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http://www.thelatinlibrary.com/sall.invectiva.html
Je me lance. Voici le premier chapitre :
(J'avoue me heurter à la dernière phrase, faute de trouver le verbe
principal)
TEXTE :
I 1. Graviter et iniquo animo maledicta tua paterer, M. Tulli, si te
scirem iudicio magis quam morbo animi petulantia ista uti. sed cum in te
neque modum neque modestiam ullam animadverto, respondebo tibi, ut, si
quam male dicendo voluptatem cepisti, eam male audiendo amittas.
2. Ubi querar, quos implorem, patres conscripti, diripi rem publicam
atque audacissimo cuique esse praedae? apud populum Romanum? qui ita
largitionibus corruptus est, ut se ipse ac fortunas suas venales habeat.
an apud vos, patres conscripti? quorum auctoritas turpissimo cuique et
sceleratissimo ludibrio est. ubiubi M. Tullius leges iudicia rem
publicam defendit atque in hoc ordine ita moderatur, quasi unus reliquus
e familia viri clarissimi, Scipionis Africani, ac non reperticius,
accitus ac paulo ante insitus huic urbi civis.
TRADUCTION proposée : (je ne suis sûr de rien)
I 1. Je supporterais péniblement (? graviter) et d'un esprit injuste tes
outrages, Marcus Tullius, s'il venait à ma connaissance (? scirem) que
tu fais preuve de cette effronterie plus par goût que par maladie
mentale. Mais quand je remarque qu'il n'ya en toi ni mesure ni modestie,
je te répondrai, pour que, si tu as pris quelque plaisir en outrageant
(? male dicendo), tu le perdes en entendant des outrages.
O% dois-je me plaindre, qui dois-je implorer, pères conscrits, de ce que
la république est mise à sac et qu'elle est soumise à la déprédation de
tous les plus audacieux ? auprès du peuple romain -- lui qui a été à
cepoint pourri par des largesses, qu'il se considère lui-même, ainsi que
ses richesses, comme étant à vendre ? auprès de vous, pères conscrits --
vous dont l'autorité est un sujet de dérision pour tous les plus
débauchés et les plus criminels ? En quelque endroit que Marcus Tullius
défende les lois, le droit, la république et dirige (? moderatur) dans
cet ordre, comme s'il était le seul restant de la famille d'un homme
très illustre, Scipion l'Africain, et non pas trouvé sur la voie
publique, d'origine étrangère et introduit peu auparavant dans cette
ville comme citoyen.
Correction §1
TEXTE (rappel) :
I 1. Graviter et iniquo animo maledicta tua paterer, M. Tulli, si te
scirem iudicio magis quam morbo animi petulantia ista uti. sed cum in te
neque modum neque modestiam ullam animadverto, respondebo tibi, ut, si
quam male dicendo voluptatem cepisti, eam male audiendo amittas.
2. Ubi querar, quos implorem, patres conscripti, diripi rem publicam
atque audacissimo cuique esse praedae? apud populum Romanum? qui ita
largitionibus corruptus est, ut se ipse ac fortunas suas venales habeat.
an apud vos, patres conscripti? quorum auctoritas turpissimo cuique et
sceleratissimo ludibrio est. ubiubi M. Tullius leges iudicia rem
publicam defendit atque in hoc ordine ita moderatur, quasi unus reliquus
e familia viri clarissimi, Scipionis Africani, ac non reperticius,
accitus ac paulo ante insitus huic urbi civis.
TRADUCTION proposée :
I 1. Je supporterais lourdement et d'un esprit injuste tes outrages,
Marcus Tullius, si je savais que tu fais preuve de cette effronterie
plus par goût que par maladie mentale. Mais quand je remarque qu'il n'y
a en toi ni mesure ni modestie, je te répondrai, afin que, si tu as pris
quelque plaisir en outrageant, tu le perdes en entendant des outrages.
Où dois-je me plaindre, qui dois-je implorer, pères conscrits, de ce que
la république est mise à sac et de ce qu'elle est soumise à la
déprédation de tous les plus audacieux ? auprès du peuple romain -- lui
qui a été pourri par des largesses, à tel point qu'il se considère
lui-même, ainsi que ses richesses, comme étant à vendre ? auprès de
vous, pères conscrits -- vous dont l'autorité est un sujet de dérision
pour tous les plus débauchés et les plus criminels, en quelque endroit
que Marcus Tullius défende les lois, le droit, la république et exerce
dans cet ordre (sénatorial) sa modération, comme s'il était le seul
rescapé de la famille d'un homme très illustre, Scipion l'Africain, et
non pas un homme trouvé sur la voie publique, d'origine étrangère et
introduit peu auparavant dans cette ville comme citoyen.
Valete et salvete,
François Gadeyne
II 1. An vero, M. Tulli, facta tua ac dicta obscura sunt? an non ita a
pueritia vixisti, ut nihil flagitiosum corpori tuo putares, quod alicui
collibuisset? aut scilicet istam immoderatam eloquentiam apud M. Pisonem
non pudicitiae iactura perdidicisti? itaque minime mirandum est, quod
eam flagitiose venditas, quam turpissime parasti.
