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[PALEO] défunt vs feu

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Cédric GAVARD

unread,
Feb 11, 2005, 3:33:20 PM2/11/05
to
Bonsoir

j'ai retrouvé sur des mêmes actes, l'utilisation de "défunt" et/ou de "feu"
pour désigner une personne décédée et cela sans distinction de sexe

Existe-t-il une différence entre ces 2 termes ?

Salutations

C.Gavard


Claud Byrotheau

unread,
Feb 12, 2005, 2:06:05 AM2/12/05
to
On Fri, 11 Feb 2005 21:33:20 +0100, "Cédric GAVARD"
<cedric...@neuf.fr> wrote:

>j'ai retrouvé sur des mêmes actes, l'utilisation de "défunt" et/ou de "feu"
>pour désigner une personne décédée et cela sans distinction de sexe
>
>Existe-t-il une différence entre ces 2 termes ?

L'expression "feu(e)" a trait à un décès récent, notion
que ne comporte pas le terme "défunt(e)".

De plus "feu(e)" est uniquement un adjectif alors que
le terme "défunt(e)" est très souvent utilisé comme
substantif.

Extrait du dictionnaire de l'académie française :

>DÉFUNT, -UNTE adj. XIIIe siècle, au sens 1.
>Emprunté du latin defunctus, « mort », issu de defunctus (devita),
>« qui a achevé sa vie », participe passé de defungi,
>« accomplir, achever ».
>1. Qui a cessé de vivre. Défunt mon père (vieilli).
>Ma défunte mère. Subst. Les enfants du défunt,
>de la défunte. Prier pour les défunts.
>La commémoraison des défunts.
>2. Fig. et litt. Passé, révolu. Les défuntes années.
>Les amours défuntes.

>FEU, FEUE adj. XIe siècle, malfeüz, « malheureux »,
>puis « qui a accompli sa destinée, mort ».
>Issu du latin fatum, « destin ».
>Litt. Qui est mort depuis peu de temps ; défunt.
>Précédé d'un déterminant, s'accorde avec le nom qui suit.
>La feue reine. Les feus rois de Suède et de Danemark.
>Le feu roi, le feu pape, le dernier roi, le dernier pape défunt.
>Dans les autres cas, Feu reste invariable. Feu la reine. Feu sa mère.


Patrick Texier

unread,
Feb 12, 2005, 3:38:31 AM2/12/05
to
Le Sat, 12 Feb 2005 08:06:05 +0100, Claud Byrotheau
<cl.byr...@wanadoo.fr.invalid> a écrit :

> L'expression "feu(e)" a trait à un décès récent, notion
> que ne comporte pas le terme "défunt(e)".

Je ne suis pas persuadé qu'un officier d'état-civil fasse cette
différence que personnellement je ne connaissais pas plus que mon petit
Littré 1883.
--
Patrick Texier

Claude Byrotheau

unread,
Feb 12, 2005, 4:26:19 AM2/12/05
to
On Sat, 12 Feb 2005 09:38:31 +0100, Patrick Texier
<p.te...@alussinan.org> wrote:

>> L'expression "feu(e)" a trait à un décès récent, notion
>> que ne comporte pas le terme "défunt(e)".
>
>Je ne suis pas persuadé qu'un officier d'état-civil fasse cette
>différence

Pour les officier d'état-civil, c'est probable, pour les curés
de l'ancien régime, j'en suis moins sûr.

On rencontre parfois les deux adjectifs dans le même acte
de mariage ante 1793, ex: feu "le père" et défunte "la mère",
et aussi l'inverse.

Jusqu'ici, je n'ai jamais rapproché ça des dates de décès
de l'un et de l'autre, et aussi peut-être de l'existence ou non
d'un remariage, mais faudrait voir.

>que personnellement je ne connaissais pas plus que mon petit
>Littré 1883.

Et pourtant, cette notion apparait dès la première version de
dico de l'Académie en 1694, cf :
http://colet.uchicago.edu/cgi-bin/dico1look.pl?strippedhw=feu

Pierre Bétourné

unread,
Feb 12, 2005, 6:31:22 AM2/12/05
to
Bonjour

Aucune différence

Cordialement

"Cédric GAVARD" <cedric...@neuf.fr> a écrit dans le message de news:
cuj4sh$bam$1...@apollon.grec.isp.9tel.net...

Alain.grn

unread,
Feb 12, 2005, 5:06:50 AM2/12/05
to

Bonjour

Voici ce que je trouve :

FEU, FEÜE. subst. Terme indeclinable, dont on se sert en parlant des
deffunts, dont la memoire est encore assez recente. Le feu Roy se dit du
Roy dernier mort. la feüe Reine. feu mon pere, mon oncle. Les Notaires
de quelques Provinces disent encore au plurier furent, en parlant de
deux personnes conjointes & decedées : ce qui marque que ce mot vient de
fuit & de fuerunt. Neantmoins Menage pretend avec quelque apparence,
qu'il vient de functus, au lieu de fato functus.

