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Savonnette à vilain

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Daniel Dubuisson

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Apr 10, 2000, 3:00:00 AM4/10/00
to
J'aimerais savoir ce que recouvre exactement l'expression "savonnette à
vilain".

Je tente d'écrire l'histoire d'un village, et, en particulier, la généalogie
de ses seigneurs. C'est une famille de marchands du bourg voisin qui a
acheté la seigneurie à la fin du dix-septième siècle. L'un de ses membres a
ensuite acheté une charge de "secrétaire du roi" en 1701, qui lui a
apparemment conféré la noblesse, à lui et à toute sa descendance.

Alors je me pose de multiples questions :
Pierre Goubert dit que, vers cette époque, Louis XIV vendait la noblesse
pour 6000 livres, est-ce de cela qu'il s'agit ? Est-ce ce qu'on appelle une
"savonnette à vilain" ? En quoi consistait exactement la charge de
secrétaire du roi ? Suffisait-il de l'acheter pour devenir instantanément
noble ?

Je vous remercie par avance pour toutes vos réponses.

Daniel Dubuisson
daniel.d...@wanadoo.fr


Jacques DUPHOT

unread,
Apr 10, 2000, 3:00:00 AM4/10/00
to
Daniel Dubuisson <daniel.d...@wanadoo.fr> a écrit dans le message :
8cs4vk$1p2$1...@wanadoo.fr...
> J'aimerais savoir ce que recouvre exactement l'expression "savonnette ą
> vilain".

Bonjour,
J'ai eu le cas dans la famille:
L'achat de la charge de secrétaire du roi était effectivement nommé "la
savonnette ą vilain" par les nobles de souche! :-)
Je peux vous passer le récit d'une de ces transactions si vous voulez...
Cordialement,
--
Jacques Duphot
Membre du C.G.H.H.M.L.
duphot....@wanadoo.fr


Jacques DUPHOT

unread,
Apr 10, 2000, 3:00:00 AM4/10/00
to
Les conseillers secrétaires du roi étaient des officiers de la grande
chancellerie qui avaient le droit d'expédier les lettres et autres actes
royaux, et d'assister au sceau. Leur nombre primitivement fixé à 60, sera
plusieurs fois augmenté; en 1789, il y en avait 249. Il y avait en outre,
répandus dans le royaume, un grand nombre de secrétaires du roi dont le
titre était surtout nominal, mais qui achetaient leurs charges pour en
obtenir certains avantages, tels que l'anoblissement et certaines franchises
ou privilèges. Le prix de ces charges était très élevé. Par exemple en 1779
une de ces charges fut acquise par Jacques Petiniaud négociant à Limoges. Un
certain Monsieur Gentil, demeurant à Paris, s'interposa pour la vente des
charges de conseiller secrétaire du roi. Pour traiter avec lui, il suffisait
de donner pouvoir à un mandataire, de déposer l'extrait de son baptême et un
certificat de catholicité portant qu'on avait satisfait à son devoir pascal.
Aprés d'assez longs préliminaires relatifs au marché, une charge de
conseiller secrétaire, ressortissant de la cour de Montpellier, fut vendue
moyennant 72000 deniers par l'intermédiaire de Gentil, qui mit comme
condition qu'il toucherait une gratification de 15 louis. Monsieur
Petiniaud avait alors 65 ans... La prestation de serment eut lieu le 30
Septembre 1779, à Limoges, entre les mains de Joseph Grégoire de Roulhac,
écuyer, conseiller secrétaire du Roi, lieutenant-général civil et de police
de la sénéchaussée et siège présidial de Limoges. La charge produisait 3246
livres 2 sols 8 deniers de gages, sur lesquels le fisc opérait une retenue
de 1/20 et de deux sols par livre.
A la fin, les frais entraînés par l'acquisition de cette charge, s'élevérent
à 7139 livres 18 sols 10 deniers.

