithosphère épaisse et
> froide (pas seulement la croûte), et ça nous donne de l'enfouissement de
> matière de surface à 120 km.

Au passage, quel est le mécanisme habituel de remontée de ce genre de
choses ? Si c'est sur une branche de convection, je vois mal que ça
remonte tout seul. Et même sinon, je sais bien qu'on a 4 Ga pour les
faire remonter, mais quand même... ?

> Par contre les blocs continentaux stables, épais et froids, c'est plus
> nouveau. C'est ausi difficile à faire rentrer dans l'image générale
> qu'on a de l'Hadéen/Archéen ancien : on n'a que très peu,quasiment pas
> en fait, de témoins de croûte continentale ancienne (Acasta, Isua, et
> ces zircons), ce qui est un peu contradictoire avec des blocs stables et
> froids. Si on avance dans le temps jusqu'à l'Archéen moyen (3.2--3.5
> Ga), pour lequel on commence à pouvoir faire de la géologie, même à
> cette période l'essentiel de la géologie qu'on voit montre une croûte
> molle, chaude, souvent partiellement fondue; même à 3.2 Ga on ne voit
> guère de blocs rigides et froids, sauf celui qu'on est en train de
> décrire à Barberton -- mais il fait 50 km sur 20, c'est vraiment un
> petit morceau, sans doute pas assez gros pour avoir une racine
> lithosphèrique à 120 km ! Ceci dit à 3.1 Ga, on forme le craton du
> Kaapvaal, qui ne bougera plus jusqu'à maintenant, et qui lui est grand,
> rigide, froid et avec des diamants à la racine.

Tiens, est-ce que les arché-ologues (ou hadéo-logues...) se posent la
question de la représentativité statistiques de ce genre de choses ? Je
veux dire, d'un point de vue strict, les diamants australiens tout comme
Barberton n'indiquent que l'existence d'*un* événement (enfouissement
profond ou bloc rigide). Il est clair qu'on ne pourra jamais raisonner
qu'avec des choses très fragmentaires, mais est-ce que des gens ont
tenté d'estimer, en gros, l'incertitude sur les modèles (d'épaisseur
moyenne de croûte, de composition, de régime thermique, etc.) qui sont
faits ?

> On s'oriente petit à petit vers une image assez complexe de la terre

> Hadéenne (et même Archéenne, je pense), [...]


> On peine un peu à imaginer à quoi ça pouvait
> ressembler !

Je vois. Ce papier s'inscrit donc dans une tendance générale, mais c'est
quand même un argument franchement neuf. Et y'a encore du travail en
perspective, quoi :-)

> Il restera aussi à expliquer pourquoi ces continents Hadéens n'ont pas
> survécu... si on regarde le Kaapvaal, il a un potentiel de survie énorme
> : il s'est stabilisé à 3.1 Ga et depuis, il ne l'est plus rien arrivé;

Est-ce que ça ne peut pas être ce que j'évoque plus haut, un simple
hasard statistique ? En d'autres termes, si on part d'un modèle global
d'évolution de la croûte (un truc statistique avec des ilots plus ou
moins solide, où chaque bout a une certaine probabilité de disparaître
en fonction de son appartenance à un noyau dur ou non), quelle surface
archéenne ou plus ancienne devrait-on retrouver à l'heure actuelle ? Et
quelle est alors la probabilité d'avoir plus d'un Kaapval ? Ou d'en
avoir un plus ancien ? En ajoutant la sédimentation et les biais
d'échantillonnage par dessus (si c'est pour trouver des objets de 50x50
km, je doute qu'il y ait un maillage de sondages profonds et qui se sont
intéressés à ça suffisant, genre au fond du golfe du Mexique ou Afrique
centrale...), au final on est peut-être déjà chanceux d'en connaître autant.

Évidemment, je parie que ce genre de modèle statistique n'est pas
constructible parce que les données sur les taux de recyclage doivent
être tout aussi partielle que le nombre de sites de cet âge, donc que le
modèle ne doit guère pouvoir être contraint que... par sa conclusion, la
"surface" ancienne actuellement connue !

>> (non non, ce message n'est pas destiné à une seule personne, mais disons
>> que j'aurais de toute façon posé la question à cette personne en privé
>> si je n'avais pas posté ici :-) )
>
> Ok, I can take a hint...

Merci pour tes explications !
--
Rémi Moyen

Jean-François Moyen

unread,
Feb 25, 2008, 1:51:52 AM2/25/08
to
On Sat, 23 Feb 2008 00:49:15 +0200, Rémi Moyen
<r.moye...@ukonline.co.uk.invalid> wrote:

> Jean-François Moyen a écrit :
>
>>> Je suis tombé par hasard sur le numéro de Science & Vie de janvier, et
>>> en particulier sur un article qui parle de diamants de 4,25 Ga
>>> retrouvés
>>> dans des zircons australiens.
>>

>> Alors, déjà, le papier d'origne est là :(..)


>
> J'avoue que j'ai été un peu gêné que S&V ne cite pas l'étude complète
> (ou alors j'ai très mal lu). Au minimum dire "... dans un article publié
> dans Nature...". Mais j'étais sûr que tu rectifierais instantanément
> (irais-je même jusqu'à parier que tu as lu l'article à peine paru ?).

Eh bien non, je l'avais raté, parce que je ne suis pas systématiquement
Nature (trop de bilogie moléculaire, et un numéro par semaine c'est
beaucoup !). Je l'avais entendu dire par radio-rumeur, ceci dit... Un
grand coup de google "diamonds zircons jack hills" a réglé le problème !

