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Sire et seigneur

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Denis Beauregard

unread,
Apr 30, 2007, 3:53:16 PM4/30/07
to
Bonjour,

La distinction entre les titres de Sire et de Seigneur ne me semble
pas très clair.

Est-ce que ceci est vrai ?

Au Moyen-Âge, j'ai lu que le Sire était le titre du chef d'une famille
alors que les autres étaient seulement des seigneurs. Cela semble
évident dans la maison royale (le roi est appelé Sire et ses frères
sont en général comtes et seigneurs mais il ne me semble pas avoir vu
qu'ils étaient sire).

Je note par exemple que dans la famille de Crequy (Pere Anselme, vol.
6, p. 777 et suivantes), le chef de la lignée principale est toujours
le Sire de Crequy, les autres ne sont que des seigneurs, puis les
fils meurent sans enfants et le titre n'est plus utilisé.

Est-ce que je peux dire qu'au Moyen-Âge, le Sire était le chef d'une
famille, les autres n'étant que des seigneurs, et que l'usage s'est
perdu par la suite, surtout qu'il existe des sireries ?


Denis

--
0 Denis Beauregard -
/\/ Les Français d'Amérique du Nord - www.francogene.com/genealogie--quebec/
|\ French in North America before 1721 - www.francogene.com/quebec--genealogy/
/ | Maintenant sur cédérom, début à 1765
oo oo Now on CD-ROM, beginnings to 1765

Thierry Potier

unread,
Apr 30, 2007, 5:39:31 PM4/30/07
to
Denis Beauregard a écrit :

> Bonjour,
>
> La distinction entre les titres de Sire et de Seigneur ne me semble
> pas très clair.
>
> Est-ce que ceci est vrai ?
>
> Au Moyen-Âge, j'ai lu que le Sire était le titre du chef d'une famille
> alors que les autres étaient seulement des seigneurs. Cela semble
> évident dans la maison royale (le roi est appelé Sire et ses frères
> sont en général comtes et seigneurs mais il ne me semble pas avoir vu
> qu'ils étaient sire).
>
> Je note par exemple que dans la famille de Crequy (Pere Anselme, vol.
> 6, p. 777 et suivantes), le chef de la lignée principale est toujours
> le Sire de Crequy, les autres ne sont que des seigneurs, puis les
> fils meurent sans enfants et le titre n'est plus utilisé.
>
> Est-ce que je peux dire qu'au Moyen-Âge, le Sire était le chef d'une
> famille, les autres n'étant que des seigneurs, et que l'usage s'est
> perdu par la suite, surtout qu'il existe des sireries ?
>
>
> Denis
>

Bonsoir

Je ne pense pas qu'il ait existé une codification particulière. Sire et
Seigneur ont la même étymologie.
Dans son ouvrage sur les sires de Coucy (très marqué érudition 19°
siècle et mêlant le légendaire et l'historique)Carle LEDHUY pose que le
titre de Sire était à l'origine l'équivalent de baron (dans le sens de
feudataire de la couronne et que de grandes familles ont choisi de le
garder pour se distinguer des titulaires de baronnies plus tardives,
simples seigneuries érigées par le roi à ce titre. Il cite comme autres
exemples les familles de Bourbon, Beaujeu et Montléry.
D'après lui, et la chose semble se tenir, un Sire, dans cette acception,
serait un seigneur vassal immédiat de la couronne qui ne ferait pas
remonter son titre à une charge tirée de la titulature du bas empire
(j'extrapole un peu) comme comte ou duc.
Il est certain que certaine famille, comme les Coucy, se sont fait une
gloire de porter ce titre alors qu'elles en possédaient d'autres plus
ronflants jusqu'à en faire une devise pour ces derniers "Je ne suis roi,
ne prince, ne comte aussi, je suis le sire de Coucy".


Cordialement

Thierry

Claude Sadin

unread,
May 1, 2007, 4:18:27 AM5/1/07
to

"Denis Beauregard" <denis.b-at-f...@fr.invalid> a écrit dans le
message de news: 1mhc33t4hlkppkc4l...@4ax.com...

Bonjour Denis,

Tu pourrais peut-être yrouver une partie de la réponse avec les définitions
données dans les vieux dicos :

http://colet.uchicago.edu/cgi-bin/dico1look.pl?strippedhw=sire

Cordialement.

Claude.


