Légers spoileurs. Ne pas lire si vous comptez le voir prochainement,
allez plutôt le voir.
Ma critique perso est plus simple : il y a derrière la féérie un
discours écolo qui est un peu grossier, voire neuneu. Je pense en
particulier au monstre puant qui éclate et se transforme en décharge
publique. Il faut noter aussi que l'idéologie du travail est inculquée assez
grossièrement à la fillette, qui doit absolument travailler pour survivre.
Est-ce une caractéristique japonaise ?
À part ces quelques légères lourdeurs, ce film est un petit bijou
d'animation où les détails donnent une impression de grande finition sans
tape-à-l'oeil. Je pense que beaucoup de choses échappent à l'oeil occidental
car toute une symbolique culturelle semble à l'oeuvre pour tisser la
narration (symbolique du manger, du fleuve-dragon, des ablutions
purificatrices, des chaussures qu'on enlève, de la mue et des
transformations du corps, des jeux de masques, sans oublier le pouvoir
d'invocation des caractères japonais).
Il faut noter que ce film est bien sûr un roman de l'initiation. La
fillette boudeuse fait l'apprentissage de la dure réalité par
l'intermédiaire d'un rève fantasmatique. La dure réalité qu'elle doit
accepter, c'est la séparation (d'avec ses parents, d'avec ses amis, d'avec
l'objet de son amour). On peut aussi sans doute interpréter sexuellement ce
film. Le sang sur les mains. Le dragon-amant contenu dans sa fougue par la
fillette, sa petite mort, sa puissance dangereuse. Enfin le grand et
classique vol dans les airs où Chihiro chevauche explicitement son ami, dans
un tourbillon limpide. L'alliance est scellée. Le sang a coulé. Et la
fillette accepte la séparation sur promesse qu'on se reverra.
Comme peut-être une partie de la mentalité japonaise, ce film me semble
très tourné vers l'agir. L'héroïne est rarement passive. Elle est chargée de
sa survie mais elle se charge aussi de résoudre les problèmes des autres (en
rendant à la soeur jumelle son talisman, par exemple). Voilà une morale du
devoir féminin qui tournerait presque au sexisme pour les pères la rigueur
de l'égalitarisme. On peut voir les reflets de nos bizutages dans les basses
oeuvres demandées à Chihiro et l'attribution d'un nom provisoire.
Mais il y a aussi le déni du fantastique dans ce conte fantastique : La
scène clef, pour moi, c'est quand la fillette doit retrouver ses parents
parmi les porcs. Elle dit que ses parents ne sont pas dans l'enclos. Elle ne
croit donc pas à la transformation de ses parents en cochon qui ouvre le
cauchemar. Elle fait preuve de rationnalité et d'incrédulité dans l'épreuve
finale : elle est donc sauvée, elle reverra ses parents.
Elle retourne avec eux à la voiture, et tout est effacé, le rêve est
brusquement escamoté comme lors d'un réveil soudain. Il reste une chose, un
seul signe de la réalité du fantasme : la voiture est couverte de feuilles
mortes. Cela indique pour moi que la fillette a grandi dans ce rêve, elle
est maintenant initiée à la vie adulte, ses joies, ses peines et ses
devoirs.
Un déluge d'imagination enfantine et poétique, scatologique et
orientale, moraliste et légère, voilà comment j'ai vu ce film. Et je
conseille aux esprits ouverts aux thèmes propre à l'enfance et à la
culture japonaise de le voir à l'occasion.
Quelques petites précisions.
> Il faut noter aussi que l'idéologie du travail est inculquée assez
> grossièrement à la fillette, qui doit absolument travailler pour
survivre.
> Est-ce une caractéristique japonaise ?
Ca fait partie de l'image stéréotypée répandue qu'on a des japonais, et
qui comporte tout de même un fond de vérité bien sûr. Cependant ce n'est
peut-être aps le cas ici. Ces dernières années le dévouement du
travailleur à l'entreprise a pris un sérieux coup dans l'aile avec
l'effondrement économique, et des conséquences telles que la fin de
l'emploi à vie ; la réussite dépend désormais beaucoup moins d'un labeur
obstiné et acharné, puisque les efforts individuels peuvent être réduits à
néant par des conditions extérieures globales sur lesquelles le
travailleur n'a aucune prise.