2. Verum, ut opinor, splendor domesticus tibi animos tollit: uxor
sacrilega ac periuriis delibuta, filia matris paelex, tibi iucundior
atque obsequentior quam parenti par est. domum ipsam tuam vi et rapinis
funestam tibi ac tuis comparasti, videlicet, ut nos commonefacias, quam
conversa res sit, cum in ea domo habitares, homo flagitiosissime, quae
P. Crassi, viri clarissimi, fuit.
TRANSLATIO
II 1. Est-ce que vraiment, Marcus Tullius, tes faits et dires sont
obscurs ? Est-ce que tu n'as pas vécu depuis l'enfance de façon à penser
que rien de ce qui plût à quelqu'un n'était déshonorant pour ton corps ?
Ou bien il va de soi que tu as appris l'éloquence démesurée qui est la
tienne auprès de Marcus Pison sans avoir renoncé à ta chasteté ? C'est
pourquoi il faut bien peu s'étonner de ce que tu fasses commerce d'une
façon déshonorante de ce que tu as acquis le plus honteusement.
2. Mais, comme je le pense, l'éclat de ta maison soulève les esprits en
ta faveur : une épouse sacrilège et imprégnée de parjures ! une fille
concubine de sa mère, et plus agréable et obéissante à son père qu'il
n'est convenable de l'être à un parent... Ta funeste maison elle-même,
c'est par la violence et tes larcins que tu l'as procurée à toi et aux
tiens, évidemment, si bien que tu nous rappelles combien l'affaire
changea complètement, puisque tu habitais dans la maison -- individu
sans honneur ! -- qui fut celle de Publius Crassus, homme d'un très éclat.
Valete et salvete omnes legentes,
François Gadeyne
TEXTE
III 1. Atque haec cum ita sint, tamen se Cicero dicit in concilio deorum
immortalium fuisse, inde missum huic urbi civibusque custodem absque
carnificis nomine, qui civitatis incommodum in gloriam suam ponit. quasi
vero non illius coniurationis causa fuerit consulatus tuus et idcirco
res publica disiecta eo tempore, quo te custodem habebat. sed ut opinor,
illa te magis extollunt, quae post consulatum cum Terentia uxore de re
publica consuluisti, cum legis Plautiae iudicia domo faciebatis, ex
coniuratis aliquos pecunia condemnabas, cum tibi alius Tusculanam, alius
Pompeianam villam exaedificabat, alius domum emebat. qui vero nihil
poterat, is erat calumniae proximus, is aut domum tuam oppugnatum
venerat aut insidias senatui fecerat, denique de eo tibi compertum erat.
TRADUCTION
III 1. Et, bien qu'il en soit ainsi, cependant Cicéron dit qu'il fut du
nombre de ceux qui siègent à l'assemblée des dieux immortels, que de là
il fut envoyé à notre cité et à ses citoyens comme leur "gardien" -- au
lieu du nom de "bourreau", lui qui tourne le malheur de la cité à sa
propre gloire : comme si vraiment la cause de la conjuration n'était pas
ton consulat ! C'est pour cette raison que la république se disloqua, au
moment où elle t'avait comme "gardien" ! Mais à mon avis, ce sont plutôt
les actions que tu décidas après ton consulat, avec ton épouse Térentia,
qui t'exaltent, quand vous faisiez de chez vous les procès de la loi
Plautia [?], que tu condamnais certains des conjurés à des peines
d'argent, quand l'un te bâtissait une villa à Tusculanum, l'autre à
Pompéi, un autre encore t'achetait une maison. Mais celui qui ne pouvait
rien, n'était pas loin d'être calomnié : soit il était venu assiéger ta
maison, soit il avait tendu un piège au sénat, et enfin il avait été
démasqué pour toi.
Valete et bene dormite,
François
TEXTE
IV 1. Quae si tibi falsa obicio, redde rationem, quantum patrimonii acceperis,
quid tibi litibus accreverit, qua ex pecunia domum paraveris, Tusculanum et
Pompeianum infinito sumptu aedificaveris, aut si retices, cui dubium potest
esse: opulentiam istam ex sanguine et miseriis civium parasti?
2. Verum, ut opinor, homo novus Arpinas, ex M. Crassi familia, illius virtutem
imitatur, contemnit simultatem hominum nobilium, rem publicam caram habet, neque
terrore neque gratia removetur a vero, amicitia tantum ac virtus est animi.
TRADUCTION
IV 1. Si je t'oppose la fausseté de tout cela, rends-nous compte de la
grandeur du patrimoine que tu as reçu, de ce qui a augmenté pour toi du
fait des procès ; avec quel argent tu as acquis ta maison, tu as édifié
celle de Tusculum et celle de Pompéi avec un luxe illimité ; si tu
gardes le silence, qui peut douter que tu as acquis cette opulence par
le sang et les malheurs des citoyens ?
2. Mais, à mon avis, l'homme nouveau d'Arpinum, de la famille de Marcus
Crassus, imite le courage de cet homme, méprise l'inimitié des nobles,
prend à coeur la république, ne s'écarte du vrai ni sous l'effet de la
terreur ni par celui des bonnes grâces : son esprit ne connaît qu'amitié
et courage.
Valete,
François Gadeyne
--
"Memoriam quoque ipsam cum voce perdidissemus,
si tam in nostra potestate esset oblivisci quam tacere."
