Thomas.
Tout le film laisse en suspens la question de savoir si les phénomènes
paranormaux sont issus de l'esprit de Jack, de l'ensemble de la famille
(folie partagée) ou si ils sont bien les manifestations tangibles d'une réalité
attachée à l'hôtel.
Par le dernier plan, Kubrick dit simplement (on imagine le petit sourire
du réalisateur malin qui a trouvé son filon) que le paranormal est une
réalité de l'hôtel, puisque la photo atteste de l'existence improbable
de Jack en...1921.
Du coup, Jack n'est pas fou, pas plus que Danny, et les "visions" qu'ils
ont partagé sont bien réelles.
>"gilbert-thomas" <gilbert...@wanadoo.fr> a écrit dans le message de news: bf4cjq$uph$1...@news-reader8.wanadoo.fr...
>
>
>[snip]
>
>Par le dernier plan, Kubrick dit simplement (on imagine le petit sourire
>du réalisateur malin qui a trouvé son filon) que le paranormal est une
>réalité de l'hôtel, puisque la photo atteste de l'existence improbable
>de Jack en...1921.
>
>Du coup, Jack n'est pas fou, pas plus que Danny, et les "visions" qu'ils
>ont partagé sont bien réelles.
>
>
>
en fait je pense qu'il y a deux interpretations possibles:
soit Jack a vécu à l'overlook dans une vie anterieure
soit il a rejoint le groupe des fantomes de l'hotel apres sa mort (je penche
pour cette derniere)
j'ai lu dans le bouquin de Tavernier & Coursaudon ("50 ans de cinéma
américain")
que Kubrick avait rajouté cette fin, qui ne fait que rajouter à la
confusion du film,
uniquement pour que ça sonne juste d'un point de vue formel. En fait il
a repris
un procédé narratif auparavant utilisé dans d'autres films fantastiques,
mais
sans que ça explique quoi que ce soit dans son film. (j'ai relu
l'article hier soir,
c'est encore frais dans ma tête ;-)
il n' y a donc pas d'explication unique à cette scène... (si on en croit
l'article)
ps: merci de mettre une balise dans l'objet du msg si vous dévoilez la
fin du film,
c'est plus sympa pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu ;-)
Histoire de rajouter mon grain de sel à tout ce qui a déjà été dit, voici
un petit extrait d'une anecdote pompée sur l'IMDb :
"The former caretaker of the Overlook Hotel has two different names
(Charles Grady and Delbert Grady) because he's supposed to be two different
people. Charles is the caretaker who murdered his wife and daughters in the
winter of 1970, and Delbert is the butler of the Overlook Hotel at the 4th
of July party in 1921(which Jack was also at). This is a reference to the
original book (the former caretaker's name didn't change like it did in the
movie, but he was at the hotel in two different time periods- once at a
masquerade ball in 1945 and again as the caretaker in 1970.). The use of
two different names in the movie is simply to show that Grady has been at
the Overlook Hotel twice, just like Jack."
Je pense que ça répond à ta question, non ??
--
Article posté via l'accès Usenet http://www.mes-news.com
Accès par Nnrp ou Web
gilbert-thomas <gilbert...@wanadoo.fr> wrote:
Où si quelqu'un sait comment la porte du frigo s'ouvre dans le film, je
serais assez preneur...
> Rapidement. Si on relie les films de Kubrick les uns aux autres, on note
> une chose grosso merdo. Un certain monde rationnel qui va basculer dans
> l'irrationnel, l'horreur, la guerre. Plus une société se targue d'être
> "rationnelle" (une certaine idée de la rationalité reposant sur certains
> codes sociaux), plus elle est manipulée par l'irrationnel ou ne voit pas
> cet irrationnel arriver ou encore est contaminée de l'intérieur par cet
> irrationnel. C'est par exemple le XVIIIe siècle qui va être anéanti par la
> révolution française (Barry Lyndon se termine en 1789). Chez Kubrick, il
> faut toujours relier la structure formelle de ses films, mise en scène
> quasi géométrique et mathématique, au sujet qu'il traite. Kubrick inscrit
> d'une manière dialectique et emblématique dans sa mise en scène cette
> fascination pour l'ordre, le rationnel, l'apparence des choses qui contient
> en son sein le désordre, l'irrationnel, la destruction. (Full Metal Jacket,
> Les sentiers de la gloire, 2001...) C'est bien évidemment inscrit dans la
> nature humaine elle-même, dans chaque homme.
