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Une drague à mort

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Arraial

unread,
Aug 19, 2010, 10:34:15 AM8/19/10
to
SÉRIE,[SNSM, des hommes à la mer] . En 1988, le «Fils du Vent» chavire,
entravé par une de ses cages de pêche coincée au fond. A bord, trois
marins pris au piège…

Au fond d’une eau noire, un soir de décembre, à six milles au nord-ouest
de Carteret (Manche), Gilles Muzard a vu la mort dans les yeux. Il était
sur le Fils du Vent, un petit chalutier voué à la récolte des praires,
quand soudain, au milieu de la pêche, sur une mer calme et par un temps
paisible, le bateau se couche sur le flanc comme un cheval blessé. La
gîte devient effrayante ; en une minute, Muzard se retrouve perché sur
un bordé dressé vers le ciel. Quatre mètres plus bas, il voit l’eau
glacée et sombre dans laquelle il va sauter, pour fuir cette coque qui
chavire et va se fermer comme un cercueil.

Huit minutes de survie

Les petits chalutiers du Cotentin arpentent la mer, comme un paysan son
labourage. Une étrave renforcée pour affronter la mer, un moteur sûr et
puissant, une dunette et un carré spartiates, un pont glissant et, à
l’arrière, un portique d’acier qui retient deux câbles plongeant dans la
mer. Au bout de ces câbles, sous 25 mètres d’eau, deux cages de fer
aplaties d’un mètre sur trois, les dragues, munies d’une lame qui fauche
les praires comme des blés, en raclant le fond de la Manche. Le danger
vient de là : de temps à autre, ces dragues crochent au fond, dans une
épave ou un rocher proéminent. Ce jour-là, c’est la drague bâbord du
Fils du Vent qui s’est coincée au moment où le chalutier présentait son
flanc au courant. Les câbles sont amarrés en hauteur, sur le portique.
Le chalutier est brutalement halé vers le bas par la drague fichée au
fond, tandis que le courant pousse dans l’autre sens à la flottaison. Le
chavirage est instantané. Gilles Muzard se jette à l’eau pour éviter
d’être pris sous le navire. Ses deux compagnons, le matelot occupé sur
l’autre bord et le patron enfermé dans la dunette, n’ont pas cette
chance. En retombant lourdement dans une gerbe d’écume, le chalutier
retourné les emprisonne sous la mer.

Echappé du piège, Gilles Muzard n’est pas sauf pour autant. A cette
saison, l’eau est à quelques degrés : elle accorde huit minutes de
survie au naufragé. Le pêcheur se met à hurler ; les chalutiers alentour
entendent l’appel ; ils mettent le cap sur la coque qui s’enfonce.
Quelques instants plus tard, on jette une bouée au matelot en perdition
et on le hisse à bord, gelé et choqué. Malgré la température, on espère
encore retrouver les autres. Et, si par malheur il est trop tard,
repêcher leur corps pour épargner aux familles l’incertitude de la
disparition qui rend le deuil impossible.

Le Cross, centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage,
est averti. Le canot de Carteret sort, avec ceux de Goury, de Diélette
et de Granville, qui rejoignent les chalutiers déjà réunis sur place.
Trente bateaux bord à bord, projecteurs à l’avant, comme une flotte
alignée, ratissent la baie de long en large toute la nuit. Les deux
hommes sont introuvables. On repêchera l’un d’eux un mois plus tard.
L’autre restera à jamais englouti dans le mystère des profondeurs. Remis
de son épreuve, Gilles Muzard rejoint la Société nationale de sauvetage
en mer (SNSM). C’était en 1988. Aujourd’hui, avec une énergie de
survivant, il est devenu le patron du canot de sauvetage de Carteret.

La pêche, l’âme de ces côtes qu’une funeste logique économique condamne
au déclin, reste une activité dangereuse. Les chaluts et les dragues
accrochés à un rocher se changent en ancres de malheur, qui tirent les
bateaux vers le fond et projettent les marins dans l’eau glacée. Le
métier rapporte quelquefois ; toujours, il fatigue les hommes dans les
embruns et le froid, et les use à force de nuits de travail, sans
d’autre horaire que la marée, sans autre garantie de revenu que les
hasards d’une pêche de moins en moins miraculeuse. Avec, à intervalles
réguliers, ces accidents hideux qui éclaircissent les rangs et affligent
les familles. Du coup, les marins-pêcheurs fournissent une bonne partie
des effectifs de la SNSM, dans un effort d’assistance mutuelle venu du
fond des siècles.