(Nous aurions perdu la mémoire elle-même en même temps que la voix,
s'il était autant en notre pouvoir d'oublier que de nous taire.)
Tacite, Vie d'Agricola, II.
>
> TEXTE :
>
> I 1. Graviter et iniquo animo maledicta tua paterer, M. Tulli, si te
> scirem iudicio magis quam morbo animi petulantia ista uti. sed cum in te
> neque modum neque modestiam ullam animadverto, respondebo tibi, ut, si
> quam male dicendo voluptatem cepisti, eam male audiendo amittas.
Je supporterais aussi avec peine et défavorablement tes médisances,
Marcus Tullius, si je savais que tu faisais preuve de cette pétulance
avec jugeotte plutôt par dérangement mental. Mais comme je ne constate
en toi ni mesure ni modestie aucune, je te répondrais de manière à ce
que, si tu as pris plaisir à dire du mal, tu le perdes en entendant
<dire> du mal.
Amicalement
Anaxagore
Dans le tirage de l'édition d'Ernout daté de 1974 (© 1962), on lit, p.80:
"la loi proposée par le tribun de la plèbe M. Plautius Siluanus en 89
édictait des peines sévères contre les perturbateurs de l'ordre public; cf.
CIC., Pro Cael. 29, 70 : quae lex... sedata illa flamma consulatus mei
fumantis reliquias coniurationis extinxit; SALL., Cat., 31, 4
J'espère de tout coeur que, si Salluste est l'auteur de cette Invective, il
n'a fait que suivre les lois du genre (frapper sous la ceinture et plus bas
si possible) et ne pensait pas ce qu'il disait.
Au fait, ai-je rêvé ou ai-je bien lu quelque part que Salluste avait épousé
Terentia divorcée de Cicéron?
Cordialement
> Au fait, ai-je rêvé ou ai-je bien lu quelque part que Salluste avait
épousé
> Terentia divorcée de Cicéron?
Je ne suis pas encore au dernier chapitre de la biographie de Cicéron
par Grimal...
Entre parenthèses : je viens de finir 'L'énigme Catilina' de Steven
Saylor (10/18) -- une EXCELLENTE lecture pour la plage -- un texte
romancé, mais sérieux ; Cicéron n'y paraît pas à son avantage.
D'ailleurs la lecture du Pro Marcello, et certains passages des
Catilinaires m'on un peu crispé. Je commence à me méfier de Grimal. Je
vais peut-être laisser ma carte d'adhérent au fan-club...
Merci pour le renseignement sur la loi Plautia.
>> I 1. Graviter et iniquo animo maledicta tua paterer, M. Tulli, si te
>> scirem iudicio magis quam morbo animi petulantia ista uti.
>
> Je supporterais aussi avec peine et défavorablement tes médisances,
> Marcus Tullius, si je savais que tu faisais preuve de cette pétulance
> avec jugeotte plutôt que par dérangement mental.
Eurêka, j'ai compris !
Tibi maximas gratias ago,
François
>J'espère de tout coeur que, si Salluste est l'auteur de cette Invective, il
>n'a fait que suivre les lois du genre (frapper sous la ceinture et plus bas
>si possible) et ne pensait pas ce qu'il disait.
Et pourquoi ne devrait-il pas penser ce qu'il disait ? L'invective la
plus féroce contre Cicéron est la propre correspondance du bonhomme et
Carcopino l'a bien compris. Salluste est bien pâle dans cette
invective.
>Au fait, ai-je rêvé ou ai-je bien lu quelque part que Salluste avait épousé
>Terentia divorcée de Cicéron?
Oui Salluste aurait épousé Terentia, laquelle Terentia aurait survécu
à Cicéron et Salluste et serait morte centenaire. Je crois que Pline
l'Ancien la met dans le record des longévités.
--
Caligula.
Caeruleus pluviam denuntiat, igneus Euros.
>
> Dans le tirage de l'édition d'Ernout daté de 1974 (© 1962)...
>
... l'édition de quel texte ? Avez-vous une édition papier de
l'Invective contre Cicéron ? Pour ma part, je ne la trouve pas dans
l'édition Budé de la Conjuration de Catilina et de La Guerre de Jugurtha.
Salvete,
François Gadeyne
Oui : PSEUDO-SALLUSTE, Lettres à César. Invectives, texte établi, traduit et
commenté par A. Ernout, deuxième tirage, Paris, Les Belles Lettres, 1974.
Traduction proposée :
I 1. Tes injures, Cicéron, me vexeraient, me fâcheraient si je pouvais
attribuer ce manque de retenue à un jugement sain plutôt qu'à une perversion
de ton esprit.
Mais comme il y a manifestement en toi une absence totale de mesure et de
modération, ma réponse sera telle que si tu as eu plaisir à dire des
injures, tu n'en aies plus à en entendre.
Cordialement,
Jean Poulain
> Et pourquoi ne devrait-il pas penser ce qu'il disait ?
Parce que notre (pseudo-)Salluste écrit est, selon toute vraisemblance,
totalement faux. On lui reproche (à lui et ses proches) des perversions qui
ne cadrent pas du tout avec le personnage et qui, de toute façon, n'ont
jamais eu de retentissement perceptible dans la vie publique romaine.
L'invective la
> plus féroce contre Cicéron est la propre correspondance du bonhomme et
> Carcopino l'a bien compris. Salluste est bien pâle dans cette
> invective.