D'abord, pour reprendre ce qui a été dit ailleurs, c'est "extra-film" :
s'il faut connaître l'intégralité de la filmographie de Kubrick plus sa
fascination pour, successivement, Vienne, les Grandes Roues, la nature
humaine, le siècle des lumières, la musique classique, Ligeti,
l'irrationnel et j'en passe, alors Kubrick a raté son coup. D'autant que
la guerre de 1940, si c'est celle auquel tu fait allusion dans la suite
de ton message, n'est pas explicitement citée dans Shining (en tout cas
dans mon souvenir)
> On comprend mieux, il me semble, la fascination de Kubrick pour un film
> comme Follishes Wives de Eric Von Stromheim qui, l'action se situe sur la
> côte d'Azur, parle d'un monde chic et insouciant rongé par la pourriture.
Oui, peut-être si on a vu Follishes Wives. Sinon, on comprend pas mieux.
> Dans le cas de Shining, on a un hôtel de grande classe aux formes
> géométriques (que la caméra souligne constamment) qui repose sur un
> cimetière indien. Ce n'est pas certainement pas un hasard.
Pourquoi ne pas faire dans l'explication "simple fantastique". Le
cimetière est maudit : les fantômes dont il regorge capturent l'esprit
maléable de Nicholson (et de l'ancien gardien), le pousse à tuer sa
famille (ce sont des indiens donc des barbares, faut-il le rappeler), en
l'aidant au passage à ouvrir des portes ou à trouver des battes de
base-ball et des haches, puis capturent son esprit et l'intègrent dans
la photo des fantômes de l'hôtel avec celui qui a déjà tuer sa famille
au début du siècle. Fin de l'histoire.
J'aime relativement l'explication de l'imdb donné par Gramoulox, même si
je ne suis pas vraiment d'accord sur le fait qu'il s'agisse d'une
référence au livre. Je me permets de traduire rapidement.
"L'ancien gardien de l'hôtel a deux noms dans le film (Charles Grady et
Delbert Grady) parce qu'il est supposé être deux personnes à la fois.
Charles est le gardien qui a tué sa femme et ses filles pendant l'hiver
1970 et Delbert est le barman de l'hotel à la fête du 4 juillet 1921 (où
Jack a lui aussi été). C'est une référence au livre original (le nom de
l'ancien gardien n'y change pas comme dans le film, mais il apparait
également à deux périodes différentes, d'abord au bal masqué de 1945 et
à nouveau comme gardien d'hotel en 1970). L'usage des deux noms dans le
film nous montre simplement que Grady a été deux fois à l'hôtel, tout
comme Jack."
> Et l'intrusion
> d'un autre monde, celui des années 20-30, des années folles n'est pas
> fortuit. Là, encore on a un monde insouciant, rongé de l'intérieur par la
> pourriture et qui va plonger bientôt dans la seconde guerre mondiale.
C'est un point de vue, mais nous sommes dans les années folles aux
Etats-Unis et je pense que la pourriture se situe plus à la crise de 29
que la guerre qui arrive vingt ans plus tard.
Et là, ça se complique.
> Le
> fait que Jack se retrouve à cette époque, tel un fantôme, est à prendre
> littéralement. C'est une manière cinématographique assez exemplaire de
> faire un retour en arrière dans le passé, dans la mémoire humaine, à une
> époque précise de l'histoire humaine qui va bientôt sombrer elle-aussi.
Jack est donc à la fois un fantôme et un être humain, mais il faut bien
que ce fantôme est une raison de vouloir tuer, il lui faut un but. Ça ne
fait qu'une pirouette sinon, histoire de dire : "tout recommence". Mais
là encore, je ne sais pas si on peut s'arrêter là.
Les années folles était de l'insouciance pure. Le mal qui rongeait alors
était tapi. Jack et sa femme souffrent avant d'arriver dans l'hôtel, ce
n'est pas caché. Il a déjà cassé le bras de son gamin, quand même. Ce
n'est pas un tendre, un insouciant, ce Jack. En plus, il prend la
décision tout seul au détriment de sa famille de partir dans l'hôtel. Ça
ne semble pas non plus très insouciant. Alors, on peut effectivement
tenté le parallèle entre l'histoire mondiale "années 20" / "guerre
mondiale" et l'histoire personnelle "Jack et sa famille avant l'entrée
dans l'hôtel" / "la tuerie dans l'hôtel", mais il faudrait que les
points de comparaison soient plus nettes.