Yves de TARADE

unread,
Apr 10, 2000, 3:00:00 AM4/10/00
to
Bonjour
J'ajouterais aux excellents propos de Jacques Dupho, que ce sujet a été
traité dans un petit livre qui s'appelle : "La Noblesse" par monsieur
Philippe du Puy de Clinchamps, que l'on peut demander à la revue
"l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux".
Il traite des divers origines de la noblesse.
Petite précision : la charge achetée se nommait : Conseiller Secrétaire du
Roi, Maison Couronne de France et de ses Finances. Et était effectivement ce
que l'ancienne noblesse appelait avec mépris "la savonnette à vilain".
Elle offrait des avantages certes, mais aussi des obligations, de subvenir
aux besoins financiers du Roi quand il était en difficulté, ce que ces
personnages faisaient généralement fidèlement.
Entre autres avantage il y avait celui de pouvoir accéder aux grades
supérieurs dans l'armée qui étaient de plus en plus réservés aux nobles.
Evidement, il y eut toutes sortes de combines autours de cet achat de
charge.
Cordialement
Yves de Tarade

Jacques DUPHOT

unread,
Apr 10, 2000, 3:00:00 AM4/10/00
to
Yves de TARADE <deta...@wanadoo.fr> a écrit dans le message :
8csunb$84c$1...@wanadoo.fr...
> J'ajouterais que ce sujet a été

> traité dans un petit livre qui s'appelle : "La Noblesse" par monsieur
> Philippe du Puy de Clinchamps,

Bonjour Yves,
Déjà au XVI° beaucoup de bourgeois et négociants divers profitaient de la
ruine d'un noble pour acquérir à la fois le fief et la particule noble.
Les ordonnances royales de 1600, 1634, 1656, et 1664 furent impuissantes à
arrêter ces dérives.
Plus tard il y eu l'ordonnance royale de novembre 1696 pour essayer de
mettre de l'ordre en créant "l'Armorial de France". L'ennui, c'est que cette
"remise à jour" demandait à la fois une enquête et le versement mesquin d'un
droit de 20 livres que beaucoup de vrais nobles refusèrent. Ce qui explique
pourquoi les armoriaux sont plus tournés vers la noblesse-bidon d'origine
bourgeoise que sur les véritables familles nobles qui refusèrent cette
mesure vexatoire.
Les descendants directs de Charlemagne ne sont évidemment pas concernés!
:-))))))))))))))))))))
Cordialement,

jean-luc.mondanel

unread,
Apr 10, 2000, 3:00:00 AM4/10/00
to

j'ajouterai que cette expression "savonnette à vilain" était extrêmement
méprisante et témoignait d'un esprit de caste fermé

un milieu social replié sur lui-même se condamne à l'asphyxie et la
consanguinité,
s'il n'accueille pas de nouveaux éléments de valeur !

par ailleurs, la généalogie rend modeste,

n'oublions pas que : "le premier roi fut un soldat heureux"

et qu'il y a plus de mérite à monter qu'à descendre !!


--
cordialement

Jean-Luc MONDANEL

jean-luc...@wanadoo.fr

Jacques DUPHOT <duphot....@wanadoo.fr> a écrit dans le message :
8cs77i$o7j$1...@wanadoo.fr...


> Daniel Dubuisson <daniel.d...@wanadoo.fr> a écrit dans le message :
> 8cs4vk$1p2$1...@wanadoo.fr...

> > J'aimerais savoir ce que recouvre exactement l'expression "savonnette à


> > vilain".
>
> Bonjour,
> J'ai eu le cas dans la famille:
> L'achat de la charge de secrétaire du roi était effectivement nommé "la

> savonnette à vilain" par les nobles de souche! :-)


> Je peux vous passer le récit d'une de ces transactions si vous voulez...

Yves de TARADE

unread,
Apr 11, 2000, 3:00:00 AM4/11/00
to

Jacques DUPHOT <duphot....@wanadoo.fr> a écrit dans le message :
8ct5s5$kqp$1...@wanadoo.fr...

> Plus tard il y eu l'ordonnance royale de novembre 1696 pour essayer de
> mettre de l'ordre en créant "l'Armorial de France". L'ennui, c'est que
cette
> "remise à jour" demandait à la fois une enquête et le versement mesquin
d'un
> droit de 20 livres que beaucoup de vrais nobles refusèrent. Ce qui
explique
> pourquoi les armoriaux sont plus tournés vers la noblesse-bidon d'origine
> bourgeoise que sur les véritables familles nobles qui refusèrent cette
> mesure vexatoire.