>
>>> À part le sensationnalisme habituel de S&V, c'est vraiment une
>>> nouveauté ?
>>
>> Oui et non. Ca fait un moment qu'on regarde les zircons de Jack Hills
>> (ça s'est vraiment relancé dans les années 2000, je me souviens de l'IAS
>> à Perth ou Simon Wilde venait de trouver les premiers âges > 4 et
>> quelques Ga, c'était juste avant Acasta...), et qu'on sait (1) qu'ils
>> ont plein d'évidences d'interaction avec la surface (isotopes de
>> l'oxygène);
>
> S&V cite justement un travail de Wilde de 2001 sur les isotopes de
> l'oxygène qui indiquerait une altération de surface par de l'eau. Ils
> indiquent que la présence d'eau liquide en surface à cette époque serait
> aussi une nouveauté (enfin, un peu plus ancienne, fatalement, vu que ça
> date de 2001).

Oui, c'est là que les choses ont vraiment commencé à bouger. Wilde et
compagnie (c'est lui le premier auteur de ce papier? Je croyais que
c'était John Valley ou Aaron Cavoisie, tiens...) ont commencé à regarder
sérieusement les zircons de JH dans ces années-là, et le premier résultat
spectaculaire a été celui des isotopes de O.


>
>> En revanche, les diamants, c'est tout nouveau. [...] Et c'est
>> important, parce que ça nous donne maintenant une lithosphère épaisse et
>> froide (pas seulement la croûte), et ça nous donne de l'enfouissement de
>> matière de surface à 120 km.
>
> Au passage, quel est le mécanisme habituel de remontée de ce genre de
> choses ? Si c'est sur une branche de convection, je vois mal que ça
> remonte tout seul. Et même sinon, je sais bien qu'on a 4 Ga pour les
> faire remonter, mais quand même... ?

La plupart des diamants connus sont dans des kimberlites -- des laves de
type point chaud formées à grande profondeur. Ce sont donc des xénolithes.
Depuis peu, on a identifié des diamants dans des komatiites (en Guyane),
qui sont aussi des laves mantelliques. De façon plus importante, on en
trouve dans les ceintures de ultra-haute pression type Dabie-Shan (des
zones de collision bourrées d'éclogites, certaines de très fortes
profondeursm jusqu'à des 100 km et plus).

Donc, c'est fatalement sur une branche de la convection (tout mouvement de
matière l'est, c'est la nature même de la convection que d'être des
mouvements verticaux de mati1ere !!), mais une assez mineure quand même.

Ah, par contre tu mets en évidence un problème intéressant, c'est comment
ces diamants sont arrivés dans des zircons (minéral formé en général dans
des magmas intermédiaires ou acides...).

>
>> Par contre les blocs continentaux stables, épais et froids, c'est plus

>> nouveau. (...)


>
> Tiens, est-ce que les arché-ologues (ou hadéo-logues...) se posent la
> question de la représentativité statistiques de ce genre de choses ? Je
> veux dire, d'un point de vue strict, les diamants australiens tout comme
> Barberton n'indiquent que l'existence d'*un* événement (enfouissement
> profond ou bloc rigide). Il est clair qu'on ne pourra jamais raisonner
> qu'avec des choses très fragmentaires, mais est-ce que des gens ont
> tenté d'estimer, en gros, l'incertitude sur les modèles (d'épaisseur
> moyenne de croûte, de composition, de régime thermique, etc.) qui sont
> faits ?

Oh, on passe notre vie à se poser ce genre de questions, et c'est une des
"trump cards" classiques des congrès. Le problème est même pire, parce
qu'on peut avoir un double biais : un biais statistique aléatoire (on a 3
ou 4 malheureux exemples, ça ne va pas chercher loin); mais aussi un
possible "biais de préservation", qui fait que certains types de roches ou
de contextes pourraient être mieux préservées que d'autres, en raison de
leur nature, et du coup nous donner une image faussée. Un peu comme les
ophiolites par exemple, ou tout ce qui est préservé, c'est en fait des
trucs de type arrière-arc, probablement parce qu'il faut ce genre de
situations pour arriver à obducter. Du coup si on se base sur les
ophiolites pour discuter de la croûte océanique, ben fatalement, on se
fait une image fausse.

Donc on en est évidemment conscients. Mais on ne peut pas y faire grand
chose, il nous faut bien des données et des choses à regarder : on fait
avec ce qu'on a sous la main ! Le mieux qu'on puisse dire, c'est que quand
on voit quelque chose, on a prouvé qu'il a existé. Quand on ne le voit
pas, on n'a rien prouvé : "Absence of evidence is not evidence of absence".

Dans ce cas particulier, je suis tout à fait convaincu que les zircons de
ZH ne sont *pas* représentatifs de la Terre Hadéenne. Tout l'Archéen
jusqu'à 2.5 Ga (et même une partie du Prz inférieur, jusque vers 2.1 ou
2.0) est chaud, hyper-mobile, clairement à lithosphère globalement mince
sauf très localement quand tu arrives à former un continent (Kaapvaal et
Pilbara, en gros); j'ai du mal à croire que l'Hadéen aurait été froid et
rigide. Mais, évidemment, pour le montrer il faudrait trouver d'autres
zircons hadéens qui racontent une autre histoire...


>
>> On s'oriente petit à petit vers une image assez complexe de la terre
>> Hadéenne (et même Archéenne, je pense), [...]
>> On peine un peu à imaginer à quoi ça pouvait
>> ressembler !
>
> Je vois. Ce papier s'inscrit donc dans une tendance générale, mais c'est
> quand même un argument franchement neuf. Et y'a encore du travail en
> perspective, quoi :-)

Ouais. D'ailleurs ces questions de "Terre Primitive"(comme on dit en
jargon CNRS Français pour faire des demandes de financement) redeviennent
très à la mode, en partie dans la vague des découvertes à JH (la plus
grande concentration de papiers à Nature/Science au mètre carré, vu la
taille de l'affleurement...), ou des quelques lambeaux anciens (pré-3.6)
qu'on trouve de temps en temps (Acasta, Porpoise Cove...).