Pierre

unread,
May 1, 2007, 4:53:34 AM5/1/07
to
Thierry Potier a écrit :

Bonjour du Pierre en Morvand,

Il me semble à lire des biographies locales, écrites par un prêtre au XIX eme siècle,
qu'il était fait la distinction:

1/ le sire n'est que d'un seul lieu, massif ou non mais continu, alors que le terme
seigneur est accolé à des endroits, places parfois éloignés les uns des autres, avec
énumération de ces divers lieux épars;

2/ que le titre de "sire de xxx" ne semble pas attaché à la propriété des ames, biens
comme celui de "seigneur" des ames et terres (et ce qu'elles portent !); dans ma région,
nous avions ainsi un nommé Pierre Gaspard Carré dit "sire d'Alligny" qui de fait n'était
pas le seigneur du lieu mais une forme de chef de ce que l'on appelle maintenant canton !
A cette époque le seigneur était un noble d'autres lieux ... tenant la terre par lettres
... ! Le sire d'Aligny ne devait fois et hommage au roi et autres que comme "seigneur"
d'un lieu ... désigné par le nom du chateau (un castel en fait ou plutot ses restes !)
ancien dit "tour carrée" (déformation du nom de famille ?) et par certains textes anciens
"tour d'Ocle" (nom d'un des premiers sires d'Alligny semble t il !).

Pour mon secteur du Morvand (ou Morvan ou Morvant selon les scribes !), il semble que nous
ayons eu des "sires" qui de fait devinrent des petits nobles ou hobereaux comme le "sire
de Gouloux", ce sire d'Alligny, ... qui ont plus ou moins disparu après l'épisode local de
Robert dit le Diable (Robert de Martinpré ?) et une bande de seigneurs volant et pillant
... en particulier le sire de Gouloux (Huguennin de Juilly et seigneur d'autres lieux !)
qui fut un de ces rebelles s'opposant aux autres seigneurs et tous exécutés (sauf dans la
légende locale, un des "reitres" tombant en armure dans une chute d'eau, saulx de Gouloux,
et s'y noyant avec son destryer pour échapper aux forces armées contre eux!).

Il n'était alors resté à Gouloux que le souvenir par le meix Roblin (du robin, lieu ou
était le mini castel ! cf ce mot !) et une famille dont les femmes ainées portaient le
titre (sur les actes, pas dans la vie où elle portait le nom de son mari non titré lui!)
de "Dame de Gouloux" sans autres mentions (extinction avant la révolution de cette
descendance et de son titre non transmis à ses héritiers, deux frères Musnier dont un
changea en Meunier ensuite !).

Le titre Sire est donc, pour ma petite région, non associé à une forme de baronnie avec
une grande étendue mais à une, et une seule, surface modeste gérée .. et non possédée
contrairement au seigneur qui "tient" un ou plusieurs lieux, ames et autres objets dessus
!

Le terme et les droits attachés semblent avoir vite disparu sauf en peu de lieux ...
surtout lorsque les seigneureries furent étendues autour du titre d'origine (sire de xxx,
un seul nom, même s'il est aussi seigneur de nombreux autres lieux !).

Ici certains pensent à une survivance de droits des "verg" (ou vierg !) et autres
"druides" éduens avec une pincée de préfectorat romain ou autres domus ... !
Pour un autre ayant étudié les "communautés" (anciennes dites "communautés de pot" ! pas
de 68 !) pensent que c'est une forme du "maitre du pot" qui est le patriarche, élu
parfosi, donnant conseils ... et parfois le nom de lieu (patronyme originel donnant le nom
de la communauté puis du lieu puis des terres autour !).

A voir selon les lieux ... et légendes locales !

*****************
Pierre BONNARD
http://pierrebonnard.free.fr/index.htm
Un peu du MORVAN en France et d'anciennes choses ...
*****************