> Cette figure dédoublée de Jack, Jack à une époque d'avant-guerre et Jack à
> une époque moderne, est une figure du même, de l'identique sous une autre
> figure, un double, retour du même dans deux champs temporels différents,
> comme l'histoire humaine se répète.... Au moment où Jack meurt à la fin de
> Shining, il renaît comme un passé qui n'a jamais été reglé.
Mais ça signifierait quoi ? Jack n'ayant pas été au bout de son histoire
(la tuerie de sa famille), il se réincarné dans les années 20 ? Et
pourquoi Brady qui a bien tué sa famille, lui, s'est réincarnée dans les
années 20 également ?
> La force du
> film et du jeu de contraste entre deux époques sur lequel joue Kubrick,
> souligne en même temps une continuité historique dans un même phénomène, et
> fait surgir ce troublant retour du même, ce retour du refoulé, cette
> inquiétante étrangeté, au sein du monde contemporain qui se croit toujours
> supérieur aux précédents et qui risque d'être annihiler par ce qu'il
> croyait avoir réglé une bonne fois pour toutes : sa part d'ombre et son
> fantôme. L'homme n'a pas tellement changé.
Un contraste entre deux époques, c'est effectivement très clair. Mais il
y a un réel décalage entre le microcosme de Jack et de sa famille et la
vision globale que tu sembles proposer en parallèle sur les années 20.
Y'a-t-il un moment dans le film où quelqu'un dit : "les années 70, c'est
carrément mieux que les années 20" ?
Et puis, ton point de vue occulte complètement la dimension fantastique
du "Shining", qui est quand même le titre du film, cette espèce de
fluide entre le visible et l'invisble, le rationnel et l'irrationnel.
Pourquoi ne pas simplement voir dans ce Shining, la raison de la
"téléportation" de Jack des années 70 aux années 20 ?
> Dans Eyes Wide Shut, c'est encore plus symbolique car en adaptant Arthur
> Schnitlzer, auteur viennois du début du XXeme siècle (le XVIIIe siècle et
> l'époque Viennoise étant deux références majeurs du cinéma kubrickien),
> découvrant comme Freud les zones d'ombres et l'irrationnel humain,
> préfigurant si on peut dire ce qui va arriver, la première puis la seconde
> guerre mondiale, Kubrick clot sa filmographie à la fin du XXeme siècle (la
> boucle est bouclée dans une figure géométrique circulaire, figure
> kubrickienne, que l'on se rappelle 2001) et nous met en garde à notre
> époque contre ce qui risque de la faire sombrer, insouciants que nous
> sommes.
Si, pour comprendre Shining, il faut voir Eyes Wide Shut, Kubrick n'est
plus un génie, il devient un monstre (parce que faire attendre une
vingtaine d'années les spectateurs pour leur proposer d'avoir les clés
pour comprendre Shining, c'est du sadisme !)... En plus Kubrick n'a pas
"clot" sa filmographie.
A ce que j'ai compris, il est mort d'un arrêt cardiaque et pas d'un
suicide. Enfin, ce que j'en dis, hein...
--
Romain
>[SPOILER SHINING]
>
>
>
>Où si quelqu'un sait comment la porte du frigo s'ouvre dans le film, je
>serais assez preneur...
>
>
c'est Grady, non ? ...
il discute avec Jack au travers de la porte juste avant de lui ouvrir
> c'est Grady, non ? ...
> il discute avec Jack au travers de la porte juste avant de lui ouvrir
Oui, mais c'est un fantôme... Si on veut éliminer la piste
"fantastique", alors y'a aucune raison que quelqu'un lui ouvre la porte.
Surtout un fantôme...
--
Romain
Maholo aloha !
justement ! si ma memoire ne me fait pas defaut, il me
semble que c'est la preuve que des fantomes habitent l'hotel...
je crois bien que tous les evenements anterieurs peuvent etre mis sur
le compte d'halluciantions et/ou de la folie. (il faudrait que je revisionne
le film pour en etre sur, mais je crois que c'est ça)
> [snip]
>
>Jack rencontre Grady dans les W-C à l'époque des années folles. Bref. Jack
>ne va pas au bout car sa femme et son fils lui échappent. Jack ne se
>réincarne pas. Ce n'est qu'une figure de double. Pourquoi Kubrick finit
>comme cela ? Pourquoi il fait incarner Jack dans les années ? Simplement
>pour faire mumuse et faire un pied de nez ?
