je viens de regarder le dernier film de Haneke en DVD et la fin me
laisse pantois.
Si la construction du film est aisée (structure linéaire pas comme dans
Caché), je n'arrive pas à voir ce que MH veut nous dire.
Comme avec Caché, les références à David Lynch me semblent évidentes: si
Caché citait Lost Highway, le Ruban Blanc flirte du côté de Twin Peaks -
la petite bourgade banale qui cache de terribles secrets. On y voit
aussi la critique de la morale puritaine, mais
[SPOILERS]
que la sage-femme ait elle-même torturé son fils trisomique me semble
une piste improbable, surtout si elle s'est enfuie pour rejoindre le
médecin qui aurait alors lui-même emmené le gosse avec lui. Surtout si
on doit alors admettre que c'est elle qui tendu le câble qui a provoqué
l'accident du médecin.
La prémonition de la fille du pasteur n'a pas d'explication logique -
peut-être est-elle une innocente illuminée comme Johannes Borgen dans
"Ordet" de Dreyer.
A part nous présenter l'Autriche comme une société féodale à la veille
de la guerre de 14, je n'ai pas compris le message du film qui prétend
expliquer l'origine du nazisme (d'autant que l'antisémitisme rampant de
l'époque est totalement absent).
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> Comme avec Caché, les références à David Lynch me semblent évidentes: si
> Caché citait Lost Highway, le Ruban Blanc flirte du côté de Twin Peaks -
> la petite bourgade banale qui cache de terribles secrets. On y voit
> aussi la critique de la morale puritaine, mais
"Caché" avait des références indéniables à Lynch (même si ensuite les
préoccupations de Haneke l'emmenaient à l'opposé de Lynch), je ne crois
pas que "Le Ruban blanc" soit dans la même optique.
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> que la sage-femme ait elle-même torturé son fils trisomique me semble
> une piste improbable, surtout si elle s'est enfuie pour rejoindre le
> médecin qui aurait alors lui-même emmené le gosse avec lui. Surtout si
> on doit alors admettre que c'est elle qui tendu le câble qui a provoqué
> l'accident du médecin.
Là, tu donnes l'explication "officielle" qui permet à la bourgade
d'enterrer l'affaire. Les absents (la sage-femme a fui, le médecin aussi
de son côté) ont toujours tort et le début de la Première Guerre
Mondiale va permettre d'oublier que cette explication est totalement
bancale. Mais il est évident que ce sont les gosses les responsables
comme l'instituteur l'avait remarqué très vite.
> La prémonition de la fille du pasteur n'a pas d'explication logique -
> peut-être est-elle une innocente illuminée comme Johannes Borgen dans
> "Ordet" de Dreyer.
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> A part nous présenter l'Autriche comme une société féodale à la veille
> de la guerre de 14, je n'ai pas compris le message du film qui prétend
> expliquer l'origine du nazisme (d'autant que l'antisémitisme rampant de
> l'époque est totalement absent).
Je ne crois pas que le message du film soit aussi explicite (même si
Haneke a toujours un peu tendance à balancer ses thèses sans beaucoup
d'ambiguïté). Le berceau du nazisme (et ça Haneke le sait bien), c'est
plus la Bavière et Vienne que la Prusse. Il s'en prend surtout à la
morale puritaine protestante, qui à force de vouloir que les enfants
soient des saints en fait des pervers tout en niant ça par hypocrisie.
Ce qui compte plutôt, c'est que la génération des adolescents de 1914
sera adulte en 1933, constituera la population qui acceptera qu'Hitler
accède au pouvoir et soutiendra le Troisième Reich.
--
FK
"In France, an average of 200 films are released each year,
over half of which are about French cinema."
Bergman à la rigueur, mais Lynch dans le Ruban Blanc... le noir et blanc
d'Elephant Man peut-être...
Non, la petite communauté tranquille qui cache un terrible secret: Blue
Velvet, Twin Peaks.
Mouais, les protestants britanniques et américains, tout autant
puritains, ne sont pas pour autant tombés dans le piège même s'il y a eu
des tentations.
> Mouais, les protestants britanniques et américains, tout autant
> puritains, ne sont pas pour autant tombés dans le piège même s'il y a eu
> des tentations.
Tu as déjà l'essai de Max Weber, Ethique protestante et esprit du
capitalisme, dont la thèse est que le puritanisme a dégénéré en une
sorte de concours pour savoir qui avait le plus de signes d'élection
divine, ce qui a lancé une course à l'enrichissement et donc au
capitalisme.
La société prussienne est en revanche une société qui n'a pas connu
cette soupape et où la perversion aurait été autre, plus insidieuse.
Je t'accorde en revanche sans problème que le discours de Haneke va sans
doute moins loin que certains le lui prêtent (ceux qui avaient parle de
proto-nazisme dans le cas du Ruban blanc). C'est "trop de grâce tue la
grâce" plus "les péchés des parents retomberont sur les enfants".
C'est en tout cas plus en phase avec le reste de son oeuvre : les tueurs
désoeuvrés de Funny Games et leur acte gratuit, le dernier plan de Caché
où les deux enfants se retrouvaient dans une cour de lycée pendant le
générique de fin, finalement peut-être pas pour faire triompher le bien
et la vérité que pour assouvir leurs rancœurs.
Quant au parallèle Le Ruban blanc-Blue Velvet/Twin Peaks, je dirais
qu'Haneke traite plus des dysfonctionnements de tout un groupe, de toute
une communauté (cf la culpabilité de la France tout entière face au
massacre d'octobre 61 dans Caché). Lynch procède quant à lui beaucoup
plus au niveau des petites structures : couple, famille voire individus
et ce qui l'intéresse plus à mon avis, c'est le contraste entre un
aspect paisible et les conflits intérieurs. Et Lynch a quand même fait
"Une histoire vraie", un film sur la réconciliation du héros avec son
frère, la volonté de la fille de récupérer le petit-fils et avec le
discours sur la famille comme des brindilles fragiles qui deviennent
solide sous la forme d'un fagot.