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[AVIS] La Maladie de Sachs, de Michel Deville

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Pierre Guillemot

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Oct 13, 1999, 3:00:00 AM10/13/99
to

Jusqu'ici quand j'entendais "Michel Deville", c'était Marina Vlady en
chemise de nuit XVIIIe siècle et Piccoli en Don Juan botté (Benjamin), à
moins que ce soit Miou Miou en Lectrice perverse pour pas cher, ou la
très mince Divine Poursuite.

Cette fois, héros modeste, récit timide, et on a l'impression de faire
partie soi-même des personnages, tellement tout ressemble à la réalité.

Bruno Sachs est médecin généraliste dans un bourg, du côté de Vendôme.
Il habite seul une maison dans un hameau, une femme de ménage tient son
intérieur, il a installé son cabinet dans l'ancienne école primaire, il
a embauché une femme du pays comme secrétaire médicale, il est mal
coiffé et s'habille n'importe comment, il est célibataire et sa vieille
maman lui téléphone tous les jours même pendant le travail.

Tout cela, nous l'apprenons en le regardant vivre dans le regard de ses
voisins et de ses clients, sans qu'il se passe rien. Eux agrandissent ce
qu'ils arrivent à savoir. Il fait des IVG à l'hôpital du chef-lieu,
c'est donc qu'il ne gagne pas assez. Il a remarqué que le rayon de
cassettes porno de la maison de la presse est placé trop bas, c'est donc
que ça le tourmente. A part ça, c'est un bon médecin, qui sait écouter
les gens et dire ce qu'il faut.

Et lui essaie de survivre à l'égoïsme rayonnant de tous ceux qu'il
rencontre. De comprendre pourquoi ils appliquent aussi bien le principe
"Faites vous-même votre malheur". Pour cela, il écrit tous les jours,
prend des notes sur des fiches pendant les consultations, raconte à son
minicassette, rédige la nuit. Et le reste du temps, il travaille, avec
une compassion inépuisable et les paroles qui soignent. A celle qu'il
vient d'avorter par aspiration et qui lui demande "Docteur, est-ce que
je peux voir", il répond "C'est minuscule et ça n'a pas forme humaine".
Au couple qui vient le voir après que l'autre docteur ait déclaré
"Madame, je ne peux plus rien pour vous", il dit "Nous savons comment la
maladie évolue, nous ne savons pas la guérir".

Et quand je parle d'égoïsme, Michel Deville expose, comme ça sans y
toucher, des situations impensables. Pas la pauvre femme centrée sur sa
constipation ou le vieux qui veut son prélèvement "écrivez 'à domicile',
sinon ce n'est pas remboursé". Mais le père de famille qui va mourir
d'une crise cardiaque et s'en réjouit parce qu'il n'aura pas
la douleur de voir sa femme partir la première. Ou la mère qui a emmuré
sa fille unique "elle a toujours été dans ma classe, depuis toute
petite, j'ai passé le CAPES pour la suivre après le primaire".

[spoiler] et puis un jour, une héroïne de Deville entre en scène,
Pauline qui a de belles jambes et se déclare sans problème. Ils font le
pari de la fatalité, et ça marche, à la façon de Sachs, allez voir le
film pour savoir comment.
Lui, il ne changera jamais, et elle lui lit le serment d'Hippocrate pour
lui faire plaisir "Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux ne
verront pas ce qui s'y passe, ma langue taira les secrets qui me seront
confiés et mon état ne servira pas à corrompre les moeurs, ni à
favoriser le crime".

Arrivé à la fin de l'histoire, on ne sait pas quoi penser du héros. Il
n'est pas doué pour le bonheur, il en donne ce qu'il peut, il est aimé,
on lui parle, il sème aussi la haine et le désespoir sur son passage,
sans le vouloir.

Pour soutenir tout cela, Michel Deville a choisi de ne faire aucun
effet. La caméra emprunte toujours le regard de quelqu'un, celui de
Sachs sur son client en consultation, celui du client sur le docteur
au-delà du bureau, celui de la voisine à travers les fenêtres ... Quand
il n'est pas à l'image on parle de lui, le plus naturellement, la pensée
à haute voix, ou sa version moderne le monologue au téléphone. Pas de
beaux paysages, pas de grandes scènes. Et le mouvement de caméra naturel
des vidéastes amateurs, commencer le plan au-dessus des têtes, pour
situer le lieu, et descendre sur les personnes. Ainsi l'assiette de
faïence - horloge aux armes du club de foot nous introduit dans la salle
d'attente, sans autre question.

Albert Dupontel compose un Bruno Sachs opaque, comme il doit l'être. Pas
d'expression. Tout se passe dans son regard noir. Les hommes sont aussi
ternes que dans la vie. Le rire et la colère sont réservés aux femmes.

Finalement, je n'ai rien compris au film. Je retournerai le voir.


La Maladie de Sachs, réalisé par Michel Deville. Scénario : Michel et
Rosalinde Deville, d'après Martin Winckler. Musique de Jean-Ferry Rebel.
Avec : Albert Dupontel (Bruno Sachs), Valérie Dréville (Pauline),
Dominique Reymond (Mme Leblanc la secrétaire médicale),
et un grand nombre de très bons seconds rôles (tous les malades pour
commencer).

Le livre de Martin Winckler "La maladie de Sachs",
édition POL, bientôt en poche J'ai Lu.
Avec quantité de notes de lecture sur
http://www.alapage.fr/ (rechercher "Winckler")

Le livre de Paul Watzlawick "Faites vous-même votre malheur",
(The pursuit of unhappiness) éditions du Seuil, lecture indispensable.

Visitez le petit monument élevé à la gloire de l'hypocrisie
par l'Ordre des Médecins
http://www.cybercable.tm.fr/~biblioa/serment_ordre.html

Telerama a beaucoup aimé, avec deux avis
http://www.telerama.fr/culturama/ftp/cine/22_09/sachs.asp?fr=1

Libération s'est axé sur Sachs écrivant, en parallèle avec Georges Sand
(Les enfants du siècle)
http://www.liberation.fr/cinema/9909/990922enfan.html

--
Salutations numériques

mailto:pierre.g...@wanadoo.fr


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