>
>
>
[snip]
bonsoir,
si l'on en croit l'article dans le bouquin que j'ai cité dans l'article
plus haut, oui ;-)
Les propos ont été rapportés par la coscénariste Diane Johnson.
cela dit ce n'est pas comme ça que j'ai compris la fin; je viens de
regarder de nouveau le film,
et la scène qui se passe dans les WC justement me semble assez claire
-je n'avais
pas relevé à l'époque, mais apres ce fil dans ce ng ça m'a frappé -
Jack demande à Grady s'il n'a pas été gardien de l'hotel auparavant, et
s'il n'a pas tué sa famile,
Grady lui répond qu'il n'a pas souvenir de les avoir tués (mais il leut
a donné une correction :-/ )
il ajoute qu'il a toujours travaillé là et donc qu'il sait bien que
c'est Jack qui a toujours été le gardien...
à mon avis, le temps n'a pas vraiment d'importance dans le "monde" des
fantomes
de l'hotel. Il n'est donc pas aberrant de voir figurer Jack sur une
photo du passé.
(voilà c'est ce que je pense de la fin du film...)
J'ai lu quelque part (ou vu?) que Shining etait pour Kubrick un film sur
l'impact de la television sur la cellule familiale. Est-ce quelqu'un peut
m'expliquer un peu ca?
D'avance, merci.
F.
Est-ce que les quelques minutes de la fin de 2001 vous paraissent plus
claires ?
A mon avis, en lisant le scénario original (King pour Shining, Clark
pour 2001), on comprend... mais ce n'est peut-être pas ce que voulait
dire Kubrick.
En ce qui concerne Shining, la version de King est assez claire : Jack
Terrence est possédé. Remarque : chez King, Torrence meurt à la fin
mais pas de froid : la chaudière explose parce qu'il s'occuppe de son
fils et pas de son travail. D'ailleurs, chez King, il ne tue pas le
noir qui s'enfuie avec la mère et l'enfant sur une moto-neige.
Remarque : Wendy n'est peut-être pas un prénom choisi au hasard
puisqu'elle a un complexe de Peter Pan.
> Une oeuvre se met en perspective avec sa cohérence. On peut prendre The
> Shining pour ce qu'il est mais pour vérifier ce qu'on peut en tirer, il est
> nécessaire d'en référer aux autres oeuvres et de les mettre en perspective.
Un film doit se suffir à lui-même. Après, si on part dans l'analyse de
Kubrick, oui, il faut faire la démarche dont tu parles, mais ce n'est
pas le cas ici, non ? (je ne ferais évidemment pas ce genre de remarque
à la suite de ton article sur Eyes Wide Shut).
> Il est difficile d'en rester au simple fantastique avec Kubrick sinon il
> n'y a plus de cohérence avec son oeuvre. Cette histoire de cimetière n'est
> pas dans le roman me semble-t-il. Kubrick le rajoute. Pourquoi (il y a là
> un plan historique) ? Comme le labyrinthe. Pourquoi le labyrinthe ? Les
> contes ? Pourquoi une telle mise en scène ? Pourquoi une constance
> luminosité pour un film fantastique ? Pourquoi encore une salle de bain et
> des W-C (élément que l'on retrouve dans d'autres films). ?
Je ne me rappelle pas si le cimetière indien est dans le livre ou pas,
cela dit, je n'ai pas le souvenir d'une exploitation intense de ce
cimetière dans le film. Alors, il est possible que, pour certains, le
cimetière indien fait opposition aux années folles et qu'il y a, ici,
une réelle intention de la part de Kubrick de dénoncer le massacre des
indiens, mais c'est loin d'être net dans le film.
S'il avait construit son film comme un conte, et bien qu'il y en ait des
éléments, il manquerait alors la conclusion, la morale de l'histoire,
ou, tout au moins, un enseignement à en tirer. Ici, Shining ressemble
plus à une histoire que des gamins se racontent la nuit autour du feu de
camp pour se faire peur entre eux.
Comparons : "... et soudain, alors que sa famille s'enfuit au loin dans
un petit chasse-neige, je m'approche doucement de la photo du bal de
1921, et au moment où je la regarde, la terrifiant tête de Jack est là,
en plein milieu, tenant une coupe de champagne..."