En réaction à cela, on perçoit certes dans certaines fictions une volonté
de faire passer un esprit de prise de décision, de dévouement, une sorte
d'héroïsme salarial qui tente à contrecarrer la morosité croissante. Ce
n'est qu'une conséquence mineure et je ne pense pas que Chihiro y
participe.
Plus simplement, il y a les déclarations de Miyazaki affirmant que le film
est porteur d'un discours conçu pour frapper avant tout les enfants ;
c'est à mon avis là que se situe l'origine des aspects moraux qui
alourdissent considérablement le film. C'est d'autant pls perceptible que
c'est une volonté explicite de Miyazaki qui me semble aller à l'encontre
de sa tendance connue à l'absence de jugement tranché. Malheureusement
elle se manifeste surtout dans le rendu des situations dans leur ensemble,
mais reste lacunaire dans le traitement des personnages, et Chihiro ne
fait pas exception à la règle - c'en est même un exemple parfait.
> Je pense que beaucoup de choses échappent à l'oeil occidental
> car toute une symbolique culturelle semble à l'oeuvre pour tisser la
> narration (symbolique du manger,
A mon avis il n'est qu'à voir la vitesse à laquelle on mange souvent au
Japon. Les repas sont souvent plus engloutis qu'autre chose (certains
japonais, je ne sais pas dans quelle proportions, considérent le riz au
curry comme une boisson qu'on avale directement, sans mâcher...). Devant
les dessins animes japonais de nos jeunes années, on voyait souvent des
personnages littéralement en train de bâfrer... ce n'était qu'une petite
exagération finalement.
>du fleuve-dragon, des ablutions
> purificatrices, des chaussures qu'on enlève,
On enlève ses chaussures à l'entrée de toute habitation individuelle au
Japon, tout simplement.
>de la mue et des
> transformations du corps, des jeux de masques,
Tradition du théâtre japonais je dirais.
>sans oublier le pouvoir
> d'invocation des caractères japonais).
Simplement jeux permis par les caractères. Je ne me souviens que de ce que
tu évoques qu'à propos du changement de nom de Chihiro ; pas de mystique
là-dedans, le caractère de "Sen" est juste le premier des caractères de
"Chihiro", et on a un changement de son parce qu'en japonais un caractère
à souvent plusieurs prononciations possibles selon ce qui l'entoure.
> Un déluge d'imagination enfantine et poétique, scatologique et
> orientale, moraliste et légère, voilà comment j'ai vu ce film. Et je
> conseille aux esprits ouverts aux thèmes propre à l'enfance et à la
> culture japonaise de le voir à l'occasion.
Pour occidentaux, c'est de la culture japonaise, hein. Le film lui-même se
contente d'en présenter une actualisation destinée aux enfants, de l'aveu
même du réalisateur. Au fait, moraliste, ça te plaît à toi ?
--
Cédric
sauf que tu oublies là que au delà de toute idéologie il y a une terrible
vérité.
> Il faut noter aussi que l'idéologie du travail est inculquée assez
> grossièrement à la fillette, qui doit absolument travailler pour survivre.
> Est-ce une caractéristique japonaise ?
En fait on lui ordonne de demander insistamment du travail car on lui dit
que c'est son seul moyen de survivre (très belle métaphore de notre société
de consommation)
De plus celà constitue une epreuve initiatique ou le chemin est très clair
et sans virages et pourtant extrèmement difficile à suivre.
> À part ces quelques légères lourdeurs, ce film est un petit bijou
> d'animation où les détails donnent une impression de grande finition sans
> tape-à-l'oeil. Je pense que beaucoup de choses échappent à l'oeil
occidental
> car toute une symbolique culturelle semble à l'oeuvre pour tisser la
> narration (symbolique du manger, du fleuve-dragon, des ablutions
> purificatrices, des chaussures qu'on enlève, de la mue et des
> transformations du corps, des jeux de masques, sans oublier le pouvoir
> d'invocation des caractères japonais).
mopi c'est le batiment des bains qui me laisse un peu étranger.. j'aurais
bien aimé aoir plus de précision sur cette culture... Mis à part le fait que
les bains sont là pour qu'on se lave (encore une belle métaphore)
> Il faut noter que ce film est bien sûr un roman de l'initiation. La
> fillette boudeuse fait l'apprentissage de la dure réalité par
> l'intermédiaire d'un rève fantasmatique. La dure réalité qu'elle doit
> accepter, c'est la séparation (d'avec ses parents, d'avec ses amis, d'avec
> l'objet de son amour).