En quoi Cicéron mérite-t-il des invectives plus féroces que n'importe quel
aristocrate romain de son temps? Est-ce à cause de son proconsulat
exemplaire en Cilicie? Quels massacres Cicéron a-t-il provoqués? La mort
illégale de quelques conjurés?
Cicéron a toujours été plus ou moins moqué pour sa faiblesse, son
irrésolution, sa vantardise.
Oui mais... Cicéron était un "homo novus". Combien y en eut-il, en 350 ans?
Quatre! Et juste au moment où Cicéron accomplit cet exploit inimaginable de
devenir consul "à partir de rien" que se passe-t-il? La République
s'effondre! Il arrive à la porte du Paradis... et le Paradis disparaît! Il y
avait de quoi perdre un peu de son assurance...
Quant à la correspondance (dont Atticus a filtré le contenu), elle montre un
homme de son temps et de sa classe sociale, bien sûr, mais dont les
préoccupations sont somme toute honnêtes.
Enfin, Cicéron n'a-t-il écrit que sa correspondance? L'adaptation du
vocabulaire philosophique grec en latin ne mérite-t-elle que des invectives?
Que dit le (pseudo-)Salluste à ce sujet?
J'aime bien Caligula, mais j'aime encore mieux Cicéron.
Amicalement,
Notus
>
>>TEXTE :
>>
>>I 1. Graviter et iniquo animo maledicta tua paterer, M. Tulli, si te
>>scirem iudicio magis quam morbo animi petulantia ista uti. sed cum in te
>>neque modum neque modestiam ullam animadverto, respondebo tibi, ut, si
>>quam male dicendo voluptatem cepisti, eam male audiendo amittas.
>
> Traduction proposée :
>
> I 1. Tes injures, Cicéron, me vexeraient, me fâcheraient si je pouvais
> attribuer ce manque de retenue à un jugement sain plutôt qu'à une perversion
> de ton esprit.
> Mais comme il y a manifestement en toi une absence totale de mesure et de
> modération, ma réponse sera telle que si tu as eu plaisir à dire des
> injures, tu n'en aies plus à entendre.
Je vais essayer d'obtenir une telle limpidité pour le reste du texte...
mais je ne suis pas sûr d'y réussir ! Votre aide m'est précieuse.
Vale, o literarum decus !
> Et pourquoi ne devrait-il pas penser ce qu'il disait ? L'invective la
> plus féroce contre Cicéron est la propre correspondance du bonhomme et
> Carcopino l'a bien compris. Salluste est bien pâle dans cette
> invective.
Pétrarque partageait l'admiration de Notus, et la mienne, à l'égard de
Cicéron, tant qu'il ne connaissait que ces oeuvres philosophiques et ses
discours. Il découvrit un jour, à Vérone, un manuscrit de sa
correspondance -- que personne alors ne lisait. Cela le plongea en effet
dans la plus grande perplexité. Il me semble toutefois qu'à la lecture
des deux lettres qu'il lui écrivit "outre-tombe", subsiste une tendresse
devant ce héros de la république qui n'était pas dépourvu de défauts et
de bassesses.
À mon avis, nous ne connaîtrons jamais la vérité sur Cicéron. Grimal,
qui fut sans doute un de ses meilleurs connaisseurs, conserve à son
égard une indulgence étonnante : il semble prêt à tout lui pardonner, et
garde toujours pour lui de côté une excuse toute prête...
Valete et salvete,
François
> Il me semble toutefois qu'à la lecture
> des deux lettres qu'il lui écrivit "outre-tombe", subsiste une tendresse
> devant ce héros de la république qui n'était pas dépourvu de défauts et
> de bassesses.
J'oubliai : vous trouverez une traduction "maison" de cette lettre
émouvante, datée du 16 juillet 1345, à l'adresse suivante :
http://www.ac-bordeaux.fr/Etablissement/BDBorn/Latinhk/eloq/petrarque1.html
> TEXTE (rappel) :
>
> I 1. Graviter et iniquo animo maledicta tua paterer, M. Tulli, si te
> scirem iudicio magis quam morbo animi petulantia ista uti. sed cum in te
> neque modum neque modestiam ullam animadverto, respondebo tibi, ut, si
> quam male dicendo voluptatem cepisti, eam male audiendo amittas.
>
> 2. Ubi querar, quos implorem, patres conscripti, diripi rem publicam
> atque audacissimo cuique esse praedae? apud populum Romanum? qui ita
> largitionibus corruptus est, ut se ipse ac fortunas suas venales habeat.
> an apud vos, patres conscripti? quorum auctoritas turpissimo cuique et
> sceleratissimo ludibrio est. ubiubi M. Tullius leges iudicia rem
> publicam defendit atque in hoc ordine ita moderatur, quasi unus reliquus
> e familia viri clarissimi, Scipionis Africani, ac non reperticius,
> accitus ac paulo ante insitus huic urbi civis.
>
> TRADUCTION proposée :
>
> I 1. Je supporterais péniblement et avec hostilité tes outrages,
> Marcus Tullius, s'il venait à ma connaissance que tu fais preuve de cette effronterie
> avec jugeotte plutôt que par dérangement mental. Mais comme je remarque qu'il n'y
> a en toi aucune mesure ni modestie, ma réponse sera telle que, si tu as pris
> quelque plaisir à outrager, tu le perdes en t'entendant outragé.