à : "... et alors qu'elle terminait son puzzle, elle se rendit compte
que ce dernier représentait la pièce dans laquelle elle était. Et au
moment de placer la dernière pièce, elle vit sur le puzzle, qu'un homme
était caché derrière la fenêtre".
Quant à La salle de bain et des WC, ça me semble assez standard dans une
chambre d'hôtel. Je suis bien plus surpris de leur apparition dans 2001
que dans Shining où je n'y vois qu'une utilisation des décors
"naturels". C'est un peu comme si on s'émervellait que dans un film il y
ait des chaises, et qu'on en déduise une cohérence dans l'oeuvre du
cinéaste. Rob Reiner est, de ce point de vue, un remarquable cinéaste de
chaises.
> Kubrick n'en
> reste jamais au plan stricte d'un genre, il le dépasse et le transcende, ce
> pourquoi il s'est attaqué à presque tous les genres pour les dépasser et
> montrer ce qu'il y avait d'universel sur le plan humain, métaphysiquement
> parlant.
Je suis d'accord sur le fait que des éléments du film sont propres aux
intentions habituelles de Kubrick, et que, d'une certaine façon, chacun
de ses films tend à préciser ses idées et sa pensée, et je ne réfute pas
que Shining dans une certaine mesure contribue à donner du sens à la
filmographie de Kubrick (années 20, musique, ambiance, cadre
géométrique, pourrissement d'une situation, etc.). Mais là, j'essaie
juste d'éclaircir le mystère de la fin du film, et je ne compte pas
m'arrêter sur des plans métaphysique, parce que je trouve qu'on noie le
poisson en faisant cela.
> C'est le côté parade, légereté, insouciance... comme dans Eyes Wide shut.
> Kubrick est fasciné par un monde en perdition sous des apparences
> bienheureuses, rationnelles. Barry Lyndon se termine en 1789. Un hasard ?
> Et dans Orange mécanique, il est fasciné par la culture allemande, qui ne
> va pas pouvoir empêcher le nazisme (il en parle dans une interview). Vienne
> aussi. C'est cela qui passionne Kubrick sur un plan métaphysique. Difficile
> de sousestimer les implications philosophiques chez lui.
Je veux bien qu'on pointe toutes les similitudes entre les films de
Kubrick mais c'est loin d'être l'objet de l'enfilade. Qu'est-ce qui fait
sombrer les années folles, demandais-je ? La crise de 29, réponds-je, et
pas la guerre de 39-45.
> Peu importe les différences d'époque, c'est le retour de l'identique sous
> des formes différentes au niveau de l'irrationnel et sous le plan du double
> (et historique).
Je ne comprend pas ce que ça veut dire. Le retour de l'identique ? C'est
quoi "l'identique" ? et ça veut dire quoi qu'il revient "au niveau de
l'irrationnel" ? Ça ne fait aucun sens.
> Quand Jack arrive à l'hôtel, son couple bat de l'aile mais
> ce n'est pas encore un "monstre" et il boit. Il prend la décision pour
> écrire. Il a ce statut d'écrivain et à partir de là, il va devenu fou. Le
> voir sous ce plan simplement psychologique, c'est à mon avis, raté le plan
> plus large sur lequel le place Kubrick.
Il ne va pas faire que devenir fou, il y a tout un ensemble de choses
qui vont autour, dont le Shining. On ne peut pas s'arrêter sur le plan
psychologique, alors qu'il est clairement établi dès le début du film
(enfin rapidement) que le Shining permet de parler avec les morts. On ne
peut pas se limiter à Jack qui devient fou et invente des fantômes, mais
de là à dire qu'il s'agit d'un microcosme pour nous démontrer que
l'insouciance entraîne le chaos et que, parce qu'on revoit Jack à la fin
dans la photo, on peut en déduire que "l'Histoire n'est qu'un éternel
recommencement", il y a un précipipce à franchir qui me paraît
impossible.
> Jack rencontre Grady dans les W-C à l'époque des années folles. Bref. Jack
> ne va pas au bout car sa femme et son fils lui échappent. Jack ne se
> réincarne pas. Ce n'est qu'une figure de double. Pourquoi Kubrick finit
> comme cela ? Pourquoi il fait incarner Jack dans les années ? Simplement
> pour faire mumuse et faire un pied de nez ?