>
>> Il restera aussi à expliquer pourquoi ces continents Hadéens n'ont pas
>> survécu... si on regarde le Kaapvaal, il a un potentiel de survie énorme
>> : il s'est stabilisé à 3.1 Ga et depuis, il ne l'est plus rien arrivé;
>
> Est-ce que ça ne peut pas être ce que j'évoque plus haut, un simple
> hasard statistique ? En d'autres termes, si on part d'un modèle global
> d'évolution de la croûte (un truc statistique avec des ilots plus ou
> moins solide, où chaque bout a une certaine probabilité de disparaître
> en fonction de son appartenance à un noyau dur ou non), quelle surface

> archéenne ou plus ancienne devrait-on retrouver à l'heure actuelle ?(...)

Oui, c'est sans doute ça l'explication la plus simple, sans se casser plus
la tête. En même temps je sais pas, une fois que tu arrives à un craton
stable au point d'avoir une racine diamantifère, ça semble virtuellement
indestructible, donc quand même ça m'embête un peu.


>
> Évidemment, je parie que ce genre de modèle statistique n'est pas
> constructible parce que les données sur les taux de recyclage doivent
> être tout aussi partielle que le nombre de sites de cet âge,

Hmm, on peut avoir des bouts d'estimation sur les taux de
croissance/recyclage en regardant des données isotopiques (dans le manteau
en particulier). Mais ça reste en effet á la grosse louche.

> donc que le
> modèle ne doit guère pouvoir être contraint que... par sa conclusion, la
> "surface" ancienne actuellement connue !

Bof, ce serait du "forward modelling" classique ou tu essayes de trouver
un jeu de paramètres qui matchent tes observations. C'est pas si choquant
que ça !

JF

Rémi Moyen

unread,
Feb 25, 2008, 3:07:28 PM2/25/08
to
Jean-François Moyen a écrit :

>> S&V cite justement un travail de Wilde de 2001 sur les isotopes de
>> l'oxygène qui indiquerait une altération de surface par de l'eau. Ils
>> indiquent que la présence d'eau liquide en surface à cette époque serait
>> aussi une nouveauté (enfin, un peu plus ancienne, fatalement, vu que ça
>> date de 2001).
>
> Oui, c'est là que les choses ont vraiment commencé à bouger. Wilde et
> compagnie (c'est lui le premier auteur de ce papier? Je croyais que
> c'était John Valley ou Aaron Cavoisie, tiens...)

Pas forcément, S&V se contente de dire que Wilde avait déjà fait une
étude en 2001 qui bla bla... De même qu'ils ne citent que Menneken et
Wilde pour le papier récent, ils ont pu "oublier" l'ordre des auteurs
pour celui-là.

>>> En revanche, les diamants, c'est tout nouveau. [...] Et c'est
>>> important, parce que ça nous donne maintenant une lithosphère épaisse et
>>> froide (pas seulement la croûte), et ça nous donne de l'enfouissement de
>>> matière de surface à 120 km.
>>
>> Au passage, quel est le mécanisme habituel de remontée de ce genre de
>> choses ? Si c'est sur une branche de convection, je vois mal que ça
>> remonte tout seul. Et même sinon, je sais bien qu'on a 4 Ga pour les
>> faire remonter, mais quand même... ?
>
> La plupart des diamants connus sont dans des kimberlites -- des laves de
> type point chaud formées à grande profondeur. Ce sont donc des
> xénolithes. Depuis peu, on a identifié des diamants dans des komatiites
> (en Guyane), qui sont aussi des laves mantelliques. De façon plus
> importante, on en trouve dans les ceintures de ultra-haute pression
> type Dabie-Shan (des zones de collision bourrées d'éclogites, certaines
> de très fortes profondeursm jusqu'à des 100 km et plus).

Et (c'était ça ma question, en fait), comment ces éclogites sont-elles
remontées à la surface ? Ça m'intrigue un peu parce que des trucs peu
profonds, je comprends comment l'activité tectonique peut, à la longue,
les ramener en surface, mais des trucs qui sont descendus à 100 km, il
ne suffit pas d'une petite orogénèse locale, j'imagine ?

> Ah, par contre tu mets en évidence un problème intéressant, c'est
> comment ces diamants sont arrivés dans des zircons (minéral formé en
> général dans des magmas intermédiaires ou acides...).

Je ne m'étais pas posé la question, me disant que ça devait être une
combinaison classique...

>> Évidemment, je parie que ce genre de modèle statistique n'est pas
>> constructible parce que les données sur les taux de recyclage doivent
>> être tout aussi partielle que le nombre de sites de cet âge,
>
> Hmm, on peut avoir des bouts d'estimation sur les taux de
> croissance/recyclage en regardant des données isotopiques (dans le
> manteau en particulier). Mais ça reste en effet á la grosse louche.
>
>> donc que le
>> modèle ne doit guère pouvoir être contraint que... par sa conclusion, la
>> "surface" ancienne actuellement connue !
>
> Bof, ce serait du "forward modelling" classique ou tu essayes de trouver
> un jeu de paramètres qui matchent tes observations. C'est pas si
> choquant que ça !

Oui, mais c'est pas ce à quoi je pensais. Si tu calibres tes paramètres
en fonction du résultat (j'aurais plutôt parlé d'inversion, non ? Enfin
bon, l'un contient l'autre et vice-versa...), ton modèle ne te dira
jamais plus sur l'état actuel que ce que tu lui as donné. Bien sûr, ce
modèle serait (est ?) utile pour estimer les paramètres passés, ce qui
est intéressant en soi.