> 2 Où dois-je me plaindre, qui dois-je implorer, pères conscrits, de ce
> que la république est mise à sac et de ce qu'elle est soumise à la
> déprédation des plus audacieux ? Est-ce auprès du peuple romain -- que les largesses
> ont pourri, à tel point qu'il se considère
> lui-même, ainsi que ses richesses, comme à vendre ? Est-ce auprès de
> vous, pères conscrits -- vous dont l'autorité est un sujet de dérision
> pour les plus débauchés et les plus criminels ? Où que ce soit,
> Marcus Tullius défend les lois, les arrêts, la république et exerce
> dans cet ordre (sénatorial) sa domination, comme s'il était le seul
> rescapé de la famille d'un homme très illustre, Scipion l'Africain, et
> non pas un homme trouvé sur la voie publique, d'origine étrangère et
> introduit il y a peu dans cette ville comme citoyen.
>
Valete amici,
François Gadeyne
> TEXTE ORIGINAL (rappel)
>
> II 1. An vero, M. Tulli, facta tua ac dicta obscura sunt? an non ita a
> pueritia vixisti, ut nihil flagitiosum corpori tuo putares, quod alicui
> collibuisset? aut scilicet istam immoderatam eloquentiam apud M. Pisonem
> non pudicitiae iactura perdidicisti? itaque minime mirandum est, quod
> eam flagitiose venditas, quam turpissime parasti.
>
> 2. Verum, ut opinor, splendor domesticus tibi animos tollit: uxor
> sacrilega ac periuriis delibuta, filia matris paelex, tibi iucundior
> atque obsequentior quam parenti par est. domum ipsam tuam vi et rapinis
> funestam tibi ac tuis comparasti, videlicet, ut nos commonefacias, quam
> conversa res sit, cum in ea domo habitares, homo flagitiosissime, quae
> P. Crassi, viri clarissimi, fuit.
>
> TRANSLATIO
>
> II 1. Est-ce que vraiment, Marcus Tullius, tes faits et dires sont
> obscurs ? Est-ce que tu n'as pas vécu depuis l'enfance de façon à penser
> que rien n'était déshonorant pour ton corps, du moment que cela ait plu à autrui ?
> Ou encore, il va de soi que tu as appris l'éloquence démesurée qui est la
> tienne auprès de Marcus Pison sans avoir renoncé à ta chasteté ?... C'est
> pourquoi il faut bien peu s'étonner de ce que tu fasses commerce d'une
> façon déshonorante de cette éloquence que tu as acquise si honteusement.
>
> 2. Mais, à mon avis, c'est l'éclat de ta maison qui soulève les esprits en
> ta faveur : une épouse sacrilège et imprégnée de parjures ! une fille
> concubine de sa mère, plus agréable et obéissante à son père qu'il
> n'est convenable de l'être envers un parent... Ta funeste maison elle-même,
> c'est par la violence et tes larcins que tu l'as procurée à toi et aux
> tiens, évidemment, si bien que tu nous rappelles combien l'affaire
> changea complètement, puisque tu habitais dans la maison -- individu
> sans honneur ! -- qui fut celle de Publius Crassus, homme d'un très éclat.
>
> Valete et salvete omnes legentes,
> François Gadeyne
>
> TEXTE (rappel)
>
> III 1. Atque haec cum ita sint, tamen se Cicero dicit in concilio deorum
> immortalium fuisse, inde missum huic urbi civibusque custodem absque
> carnificis nomine, qui civitatis incommodum in gloriam suam ponit. quasi
> vero non illius coniurationis causa fuerit consulatus tuus et idcirco
> res publica disiecta eo tempore, quo te custodem habebat. sed ut opinor,
> illa te magis extollunt, quae post consulatum cum Terentia uxore de re
> publica consuluisti, cum legis Plautiae iudicia domo faciebatis, ex
> coniuratis aliquos pecunia condemnabas, cum tibi alius Tusculanam, alius
> Pompeianam villam exaedificabat, alius domum emebat. qui vero nihil
> poterat, is erat calumniae proximus, is aut domum tuam oppugnatum
> venerat aut insidias senatui fecerat, denique de eo tibi compertum erat.
>
> TRADUCTION
>
> III 1. Et, bien qu'il en soit ainsi, cependant Cicéron dit
> qu'il siégea au conseil des dieux immortels, que de là
> il fut envoyé à notre cité et à ses citoyens comme leur "gardien" -- au
> lieu de "bourreau", lui qui tourne le malheur de la cité à sa
> propre gloire : comme si, en vérité, la cause de la conjuration, ce n'avait pas
> été ton consulat ! C'est ce qui causa la dislocation de la république, au
> moment où elle t'avait comme "gardien" ! Mais à mon avis, ce sont plutôt
> les actions que tu décidas après ton consulat, avec ton épouse Térentia,
> qui t'exaltent, quand vous preniez de chez vous les arrêts de la loi
> Plautia, quand tu condamnais des conjurés à des peines
> d'argent, quand l'un te bâtissait une villa à Tusculum, l'autre à
> Pompéi, un autre encore t'achetait une maison. Mais celui qui ne pouvait
> rien, n'était pas loin d'être calomnié : soit il était venu assiéger ta
> maison, soit il avait tendu un piège au sénat, et enfin il avait été
> démasqué pour toi.
