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[AVIS] Max (Menno Meyjes, 2002) [REVELATIONS]

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Zyrtox

unread,
Sep 23, 2003, 5:50:02 PM9/23/03
to
MAX -+- http://french.imdb.com/title/tt0290210/combined
De Menno Meyjes. 2002. Canada/Allemagne/Hongrie/Grande-Bretagne. 1h46.
Avec John Cusack (Max Rothman), Noah Taylor (Adolf Hitler), Leelee
Sobieski (Liselore von Peltz), Molly Parker (Nina Rothman).
Scénario : Menno Meyjes.
Photo : Lajos Koltai.
Musique : Dan Jones.


-=-=-=-=
N.B. : Le texte ci-dessous évoque certaines scènes du film Max, et il
serait ainsi préférable de l'avoir vu avant de lire tout cela.
-=-=-=-=


Fin 1918 à Munich, Max Rothman, propriétaire juif d'une galerie d'art,
rencontre Adolf Hitler, alors ex-caporal dans l'armée allemande et
« artiste » à ses heures perdues. Le thème et le cadre de Max sont
ainsi exposés ; et très franchement, on ne va pas beaucoup plus loin.

Pendant la projection de ce film, on le trouve construit de façon très
bancale, puisque l'on assiste à un portrait croisé de deux personnes
que le réalisateur veut à la fois opposer et réunir. À partir d'un
fait réel plus ou moins contesté, Menno Meyjes, par ailleurs grand
pote de Spielberg pour qui il a adapté La Couleur pourpre et Indiana
Jones et la Dernière Croisade, s'est construit sa propre trame, avec
une réussite que je qualifierais de « passable ». D'un côté, Max
Rothman est un esthète qui raisonne de façon toujours positive et qui
sert l'art avec passion ; de l'autre, Adolf Hitler est ici décrit
comme un bonhomme arrogant, désagréable et cynique. Mais voilà, alors
que le dernier critique le premier lorsqu'il s'agit de rendre des
comptes à ses amis de l'armée, il se fait tout petit devant Rothman,
car il veut une place dans sa galerie.

Et c'est en fait ce qui plombe le film. Rothman ne veut pas lâcher
Hitler qu'il considère comme un artiste original, au moment où ce
dernier lui montre des uvres dignes de ce nom. Néanmoins, ce n'est
pas trop ce qu'on retient, car Max dégage une telle impression de
sérénité pendant le film qu'on se dit qu'il lui coûterait peu
d'abandonner le projet d'expositions des travaux de Hitler. Le
problème, c'est le sens inverse. Pourquoi ce bon vieux Hitler, amateur
de thèses antisémites s'il en est, veut-il absolument que ses
peintures et dessins trouvent refuge dans la galerie un peu
désaffectée d'un Juif qui ne lui promet rien ?

À cela, on peut tout de même apporter une réponse : Max pousse Hitler
dans les tréfonds de son être et au plus profond de son art.
Néanmoins, celui-ci comprendra assez vite que l'art n'est pas fait
pour lui. C'est alors qu'on lui propose -- et c'est décrit de façon
totalement artificielle dans le film, c'est à peine si ça ne tombe pas
carrément du ciel -- des responsabilités politiques au sein du
naissant parti national-socialiste : on fait appel à ses qualités
d'orateur (les avait-il déjà montrées auparavant ?) pour embrigader
des foules, qui peu à peu sont gagnées par le virus du « Mort aux
Juifs ». Bien entendu, on voit progressivement un mec le crier, puis
deux, puis cinq, puis dix et enfin toute une salle. Comme dans les
films, quoi.

C'est alors que Meyjes commence à recentrer son propos, qui en avait
bien besoin. Il insiste, avec beaucoup de maladresse certes, sur le
personnage du futur Führer : ce dernier comprend qu'il trouvera son
salut entre art et politique, et envisage de faire de la politique un
art, au sens noble du terme. Fort de ses convictions de plus en plus
solides, Hitler, toujours plus énergique et enragé, va haranguer les
gens qu'il rencontre, afin d'en faire des antisémites convaincus, avec
le malheureux succès que l'on sait.

D'ailleurs, Noah Taylor qui interprète ce rôle en fait des tonnes.
Alors que l'on aurait pu s'attendre à un Hitler assez fin, vu les
préjugés que le spectateur peut avoir sur l'ignominie du personnage,
Taylor surjoue et s'expose à l'excès, dans lequel il s'abandonne à
corps perdu bien trop souvent. On obtient alors un mec très indigeste,
imperturbable, misogyne, complètement asocial et rempli de tics
divers, ce qui est pour le moins désagréable, bien que l'on s'imagine
de Hitler tout ce qu'on a pu entendre par ailleurs. À l'inverse, Max
Rothman est remarquablement interprété par l'imperturbable John
Cusack, qui en quelque sorte sauve l'aspect humain du film. Alors
certes, le contraste entre les deux fonctionne bien ; il n'empêche
qu'il lasse très vite, de par son côté systématique.

Pour son premier film en tant que réalisateur, on peut dire que Menno
Meyjes s'est largement fourvoyé. Bien qu'il dispose de l'expérimenté
et souvent impeccable Cusack, il ne réussit pas du tout à créer la
moindre atmostphère pendant l'heure trois-quarts de bobine, malgré une
jolie photo bien travaillée. Pire, on n'y croit même pas. On assiste
juste à une interminable série de confrontations entre les deux
personnages principaux, habités par des psychologies pour le moins
différentes, ce qui bien sûr ne passe pas et renforce l'ennui qu'on
peut ressentir au visionnage. Meyjes s'est en effet concentré sur
l'aspect artistique de son film, qui ainsi montre de nombreuses uvres
de tous poils, en faisant traîner les plans. Il impose ainsi son
rythme lent, rythme qui va comme un gant à certains films, mais pas
réellement au sien.

L'autre aspect de sa mise en scène, c'est le côté très outrancier,
voire complètement scabreux, que l'on ressent surtout dans le dernier
tiers de film, qui jusqu'alors est très policé. On y entre par la
scène totalement inepte et assez incompréhensible de la machine de
guerre : on y voit un gros chaudron, où l'on peut lire
« Kriegsmaschine » (machine de guerre), monté sur une scène dans la
galerie, et qui produit des gros boudins de couleur marron.

Le pire est tout de même la fin, qui certes réveille un peu le
spectateur mais l'indigne aussi profondément. Le réalisateur joue
alors sur la simultanéité de deux rassemblements : une cérémonie
juive, à laquelle participe Max Rothman, et une allocution politique,
où Hitler crie toute sa haine à une foule peu à peu conquise. C'est
alors que Meyjes mêle les deux scènes, met le son d'une sur les
images de l'autre et joue sur une analogie paradoxale. On dirait un
film de Spielberg, tiens.

Finalement, il m'est difficile de conclure sur un film aussi instable.
Meyjes a fait le pari de baser un film sur des faits vraisemblables
et de s'appuyer sur le personnage de Hitler, connu de tous pour être
un des plus affreux hommes que la Terre ait générés. Il est tout de
même regrettable que son acteur soit si insupportable, et surtout
qu'il ait fait traîner les choses pendant une heure et demie, pour
finalement nous asséner dix dernières minutes d'une rare médiocrité, à
la fois morale et cinématographique.

Sans être totalement mauvais, ce film est très oubliable. Et ça aurait
pu être pire.

David Epelbaum, alias Zyrtox.

--
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