Mais ce que j'essaye de dire, c'est que si tu essayes de calculer
combien de, disons, craton hadéen, devrait encore exister à l'heure
actuelle, et que tu utilises pour calibrer le "taux de disparition" la
surface observée, ben tout ce que le calcul va dire, c'est qu'il devrait
exister ce que tu as observé ! Ça ne te dira rien du tout sur le ratio
entre la surface qui devrait exister et celle que tu connais (cad est-ce
que ce qu'on connaît est un échantillon fiable de ce qui a pu parvenir
jusqu'à nous). Donc c'est pas avec ça que tu aura une indication sur
l'incertitude des observations.
--
Rémi Moyen

Jean-François Moyen

unread,
Feb 26, 2008, 2:23:06 AM2/26/08
to
On Mon, 25 Feb 2008 22:07:28 +0200, Rémi Moyen
<r.moye...@ukonline.co.uk.invalid> wrote:

>>> Au passage, quel est le mécanisme habituel de remontée de ce genre de
>>> choses ? Si c'est sur une branche de convection, je vois mal que ça
>>> remonte tout seul. Et même sinon, je sais bien qu'on a 4 Ga pour les
>>> faire remonter, mais quand même... ?
>>
>> La plupart des diamants connus sont dans des kimberlites -- des laves de
>> type point chaud formées à grande profondeur. Ce sont donc des
>> xénolithes. Depuis peu, on a identifié des diamants dans des komatiites
>> (en Guyane), qui sont aussi des laves mantelliques. De façon plus
>> importante, on en trouve dans les ceintures de ultra-haute pression
>> type Dabie-Shan (des zones de collision bourrées d'éclogites, certaines
>> de très fortes profondeursm jusqu'à des 100 km et plus).
>
> Et (c'était ça ma question, en fait), comment ces éclogites sont-elles
> remontées à la surface ? Ça m'intrigue un peu parce que des trucs peu
> profonds, je comprends comment l'activité tectonique peut, à la longue,
> les ramener en surface, mais des trucs qui sont descendus à 100 km, il
> ne suffit pas d'une petite orogénèse locale, j'imagine ?

Bon, le Dabie-Shan c'est pas de la petite orogénèse locale, déjà. C'est en
Chine alors on connaît pas, mais ça fait quelques milliers de kilomètres
de long...

Sinon, c'est le problème général de l'exhumation des roches de (U)HP, qui
est une des choses qui excite le plus les métamorphistes et
structuralistes en ce moment ! On retombe sur les modèles de type Chemenda
ou Polino (il doit y avoir plus récent, mais je n'ai pas fait de biblio
sur ces sujets dernièrement).


> Mais ce que j'essaye de dire, c'est que si tu essayes de calculer
> combien de, disons, craton hadéen, devrait encore exister à l'heure
> actuelle, et que tu utilises pour calibrer le "taux de disparition" la
> surface observée, ben tout ce que le calcul va dire, c'est qu'il devrait
> exister ce que tu as observé ! Ça ne te dira rien du tout sur le ratio
> entre la surface qui devrait exister et celle que tu connais (cad est-ce
> que ce qu'on connaît est un échantillon fiable de ce qui a pu parvenir
> jusqu'à nous). Donc c'est pas avec ça que tu aura une indication sur
> l'incertitude des observations.

Ah, oui, je vois. Ben, en effet...

JF

Jean-François Moyen

unread,
Feb 27, 2008, 4:42:16 AM2/27/08
to
On Mon, 25 Feb 2008 22:07:28 +0200, Rémi Moyen
<r.moye...@ukonline.co.uk.invalid> wrote:

> Et (c'était ça ma question, en fait), comment ces éclogites sont-elles
> remontées à la surface ? Ça m'intrigue un peu parce que des trucs peu
> profonds, je comprends comment l'activité tectonique peut, à la longue,
> les ramener en surface, mais des trucs qui sont descendus à 100 km, il
> ne suffit pas d'une petite orogénèse locale, j'imagine ?


Tiens, puisqu'on en parle :

Modelling tectonic styles and ultra-high pressure (UHP) rock exhumation
during the transition from oceanic subduction to continental collision

C.J. Warren, C. Beaumont and R.A. Jamieson

Earth and Planetary Science Letters
Volume 267, Issues 1-2, 1 March 2008, Pages 129-145

http://www.sciencedirect.com/science?_ob=ArticleURL&_udi=B6V61-4R8H1WJ-5&_user=613892&_rdoc=1&_fmt=&_orig=search&_sort=d&view=c&_acct=C000032099&_version=1&_urlVersion=0&_userid=613892&md5=b6bb2ca29a1837e7d02355342e71f3a8

(ca, c'est de l'URL...)

JF

Florian

unread,
Mar 3, 2008, 9:40:23 AM3/3/08
to
Rémi Moyen <r.moye...@ukonline.co.uk.invalid> wrote:


> Au passage, quel est le mécanisme habituel de remontée de ce genre de
> choses ? Si c'est sur une branche de convection, je vois mal que ça
> remonte tout seul. Et même sinon, je sais bien qu'on a 4 Ga pour les
> faire remonter, mais quand même... ?


Excellente question et félicitation pour cet éclair de lucidité!

Comment donc est-ce que tout ceci peut être remonter à la surface?

Et surtout, comment des eclogites, qui sont sensées être plus denses que
la moyenne du manteau supérieur, qui sont à la base des explications de
subduction des slabs (slab pull), et qui devraient donc "couler à pic",
sont-elles remontées en surface?

Voilà une superbe incohérence qui ne semble déranger absolument
personne!