L'initiation vient aussi du fait que elle remet en question ses parents et
les voit pour la premiere fois dans leur défauts.
>On peut aussi sans doute interpréter sexuellement ce
> film. Le sang sur les mains. Le dragon-amant contenu dans sa fougue par la
> fillette, sa petite mort, sa puissance dangereuse. Enfin le grand et
> classique vol dans les airs où Chihiro chevauche explicitement son ami,
dans
> un tourbillon limpide. L'alliance est scellée. Le sang a coulé. Et la
> fillette accepte la séparation sur promesse qu'on se reverra.
ahah j'avais pas capté ca ^o^;;
Mais c'est clair qu'il y a là la découverte du couple et donc le détachement
explicite avec ses parents, une véritable premiere expérience intime.
> Mais il y a aussi le déni du fantastique dans ce conte fantastique :
La
> scène clef, pour moi, c'est quand la fillette doit retrouver ses parents
> parmi les porcs. Elle dit que ses parents ne sont pas dans l'enclos. Elle
ne
> croit donc pas à la transformation de ses parents en cochon qui ouvre le
> cauchemar. Elle fait preuve de rationnalité et d'incrédulité dans
l'épreuve
> finale : elle est donc sauvée, elle reverra ses parents.
oué, ca c fortiche :)
Je ne l'oublie pas. Je trouvais la ficelle un peu grosse, c'est tout.
Mais si ça peut convaincre un peu les gamins de pas laisser trainer les
emballages plastiques, alors c'est déjà ça...
Merci pour les précisions intéressantes.
> > sans oublier le pouvoir
> > d'invocation des caractères japonais).
>
> Simplement jeux permis par les caractères. Je ne me souviens que de ce que
> tu évoques qu'à propos du changement de nom de Chihiro ;
Il y a aussi un caractère qui veut dire « bains » (je crois) et qui
marque l'entrée (dans l'épreuve). On le voit à un moment en blanc sur fond
bleu et c'est une caligraphie qui évoque vraiment la natation. Je voulais
dire par là qu'on a du mal, nous occidentaux, à comprendre que les
caractères chinois (japonais) sont comme des emblèmes qui portent un série
d'images associées. (Mais bon, peu de rapport avec ce film, en fait.)
> pas de mystique
> là-dedans, le caractère de "Sen" est
> juste le premier des caractères de
> "Chihiro", et on a un changement de
> son parce qu'en japonais un caractère
> à souvent plusieurs prononciations
> possibles selon ce qui l'entoure.
>
> > Un déluge d'imagination enfantine et poétique, scatologique et
> > orientale, moraliste et légère, voilà comment j'ai vu ce film. Et je
> > conseille aux esprits ouverts aux thèmes propre à l'enfance et à la
> > culture japonaise de le voir à l'occasion.
>
> Pour occidentaux, c'est de la culture
> japonaise, hein. Le film lui-même se
> contente d'en présenter une actualisation
> destinée aux enfants, de l'aveu
> même du réalisateur.
Oui oui, je l'entendais ainsi.
N'empêche, c'est bien japonais. (Seul défaut disneyïque : la musique
orchestrée.)
> Au fait, moraliste, ça te plaît à toi ?
C'est la grande question...
En fait, à partir du moment où c'est destiné à être un divertissement
pour les enfants, je préfère largement qu'il soit moraliste
qu'immoraliste. Ce serait irresponsable de diffuser un film pour enfants qui
serait par exemple une négation pure et constante de l'autorité du père ou
du prof, avec apologie du mensonge et du vol, même si ça pourrait être assez
marrant vu par un adulte.
ben si surtout ca peut convaincre les adultes d'ouvrir les yeux pour
s'apercevoir qu'ils vivent dans une merde de plus en plus envahissante ce
serait pas mal >__<
Apparemment le climat politique n'y est pas (on n'est pas sorti de
l'auberge)
> Légers spoileurs. Ne pas lire si vous comptez le voir prochainement,
> allez plutôt le voir.