S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionaire de
l'Academie, le lecteur n'en doit pas estre surpris, puisque c'est le
même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est escrite de
sa main peut faire foy. Ce mot, qui apparemment se fera distinguer des
autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui luy est fait, de
n'avoir pas voulu communiquer ses lumieres à la compagnie ; puis qu'il
n'en a pas esté chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir.


DEFUNCT, UNTE. adj. & subst. Homme mort, decedé, trepassé depuis quelque
temps. On appelle le Roy defunct, le Roy dernier mort. L'Eglise prie
Dieu pour les defuncts, pour les trepassez. Defunct mon pere, defunct
mon oncle avoient cette bonne coustume, pour dire, Feu mon pere, feu mon
oncle. Il faut eslire un Tuteur aux enfans du defunct. Les obseques
solemnelles se font pour honorer les defuncts. Ce mot vient du Latin
diem functus. Du Cange.

-----------------------------------
LITTRÉ :

2. FEU, FEUE (feu, feû), adj.

Défunt, défunte.
Il se met après l'article défini ou après un adjectif possessif, et
alors il s'accorde avec son substantif. Suivant le testament du feu roi
notre père, CORN. Pomp. I, 2. Une devise qui est peinte au Louvre dans
l'antichambre de la feue reine mère Anne d'Autriche, BOUHOURS, Entretien
des devises, p. 287.
Il se place avant l'article défini ou l'adjectif possessif, et alors
il est invariable. Je tiens de feu ma femme, et je me sens comme elle
Pour les désirs d'autrui beaucoup d'humanité, MOL. Mélicerte, I, 4 Et
j'ai toujours été nourri par feu mon père Dans la crainte de Dieu,
monsieur, et des sergents, RAC. Plaid. II, 4. J'ai ouï dire à feu ma
soeur que sa fille et moi naquîmes la même année, MONTESQ. Lett. pers.
51.
Il se met devant un nom propre, et il est invariable. Et l'on dit
qu'autrefois feu Bélise, sa mère.... MOL. Mélicerte, I, 4.
Il se met devant monsieur, et madame, et alors il est invariable. La
dame dit : Regardez si j'ai point Quelque habit d'homme encor dans mon
armoire ; Car feu monsieur en doit avoir laissé, LA FONT. Orais. Vous
étiez, madame, aussi bien que feu madame la princesse de Conti, à la
tête de ceux qui se flattaient de cette espérance, VOLT. Épît. à la
duch. du Maine. J'ai connu dans mon enfance un chanoine de Péronne, âgé
de quatre-vingt-douze ans, qui avait été élevé par un des plus furieux
bourgeois de la ligue ; il disait toujours : Feu monsieur de Ravaillac,
ID. Dict. phil. Ravaillac.

REMARQUE :


1. Feu s'accorde avec son substantif quand il suit l'article : la feue
reine ; mais il reste invariable quand il le précède : feu la reine, feu
ma mère.

2. Cette règle est contestée par plusieurs grammairiens qui repoussent
une pareille anomalie. Si on se réfère à l'usage, il n'a pas été
toujours constant ; témoin cet exemple de Balzac : Si vous ne connaissez
pas Uranie, cette nymphe que j'ai tant louée, je vous avertis que c'est
feue ma bonne amie, Mme des Loges, Lett. XI, 13.

3. D'après l'Académie, feu n'a pas de pluriel ; cette remarque n'est pas
fondée ; et il est correct de dire : les feus rois de Prusse et
d'Angleterre. On dirait aussi, mais sans accord : feu mes oncles.

4. Feu ne se dit que des personnes que nous avons vues ou que nous avons
pu voir ; on ne dit pas feu Platon, feu Cicéron, si ce n'est en
plaisantant ou en style burlesque.

5. Quand on dit le feu pape, le feu roi, etc. on entend toujours le pape
dernier mort, le roi dernier mort, etc. Il n'y a point trouvé les
propositions condamnées par le feu pape, PASC. Prov. 1.