C'est par ce genre de questions que j'ai commencé à sérieusement douter
de la description actuelle qui clame tout et son contraire, comme bon
lui semble, sans aucun soucis de cohérence.

C'est comme celà que j'en suis arrivé, comme bien d'autres, à conclure
que le modèle actuel était bidon et que la seule alternative valable
était basée sur une croissance à l'échelle globale.

Dans ce cadre, de la lithosphère peut se faire engloutir par des
extrusions dans un premier temps, et être repoussée vers la surface dans
un second temps lors d'une nouvelle poussée.

--
Florian
"Toute vérité passe par trois phases. D'abord, elle est ridiculisée;
ensuite, elle rencontre une vive opposition avant d'être acceptée comme
une totale évidence" - Arthur Schopenhauer

Jean-François Moyen

unread,
Mar 4, 2008, 2:05:56 AM3/4/08
to
On Mon, 03 Mar 2008 16:40:23 +0200, Florian
<auxotectonics_deletethis@nachon_andthis.net> wrote:

> Voilà une superbe incohérence qui ne semble déranger absolument
> personne!


Sauf, naturellement, les quelques centaines de géologues qui travaillent
sur la question. Et qui en discutent à peu près à chaque congrès. Regarde
par exemple
http://www.cosis.net/members/meetings/search_programme.php?m_id=49&p_id=318&view=session&day=2&mode=author_title&submit_search=go&search%5Bfield1%5D=title&search%5Btext1%5D=exhumation&search%5Bop1%5D=and&search%5Bfield2%5D=author&search%5Btext2%5D=&submit_search=go

A part ça, personne, non.

C'est bien, de vouloir réformer la science, mais il faudrait déjà se tenir
au courant de ce que font les gens.

JF

Jacques Lavau

unread,
Mar 4, 2008, 6:48:00 AM3/4/08
to
Florian a écrit :

> Rémi Moyen <r.moye...@ukonline.co.uk.invalid> wrote:
>
>
>> Au passage, quel est le mécanisme habituel de remontée de ce genre de
>> choses ? Si c'est sur une branche de convection, je vois mal que ça
>> remonte tout seul. Et même sinon, je sais bien qu'on a 4 Ga pour les
>> faire remonter, mais quand même... ?
>
>
> Excellente question et félicitation pour cet éclair de lucidité!
> ...
>

M'enfin, Florian ?
Kestatan pour expliquer à tous ces ignorants, que vu le formidable
rétrécissement que tu imposes à la Terre à mesure qu'on remonte dans
le temps, par le moyen de ta nouvelle géophysique à toi que tu as,
jamais ta Terre à toi n'aurait pu être diamantifère voici 4,25 Ga ?
Bien trop petite, et de gravité ridiculement trop faible pour ça !

--
La science se distingue de tous les autres modes de transmission des
connaissances, par une "croyance" de base : nous croyons que les
experts sont faillibles, que les connaissances transmises peuvent
contenir toutes sortes de fables et d’erreurs, et qu’il faut prendre
la peine de vérifier, par des expériences.
-- Jacques Lavau (retirer les anti et les spam pour le courriel)
http://lavaujac.club.fr

Jean-François Moyen

unread,
Mar 4, 2008, 7:01:59 AM3/4/08
to
On Tue, 04 Mar 2008 09:05:56 +0200, Jean-François Moyen
<jfm...@gmail.com> wrote:

Ah oui, j'allais oublier -- ton problème à toi, ce serait plutôt de faire
descendre les éclogites à 50--100 km. C'est embêtant, parce qu'on a une
série d'indices (minéralogie, isotopes, etc.) qui nous montre que ce sont
des roches venant de la surface, des sédiments des fois, qui sont
descendues à cette profondeur avant de remonter.

Florian

unread,
Mar 4, 2008, 5:05:01 PM3/4/08
to
Jean-François Moyen <jfm...@gmail.com> wrote:

> Sauf, naturellement, les quelques centaines de géologues qui travaillent
> sur la question. Et qui en discutent à peu près à chaque congrès. Regarde
> par exemple
>
http://www.cosis.net/members/meetings/search_programme.php?m_id=49&p_id=
318&view=session&day=2&mode=author_title&submit_search=go&search%5Bfield
1%5D=title&search%5Btext1%5D=exhumation&search%5Bop1%5D=and&search%5Bfie
ld2%5D=author&search%5Btext2%5D=&submit_search=go


J'ai lu quelques-uns des résumés et je n'ai vu nulle part que celà
dérange quelqu'un que des eclogites remontent en surface par la simple
poussée d'archimède (+érosion) alors que dans le même temps, ce sont ces
mêmes éclogites qui sont sensées expliqué pourquoi un slab de
lithosphère océanique devient plus dense que le manteau.
Et c'est bien là qu'est l'incohérence.

Petite questions:
- Crois-tu qu'il soit possible qu'un slab puisse tirer 3000 km de
lithosphère océanique sans que cette dernière ne cède sous la traction
imposée?
- Quelle preuves a-t-on que la lithosphère océanique s'enfonce?
- Comment s'initie une subduction si la lithosphère océanique n'est pas
assez dense avant eclogitisation.


> C'est bien, de vouloir réformer la science, mais il faudrait déjà se tenir
> au courant de ce que font les gens.

Tu sais très bien que c'est parfaitement impossible pour une seule
personne de lire toute la littérature. Ce sont des gens comme toi qui
doivent apporter leur soutien à partir des connaissances qu'ils ont
acquises et trouver la bonne interprétation dans le cadre d'un nouveau
paradigme.

Florian

unread,
Mar 4, 2008, 5:07:22 PM3/4/08
to
Jean-François Moyen <jfm...@gmail.com> wrote:

> Ah oui, j'allais oublier -- ton problème à toi, ce serait plutôt de faire
> descendre les éclogites à 50--100 km.