>
> Ma critique perso est plus simple : il y a derrière la féérie un
> discours écolo qui est un peu grossier, voire neuneu. Je pense en
> particulier au monstre puant qui éclate et se transforme en décharge
> publique. Il faut noter aussi que l'idéologie du travail est inculquée
assez
> grossièrement à la fillette, qui doit absolument travailler pour survivre.
> Est-ce une caractéristique japonaise ?
Biensur que oui, les japonais travaillent plus que le nombre d'heure
officiellement annoncé.
Mais dans ce film, je ne pense pas que ce soit vraiment ce côté que l'on
montre. AMHA, on montre l'évolution du personnage principal, qui va de la
petite fille gatée à quelqu'un d'un peu plus responsable.
Louison
> Ma critique perso est plus simple : il y a derrière la féérie un
> discours écolo qui est un peu grossier, voire neuneu.
Les Miyazaki parlent souvent de la nature (écolo en gros quoi)
> Je pense en
> particulier au monstre puant qui éclate et se transforme en décharge
> publique. Il faut noter aussi que l'idéologie du travail est inculquée
> assez grossièrement à la fillette, qui doit absolument travailler pour
> survivre. Est-ce une caractéristique japonaise ?
Oui, c'est tout à fait vrai. Ce n'est pas seulement un stéréotype genre
le béret sur la tête avec la baguette sous le bras. Les japonnais sont
-en général- obsédé par le chômage. D'ailleurs pour faire grève ils
sont au boulot avec un brassar pour dire je suis en grève -mais il
travaille bien sûr-.
[...]
> Comme peut-être une partie de la mentalité japonaise, ce film me
> semble très tourné vers l'agir. L'héroïne est rarement passive. Elle est
> chargée de sa survie mais elle se charge aussi de résoudre les
> problèmes des autres (en rendant à la soeur jumelle son talisman, par
> exemple).
Alors là c'est inexacte. Elle est persuadé que Haku est tombé malade à
cause du talisman, et qu'en remettant le talisman la soeur jumelle
pourra le sauver.
> Voilà une morale du devoir féminin qui tournerait presque au
> sexisme pour les pères la rigueur de l'égalitarisme. On peut voir les
> reflets de nos bizutages dans les basses oeuvres demandées à Chihiro
> et l'attribution d'un nom provisoire.
C'est plutot normal pour quelqu'un (Haku) qui te sauve la vie (la
graine qu'elle mange pour ne pas devenir invisible) ?
> Mais il y a aussi le déni du fantastique dans ce conte fantastique
> : La
> scène clef, pour moi, c'est quand la fillette doit retrouver ses
> parents parmi les porcs. Elle dit que ses parents ne sont pas dans
> l'enclos. Elle ne croit donc pas à la transformation de ses parents en
> cochon qui ouvre le cauchemar. Elle fait preuve de rationnalité et
> d'incrédulité dans l'épreuve finale : elle est donc sauvée, elle
> reverra ses parents.
>
> Elle retourne avec eux à la voiture, et tout est effacé, le rêve
> est
> brusquement escamoté comme lors d'un réveil soudain. Il reste une
> chose, un seul signe de la réalité du fantasme : la voiture est
> couverte de feuilles mortes. Cela indique pour moi que la fillette a
> grandi dans ce rêve, elle est maintenant initiée à la vie adulte, ses
> joies, ses peines et ses devoirs.
Ca me fait penser à un poème de beaudelaire ... Quand il raconte un
rêve pendant qu'il était sous l'emprise de la drogue, et qu'il se
réveille soudainement pour retrouver la réalité mais je m'égare...
> Un déluge d'imagination enfantine et poétique, scatologique et
> orientale, moraliste et légère, voilà comment j'ai vu ce film. Et je
> conseille aux esprits ouverts aux thèmes propre à l'enfance et à la
> culture japonaise de le voir à l'occasion.
