Le faux "ossuaire de Jacques" : une analyse detaillee (long)

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Zartregu

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Jun 20, 2003, 2:39:16 AM6/20/03
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http://www.archaeology.org/magazine.php?page=online/features/ossuary/index

Une très intéressante analyse chimique, géologique et épigraphique.

----------------- traduction ------------------


POUSSIERE D'OR ET JAMES BOND

(18 juin 2003) L'Autorité des Antiquités d'Israël déclare que
l'Ossuaire de Jacques et l'Inscription de Jehoash sont des faux.

Des faux. C'est le verdict d'un panel de scientifiques mis en place
par l'Autorité des Antiquités d'Israël (IAA) pour examiner l'Ossuaire
de Jacques et l'Inscription de Jehoash. Annoncées aujourd'hui lors
d'une conférence de presse à Jérusalem, les conclusions du panel -
résumées plus bas - montrent que ces objets sont des faux modernes, et
non d'anciennes reliques bibliques.

Les média s'étaient déchaînés suite à l'annonce en octobre dernier
qu'André Lemaire, de la Sorbonne à Paris, avait découvert une
inscription - "Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus" - sur une
boite en calcaire de couleur brun clair d'un type communément utilisé
pour les enterrements au premier siècle à Jérusalem. Il semblait que
la boite, ou ossuaire, avait contenu les os de Jacques, frère du Jésus
biblique, qui fut lapidé à mort en 62 de notre ère selon l'historien
Flavius Josephus. Promu par le magazine Biblical Archeological Review,
l'ossuaire fut célébré par le magazine Times comme sans doute "la
découverte la plus importante de l'histoire de l'archéologie du
Nouveau Testament". Il fut exposé au Royal Ontario Museum (ROM) de
Toronto, a été le sujet d'un livre par HarperCollins, et a même fait
l'objet d'un documentaire diffusé par la chaîne Discovery Channel à
Pâques dernier. Les doutes sur son authenticité furent un peu vite mis
de côté, car de nombreux experts bibliques ainsi que des géologues de
Survey of Israël et des scientifiques du ROM se portaient garants de
l'objet.

Mais des doutes persistaient, puis sont devenus plus insistants en
janvier dernier quand un autre artéfact avec des associations
bibliques - et aux origines et à la détention douteuses - apparut en
Israël : l'inscription de Jehoash, apparemment un compte-rendu vieux
de 2.800 ans de réparations faites au Temple de Jérusalem. Son texte,
en script hébreux - phénicien, était remarquablement similaire à un
passage de l'Ancien Testament. De microscopiques globules d'or, que
l'on disait avoir trouvées dans les lettres inscrites, furent
expliquées comme des restes des murs en or et des objets du Temple de
Salomon détruit par les Babyloniens. Mais des experts ont
immédiatement montré du doigt ce qui semblait être des erreurs
grammaticales évidentes dans l'inscription.

Ces découvertes sensationnelles étaient-elles trop belles pour être
vraies ? L'Autorité des Antiquités d'Israël a commencé son enquête.

Un article à paraître par Neil Asher Silberman et Yuval Goren dans le
numéro de septembre / octobre de la revue ARCHAEOLOGY va faire le
point sur l'enquête, son environnement et son résultat. En attendant,
la conférence de presse de l'IAA a clairement établi les détails
suivants :

Les experts du panel scientifique de l'IAA furent divisés en comités
pour enquêter sur les aspects épigraphiques des inscriptions (formes
des lettres, grammaire, syntaxe) et pour effectuer un examen physique
minutieux des artéfacts, notamment de la patine qui les recouvre. Le
comité épigraphique était composé de Avigdor Victor Horwitz et Shmuel
Ahituv de l'Université Ben-Gurion du Negev, Ronny Reich de
l'Université de Haifa, Amos Kloner et Ester Eshel de l'Université
Bar-Ilan, Hagai Misgav de l'Université Hébraïque de Jérusalem, et Tal
Ilan de l'IAA. Le comité d'examen physique comprenait Yuval Goren de
l'Université de Tel-Aviv, Avner Ayalon de la Geological Survey of
Israel, Elisabetta Buaretto, responsable du laboratoire de datation au
radiocarbone du Weizmann Institute of Science, Jacques Neguer, chef du
département de restauration des roches de l'IAA, et Orna Cohen, une
restauratrice archéologique confirmée.

Leur mission était simple : effectuer une étude complète et
indépendante des deux artéfacts ; vérifier les conclusions
scientifiques précédentes ; et finalement, arriver à une conclusion
argumentée sur leur authenticité. La ministre israélienne de la
culture, Limor Livnat, a personnellement mandaté le travail de la
commission scientifique. Elle a remarqué, en parlant particulièrement
de l'Inscription de Jehoash, que s'il était établi qu'elle était
authentique, elle serait "la plus importante découverte archéologique
jamais faite dans l'Etat d'Israël." Et ce que les membres du panel ont
découvert, ce furent des indices indubitables de certaines des astuces
secrètes de la contrefaçon du 21ème siècle.