Allons bon? Porquoi donc celà pose-t-il problème?

Jean-François Moyen

unread,
Mar 5, 2008, 2:09:07 AM3/5/08
to
On Wed, 05 Mar 2008 00:05:01 +0200, Florian
<auxotectonics_deletethis@nachon_andthis.net> wrote:

>
> J'ai lu quelques-uns des résumés et je n'ai vu nulle part que celà
> dérange quelqu'un que des eclogites remontent en surface par la simple
> poussée d'archimède (+érosion)

Alors tu as mal lu. Il serait bon que tu te remettes à jour, tu as à peu
près, oh... 20 ans de biblio en retard. Essaye les confs de Lardeaux / P.
Thomas sur les chaînes de montages sur Planet-Terre. Sinon, cherche chez
google scholar (par exemple !!) Polino, Chemenda, Brun, Teyssier.

> alors que dans le même temps, ce sont ces
> mêmes éclogites qui sont sensées expliqué pourquoi un slab de
> lithosphère océanique devient plus dense que le manteau.

Tu as aussi du retard de biblio ici. Ce qui tire le slab, ce ne sont pas
tant les éclogites que la lithosphère mantellique. As tu lu "Les Montagnes
sous la mer", que je m'échine à te citer jour après jour ? Tu y trouveras
80% des réponses à tes "problèmes".

> Et c'est bien là qu'est l'incohérence.
>
> Petite questions:
> - Crois-tu qu'il soit possible qu'un slab puisse tirer 3000 km de
> lithosphère océanique sans que cette dernière ne cède sous la traction
> imposée?

Il n'est pas question de croire, mais de faire des calculs de résistance
des matériaux. Essaye Turcotte & Schubert.

> - Quelle preuves a-t-on que la lithosphère océanique s'enfonce?

Ou ? Dans les bassins océanqiues, ou dans les arcs ?

* Dans les bassins océaniques :
Corrélation âge -- profondeur
Corrélation âge -- couverture sédimentaire

* Sous les arcs :
Données tomo
Données sismiques (Benioff)
Mécanismes au foyer
Données gravi (masses denses)
Volcanisme calco_alcalin, dont
nature hydratée
données pétro exp
données géochmiques, en particulier
isotopes Be-B
découplage LIL/HFS
Eclogites

> - Comment s'initie une subduction si la lithosphère océanique n'est pas
> assez dense avant eclogitisation.

Le plus souvent, pas. Tu auras noté que la majorité des subductions
s'initient sur des lithosphères ancienne, ou sur des segments de limite de
plaques entourées de lithosphère ancienne.

>
>
>> C'est bien, de vouloir réformer la science, mais il faudrait déjà se
>> tenir
>> au courant de ce que font les gens.
>
> Tu sais très bien que c'est parfaitement impossible pour une seule
> personne de lire toute la littérature.

D'un autre coté, avant d'affirmer "cet élément là n'est pas explicable par
la théorie", il est bon de vérifier ce qu'en disent les gens qui
travaillent dessus. Sinon on risque le ridicule.

> Ce sont des gens comme toi qui
> doivent apporter leur soutien à partir des connaissances qu'ils ont
> acquises et trouver la bonne interprétation dans le cadre d'un nouveau
> paradigme.

Bull shit. Le nouveau paradigme, je le chercherais quand je trouverais une
observation discordante. Pour le moment, je n'en ai pas vu.
>

robby

unread,
Mar 5, 2008, 3:48:13 AM3/5/08
to
Jean-François Moyen a écrit :

> As tu lu "Les Montagnes sous la mer", que je m'échine à te citer jour après jour ? Tu
> y trouveras 80% des réponses à tes "problèmes".

dommage, il a l'air épuisé chez tous les libraires en ligne. :-(

--

Fabrice

Jean-François Moyen

unread,
Mar 5, 2008, 5:02:40 AM3/5/08
to
On Wed, 05 Mar 2008 10:48:13 +0200, robby <m...@pla.net> wrote:

>> As tu lu "Les Montagnes sous la mer", que je m'échine à te citer jour
>> après jour ? Tu y trouveras 80% des réponses à tes "problèmes".
> dommage, il a l'air épuisé chez tous les libraires en ligne.

Ah, c'est donc pour ça qu'il conti,nue à sortir des arguments à la c..
dont la vacuité est patente quand on a lu ça.. :-)

Il se trouve dans toutes les bonnes BU...

Mais pour un physicien capable de comprendre dela vraie physique, je
recommande plutôt le Belin (Nataf-Sommeria, cf autre message).

JF

Florian

unread,
Mar 7, 2008, 6:04:13 AM3/7/08
to
Jean-François Moyen <jfm...@gmail.com> wrote:

> On Wed, 05 Mar 2008 00:05:01 +0200, Florian
> <auxotectonics_deletethis@nachon_andthis.net> wrote:
>
> >
> > J'ai lu quelques-uns des résumés et je n'ai vu nulle part que celà
> > dérange quelqu'un que des eclogites remontent en surface par la simple
> > poussée d'archimède (+érosion)
>
> Alors tu as mal lu. Il serait bon que tu te remettes à jour, tu as à peu
> près, oh... 20 ans de biblio en retard. Essaye les confs de Lardeaux / P.
> Thomas sur les chaînes de montages sur Planet-Terre. Sinon, cherche chez
> google scholar (par exemple !!) Polino, Chemenda, Brun, Teyssier.

Justement, regarde cette conf de Lardeaux à peu près vers 20 minutes.

<http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata
/LOM-conference-lardeaux.xml>

J'espère que celà va bien te faire réfléchir, parce qu'on est
*exactement* dans le même schéma: on marche sur la tête!