Il sorti le mois dernier quand même :)
Je ne vois pas en quoi c'est spécifique au Japon en ce sens qu'il ne
faille pas absolument une certaine culture nippone.
--
William.
"Ash June2" <Ash_...@nospam.zaazaa.com> a écrit
> mopi c'est le batiment des bains qui me laisse un peu étranger.. j'aurais
> bien aimé aoir plus de précision sur cette culture... Mis à part le fait
que
> les bains sont là pour qu'on se lave (encore une belle métaphore)
à propos est il évoqué à un quelconque moment ce qui rend les bains si
importants ? ce qui les rend nécessaires ?
gbog > > Mais il y a aussi le déni du fantastique dans ce conte
fantastique :
(...)
>
> oué, ca c fortiche :)
pareil
sauf peut être qu'elle n'affirme pas, sauf erreur, ques parents ne sont pas
des cochons, elle affirme qu'elle ne les reconnaît pas parmi les animaux qui
lui sont présentés
une ambiguité à ramener à "elle voit ses parents avec leurs défauts" ?
Les bains publics au japon sont une institution ;)
> pareil
> sauf peut être qu'elle n'affirme pas, sauf erreur, ques parents ne sont
pas
> des cochons, elle affirme qu'elle ne les reconnaît pas parmi les animaux
qui
> lui sont présentés
> une ambiguité à ramener à "elle voit ses parents avec leurs défauts" ?
non, faut voir ca dans le sens 'Elle a mainenant l'esprit clair' et regarde
les choses telles qu'elles sont. Elle ne croit plus que ses parents sont des
dieux ni que ce sont de vulgaires cochons, son jugement est bien plus juste,
il y a qqch qui s'est passé en elle pour qu'elle obtienne ce nouveau regard.
> [...] je n'ai plus son avis de démolition sur mon serveur et le coquin
> refuse aux archiveurs de faire leur travail.
http://frcd.free.fr/archives.html
> Jihem dit de ce film qu'il est à classer dans les 5 (cinq) meilleurs
« Pour finir sur une note de _subjectivité_, _je_ range le Voyage de
Chihiro au panthéon de _mes_, disons, 5 films préférés. »...
> je n'irais pas jusque là même si je partage son enthousiasme en grande
> partie. Cédric P. modère ce propos en regrettant que les mécanismes
> humains sous-jacent ne soient pas mieux analysés (si j'ai bien compris).
C'est aussi ce que j'ai compris après des échanges plus approfondis
(dont je le remercie, c'est vraiment par manque de temps que j'ai arrêté).
> [...]
> Ma critique perso est plus simple : il y a derrière la féérie un
> discours écolo qui est un peu grossier, voire neuneu. Je pense en
> particulier au monstre puant qui éclate et se transforme en décharge
> publique.
Je crois qu'il faut voir dans cette scène une valeur symbolique : les
icônes que nous adorons sont bien vaines. Ça ne va pas beaucoup plus loin
je te l'accorde, mais mis bout à bout toutes ces touches, dans leur
cohérence, forment un discours efficace.
> Il faut noter aussi que l'idéologie du travail est inculquée assez
> grossièrement à la fillette, qui doit absolument travailler pour
> survivre. Est-ce une caractéristique japonaise ?
J'ai l'impression que cette idéologie du travail est très présente dans
notre culture européenne : globalement, la formation des jeunes Français a
pur but de les rendre efficaces dans leur travail, pas de leur permettre
de se réaliser humainement (sauf quelques éléments plutôt anecdotiques).
> [...]
D'accord.
> Comme peut-être une partie de la mentalité japonaise, ce film me
> semble très tourné vers l'agir. L'héroïne est rarement passive. Elle est
> chargée de sa survie mais elle se charge aussi de résoudre les problèmes
> des autres (en rendant à la soeur jumelle son talisman, par exemple).
Ok.
> Voilà une morale du devoir féminin qui tournerait presque au sexisme
> pour les pères la rigueur de l'égalitarisme.
Ce n'est pas à cause de sa condition féminine que Chihiro agit ainsi,
et ce n'est pas une obligation ; c'est sa manière d'exister. Justement
Haku lui-même sort de son rôle pour l'aider, et les compagnons de route de
la fillette l'accompagnent en sortant également de leur rôle : c'est en
échappant aux rails du rôle que la société leur a affecté qu'ils se
mettent réellement à exister.