Notre-Dame du GPS

A Carteret, Francis d’Hulst, président de la société locale, n’aime pas
ces noires réflexions. Volubile, doté d’un humour à la Woody Allen, il
veut croire au progrès sur la mer. Les instruments de navigation et de
communication modernes raréfient les accidents, explique-t-il. Ils
préviennent les échouements meurtriers, rendent les appels au secours
audibles dans la seconde et dévoilent aux timoniers les dangers du fond
marin : les accidents s’espacent d’année en année. «La pédagogie finit
par payer : les plaisanciers sont de plus en plus lucides et prudents.»
Notre-Dame du GPS, qui leur indique en permanence leur position, veille
sur eux, même au cœur du plus épais brouillard. Depuis le début de
l’année, le canot de Carteret n’est sorti que cinq fois, pour remorquer
des petits yachts en panne. La SNSM, qui préfère prévenir que guérir,
approche de son idéal : des équipes prêtes à tout, un matériel affûté,
des communications instantanées, mais aucune sortie, faute de naufrages.
La fin de la légende ? La raison technicienne triomphant du romanesque
maritime ? Que les amateurs d’aléas se rassurent. Nous n’y sommes pas
encore.

[Demain : Les îles de Chausey]

http://www.liberation.fr/culture/0101652539-une-drague-a-mort

Pierre

unread,
Aug 19, 2010, 2:07:58 PM8/19/10
to
Salut de Pierre en Morvand

J'ai juste une question sans doute idiote, mais étant pêcheur en diverses eaux (parfois
troubles :) j'ai sur mon équipement ce que l'on nomme un "frein" qui en cas de croche sur
un trop gros poisson ou autres obstacles fixes (ou non !) lache du fil afin de ne aps
casser la ligne en premier mais aussi éviter ce genre d'accident (cas de pêche dite au
gros où les gaules sont fichées sur le bateau et pas tenues en permanenec !).

Donc n'existe t il pas un système sur ces dragues et autres engins tirés afin d'éviter les
cas tels que ceux évoqués ici ou ailleurs parfois (croche de sous marins !) ?

Par contre, j'ai toujours pas compris non plus pourquoi et comment certains chalutiers
pouvaient "enfourner" par l'arrière lors de croches ... puisque c'est un accident (la
croche !) courant don le système devrait être prévu pour ... ?

Dommage que l'on ait une sorte de catalogue des accidents possibles et que l'on n'ai pas
encore trouvé une (ou des ?) solution à ces problèmes ... apparus avec la motorisation des
embarcations car je pense que dans les temps de marine à voile ces accidents értaient
rarissimes ou sur d'autres causes ?

A plus ...

*****************
Pierre BONNARD
http://pierrebonnard.free.fr/index.htm
Un peu du MORVAN en France et d'anciennes choses ...
*****************


Dominique

unread,
Aug 19, 2010, 11:32:51 PM8/19/10
to
Le 19/08/2010 16:34, Arraial a écrit :

> Au bout de ces câbles, sous 25 mètres d’eau, deux cages de fer
> aplaties d’un mètre sur trois, les dragues, munies d’une lame qui fauche
> les praires comme des blés, en raclant le fond de la Manche.

Je ne discute bien sûr pas ce naufrage dramatique qui vient de nous être
rapportée.

Je note seulement que nous, consommateurs de produits de la mer, nous
devrions nous poser la question de l'impact sur l'environnement de nos
choix culinaires.

Non, le fond de la Manche n'est pas une prairie. Non, les « blés » ne
repousseront pas au printemps !

L'article rappelle, à juste titre, que les pêches de praires sont de
moins en moins miraculeuses. Y a-t-il matière à étonnement ? Un herbier
peut mettre de nombreuses décennies après avoir été « fauché » pour se
reconstituer. On peut même imaginer que des « fauches » se superposent
régulièrement aux mêmes endroits rendant illusoire une restauration des
fonds marins.

Je doute que les praires s'acclimatent sans tiquer à des fonds ravagés
par ces fameuses cages d'acier qui semblent avoir provoqué l'accident
décrit dans l'article.

Dit autrement, pouvons-nous nous passer de praires ?

Bonne journée,

--
Dominique
Courriel : dominique point sextant ate orange en France
Esto quod es

Pierre

unread,
Aug 20, 2010, 1:27:33 AM8/20/10
to
Dominique a écrit :
> .../...

>
> Dit autrement, pouvons-nous nous passer de praires ?
>
> Bonne journée,
>
> --
> Dominique
> Courriel : dominique point sextant ate orange en France
> Esto quod es

Hum Dominique, Pierre en Morvand repense à ces animaux dont on trouve justement les
ossements fossilisés dans les prairies ! On va finir comme eux en fond d'un océan ...

On oublie ausi de protéger les estuaires et zones de paluds où des herbes, plantes, arbres
foàrment ce qui est la couveuse des futures prises en mer !
Toutes les zones où la mangrove fut protégée voire recréée ont vu les pêcheurs revivre
avec des prises plus grosses en limite de ces zones ...

Dommage ... mais il faudrait repenser à la cote d'Azur avec ses mangroves ... relire les
auteurs qui ont fait des balades en Bel Ami et su décrire des expéditions en zones
sauvages de ce qui est devenu le port le plus pourri (en tous sens du terme !) des seins
qui trop pèsent !

Pas grave la nature aura raison ... de ces destructeurs ! Il fait chaud et sec à Moscou
mais froid ailleurs et des pluies diluviennes ...

Williamhoustra

unread,
Aug 20, 2010, 3:27:46 AM8/20/10
to

"Dominique" <z...@aol.com> a écrit dans le message de groupe de discussion :
4c6df764$0$5423$ba4a...@reader.news.orange.fr...