Toto

unread,
May 2, 2007, 2:44:06 AM5/2/07
to
Bonjour Denis

Voici ce qu'en dit d'Alembert en 1756


Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

SIRE, s. m. (Hist. mod.) est un titre d'honneur qu'on ne donne en France
qu'au roi seul, & qui est comme une marque de souveraineté. Dans tous les
placets, les demandes, les lettres, les discours, qui s'adressent au roi, on
lui donne la qualité de sire.
Quelques-uns dérivent ce mot du latin herus, maître ; il semble que ce soit
l'opinion de Budée, qui, en parlant au roi François premier, le nomme
toujours here, maître ou sire : d'autres le dérivent du grec , seigneur ;
telle est l'opinion de Pasquier ; cet auteur ajoute que les anciens Francs
donnoient le même titre à Dieu, en le nommant beau sire diex ; d'autres font
venir ce mot du syriaque, & soutiennent qu'on le donnoit d'abord aux
marchands qui négocioient en Syrie. Ménage prétend qu'il vient de senior,
ancien, d'où est venu seigneur, ensuite seignor, & sire.
Anciennement on se servoit également du mot sire, dans le même sens que
sieur & seigneur, & on l'appliquoit aux barons, aux gentilhommes, & aux
citoyens. Voyez SIEUR.
Le sire de Joinville a écrit l'histoire de S. Louis.
Il n'y avoit que certaines familles d'une noblesse distinguée, qui pouvoient
prendre le nom de sire, devant le nom de leur maison, comme les sires de
Coucy, les sires de Beaujeu ; mais lorsque le mot de sire se trouve dans nos
anciens auteurs, avec le nom de baptême, il signifie très-peu de chose.
Loyseau dit que les barons de France, qui étoient barons des duchés ou
comtés relevant de la couronne, pour se distinguer des barons inférieurs,
s'appellerent sires, comme sire de Bourbon, &c. On donne aussi au roi
d'Angleterre le titre de sire, soit en lui parlant, soit en lui écrivant.
Dans le même royaume le titre de sir, qui vient de sire, est donné à toutes
les personnes de distinction qui sont au-dessous des barons, & lorsqu'on
parle d'un baronnet, ou d'un simple chevalier, on l'appelle toujours par son
nom de baptême, joint à celui de sir, comme sir Philippe Sydney. Lorsque le
roi d'Angleterre crée un simple chevalier, il le nomme par son nom de
baptême, lui commande de se mettre à genoux, & après lui avoir touché
l'épaule gauche de son épée nue, il lui dit en anglois, rise sir,
c'est-à-dire, levez-vous chevalier, & il le nomme. Miege, état nouveau de la
grande Bretagne.


SIEUR, s. m. (Hist. mod.) est un titre d'honneur ou une qualité chez les
François. Les Jurisconsultes s'en servent souvent dans les actes publics ou
autres actes de cette espece. Voyez SIRE.
On dit, je plaide pour le sieur un tel, le sieur abbé, le sieur marquis, &c.
Voyez MONSIEUR.
Le nom de sieur est un titre qu'un supérieur donne ordinairement à son
inférieur dans les lettres ou autres écritures particulieres ; comme dites
au sieur Hubert qu'il fasse, &c.
Les autres l'employent souvent dans ce sens, par modestie en parlant
d'eux-mêmes ; ainsi nous voyons à la tête de leurs livres : Traduction du
sieur Dablancourt, Oeuvres du sieur Despreaux, &c.
Sieur est aussi un terme qui signifie le possesseur d'une terre seigneuriale
: comme écuyer ou sieur d'un tel endroit. Voyez SEIGNEUR & ÉCUYER.

SEIGNEUR, (Gram. & Jurispr.) signifie en général celui qui a quelque
puissance ou supériorité politique sur d'autres personnes.
Ce terme de seigneur vient du latin senior, parce qu'anciennement chez
presque toutes les nations, les vieillards étoient ceux qui gouvernoient les
autres.
C'est ainsi que chez les Hébreux & les Juifs senes populi ac magnates ou
judices, étoient synonymes, & signifioient les magistrats & juges qui
gouvernoient le peuple.
De même, chez les Romains le sénat fut ainsi appellé à senio.
C'est de-là que le titre de seigneurs est demeuré aux princes, aux prélats &
aux autres grands de l'état, grands du royaume, aux officiers des cours
souveraines & autres personnes, qui ne tirent ce titre que de leur office ou
fonction.
On entend aussi par le terme de seigneur celui qui tient en fief la justice
d'un lieu, ou qui possede quelqu'héritage, soit en fief ou en franc-aleu.
Les seigneurs sont de plusieurs sortes ; les grands & les moindres.
Les grands seigneurs étoient anciennement appellés leudes & fideles regni,
les féaux, vavassores, vassalli dominici.
Présentement les grands seigneurs sont les princes souverains ou ceux qui
ont le titre de prince, sans néanmoins être souverains, les ducs, les
comtes, les marquis, les barons.
Les moindres seigneurs sont tous les autres seigneurs, soit titrés, tels que
les vicomtes, vidames, châtelains ; ou non titrés, comme les simples
seigneurs justiciers ou de fief.


