J’ai dit précédemment pourquoi, à mon sens, il n’y aurait pas
d’annonce d’un WK3/SS3 par Virgin Galactic dans les deux ans qui
viennent, le nombre d’annonces et d’événements en attente étant déjà
largement suffisant pour la promotion de la société. Cela ne signifie
pas qu’il n’y aura jamais d’annonce de ce type. Il est donc
intéressant d’imaginer ce que pourrait être un WK3/SS3.
La solution la plus naïve est de penser à un successeur du SS2 dans le
sens où le SS2 est lui-même la suite du SS1. Une extrapolation
raisonnable serait un engin couvrant le même domaine de vol, mais 3 à
5 fois plus gros, donc, capable d’emporter de 20 à 30 passagers. Le
but étant évidemment d’obtenir une économie d’échelle permettant de
baisser les prix par place.
On peut effectivement imaginer une telle annonce lors de l’entrée en
service du SS2 dans deux ans. Toutefois, à mon sens, un tel calendrier
serait catastrophique.
La première réaction de nombre d’utilisateurs potentiels du SS2 serait
de se dire : « J’ai attendu jusque là un vol spatial, je peux encore
attendre 5 an s et payer dix fois moins ». Ce serait donc torpiller le
marché du SS2 au profit d’un hypothétique futur marché plus important.
Le tourisme spatial n’est pas un marché établi et il a probablement
plus besoin de montrer une réalité que de faire toujours plus de
promesses.
Un second effet néfaste serait au niveau des acheteurs potentiels du
système WK2/SS2 : Leur situation serait pire que celle de Virgin
Galactic, ils ne pourraient s’empêcher de penser : « Virgin va écrémer
le marché le plus rentable puis, pour les autres amateurs de vols
spatiaux, moins riches ou moins motivés, il restera l’attente du WK3/
SS3, notre exploitation du SS2 sera impossible ». Il n’est plus alors
question de vendre le système WK2/SS2 à des exploitants tiers qui
peuvent pourtant représenter 80% du marché de construction des
appareils.
Ainsi, l’annonce d’un WK3/SS3 remplaçant le SS2 dans 2 ans me paraît
complètement exclue. On en reste alors au remplacement du SS2 par un
étage orbital pour microsatellites, qui ne fait pas de tort au système
d’exploitation touristique. Malheureusement, ce genre de solution
manque de panache pour une société appartenant à un groupe aussi
flamboyant que Virgin. Surtout, le marché risque d’être faible, il n’y
a guère que l’USAF qui serait intéressé par la possibilité de lancer
rapidement de n’import où ou presque de petits satellites.
Les promoteurs de « Cubesat » et assimilé seront évidemment d’un avis
contraire, mais jusqu’ici ils n’ont pas démontré que leur technologie
permettait de soutenir un marché important. Il faut donc voir cette
entreprise orbitale comme une niche. Le prix sera certainement
beaucoup plus élevé que celui d’une charge en piggy-back sur un Falcon
de SpaceX par exemple. Le seul argument de vente sera donc bien la
possibilité de lancement rapide et non celui du prix de petites
charges.
Un autre argument contre le WK3/SS3 est l’avance de Virgin Galactic et
Scaled sur leur marché. Si un autre constructeur-exploitant
s’apprêtait à mettre en service un appareil de 15 places, il est
évident qu’il faudrait passer à l’étape suivante le plus vite
possible. Ce n’est pas le cas, Virgin Galactic estime que son avance
sur la concurrence est de 5 ans, chiffre tout à fait plausible. Il n’y
a donc pas de raison de passer au SS3 avant ce délai au moins.
Ceci dit, il y a un autre marché où V.G. pourrait se trouver
rapidement dépassé, c’est celui des vols scientifiques, domaine qui
semble retenir l’attention du très secret Blue Origin de Jeff Besos.
Il ne fait pas de doute que V.G. va proposer des vols de ce type sur
son SS2, mais celui-ci n’est pas forcément le mieux adapté à cette
tâche. Curieusement, pour ce que l’on en sait, le New Shepard de B.O.
n’est pas non plus bien adapté à cette mission. Les deux sociétés
pourraient donc se retrouver au coude à coude pour développer un
appareil de seconde génération destiné exclusivement à ce marché. En
ce sens, un SS3 pourrait être lancé plus rapidement qu’envisagé ci-
dessus, avec ultérieurement un « SS3-bis » destiné, lui, à remplacer
le SS2 « touristique ».
Y.B.