Bonjour Jacques
Tout à fait, mais cette ordonnance ne visait pas que la noblesse, mais
toutes familles supposée avoir un certain revenu à qui on donnait d'office
des armoiries si elles n'en voulaient pas, et qui devait acquitter un droit
d'enregistrement de 20 livres. Ancêtre de notre "impôt sur la fortune".
C'est là que certaines fantaisies se mirent en place lorsqu'on attribuait à
une famille qui n'en voulait pas des armoiries qui n'avaient aucune
signification par rapport à la famille, ou à qui on attribuait les armoiries
d'une famille de même patronyme, mais qui n'avaient rien à voir entre elles.
Le frère d'un de mes ancêtres se vit attribuer une paire de superbes cornes
pour blason !!! :-))
Mes ancêtres avaient des armoiries bien avant d'être anoblis comme beaucoup
de familles bourgeoises du XVII eme. Ils avaient dû les choisir et les
dessiner car elles étaient très parlantes et représentative de leur activité
de maçons et de leur origine de compagnons.
Mais il faut savoir que ces anoblissements ne donnaient ni titre ni fief,
c'est la fortune seule qui permit d'acheter des seigneuries et entraîna des
confusions entre "comte de ...." et "seigneur du comté de ..." par exemple.
Confusion entretenus surtout au XIX eme siècle.
Par ailleurs, la particule "de" n'apparaissait pas automatiquement à
l'anoblissement, elle a fleuri en précédant le patronyme surtout à la fin du
XVIII eme. Dans certaines familles authentiquement nobles, elle n'est même
jamais apparue. Et d'autres avaient une particule sans être nobles, origine
des pays du Nord par exemple.
Conclusion, ni la particule, ni les armoiries ne sont un signe obligatoire
de noblesse.
Cordialement
Yves de Tarade

Dominique TRIAUD

unread,
Apr 11, 2000, 3:00:00 AM4/11/00
to
Daniel Dubuisson a écrit

>J'aimerais savoir ce que recouvre exactement l'expression "savonnette à
>vilain".

Bonjour,
Pour comprendre un peu mieux ce qu'était la 'savonnette à vilain" je vous
propose un texte écrit par A. RICHARD, archiviste de la Vienne au début du
siècle.

"L'interdiction d'occuper, sous peine de dérangeance, les professions où
l'on pouvait gagner de l'argent, le détourna de faire entrer ses enfants
dans le corps privilégié de la noblesse. A diverses reprises il lui fut
offert d'acquérir, moyennant finances, l'une des charges qui anoblissaient
(ce que l'on appelait "la savonnette à vilains"), il refusa.
Il poussa même un peu plus loin cette méfiance, car lorsqu'il fit une
acquisition de domaines nobles, il acquiesça volontiers aux désirs de ses
vendeurs lorsque ceux-ci lui demandèrent de conserver "la directe" c'est à
dire le droit seigneurial. Dans l'acquisition de Miauray, il ne réclama pas
le droit de rendre hommage au Roi pour son fief. Il fut favorisé en ce sens
que lors de l'abolition des droits féodaux, il ne fut que faiblement
atteint.
Il maintenait ainsi ses enfants dans les rangs du Tiers Etat et leur
indiquait, par son exemple, par quel chemin on arrivait à la fortune. "

Pour ceux intéressés par tout le texte sur Pierre BORDIER, des Deux-Sèvres,
vous pouvez le lire a:
http://perso.infonie.fr/dtriaud/bordier.htm

Amicalement.
Dominique TRIAUD
-------------------------------
Cercles Généalogiques:
La Rochelle (17), Saintes (17), Niort (79), Amiens (80)
http://perso.infonie.fr/dtriaud/


Jean-Philippe Gérard

unread,
Apr 13, 2000, 3:00:00 AM4/13/00
to
Jacques DUPHOT <duphot....@wanadoo.fr> wrote:


> Déjà au XVI° beaucoup de bourgeois et négociants divers profitaient de la
> ruine d'un noble pour acquérir à la fois le fief et la particule noble.
> Les ordonnances royales de 1600, 1634, 1656, et 1664 furent impuissantes à
> arrêter ces dérives.

Je ne suis pas d'accord.

Si effectivement des bourgeois et des négociants, disons des financiers,
ont acheté des terres, par un processus classique : on prete de l'argent
en sachant pertinement que l'emprunteur ne pourra pas rembourser, et
lorsque ce dernier est exangue financièrement parlant, il ne lui reste
plus comme solution que de vendre sa terre. Le nom lui-même, la
particule, ne se vendait pas.

D'ailleurs cette méthode sauvage de d'acquisitions ne visaient pas que
les biens des nobles, mais également des tous petits propriétaires,
quand il s'agissait pour le financier d'arrondir un domaine.

Voir à ce sujet le livre de George Huppert "Bourgeois et gentilshommes -
la réussite sociale en France au XVIe siècle" chez Flammarion, 1983, en
particulier le chapitre 4 qui décrit ce mécanisme d'acquisition.

--
Jean-Philippe Gérard - jp...@wanadoo.fr
Société Historique et Archéologique de Pontoise
http://www.multimania.com/jpg/sochisto/shapvov.html

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