Un soir de réveillon de nouvel an, un notaire est interrogé par un
inspecteur de police sur le viol et le meurtre de deux fillettes dans une
petite ville de province...
[AVIS]
Attention, toutes les clefs du film (que ce soit la fin ou la psychologie
des personnages) sont explicitées dans cet avis. A bon entendeur ...
Dès les premières secondes, le spectateur est plongé dans cette ambiance
glauque, oppressante et angoissante d'un commissariat de Police et qui plus
est, un soir de réveillon de jour de l'an.
Le soir où tout le monde s'amuse ou sort habituellement est donc la période
choisie pour un film d'ambiance ... Première claque, premier décalage !
Le premier personnage avec qui le spectateur fait connaissance est prêt pour
passer l'année de la meilleure façon qui soit.
Habillé de son plus beau smoking, il entre dans la pièce.
Pas de doutes, ce policier va trouver le coupable rapidement et aller à la
soirée qui l'attend : le film va être court !
Sauf que....ce policier n'est pas policier mais est la personne qui doit
être interrogée.... Deuxième décalage par rapport aux standards habituels :
les personnages ne sont pas ce qu'ils paraissent être ...
Arrive ensuite l'inspecteur ayant amené le suspect, il va bien sûr lui
demander de s'asseoir et de répondre à ses questions concernant le crime
pour lequel l'accusé a été amené.
Mais d'abord, quel crime ? et puis, cet inspecteur n'a pas l'air d'avoir la
prestance pour interroger les accusés, et pourquoi, il remplace cette
ampoule au plafond... Troisième clash : l'inspecteur est un subalterne et on
se rend compte que celui ci n'a que très peu de pouvoirs. Il est aux ordres
d'une autorité supérieure, d'un chef qui lui doit détenir la vérité, doit
trouver le coupable pour que celui ci soit jugé.
Le réel inspecteur arrive enfin. Celui par qui l'interrogatoire doit
passer, celui qui doit choisir entre l'innocence ou la culpabilité de
l'accusé est enfin présent, il était simplement bloqué dans un embouteillage
: même lui est dépendant des événements, des autres personnes. Quatrième
surprise ! Même les personnages qui semblent être les plus sûrs sont
humains, faillibles. Ils ne sont pas de réels héros et peuvent commettre des
erreurs.
Le huis clos, tendu, oppressant peut enfin commencer : la quête de la vérité
va être longue et passer par de nombreux chemins détournés. Toute la vie
d'un homme sera disséquée, analysée et vérifiée dans les moindres détails
pour connaître l'authenticité des faits.
L'affrontement entre l'inspecteur Gallien (Lino Ventura) et le notaire
Martinaud (Michel Serrault) est parfait. Le tension est perceptible dans les
moindres mots prononcés, dans les moindres regards soutenus entre
l'inquisiteur et l'accusé.
Le plus petit geste, la phrase la plus anodine peut révéler la vérité : le
notaire est-il coupable ou innocent?
Seuls les forts peuvent et doivent accepter d'entrer dans le jeu, d'entendre
les questions et les réponses aussi troublantes soient elles. Aucune autre
personne ne peut comprendre le drame qui se noue, la complicité entre
questionneur et questionné. Relation du même type que le syndrome de
Stockholm (connivence entre terroristes et otages), l'interrogatoire
policier est mené de façon psychanalytique, l'inspecteur essayant de se
mettre à la place de la personne qu'il interroge, de penser la même chose
que lui.
L'inspecteur Belmont (Guy Marchand) fera les frais de cette incompréhension
des règles du jeu. Il craquera et molestera le notaire. Celui ci est évacué
sans ménagement du jeu du chat et de la souris par le gros matou lui même,
son patron.
Tout serait parfait dans ce huis clos "d'hommes" sauf si l'arrivée d'une
femme, de LA femme ne venait détruire le jeu lui même.
Les misogynes pourraient affirmer qu'une femme dans un jeu d'hommes arrive
toujours à ce résultat. Mais, contrairement à ces préjugés, on pourrait
aussi affirmer que la femme dans ce cas est la seule à détenir une certaine
vérité, l'incroyable vérité et qu'elle ne peut la garder pour elle-même.
LA femme (Romy Schneider), le seul personnage féminin (non enfant) du film
est la représentation du mal : elle se présente spontanément pour que son
mari soit condamné, soit réduit au néant et lui laisse enfin la jouissance
d'un couloir qu'elle désire arpenter seule, sans rencontrer la personne
qu'elle déteste le plus au monde. Eve est ressuscitée.
LA femme respecte en cela les codes et l'esthétique des films noirs des
années 40-50 : la femme fatale, le jeu d'ombres entre le détective
l'interrogeant, la femme trahissant le personnage censé être le coupable.
LA femme respecte elle même les codes de ce type de films en demandant au
détective (pardon à l'inspecteur) d'éteindre les lumières pour que les
conversations soient plus intimes et que les vérités soient dites comme dans
un confessionnal.
Il faut dire qu'elles sont dures à dire les vérités, le fait réelle du
mariage pour l'argent, la vraie nature du mari de la femme : la pédophilie.
La trahison est tellement plus simple quand on peut la faire dans le noir et
presque à voix basse.
Pédophilie, pédophile, le mot est lancé! Mais quelles sont les preuves de
cette déviance sexuelle du Notaire?
Les raisons sont simples et évidentes : même lui ne refuse pas la vérité :
les relations sexuelles tant que LA (sa) femme est encore "enfant" (avant le
mariage) mais plus après : le femme s'est refusée à l'homme et a engendré le
monstre (le notaire pédophile qui pense dorénavant qu'il n'est capable que
de séduire que des enfants (cf. scène avec la petite Camille (Elsa))
Alors, maintenant, c'est certain : c'est lui le coupable, le violeur est
enfin démasqué !
Et là tout débloque..... la magie disparaît .......
L'artifice de la fin du film qui permet de découvrir le réel coupable des
meurtres laisse un goût amer dans la bouche : la découverte est trop rapide
et n'est pas amenée vers le spectateur qui se la prend malheureusement en
pleine "poire".
Bien sûr, on a déjà vu le coupable au début du film mais, bon, il n'est
vraiment pas un personnage principal, un personnage qu'on pourrait
soupçonner : ce n'est qu'un figurant.
Pendant tout le film, le coupable ne peut être que le Notaire, et malgré
cela, la solution nous est assénée simplement comme ca, à froid. C'est
tellement simple, c'était évident dès le début. mais, on reste sur sa faim
....
C'est donc au moment de la découverte du réel coupable que le scénario
s'écarte malheureusement de l'idée originale et magistralement mise en image
du film, à savoir le "quatuor" si lent si bien mené du rectangle infernal,
l'inspecteur, le notaire, la femme et la quête de la vérité.
Le notaire pédophile est donc libre cette fois ci mais bien que celui ci
soit innocent , il a tout de même été puni. Le suicide de sa femme, dans le
lieu même où elle l'a dénoncé, lui indique les erreurs qu'il a faites.
Le fait que celle ci n'accepte pas le rédemption de sa trahison indique
uniquement qu'elle était là pour se débarrasser de son mari, le violeur de
son enfance (bien qu'elle ait été consentante.)
Le pédophile a tout de même été puni, même si ce n'était pas pour un crime
qu'il ait commis...
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Bruno : Lecinem...@free.fr
"L'homme est devenu obsédé sexuel depuis que la femme s'est dressée sur ses
deux jambes"
Yves Coppens
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