Truc amusant, les"géotumeurs" semblent faire un retour via les "mantle
plumes" qui sont parfaitement intégrés au modèle de croissance.

>
> > alors que dans le même temps, ce sont ces
> > mêmes éclogites qui sont sensées expliqué pourquoi un slab de
> > lithosphère océanique devient plus dense que le manteau.
>
> Tu as aussi du retard de biblio ici. Ce qui tire le slab, ce ne sont pas
> tant les éclogites que la lithosphère mantellique. As tu lu "Les Montagnes
> sous la mer", que je m'échine à te citer jour après jour ? Tu y trouveras
> 80% des réponses à tes "problèmes".

Un livre qui a 18 ans pour rattraper 20 ans de biblio de retard, je
crois qu'il y a mieux, non?

>
> > Et c'est bien là qu'est l'incohérence.
> >
> > Petite questions:
> > - Crois-tu qu'il soit possible qu'un slab puisse tirer 3000 km de
> > lithosphère océanique sans que cette dernière ne cède sous la traction
> > imposée?
>
> Il n'est pas question de croire, mais de faire des calculs de résistance
> des matériaux. Essaye Turcotte & Schubert.

Je connais déjà: 3.3x1013N m-1 pour le slab pull d'après Turcotte &
Schubert alors que la résistence à la tension est de 8x1012 N m-1 (*)

(*) Liu S., Wang L., Li C., Li H., Han Y., Jia C. and Wei G.; 2004:
Thermal-rheological structure of lithosphere beneath
the northern flank of Tarim Basin, western China:Implications for
geodynamics. Science in China, Series D, Earth
Sci., 47, 659-672.

Doglioni a toute une discussion à ce sujet, dans sa revue 'what moves
slabs"

<http://www2.ogs.trieste.it/bgta/provapage.php?id_articolo=379>

>
> > - Quelle preuves a-t-on que la lithosphère océanique s'enfonce?
>
> Ou ? Dans les bassins océanqiues, ou dans les arcs ?
>
> * Dans les bassins océaniques :
> Corrélation âge -- profondeur
> Corrélation âge -- couverture sédimentaire

C'est ignorer l'hypothèse complémentaire, à savoir qu'avec le temps, la
lithosphère océanique est mise en place à une altitude de plus en plus
élevée.

>
> * Sous les arcs :
> Données tomo
> Données sismiques (Benioff)

Pas des données dynamiques, extrusion/diapir+chevauchement donnent la
même observation.

> Mécanismes au foyer

Non. Je te rappelle que par exemple au niveau de la fosse des Tonga, les
mécanismes au foyer indiquent même une extension:

<http://nachon.free.fr/firstmotion/Fig2Abrudzinsky.png>
<http://nachon.free.fr/firstmotion/beachballtonga.png>

> Données gravi (masses denses)

Pas des données dynamiques, idem pour chevauchement


> Volcanisme calco_alcalin, dont
> nature hydratée
> données pétro exp
> données géochmiques, en particulier
> isotopes Be-B
> découplage LIL/HFS

Pas des données dynamiques, idem pour extrusion/diapir+chevauchement

> Eclogites

Pareil, même chose pour un chevauchement. A moins bien sûr que tu ne
considères qu'il ne soit pas possible pour des roches de surface de se
retrouver à 100 km sous la surface sachant qu'en 200 Ma le rayon a
augmenté d'environ 3000 km...


Je t'invite à relire encore une fois le papier de Scalera:

"Geodynamics of the Wadati-Benioff zone earthquakes: The 2004
Sumatra earthquake and other great earthquakes " Geofísica Internacional
(2007), Vol. 46, Num. 1, pp. 19-50

<http://www.earth-prints.org/bitstream/2122/2311/1/LOW_RES_.PDF>

>
> > - Comment s'initie une subduction si la lithosphère océanique n'est pas
> > assez dense avant eclogitisation.
>
> Le plus souvent, pas. Tu auras noté que la majorité des subductions
> s'initient sur des lithosphères ancienne,

Faux. La lithosphère la plus ancienne n'est pas le lieu d'initation de
"subduction":
Atlantique <http://nachon.free.fr/GE/oldestfloor/atlantic2.png>
Indien <http://nachon.free.fr/GE/oldestfloor/indian.png>
pacifique <http://nachon.free.fr/iso5/Iso5Npacific.png>

> ou sur des segments de limite de
> plaques entourées de lithosphère ancienne.

Raisonnement circulaire?, la limite de plaque étant justement définie,
entres autres, par la zone de Wadati-Benioff.


> > Tu sais très bien que c'est parfaitement impossible pour une seule
> > personne de lire toute la littérature.
>
> D'un autre coté, avant d'affirmer "cet élément là n'est pas explicable par
> la théorie", il est bon de vérifier ce qu'en disent les gens qui
> travaillent dessus. Sinon on risque le ridicule.

Le problème est l'incohérence de la théorie sur ce point: un coup çà
coule, un coup çà remonte. A la fin, on fait ce qu'on veux et il n'y a
plus de théorie.

>
> > Ce sont des gens comme toi qui
> > doivent apporter leur soutien à partir des connaissances qu'ils ont
> > acquises et trouver la bonne interprétation dans le cadre d'un nouveau
> > paradigme.
>
> Bull shit. Le nouveau paradigme, je le chercherais quand je trouverais une
> observation discordante. Pour le moment, je n'en ai pas vu.

Il faudrait d'abord que tu les cherches, puis que tu prennes le temps
d'y réfléchir sérieusement.