Le verdict des épigraphistes concernant l'Inscription de Jehoash fut
unanime : tous furent d'accord sur le fait que les nombreuses erreurs
de grammaire et le mélange excentrique de formes de lettres connues
dans d'autres inscriptions montraient clairement qu'il s'agissait
d'une contrefaçon moderne. Le cas de l'Ossuaire de Jacques était
différent. Les épigraphistes étaient divisés concernant l'authenticité
de la première partie de l'inscription, mais à la lumière des
résultats du comité sur la patine, ils ont été unanimes pour dire que
toute l'inscription était moderne. Ainsi, dans ce cas, ce furent les
analyses géochimiques et microscopiques - plutôt que l'érudition
savante - qui ont dévoilé la vérité.

L'examen d'une fine section de la craie dans laquelle a été taillée
l'Ossuaire de Jacques a indiqué qu'il s'agissait de roche calcaire de
la Formation de Menuha du Groupe du Mont Scopus, ce qui est
entièrement compatible avec les centaines d'ossuaires authentiques qui
ont été découverts dans la région de Jérusalem. Mais les experts
géologiques précédents et les conservateurs du Royal Ontario Museum
n'avaient mentionné qu'une seule sorte de patine en forme de
"chou-fleur". En fait, les géologues Goren et Ayalon ont identifié
trois couches sur la surface de l'ossuaire :

- Un fin vernis brun d'argile et d'autres minéraux cimenté sur la
surface rocheuse, probablement un vernis rocheux créé par des
bactéries vivantes ou des algues pendant une longue période de temps.

- Une croûte naturelle de patine (c'était le "chou-fleur") qui s'était
formée sur la surface rocheuse du fait de l'absorption ou la perte de
divers éléments et minéraux.

- Le "James Bond" (en français "Liant de Jacques") : un matériau
composite unique qui a reçu ce surnom de M. Goren car il adhérait aux
lettres incisées de l'inscription de l'Ossuaire de Jacques, mais
n'était trouvé en aucun autre endroit de l'ossuaire - ni sur aucun des
ossuaires authentiques que les membres de la commission ont utilisés
comme exemples comparatifs.

Le vernis recouvrait de grandes zones de la surface de l'ossuaire et
la patine avait percé à travers le vernis en de nombreux endroits. Le
vernis comme la patine recouvraient une rosette inscrite sur l'autre
côté de l'ossuaire. Mais l'analyse microscopique minutieuse de MM.
Goren et Ayalon a montré que les lettres de toute l'inscription en
araméen "Jacques, Fils de Joseph, Frère de Jésus" étaient gravées en
traversant le vernis, ce qui indique qu'elles ont été gravées
longtemps - peut-être des siècles - après la rosette recouverte de
vernis.

Le plus étrange dans tout cela était le "James Bond", le matériau
crayeux dont la couche recouvrait les lettres. Il contenait de
nombreux microfossiles appelés coccolithes, qui se trouvent
naturellement comme particules étrangères dans la craie, mais ne se
dissolvent pas dans l'eau. En conséquence, il était clair que ce
n'était pas une vraie patine forme par une cristallisation de calcite
en surface, mais plutôt de la craie pulvérisée - avec ses
microfossiles - qui avait été dissoute dans de l'eau et appliquée sur
toute l'inscription. Ainsi, la technique du faussaire était évidente :
l'Ossuaire de Jacques était un artéfact authentique sur lequel une
rosette décorative marquait originellement la "face avant". Bien
longtemps après que les processus naturels de vernis et de patine dans
un environnement de grotte humide furent achevés, quelqu'un a gravé
une série de lettres à travers le vernis naturel de la "face arrière"
de l'ossuaire. Puis il ou elle a recouvert les lettres fraîchement
taillées avec une imitation de "patine" faite d'eau et de craie
pulvérisée.

D'ailleurs, la méthode utilisée pour imiter la patine ancienne en
préparant et appliquant une mixture spécialement préparées de matériau
généralement similaire était également apparente dans et entre les
lettres de l'Inscription de Jehoash. Les résultats obtenus par M.
Ayalon le montrent clairement. Son étude s'est focalisée sur un indice
révélateur de la nature d'une patine antique authentique : son ratio
isotopique d'oxygène apporte une indication des propriétés de l'eau
avec laquelle la patine a été produite.

La calcite (carbonate de calcium, CaCO3) est le composant principal
des patines qui se forment naturellement sur les artéfacts
archéologiques enfouis dans des zones calcaires, comme la région de
Jérusalem. Cela est du au fait que la calcite se dissout dans l'eau
souterraine. Comme l'eau du sol perd du CO2 par évaporation, la
calcite se cristallise à nouveau sur la surface de la pierre (tout
comme la "pierre" qui se forme dans une théière). L'oxygène dans cette
couche calcaire recristallisée - la patine - a le même ratio
isotopique que l'eau à partir de laquelle elle s'est formée. Et cette
valeur peut même être utilisée pour déterminer la température à
laquelle la cristallisation s'est produite.