6. On dit feu la reine s'il n'y a pas de reine vivante ; et la feue
reine si une autre l'a remplacée.

HISTORIQUE :

XIe s. Las ! mal feüx ! oum esmes avogluz ! Quer [car] ço vedons que
tuit sumes desvez ; De nos pechez sumes si ancumbrez, La dreite vide nus
funt très oblier, Chanson de St Alexis, CXXIV. Pur que portai [eus-je un
enfant], dolente, mal feüde ? ib. LXXXIX.
XIIIe s. Se li rois Loys fust feüs [mort], RUTEB. II, 62. Ge
Gauvaings, chevalers, filz fahu Jofre.... por faire l'anniversaire fahu
Ostent Beraut, chevalier, Bibl. des chartes, 3e série, t. v, p. 86.
Amprès lou clous [clos] qui fu mon seignor Girart, lou prevoire [prêtre]
fau.... et la vigne qui fu fau Tiebaut, ib. 5e série, t. IV, p. 470.
XIVe s. Certaines maisons que Guillaume Baron et Raquille, famme
feux du dit Baron aviont achatées des hoirs feux Tevenot.... Archives du
Cher, dans JAUBERT, Gloss. I, p. 110. Certes, biaus chiers sire, à mon
vuel, Fussiez-vous evesques eslus, Quant nostre evesque fu feüs, le
Miracle de Théophile, dans le Théâtre français au moyen âge, p. 148. Les
biens de feuwe Maroie de Ransart, laquelle trespassa ou dit hospital,
Compte de l'hospital de Wez de 1360, cité par ROQUEFORT, Supplém. art
Cotte.
XVe s.... La grant Alison, Laquelle tenoit ce mignon, Et l'entretint
longtems, et l'eut, Comme on dit, par succession De sa feu tante qui
mourut, COQUILLART, l'Enquête de la simple et de la rusée. Le regne du
feu roy Louis onzieme, COMM. VII. Prol.
XVIe s. Le tien fut pere, J. MAROT, p. 210, dans LACURNE. Nous en
avons emprunté nostre feu maistre Jehan [de l'usage des Romains de ne
pas nommer la mort], MONT. I, 72. Un domestique de feu mon pere, ID. I,
100. Eu esgard mesmement à son contract de mariage et testament de feue
sa femme, PASQUIER, Rech. VI, 11. Feue de très recommandable memoire
madame l'archiduchesse d'Autriche, Cérémon. de France, p. 229, édit.
in-4°. à la cruelle bataille devant Constantinople moururent feuz de
bonne memoire les roys Lisuart et Perion, D. Flores de Grece, f° 135. La
femme qui fut maistre Jean de Vernon, Gr. coust. de France, liv. II, p.
271.

ÉTYMOLOGIE :

Berry, funt, et aussi defeu, defeue ; ital. fu, la fu regina, la
feue reine. Il est difficile de rendre compte de toutes les formes de ce
mot : le berrichon funt est le latin functus, défunt ; l'italien fu est
la troisième personne du prétérit fù, il fut, il a cessé de vivre. Mais
d'où vient le vieux français feü ou fahu, qui est la forme la plus
ancienne ? Ce mot dissyllabique représenterait une forme barbare,
fadutus ou fatutus ; est-il permis de conjecturer qu'il provient
irrégulièrement de fatum, et qu'il signifie qui a accompli sa destinée ?
L'exemple du XIe siècle qui signifie évidemment malheureux, qui a un
mauvais destin (comparez l'anglais ill-fated), appuie cette conjecture.
Feu est très certainement la contraction de l'ancien feü, et ne peut
représenter le latin fuit, l'italien fu. Si donc on embrasse la totalité
de l'expression de l'idée en France, on trouve trois sources : le
français feu, feü, pour lequel nous avons indiqué une conjecture, et
qui, étant dissyllabique, ne peut provenir de functus ; le berrichon qui
est le latin functus, et l'italien fu qui est le latin fuit. Au XVIe
siècle, l'italianisme fit prendre la forme italienne (le tien fut pere,
de J. Marot) ; mais elle ne dura pas, et ce fut l'ancien feu qui se
maintint.

-----------------------
- Dictionnaire de l'Académie (1762)

DÉFUNT, TE. adj. Qui est mort. Il n'a guère d'usage qu'en quelques
phrases. Le Roi défunt. La défunte Reine.

DÉFUNT, TE, s'emploie plus ordinairement dans le substantif. Les enfans
du défunt. Le pauvre défunt, la pauvre défunte. Prier Dieu pour les
défunts.


Cordialement

Alain

Pierre-Valéry Archassal

unread,
Feb 24, 2005, 7:43:28 PM2/24/05
to
Hello,

Je pensais comme toi :

"Patrick Texier" <p.te...@alussinan.org> scripsit :


>> L'expression "feu(e)" a trait à un décès récent, notion
>> que ne comporte pas le terme "défunt(e)".
>
> Je ne suis pas persuadé qu'un officier d'état-civil fasse cette
> différence que personnellement je ne connaissais pas plus que mon petit
> Littré 1883.

Jusqu'au jour où j'ai rencontré un vieux cousin creusois qui parlait d'un
oncle à lui décédé peu de temps auparavant et le qualifiait de "feu" en
comprenant bien la différence avec "défunt" (je lui ai demandé).

Comme quoi les survivances...

--

Pierre-Valéry Archassal
Chroniques Internet : http://www.racines.org
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