SEIGNEURIE, s. f. (Gram. & Jurisp.) est le titre que l'on donne à
différentes sortes de supériorités & de puissance que l'on peut avoir, soit
sur les personnes d'un lieu, soit sur les héritages de ce lieu.

Ce terme seigneurie, tire son étymologie de seigneur, qui vient du latin
senior ; parce qu'anciennement la supériorité & puissance politique étoit
attribuée aux vieillards. Voyez ci-devant SEIGNEUR.

Chez les Hébreux, les Juifs, les Grecs, les Romains & autres peuples de
l'antiquité, il n'y avoit point d'autre seigneurie, puissance ou
supériorité, que celle qui étoit attachée à la souveraineté, ou aux offices
dont l'exercice consistoit en quelque partie de la puissance publique ; on
ne connoissoit point encore ces propriétés particulieres tenues noblement,
ni cette supériorité sur les héritages d'autrui, que l'on a depuis appellé
seigneuries.

Ceux que dans l'ancienne Gaule on appelloit principes regionum atque
pagorum, n'étoient pas des possesseurs de seigneuries telles que nos duchés,
comtés, châtellenies ; c'étoient des gouverneurs de provinces & villes, ou
des magistrats & juges qui rendoient la justice dans un lieu. Leur puissance
étoit attachée à leur office, & non à la possession d'un certain territoire.

La propriété qu'on appelloit autrefois sieurie, du pronom sien, ne
participoit alors jamais de la seigneurie ou puissance publique.

Cependant par succession de tems, les seigneuries qui, si l'on en excepte la
souveraineté, n'étoient que de simples offices, furent converties en
propriété. La sieurie fut confondue avec la seigneurie, desorte que
présentement le terme de seigneurie a deux significations différentes ;
l'une en ce qu'il sert à désigner tout droit de propriété ou de puissance
propriétaire, que l'on a dans un bien ; l'autre est qu'il sert à désigner
une terre seigneuriale, c'est-à-dire possédée noblement, & avec titre de
seigneurie.

Ainsi le terme de seigneurie signifie en général une certaine puissance
possédée propriétairement, à la différence de la puissance attachée à
l'office dont l'officier n'a simplement que l'exercice.

La seigneurie est publique ou privée ; on peut voir la définition de l'une &
de l'autre dans les subdivisions qui suivent cet article.

Les Romains ont reconnu la seigneurie ou puissance publique, & l'ont exercée
sur les personnes & sur les biens.

Il est vrai que du tems de la république, les citoyens romains n'étoient pas
soumis à cette puissance, elle résidoit au contraire en eux ; ils
possédoient aussi librement leurs héritages d'Italie. Mais les autres
personnes & les biens situés ailleurs, étoient soumis à la puissance
publique, jusqu'à ce que toutes ces différences furent supprimées par les
empereurs. Les terres payoient à l'empereur un tribut appellé censum, lequel
cens étoit la marque de la seigneurie publique.

Tel étoit aussi l'état des Gaules sous la domination des Romains, lorsque
les Francs en firent la conquête. Les vainqueurs se firent seigneurs des
personnes & des biens des vaincus, sur lesquels ils s'attribuerent non
seulement la seigneurie publique, mais aussi la seigneurie privée ou
propriété.

Ils firent tous les naturels du pays serfs, tels que ceux qu'on appelloit
chez les Romains censitos, seu adscriptitios, gens de main-morte, ou gens de
pote, quasi alienae potestatis ; d'autres semblables à ceux que les Romains
appelloient colonos, seu glebae addictos, gens de suite, ou serfs de suite,
lesquels ne pouvoient quitter sans le congé du seigneur.

Le peuple vainqueur demeura franc de ces deux especes de servitudes, &
exempt de toute seigneurie privée.

Les terres de la Gaule furent toutes confisquées ; une partie fut retenue
pour le domaine du prince, le surplus fut distribué par provinces &
territoires aux principaux chefs & capitaines des Francs, à l'exemple de ce
qui avoit été pratiqué chez les Romains, lesquels pour assurer leurs
frontieres, en donnérent les terres par forme de bénéfice ou récompense à
leurs capitaines, pour les tenir seulement pendant qu'ils serviroient
l'état.