> On peut voir les reflets de nos bizutages dans les basses oeuvres
> demandées à Chihiro et l'attribution d'un nom provisoire.
On peut, mais ce n'est pas très cohérent. Plutôt, si un jour tu
travailles dans une grosse boîte, tu verras que l'on te donne un
matricule, que tu es rattaché à une fonction, dans un service, et que ces
informations, dans le cadre d'une entreprise rationaliste, te déterminent
plus que ton nom-même. Vous avez dit instrumentalisation ?
> Mais il y a aussi le déni du fantastique dans ce conte fantastique :
> La scène clef, pour moi, c'est quand la fillette doit retrouver ses
> parents parmi les porcs. Elle dit que ses parents ne sont pas dans
> l'enclos. Elle ne croit donc pas à la transformation de ses parents en
> cochon qui ouvre le cauchemar. Elle fait preuve de rationnalité et
> d'incrédulité dans l'épreuve finale : elle est donc sauvée, elle reverra
> ses parents.
Je dirais plutôt (c'est peut-être une question de mots) que c'est parce
qu'elle continue de croire à l'humanité de ses parents et refuse de les
voir se fondre dans la masse uniformisée du troupeau qu'elle les sauve (et
se sauve quelque part, mais dans un 2nd temps seulement) : il ne faut pas
désespérer de l'humanité de l'autre, au contraire il faut l'aider à se
rattacher à son humanité ; nous avons besoin les uns des autres pour que
l'humanité survive aux écueils qui la guettent.
> Elle retourne avec eux à la voiture, et tout est effacé, le rêve est
> brusquement escamoté comme lors d'un réveil soudain. Il reste une chose,
> un seul signe de la réalité du fantasme : la voiture est couverte de
> feuilles mortes. Cela indique pour moi que la fillette a grandi dans ce
> rêve, elle est maintenant initiée à la vie adulte, ses joies, ses peines
> et ses devoirs.
Oui, initiée, et puis tu oublies le ruban donné par Zeniba.
> Un déluge d'imagination enfantine et poétique, scatologique et
> orientale, moraliste et légère, voilà comment j'ai vu ce film. Et je
> conseille aux esprits ouverts aux thèmes propre à l'enfance et à la
> culture japonaise de le voir à l'occasion.
Ainsi qu'à ceux qui plongent dans la vie active et se posent des
questions quant à la phagocytation de leur humanité par le système...
--
Jihem
[SNIP mode boucher]
A propos de chihiro, une internaute (Misato) fréquentant
fr.soc.cul.japon vient de poster un mémoire sur Mononoke Hime et les
mythes japonais.
Lecture hautement recommandée.
http://dico.fj.free.fr/mononoke/
--
Kartoch -- "trouble-a-cat" limited
sauf qqs accidents anecdotiques oui.. ce systeme est affreux car il
s'autoproclame comme libérateur alors qu'il est à la solde de la société.
Neanmoins j'aimerais bien être etudiant eternel.. maintenant que j'ai saisi
le systeme je peux eviter d'être mangé par lui ^__^;;
> On peut, mais ce n'est pas très cohérent. Plutôt, si un jour tu
> travailles dans une grosse boîte, tu verras que l'on te donne un
> matricule, que tu es rattaché à une fonction, dans un service, et que ces
> informations, dans le cadre d'une entreprise rationaliste, te déterminent
> plus que ton nom-même. Vous avez dit instrumentalisation ?
oui, snif!! androïdation même.
> > Un déluge d'imagination enfantine et poétique, scatologique et
> > orientale, moraliste et légère, voilà comment j'ai vu ce film. Et je
> > conseille aux esprits ouverts aux thèmes propre à l'enfance et à la
> > culture japonaise de le voir à l'occasion.
>
> Ainsi qu'à ceux qui plongent dans la vie active et se posent des
> questions quant à la phagocytation de leur humanité par le système...
grrr, rooaarr, grrgrrr!! *Ash scratches awkwardly at the system*
^____________^ un amateur de Hentaï !!!!!
euh...c pas plutôt fr.soc.culture.japon ?
@+ le Tage