Juste réflexion ! Je m'étonne d'ailleurs que les ressources marines ne
soient pas aussi bien gérées que les ressources de chasses où chasseurs et
naturalistes se mettent d'accord sur le temps de chasse en fonction de
l'abondance ou non des animaux chaque année. On a l'impression que nos
pêcheurs veulent ramasser jusqu'à la dernière sardine. Et puis après ?

Réflexion corollaire : bien sûr c'est le plaisancier de base sur lequel
on crie haro parce qu'il a jeté sa pioche dans un herbier et que ça va tout
détruire. Les chalutiers qui passent et repassent avec leurs fers à repasser
et à dévaster les fonds marins ne détruisent rien, eux. Ou plutôt si : ils
pourraient détruire lors de leurs manifestations alors, comme d'hab, nos
politicards ont la trouille. Même topo avec les "écologistes" qui
culpabilisent le citoyen lambda qui pourrait jeté un sac en plastique, c'est
pour ça qu'il n'y en a plus dans les supermarchés et qu'on se retrouve avec
tout en vrac dans les mains (par contre bourrer les boîtes à lettres de
tombereaux de pubs, ça doit être "écologique" car on ne dit rien). BP et
autres pétroliers, eux, peuvent balancer des milliers de tonnes de pétrole,
on ne leur dit rien. "Mais c'était un accident !". Accident mon cul ! Chaque
fois qu'il y a ce genre de catastrophe avec des pétroliers on s'aperçoit
_toujours_ qu'il y avait de graves négligences, des composants ou des
navires sciemment défectueux, etc. Mais les écologistes ne sont pas là pour
critiquer les multinationales, ils sont payés par elles pour culpabiliser
les gens et faire passer l'augmentation du gaz et des carburants au détail.

Désolé pour ceux qui préfèreraient lire de l'economically correct, qu'ils
se rapportent à leur Figaro habituel, il doit bien y avoir un entretien avec
Christine Lagarde.

Ulysse01

unread,
Aug 20, 2010, 4:12:17 AM8/20/10
to
Williamhoustra a exprimé avec précision :

Hihi !
Pierre se serait-il "glissé" dans l'esprit de Williamhoustra ?

--
On fait toujours plaisir aux gens en leur rendant visite, si c'est pas
en arrivant, au moins c'est en partant...

&-->7


alain denis

unread,
Aug 20, 2010, 5:30:38 AM8/20/10
to
Cet accident est navrant ( comme la plupart d'ailleurs).
Mais comme Pierre ( celui du morvan) je suis étonné qu'il n'y ait pas de
fusible sur les cables qui trainent la drague.
On en met en electricité (fusible ou disjoncteur), en hydraulique (soupapes
de securité) mais pas de point faible (suffisant pour resister a un effort
normal, mais qui lacherait a un effort deux fois superieur) je suis étonné.
Suite a un tel accident, si il s'était produit dans les mois precedents, il
y aurait eu une loi, un decret pour imposer de tels "fusibles".Réactivité
exarcerbée de nos gouvernants, mais qui peu parfois sauver des vies.
Il vaut mieux perdre une drague que 2 marins
--

Alain


alain denis

unread,
Aug 23, 2010, 2:19:48 PM8/23/10
to
alain denis wrote:
> Arraial wrote:
>> SÉRIE,[SNSM, des hommes à la mer] . En 1988, le «Fils du Vent»
>> chavire, entravé par une de ses cages de pêche coincée au fond. A
>> bord, trois marins pris au piège.
>> cour du plus épais brouillard. Depuis le début de l'année, le canot

>> de Carteret n'est sorti que cinq fois, pour remorquer des petits
>> yachts en panne. La SNSM, qui préfère prévenir que guérir, approche
>> de son idéal : des équipes prêtes à tout, un matériel affûté, des
>> communications instantanées, mais aucune sortie, faute de naufrages.
>> La fin de la légende ? La raison technicienne triomphant du
>> romanesque maritime ? Que les amateurs d'aléas se rassurent. Nous n'y
>> sommes pas encore.
>> [Demain : Les îles de Chausey]
>>
>> http://www.liberation.fr/culture/0101652539-une-drague-a-mort
> Cet accident est navrant ( comme la plupart d'ailleurs).
> Mais comme Pierre ( celui du morvan) je suis étonné qu'il n'y ait pas
> de fusible sur les cables qui trainent la drague.
> On en met en electricité (fusible ou disjoncteur), en hydraulique
> (soupapes de securité) mais pas de point faible (suffisant pour
> resister a un effort normal, mais qui lacherait a un effort deux fois
> superieur) je suis étonné. Suite a un tel accident, si il s'était
> produit dans les mois precedents, il y aurait eu une loi, un decret
> pour imposer de tels "fusibles".Réactivité exarcerbée de nos
> gouvernants, mais qui peu parfois sauver des vies. Il vaut mieux perdre
> une drague que 2 marins

Encore un marin mort ce jour a cause, a priori, d'un probleme de croche de
drague ou chalut!


--

Alain


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