M. Ayalon a déterminé dans son analyse que, alors que la calcite sur
la patine de la surface non inscrite de l'ossuaire de Jacques - et
d'ailleurs sur les surfaces et inscriptions d'autres ossuaires
authentiques qu'il a examinés - avaient des ratios normaux pour les
températures souterraines moyennes dans la région de Jérusalem, les
ratios du "James Bond" - cette étrange mixture qui recouvrait
seulement les lettres de l'inscription - étaient entièrement
différents. En fait, ils suggéraient que la cristallisation s'était
produite dans de l'eau chaude, et non dans un "environnement de
grotte" comme l'avaient prétendu les géologues précédents. Cette
preuve indiquait une contrefaçon intentionnelle de la patine sur les
lettres de l'inscription "Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus" et
nulle part ailleurs.

Et quid des deux styles d'écriture de l'Ossuaire de Jacques qui
avaient été discernés par des critiques quelque temps plus tôt ?
L'examen physique montrait que toute l'inscription avait été gravée au
même moment, donc deux mains différentes étaient peu probables pour
une inscription de seulement cinq mots. Ou alors-- L'examen d'un
catalogue, celui-là même que le professeur Lemaire avait utilisé comme
comparaison pour les formes de lettres dans l'inscription de
l'ossuaire, montre qu'il est sans doute la source de cette
inscription. A une époque où des logiciels de scanning sont
disponibles, il est parfaitement possible de faire des copies
parfaites de lettres antiques telles qu'elles apparaissent sur des
artéfacts authentiques. Par exemple, en prenant le mot "Jacob" (du
catalogue no. 396), les mots "fils de Joseph" (du catalogue no. 573),
"frère de" (catalogue no. 570) et "Jésus" (assez commun pour avoir de
multiples exemples) et en les redimensionnant et en les alignant avec
un logiciel comme Photoshop ou PageMaker, on peut créer un modèle
étrangement authentique pour une inscription qui semble être gravée
par plusieurs mains.

Dans le cas de l'Inscription de Jehoash, le verdict géologique fut
tout aussi incriminant que le verdict épigraphique. Les géologues de
Survey of Israel avaient même fait une erreur d'identification du type
de roche. Ce n'était pas du grès acrostique du sud d'Israël ou de la
Jordanie, mais du greywacke métamorphique de mauvaise qualité d'un
type trouvé d'habitude en Chypre occidentale et dans des régions
encore plus à l'ouest, mais pas dans le Levant au sud de la Syrie du
nord. Le dos de la pierre était couvert d'une patine dure, comme les
précédents experts l'avaient déclaré. Mais il a été découvert que
cette patine était uniquement composée de silice, résultant très
probablement de la composition siliceuse de la roche. Pourtant, la
formation d'une telle patine est improbable sur une pierre qui a été
enterrée dans l'environnement entièrement calcaire de Jérusalem.

Une fois de plus, il y avait une différence dramatique entre d'une
part la patine sur la face non-inscrite et des côtés de la pierre, et
d'autre part la patine trouvée dans et entre les lettres gravées. A
l'inverse du dépôt siliceux partout ailleurs, ce matériau était mou et
composé d'argile pure mêlée à de la craie pulvérisée. Dans cette
mixture artificielle de trouvaient quelques globules de métal de
taille micrométrique (probablement l'or mentionné par les précédents
experts) ainsi que des particules carbonisées. C'était plus ou moins
le type de "soupe" dont M. Goren avait suggéré qu'elle puisse être
utilisée par un faussaire moderne. Mais avant cela, M. Goren n'avait
pas eu accès à l'artéfact lui-même. Et il s'apercevait maintenant que
cette "patine" pouvait facilement être facilement enlevée des lettres
en la frottant, révélant ce qui était sans aucun doute des marques
récentes de gravure.

En fait, la fausse patine de l'Inscription de Jehoash partageait les
mêmes caractéristiques révélatrices du "James Bond" de l'Ossuaire de
Jacques. La présence de microfossiles non dissous dans la mixture
montrait qu'elle était composée de craie pulvérisée, et non pas de
cristallisation naturelle. Et les ratios isotopiques d'oxygène pour la
calcite da,s la fausse patine de l'Inscription de Jehoash a une
nouvelle fois indiqué que la cristallisation s'était produite dans de
l'eau chaude - pas dans le sol.

En se basant sur ces résultats et sur une combinaison de
considérations épigraphiques et historiques, la commission a conclu
que les deux inscriptions sont des faux modernes, gravées sur des
artéfacts authentiques et recouvertes d'une mixture soigneusement
préparée pour imiter une patine et les faire apparaître vieilles de
plusieurs siècles.

--
Pour contacter le modérateur : fsg-...@neuronnexion.fr

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