Valete,
> TEXTE (rappel)
>
> IV 1. Quae si tibi falsa obicio, redde rationem, quantum patrimonii
> acceperis,
> quid tibi litibus accreverit, qua ex pecunia domum paraveris, Tusculanum et
> Pompeianum infinito sumptu aedificaveris, aut si retices, cui dubium potest
> esse: opulentiam istam ex sanguine et miseriis civium parasti?
>
> 2. Verum, ut opinor, homo novus Arpinas, ex M. Crassi familia, illius
> virtutem
> imitatur, contemnit simultatem hominum nobilium, rem publicam caram
> habet, neque
> terrore neque gratia removetur a vero, amicitia tantum ac virtus est animi.
>
>
> TRADUCTION
>
> IV 1. Si ce que je t'oppose est faux, rends-nous raison de la
> grandeur du patrimoine que tu as reçu, de ce qui a augmenté pour toi du
> fait des procès ; avec quel argent tu as acquis ta maison, tu as édifié
> celle de Tusculum et celle de Pompéi avec un luxe illimité ; si tu
> gardes le silence, qui peut douter que tu as acquis cette opulence par
> le sang et les malheurs des citoyens ?
>
> 2. Mais, à mon avis, l'homme nouveau d'Arpinum, de la famille de Marcus
> Crassus, imite le courage de cet homme, méprise l'inimitié des nobles,
> prend à coeur la république, ne s'écarte du vrai sous la pression ni de la
> terreur ni des faveurs : son esprit ne connaît qu'amitié
TEXTE
V 1. Immo vero homo levissimus, supplex inimicis, amicis contumeliosus,
modo harum, modo illarum partium, fidus nemini, levissimus senator,
mercennarius patronus, cuius nulla pars corporis a turpitudine vacat,
lingua vana, manus rapacissimae, gula immensa, pedes fugaces: quae
honeste nominari non possunt, inhonestissima. atque is cum eius modi
sit, tamen audet dicere: laquo;o fortunatam natam me consule Romam!
raquo; te consule fortunatam, Cicero? immo vero infelicem et miseram,
quae crudelissimam proscriptionem eam perpessa est, cum tu perturbata re
publica metu perculsos omnes bonos parere crudelitati tuae cogebas, cum
omnia iudicia, omnes leges in tua libidine erant, cum tu sublata lege
Porcia, erepta libertate omnium nostrum vitae necisque potestatem ad te
unum revocaveras.
TRADUCTION
V 1. C'est plutôt un homme des plus inconsistants, qui se jette aux
pieds de ses ennemis, tout en méprisant ses amis ; qui est tantôt d'un
parti, tantôt d'un autre, mais n'est fidèle à personne ; sénateur des
plus inconsistants, patron mercenaire, dont aucune partie du corps n'est
dépourvue de turpitude, dont la langue est creuse, la main rapace au
possible, le gosier immense, les pieds prompts à fuir ; et les parties
qui peuvent être nommées sans impudeur... sont chez lui des plus
impudiques ! Et, alors qu'il est ainsi, cependant il ose dire :
"heureuse Rome, qui est née sous mon consulat !" -- heureuse sous ton
consulat, Cicéron ?! Plutôt, au contraire, malheureuse et tourmentée,
elle qui a enduré sans trêve cette proscription des plus cruelles, alors
que tu contraignais tous les honnêtes gens, perclus de peur, dans une
république bouleversée, à se soumettre à ta cruauté ; alors que tous les
arrêts, toutes les lois étaient à la merci de ton caprice ; alors que
toi -- la loi Porcia ayant été proposée et la liberté de nous tous
confisquée -- tu avais rapporté à toi seul le pouvoir de vie et de mort.
Valete,
François
le dernier bout de phrase est mal venu ; je voudrais changer en :
« modération, ma réponse sera telle que si tu as eu du plaisir à dire des
« injures, tu n'en aies plus aucun à en entendre.»
>Je vais essayer d'obtenir une telle limpidité pour le reste du texte...
>mais je ne suis pas sûr d'y réussir ! Votre aide m'est précieuse.
>Vale, o literarum decus !
C'est trop, là ! Je ne saurai jamais suivre...
Bien cordialement à vous,
Jean Poulain
Où me plaindrai-je, qui implorerai-je, messieurs les sénateurs, quand
l'état est pillé et revient comme butin à un individu dotée d'une
audace effrénée ? Auprès du peuple Romain ? lui qui, est si bien
corrompu par les largesses qu'il se tient lui et ses richesses comme à
vendre. Ou bien auprès de vous, Messieurs les Sénateur ? Dont
l'autorité objet de dérision pour qui toute honte bue se fait le pire
des criminels. En quelqu'endroit que Marcus Tullius défende les lois,
ses jugements défendent l'état, comme s'il était le seul descendant
issu d'un homme très illustre, Scipion l'Africain, et non un homme
trouvé sur la voie publique, d'origine étrangère et intronisé citoyen
dans cette cité depuis peu.