La seule différence fut que les Francs ne donnérent pas seulement les
frontieres, ils distribuerent de même toutes les terres de l'état.

Les provinces furent données avec titre de duché ; les marches ou
frontieres, avec le titre de marquisat ; les villes avec leur territoire,
sous le titre de comté ; les châteaux & villages, avec quelque territoire
à-l'entour, sous le titre de baronie ou de châtellenie, ou de simple
seigneurie.

Mais ceux auxquels on donna ces terres n'en eurent pas la seigneurie pleine
& entiere ; la seigneurie publique en demeura par devers l'état, ils n'en
eurent que l'exercice ; le prince se réserva même la seigneurie privée de
ces terres, dont la propriété lui est reversible, & même pendant qu'elles
étoient possédées par chaque officier ou capitaine, il y conservoit toujours
une autre sorte de seigneurie privée, qui est ce que l'on a appellé
seigneurie directe ; ces terres n'étant données qu'à la charge de certains
devoirs & de certaines prestations.

Telle fut la premiere origine des fiefs & seigneuries, lesquels n'étoient
d'abord qu'à tems, & ensuite à vie, & devinrent dans la suite héréditaires.

Les capitaines auxquels on avoit donné des terres, tant pour eux que pour
leurs soldats, en distribuerent à leur tour différentes portions à leurs
soldats, aussi à titre de fief, d'où se formerent les arrieres-fiefs.

Ils en rendirent aussi quelques portions aux naturels du pays, non pas à
titre de fief, mais à la charge d'un cens, tel qu'ils en payoient aux
Romains ; de-là vient l'origine de nos censives.

Au commencement les seigneuries étoient tout à la fois offices & fiefs. Les
seigneurs rendoient eux-mêmes la justice en personne ; mais dans la suite
ils commirent ce soin à d'autres personnes, & on leur a enfin défendu de
juger eux-mêmes, au moyen de quoi les offices des seigneurs ont été
convertis en seigneuries, auxquelles néanmoins est demeurée attachée une
partie de la puissance publique.

C'est de-là qu'on distingue deux différens degrés de seigneurie publique ;
le premier qui est la souveraineté ; le second qu'on appelle suzeraineté,
comme étant un diminutif de la souveraineté, & une simple supériorité sans
aucun pouvoir souverain.

On distingue aussi deux sortes de seigneurie privée ; savoir la directe, qui
est celle des seigneurs féodaux ou censuels ; & la seigneurie utile, qui est
celle des vassaux & sujets censiers. C'est pourquoi par le terme de
seigneurie privée l'on entend aussi quelquefois la propriété simplement,
abstraction faite de toute seigneurie prise en tant que puissance &
supériorité.

La seigneurie privée ou directe, n'a plus guere lieu présentement que sur
les biens & non sur les personnes, si ce n'est dans quelques lieux où il y a
encore des serfs de main-morte & gens de poursuite, & à l'égard des vassaux
& censitaires pour les devoirs & prestations dont ils sont tenus à cause de
leurs héritages.

Les premieres seigneuries publiques, dans l'ordre de dignité, sont les
seigneuries souveraines, lesquelles ont des droits & prérogatives qui leur
sont propres. Voyez ETAT, MONARCHIE, ROI, ROYAUME, SOUVERAIN, SOUVERAINETE.

Les seigneuries publiques qui sont seulement suzeraines ou subalternes, sont
des seigneuries non souveraines, ayant fief ou franc-aleu noble, avec
justice annexée à quelque titre d'honneur, tels que duché, comté, marquisat,
&c. Voyez FRANC-ALEU.

Ces sortes de seigneuries avoient autrefois la puissance des armes & le
pouvoir législatif ; les seigneurs qui avoient assez de vassaux pour former
une compagnie, levoient banniere & avoient leur bande à-part : ils donnoient
aussi à leurs sujets des statuts, coutumes & privileges.

Présentement toutes seigneuries particulieres, autres que les souveraines,
n'ont plus de la puissance publique que la justice qui y est annéxée en tout
droit de propriété. Voyez JUSTICE.

Les seigneuries suzeraines sont de trois sortes ; savoir les grandes, les
médiocres & les petites, ou simples seigneuries.

Ces grandes seigneuries, que l'on appelloit toutes anciennement d'un nom
commun, baronies, sont celles qui ont titre de haute dignité, comme les
duchés & comtés pairies, les autres duchés & comtés, marquisats,
principautés.