Jean-François Moyen

unread,
Mar 7, 2008, 6:16:07 AM3/7/08
to
On Fri, 07 Mar 2008 13:04:13 +0200, Florian
<auxotectonics_deletethis@nachon_andthis.net> wrote:

> Justement, regarde cette conf de Lardeaux à peu près vers 20 minutes.
> <http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata
> /LOM-conference-lardeaux.xml>


Connection trop lente et trop payante pour récupérer toute la conf. P-T
c'est bien mais seulement quand on a l'ADSL.

Jean-François Moyen

unread,
Mar 7, 2008, 7:10:56 AM3/7/08
to
On Fri, 07 Mar 2008 13:04:13 +0200, Florian
<auxotectonics_deletethis@nachon_andthis.net> wrote:

>> Bull shit. Le nouveau paradigme, je le chercherais quand je trouverais
>> une
>> observation discordante. Pour le moment, je n'en ai pas vu.
> Il faudrait d'abord que tu les cherches, puis que tu prennes le temps
> d'y réfléchir sérieusement.


Vu que je passe ma vie à chercher des observations -- c'est même mon
métier-- et que malgé celà je n'en trouve toujours pas quie je ne puisse
expliquer dans le cadre de théories usuelles, je n'ai pas besoin de
révolutionner du même élan la physique, la géologie et la biologie.

Je m'en vais d'ailleurs dès demain sur le terrain faire quelques
observations bien senties, j'ai des subductions Archéennes (3.0 Ga) à
étudier.

Ce qui, entre autres avantages, m'évitera de m'énerver à lire des proses
comme celle-ci.

JF

Florian

unread,
Mar 8, 2008, 6:23:12 AM3/8/08
to
Jean-François Moyen <jfm...@gmail.com> wrote:

> On Fri, 07 Mar 2008 13:04:13 +0200, Florian
> <auxotectonics_deletethis@nachon_andthis.net> wrote:
>
> >> Bull shit. Le nouveau paradigme, je le chercherais quand je trouverais
> >> une
> >> observation discordante. Pour le moment, je n'en ai pas vu.
> > Il faudrait d'abord que tu les cherches, puis que tu prennes le temps
> > d'y réfléchir sérieusement.
>
>
> Vu que je passe ma vie à chercher des observations -- c'est même mon
> métier-- et que malgé celà je n'en trouve toujours pas quie je ne puisse
> expliquer dans le cadre de théories usuelles,

Il faut savoir prendre le recul nécessaire. Ce n'est pas évident de
changer de point de vue, de changer de système de pensée. Mais garde à
l'esprit que ce sont des jeunes chercheurs comme toi qui devront assurer
le changement de paradigme.

> je n'ai pas besoin de
> révolutionner du même élan la physique, la géologie et la biologie.

Qui parle de révolutionner la physique? Il s'agit d'expliquer un
phénomène nouveau, qui en aucun cas invalide ce que l'on connaît déjà.

Et la biologie? Allons bon... tu ne ferais pas une messagite aigüe?

> Je m'en vais d'ailleurs dès demain sur le terrain faire quelques
> observations bien senties, j'ai des subductions Archéennes (3.0 Ga) à
> étudier.

Très bien, alors prends toi au jeu d'interpréter les observations que tu
pourras faire en te basant sur une tectonique de croissance. Tu seras
peut-être surpris.



> Ce qui, entre autres avantages, m'évitera de m'énerver à lire des proses
> comme celle-ci.

A ce point? Mais personne ne te force à lire mes messages...

Florian

unread,
Mar 9, 2008, 4:42:36 PM3/9/08
to
Jean-François Moyen <jfm...@gmail.com> wrote:

Dommage. Quelques autres points intéressants dans cette conf qui
commence déjà à dater (2001):

A la minute 56, il décrit les 3 hypothèse principales pour expliquer
l'extension à l'intérieur des chaines. La 3 ème fait appel à la notion
de poinçon mantelique qui est très proche du concept d'oroclinal (arc
orogénique) cher à Carey et que j'ai tenté d'illustrer sur le schéma
suivant:

http://nachon.free.fr/overthrust/agean.png

Un peu plus loin, il parle aussi des UHPs jusqu'à 300 km et développe le
concept de subduction continentale qui s'ensuit, qui est un
chevauchement pour peu qu'on chnage de référentiel, et remplace le
concept de collision continentale. Et encore plus loin, il parle du
concept d'extrusion à l'intérieur des chaines qui explique à merveille
certaines caractéristiques.

Peu à peu, on retrouve les principes généraux associés à la croissance
terrestre: extrusions, chevauchements et concept d'oroclinal.
L'auxotectonique à de beaux jours devant elle.

Florian

unread,
Mar 9, 2008, 4:52:31 PM3/9/08
to
Jean-François Moyen <jfm...@gmail.com> wrote:

Dommage. Quelques autres points intéressants dans cette conf qui


commence déjà à dater (2001):

A la minute 56, il décrit les 3 hypothèses principales pour expliquer


l'extension à l'intérieur des chaines. La 3 ème fait appel à la notion
de poinçon mantelique qui est très proche du concept d'oroclinal (arc
orogénique) cher à Carey et que j'ai tenté d'illustrer sur le schéma
suivant:

http://nachon.free.fr/overthrust/agean.png

Un peu plus loin, il parle aussi des UHPs jusqu'à 300 km et développe le
concept de subduction continentale qui s'ensuit, qui est un

chevauchement pour peu qu'on change de référentiel, et remplace le


concept de collision continentale. Et encore plus loin, il parle du
concept d'extrusion à l'intérieur des chaines qui explique à merveille
certaines caractéristiques.

Peu à peu, on retrouve les principes généraux associés à la croissance
terrestre: extrusions, chevauchements et concept d'oroclinal.
L'auxotectonique à de beaux jours devant elle.

--

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