TEXTE
VI 1. Atque parum quod impune fecisti, verum etiam commemorando exprobras neque licet
oblivisci his servitutis suae. egeris, oro te, Cicero, profeceris quidlibet,
satis est perpessos esse. etiamne aures nostras odio tuo onerabis, etiamne molestissimis
verbis insectabere? laquo;cedant arma togae, concedat laurea linguae. raquo; quasi vero
togatus et non armatus ea, quae gloriaris, confeceris, atque inter te Sullamque dictatorem
praeter nomen imperii quicquam interfuerit.
TRADUCTION
VI 1. Et c'est peu ce que tu fis impunément, mais encore en le rappelant
tu te répands en reproches, et il n'est pas permis à ceux-ci d'oublier
leur esclavage. Fais quelque chose, je t'en prie, Cicéron, rends-toi
d'une quelque utilité, c'est assez d'avoir enduré. Est-ce que tu
déverseras encore dans nos oreilles ta haine, est-ce que tu t'acharneras
encore sur nous en paroles importunes ? "Que les armes cèdent à la toge,
que le laurier le cède à la langue"... comme si en vérité c'était en
toge et non en armes que fis ce dont tu te glorifies, et comme si entre
toi et SYlla le dictateur il y avait une différence, hormis le mot
"imperium" !
Valete,
François
Est-ce que vraiment, Marcus Tullius, tes faits et dires sont obscurs ?
ou bien est-ce que tu n'as pas vécu depuis l'enfance de sorte qu'il
n'existât rien de déshonorant pour ton corps qui avait été du goût
tout un chacun ? Ou bien n'est-il pas évident que tu as appris à fond
cette jactance sans bornes qui est la tienne auprès de Marcus Pison en
sacrifiant ta pudeur ? C'est pourquoi il ne faut pas du tout s'étonner
que tu la vendes sans vergoggne, elle dont tu as disposé avec laideur.
Cordialement
Anaxagore
TEXTE
VII 1. Sed quid ego plura de tua insolentia commemorem? quem Minerva omnis artis edocuit,
Iuppiter Optimus Maximus in concilio deorum admisit, Italia exulem humeris suis reportavit.
oro te, Romule Arpinas, qui egregia tua virtute omnis Paulos, Fabios, Scipiones superasti,
quem tandem locum in hac civitate obtines? quae tibi partes rei publicae placent? quem amicum,
quem inimicum habes? cui in civitate insidias fecisti, ancillaris; cuius ope de exsilio tuo
Dyrrhachio redisti, eum insequeris. quos tyrannos appellabas, eorum potentiae faves; qui tibi
ante optimates videbantur, eosdem dementes ac furiosos vocas. Vatini causam agis, de Sestio
male existimas. Bibulum petulantissimis verbis laedis, laudas Caesarem. quem maxime odisti,
ei maxime obsequeris. aliud stans, aliud sedens sentis de re publica. his male dicis, illos
odisti, levissime transfuga, neque in hac neque in illa parte fidem habens.
TRADUCTION
VII 2. Mais pourquoi ajouterais-je, moi, d'autres souvenirs de ton
insolence ? -- celui à qui Minerve enseigna tous les arts, que Jupiter
Très-bon Très-grand admit au conseil des dieux, que l'Italie ramena
d'exil sur ses épaules ! Je t'en prie, Romulus d'Arpinum, qui surpassa
par ton courage remarquable tous les Pauli, les Fabii, les Scipions ;
quelle place occupes-tu enfin dans cette cité ? Quel rôle te plaît dans
la république ? Qui as-tu comme ami, comme ennemi ? Celui à qui tu as
tendu un piège dans la cité, tu le sers ; celui grâce à qui tu es revenu
de ton exil à Dyrrhachium, tu le poursuis. Ceux qui tu appelais
"tyrans", tu favorises leur pouvoir ; ceux qui te paraissaient
auparavant les meilleurs, ce sont les mêmes que tu qualifies de fous
furieux. Tu plaides la cause de Vatinius, et tu penses du mal de
Sestius. Tu blesses Bibulus par les mots les plus effrontés, et tu loues
César. Celui que tu hais le plus, c'est à lui que tu obéis le plus. Sur
la république, tu penses une chose quand tu es assis, une autre quand tu
es debout. Tu outrages les uns, tu hais les autres, transfuge des plus
inconsistants, ne plaçant ta fidélité ni dans un camp ni dans l'autre.
Voilà !
Si Pseudo-Salluste avait raison, Cicéron est un drôle de lascar.
Valete,
François Gadeyne
Je ne peux rien ajouter à la citation de la note d'Ernout que je faisais le
11/08 à 15:03.
Ernout indique dans la note suivante que Cicéron a payé les villas dont il
est question ici.
Cordialement,
Notus
Mais ce fut aussi le cas deCésar, qui fut un temps, lui aussi, un homme de
Crassus!
Le (pseudo-)Salluste reproche beaucoup à Cicéron ses origines obscures.
Évidemment, ce défaut ne pardonne pas.
Cordialement,
Notus
Amicalement,
Notus
Je comprends ainsi:
"Ce que tu as fait impunément ne te suffit pas, il faut encore que tu le
rappelles à grand renfort de blâmes : pas question pour nos gens d'oublier
leur esclavage."
Ici, c'est la clémence de César qui a joué un sale tour à l'image de Cicéron
devant la postérité. Et le crime d'Antoine et/ou d'Octave est venu trop
tard.