Une figure de double de qui ? Je considère pour beaucoup qu'il s'agit
d'un pied de nez, personnellement. Un côté : "attention, je vais vous
surprendre.". Un petit effet purement gratuit.
> >Un contraste entre deux époques, c'est effectivement très clair. Mais il
> >y a un réel décalage entre le microcosme de Jack et de sa famille et la
> >vision globale que tu sembles proposer en parallèle sur les années 20.
> >Y'a-t-il un moment dans le film où quelqu'un dit : "les années 70, c'est
> >carrément mieux que les années 20" ?
>
> Il ne s'agit pas de mieux. Pourquoi choisit-il cette époque ?
Rha ! Bon sang ! Arrête de me répondre comme en bas de page d'un
Classique de Larousse. "Pourquoi Molière choisit-il de donner un
vocabulaire de curé à Tartuffe ? (répondez en trois lignes)".
Je sais très bien pourquoi il choisit cette époque. Tu l'as d'ailleurs
expliqué plusieurs fois déjà.
> >Et puis, ton point de vue occulte complètement la dimension fantastique
> >du "Shining", qui est quand même le titre du film, cette espèce de
> >fluide entre le visible et l'invisble, le rationnel et l'irrationnel.
> >Pourquoi ne pas simplement voir dans ce Shining, la raison de la
> >"téléportation" de Jack des années 70 aux années 20 ?
>
> On parlait du plan final. Si Kubrick prenait un sujet, ce n'est pas pour
> rester cantonner au genre.
On parlait du plan final, mais on ne cesse de digresser, et finalement,
nous n'en parlons que très peu de ce plan final.
--
Romain
> Un film se suffit à lui-même mais se met aussi en perspective avec le reste
> de l'oeuvre. Il n'y a donc pas de raison de l'éluder.
Nous avons eu cette discussion un milliers de fois (au moins). Si pour
comprendre Shining (ou la fin de Shining puisque c'est ça qui nous
intéresse) il faut le mettre en perspective avec le reste de l'oeuvre,
*alors* le film ne se suffit pas à lui même.
> [Indiens]
> Il ne faut pas le prendre comme une dénonciation du massacre des indiens
> mais plutôt comme quelque chose d'une batisse construit sur un massacre,
> une batisse très architecturale et ordonnée.
L'origine des fantômes, peut-être aussi (encore qu'aucun n'ait de nom
indien).
> Kubrick intègre des éléments de conte mais le film n'est pas un conte.
Et où est l'intérêt d'intégrer des éléments de conte ?
> >Quant à La salle de bain et des WC, ça me semble assez standard dans une
> >chambre d'hôtel. Je suis bien plus surpris de leur apparition dans 2001
> >que dans Shining où je n'y vois qu'une utilisation des décors
> >"naturels". C'est un peu comme si on s'émervellait que dans un film il y
> >ait des chaises, et qu'on en déduise une cohérence dans l'oeuvre du
> >cinéaste. Rob Reiner est, de ce point de vue, un remarquable cinéaste de
> >chaises.
>
> Ce n'est pas quelque chose de standard chez Kubrick ou il file la métaphore
> sans arrêt dans Full Metal Jacket, dans Eyes Wide shut.
Qu'est-ce qu'on s'en fout que Kubrick aime bien filmé les chiottes,
franchement ? Dans une chambre d'hôtel, à part des lits et des salles de
bain, y'a pas grand chose d'autre. Dans Full Metal Jacket, la corvée de
chiottes, c'est quand même un truc ultra standard connu de tous, rien de
bien étonnant là-dessous. Dans Eyes Wide Shut, ça se passe dans un
appartement, là encore, j'imagine que les toilettes à l'étage, ça
n'existe plus, vu le standing de l'immeuble.
Bref, des salles de bains ou des WC, y'en a aussi dans les Blues
Brothers et dans Un fauteuil pour deux, ça ne fait pas pour autant du
cinéma de John Landis un cinéma mémorable.
> [Métaphysique]
> Ben, je ne crois pas.
Et bien, s'il suffit de dire que la fin de Shining est un réel pamphlet
de la figure du double, métaphysiquement parlant, je crois que nous
avons éclairci le mystère.
> Ce ne sont pas des similitudes mais une récurrence chez lui. Peu importe la
> crise de 1929 ou de la guerre, ce qui compte, c'est un monde qui s'écroule
> alors qu'il est ordonné, rationnel, cultivé.
Soit.
[Snip le reste où je n'ai rien à rajouter].