Ces grandes seigneuries jouissoient autrefois de presque tous les droits
régaliens, comme de faire des loix, d'établir des officiers, de rendre la
justice en dernier ressort, de faire la paix & la guerre, de battre monnoie,
lever deniers sur le peuple. Les possesseurs de ces seigneuries portoient
sur la tête une couronne, selon leur dignité. Voyez COURONNE, DUC, COMTE,
MARQUIS.

Mais depuis que les choses ont été remises dans leur état naturel, les
grandes seigneuries ne different des autres que par le titre de dignité qui
y est attaché, & par l'étendue de leur justice, mouvances, possessions &
droits.

Les médiocres ou moindres, sont celles qui ont un titre de dignité, mais
inférieur aux autres, tels que les baronies, vicomtés, vidamés,
châtellenies.

Les petites ou simples seigneuries, sont celles qui n'ont que le droit de
justice, haute, moyenne ou basse, ou même toutes les trois ensemble, sans
aucun titre de dignité.

Les grandes seigneuries suzeraines relevent ordinairement nuement de la
seigneurie souveraine ; les médiocres ou moindres, de quelque grande
seigneurie ; & les petites ou simples, relevent aussi communément d'une
seigneurie du second ordre.

Cependant quoique le souverain puisse seul créer des justices, & ériger des
seigneuries proprement dites, une grande seigneurie peut relever d'une
autre, & non du roi directement, & ainsi des autres seigneuries.

Ces seigneurs de fiefs peuvent seulement créer des arriere-fiefs ; mais ne
peuvent pas créer de seigneurie qui participe à la puissance publique, parce
qu'ils ne peuvent pas créer de nouvelles justices, ni d'une justice en faire
deux.

Les fiefs & seigneuries étoient autrefois tous indivisibles, ce qui n'est
demeuré qu'aux souverainetés & aux grandes seigneuries, telles que les
principautés, les duchés & comtés pairies.

A l'égard des autres seigneuries, la glebe peut bien se diviser ; mais le
titre de dignité & la justice ne se divisent point.

Anciennement toutes les grandes seigneuries ne tomboient point en
quenouille, parce que c'étoient des offices masculins ; présentement les
femmes y succedent suivant les regles des fiefs, sauf l'exception pour les
duchés-pairies non femelles.

Les médiocres & petites seigneuries étoient inconnues dans l'origine des
fiefs ; les vicomtes, prevôts, viguiers, châtelains, vidames, n'étoient que
des officiers inférieurs, préposés par les ducs & comtes, lesquels, à
l'exemple de ceux-ci, se firent propriétaires de leur office & seigneuries.

Les seigneuries en général peuvent jouir de divers droits, les uns relatifs
au fief, les autres à la justice.

Relativement au fief, elles jouissent des droits & devoirs seigneuriaux,
tels que la foi & hommage, & l'aveu & dénombrement pour les fiefs qui en
relevent, les déclarations & reconnoissances pour les terres qui en relevent
en roture, les droits de quint, relief, lods & ventes, & autres dûs aux
mutations.

Relativement à la justice, les seigneuries ont droit de police & de voirie,
droit de pêche dans les petites rivieres, droit d'amende & de confiscation,
bâtardise, deshérence & autres semblables.

La puissance spirituelle n'est point une seigneurie proprement dite ; mais
une seigneurie temporelle peut être jointe à une dignité spirituelle.

Les prélats peuvent avoir deux sortes de justice ; l'une purement
ecclésiastique, qui n'est point possédée par droit de seigneurie ; l'autre
purement temporelle, qui est tenue en fief.

Les justices appartenantes aux villes ne sont point une marque de seigneurie
; elles ne sont ni royales, ni seigneuriales, mais municipales, c'est-à-dire
justices de privileges.

Cordialement

Alain G

ryg...@hotmail.com

unread,
May 2, 2007, 9:50:57 AM5/2/07
to
Bonjour à tous,

Y a-t-il vraiment eu une règle absolue? Au XVe siècle, le chef du
lignage de la Porte de la Ville de Verdun (Meuse) portait le titre de
Sire (Sire Thierry Ancherin, aussi vicomte hériditaire de Verdun).
L'usage donc, et non les auteurs des dictionnaires anciens, semble
avoir déterminé l'utilisation du "titre". Le tout humblement soumis.
R.-Yves Gagné

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