Mais disons que Cicéron a commencé par se taire longtemps quand César a pris
le pouvoir, avant de prononcer le "pro Marcello" où il rappelle cependant à
César sa responsabilité politique : "Tu es devenu le maître, tu dois donc
diriger, maintenant" (Et ne viens pas dire des "Je me fiche de la mort car
j'ai assez vécu pour ma gloire" : tu dois vivre pour exercer le pouvoir que
tu as pris -- Cette idée n'est pas particulièrement empreinte de bassesse).
Disons aussi que ce que les positions adoptées par Cicéron étaient fonction
de ses calculs politiques du moment (est-il un monstre unique sous ce
rapport? Comment dit-on "avaler des couleuvres", en français?).
Le drame de Cicéron est d'être resté fidèle à une conception de l'État qui
tombait en poussière.
Il y aurait encore beaucoup à dire mais une chose est sûre : je n'aurais
certainement pas fait mieux que lui.
Valete και σφόδρα
Notus
Hé, bé! buddy, Budé dit sensiblement la même chose.
> Où que ce soit,
> > Marcus Tullius défend les lois, les arrêts, la république et exerce
> > dans cet ordre (sénatorial) sa domination, comme s'il était le seul
> > rescapé de la famille d'un homme très illustre, Scipion l'Africain, et
> > non pas un homme trouvé sur la voie publique, d'origine étrangère et
> > introduit il y a peu dans cette ville comme citoyen.
> >
>
Quelques différences:
"seul restant" moins bon que "seul rescapé"
"enfant trouvé" au lieu de "homme..."
"greffé" au lieu de "introduit"
Mais l'idée est identique : le Sénat est tombé bien bas si c'est un immigré
comme Cicéron qui tient les rênes.
A propos, si j'étais l'orateur, je n'aurais pas commencé par dire que mon
public est tombé bien bas... ("Salut, tas de minables!" Si ce n'est pas un
exorde vicieux...)
>En quoi Cicéron mérite-t-il des invectives plus féroces que n'importe quel
>aristocrate romain de son temps? Est-ce à cause de son proconsulat
>exemplaire en Cilicie? Quels massacres Cicéron a-t-il provoqués? La mort
>illégale de quelques conjurés?
Quelques conjurés ? Un Sergius Catilina était tout de même plus romain
que l'Arpinate Cicéron, famille patricienne, gens Sergia. D'ailleurs
les conjurés étaient des Romains de très anciennes familles et César
aurait fait partie du complot. Ceci explique sûrement l'attaque de
Salluste contre la prétendue romanité de Cicéron...
N'oublions pas que la République que défend Cicéron est un état
pourri, gardé plus ou moins en place pour quelques publicains et
riches magnats. Cette "république" s'écroulera sous les coups de César
et même lorsque les tenants les plus farouches de cette "république"
assassineront César ils seront incapables de faire croire à qui que ce
soit que leur République vaut le coup. Elle ne se relèvera jamais.
>Cicéron a toujours été plus ou moins moqué pour sa faiblesse, son
>irrésolution, sa vantardise.
Oui.
>Oui mais... Cicéron était un "homo novus". Combien y en eut-il, en 350 ans?
>Quatre! Et juste au moment où Cicéron accomplit cet exploit inimaginable de
>devenir consul "à partir de rien" que se passe-t-il? La République
>s'effondre! Il arrive à la porte du Paradis... et le Paradis disparaît! Il y
>avait de quoi perdre un peu de son assurance...
C'est la preuve que Cicéron n'était qu'un benêt. La République des
Scipions ou Laelius n'existait plus que dans ses illusions. Il ne
s'est peut-être pas rendu compte qu'il y eut Marius et Sylla qui
avaient transformé la République en mafia. Tu parles d'un Paradis...
>Quant à la correspondance (dont Atticus a filtré le contenu), elle montre un
>homme de son temps et de sa classe sociale, bien sûr, mais dont les
>préoccupations sont somme toute honnêtes.
Lis l'analyse qu'en fait Carcopino... L'honnêteté de Cicéron en prend
dans l'aile.
>Enfin, Cicéron n'a-t-il écrit que sa correspondance? L'adaptation du
>vocabulaire philosophique grec en latin ne mérite-t-elle que des invectives?
>Que dit le (pseudo-)Salluste à ce sujet?
Cicéron n'est pas blâmable en tout mais comme homme politique et homme
voulant tenir la première place il est pitoyable. Pour le latin
philosophique Cicéron ne fut sûrement pas le seul qui s'adonna aux
traductions et adaptations mais il est celui dont les ouvrages ont
passé la rampe du temps.
>J'aime bien Caligula, mais j'aime encore mieux Cicéron.
Je n'aime pas beaucoup Cicéron, je lui préfère Salluste pour la prose,
Lucrèce et Virgile pour les vers, César pour la politique... pas de
chance, Cicéron est né à une époque où les talents étaient nombreux et
le sien ne perce pas tellement. Malgré tout je l'aime beaucoup dans
certains Discours et dans sa Correspondance qui, à mon humble avis,
est sa plus belle oeuvre car les correspondances de Sénèque à
Lucilius, de Pline le Jeune et de Symmaque ne sont pas aussi fortes
que la sienne.
Amicalement.