BE France 192 >> 22/05/2007
[...] L'une des solutions proposées consisterait à larguer du sulfate
de fer dans l'océan afin de piéger le carbone. Or l'efficacité
supposée de ces manipulations de géoingénierie visant à réduire la
concentration de gaz carbonique atmosphérique par fertilisation des
océans via un ajout de fer a été mise à mal dans un article publié en
avril dernier dans la revue Nature.
L'équipe que dirige Stéphane Blain au sein du Laboratoire
d'Océanographie et de Biogéochimie de Marseille (LOB/COM, CNRS/
Université de Marseille 2) a révélé en effet que la voie biologique de
capture du carbone atmosphérique par l'océan est beaucoup plus
sensible à l'apport naturel de fer dans l'eau, qu'à une addition
artificielle.
Ces résultats ont été obtenus dans le cadre de la campagne
océanographique internationale KEOPS (KErguelen Ocean and Plateau
compared Study), qui s'est déroulée début 2005, à bord du navire
océanographique Marion Dufresne, au voisinage des Iles Kerguelen dans
l'océan Austral.
Le but de ce programme, auquel participe seize laboratoires de
différents pays (France, Australie, Belgique, Hollande) était
d'étudier une poussée phytoplanctonique naturelle dans les eaux du
plateau entourant les Iles Kerguelen.
Des observations satellites ont révélé en effet que ces eaux
connaissent chaque année une floraison estivale très localisée du
phytoplancton, un phénomène qui peut s'expliquer par la présence de
fer. Or l'expédition KEOPS a apporté la preuve que cette floraison est
bien alimentée par un apport continu et naturel des eaux de surface.
Ce fer provient en fait des eaux profondes, différents mécanismes de
transport participant à le rendre disponible pour le phytoplancton en
surface.
Les chercheurs ont montré en particulier que l'exportation de carbone
vers les profondeurs lors d'une fertilisation naturelle est au moins
deux fois plus importante que celle observée dans le cas d'une
fertilisation artificielle.
Qui plus est, elle est obtenue avec des quantités de fer beaucoup
moins importantes.
Ainsi l'efficacité de cette fertilisation, définie comme le rapport
entre la quantité de carbone exportée et la quantité de fer ajoutée,
est au moins dix fois plus élevée lorsque la fertilisation est
naturelle.
- Laboratoire d'Océanographie et de Biogéochimie de Marseille -
Stéphane Blain
- KEOPS : http://www.obs-vlfr.fr/proof/index_vt.htm
- Effect of natural iron fertilization on carbon sequestration in the
Southern Ocean. Stéphane Blain et al. Nature. 26 avril 2007 :
http://www.nature.com/nature/journal/v446/n7139/abs/nature05700.html
Origine : BE France numéro 192 (22/05/2007) - ADIT / ADIT -
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/42915.htm
Et de plus, le fer constitue déjà une matière première non renouvelable (sauf
procédés de réduction très coûteux en énergie). Où le trouverait-on, pour
"fertiliser" les océans ?
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Gallad