Un vers me demeure obscur dans la prière de Hraban Maur (VIIIe-IXe s.),
«Veni creator spiritus» ; c'est l'expression «tu septiformis munere», qui
s'applique au Saint-Esprit.
Voici la prière (le vers problématique est précédé d'un >). Chaque strophe
est suivie de sa traduction (sans aucune valeur poétique, d'autant que je ne
trouve pas - problème classique - de synonyme pour distinguer 'cor' de
'pectus', le coeur... si vous avez une idée à ce sujet, d'ailleurs...).
veni, creator spiritus,
mentes tuorum visita,
imple superna gratia,
quae tu creasti pectora !
Tr. : Viens, esprit créateur,
visite les esprits des tiens,
remplis de ta grâce éminente
les coeurs que tu as créés !
qui diceris paraclitus,
donum Dei altissimi,
fons vivus, ignis, caritas,
et spiritalis unctio.
Tr. : Toi qu'on appelle le paraclet,
don du Dieu Très-Haut,
source vive, feu, amour,
et onction spirituelle.
> tu septiformis munere,
dextrae Dei tu digitus,
tu rite promissum patris,
sermone ditans guttura.
Tr. : tu "toi" / septiformis "doté de sept formes" / munere "par un cadeau"
(????),
toi, le doigt de la main de Dieu,
toi, juste promesse du père,
dont la parole remplit nos bouches (litt. "enrichit nos gorges..."),
accende lumen sensibus,
infunde amorem cordibus,
infirma nostri corporis
virtute firmans perpeti !
Tr. : Que ta lumière embrase nos sens,
Répands l'amour dans nos coeurs,
guérissant notre corps de ses faiblesses
par une vertu inébranlable !
hostem repellas longius
pacemque dones protinus;
ductore sic te praevio
vitemus omne noxium.
Tr. : Repousse tes ennemis au loin,
donne-nous une paix durable,
afin qu'avec toi comme guide,
nous évitions toute faute.
per te sciamus da patrem,
noscamus atque filium,
te utriusque spiritum
credamus omni tempore.
Tr. : Donne-nous de savoir, par toi, qui est le père,
de connaître aussi le fils,
et de croire en toi pour toujours,
toi, l'esprit de chacun des deux.
Valete et salvete,
Bracarius
Memoriam quoque ipsam cum voce perdidissemus,
si tam in nostra potestate esset oblivisci quam tacere
(Tacite, Vie d'Agricola)
Quelques traductions, et leur origine :
http://www.truecatholic.org/venicreator.htm
Thou who are sevenfold in Thy grace,
Finger of God's right hand,
His Promise, teaching little ones
To speak and understand!
http://www.emmanuel-
info.com/fr/commemma/priere/textes/t_stespr.htm
Toi, le Donateur aux sept Dons,
Puissance de la main de Dieu,
Toi que le Père avait promis,
Qui fait jaillir notre louange.
http://www.chretiens-chatellerault.com.fr/priere13.htm
Tu es l’Esprit aux sept dons,
Le doigt de la main du Père,
L’Esprit de vérité promis par le Père,
C’est toi qui inspire nos paroles.
Et surtout, cette page, qui tente d'expliquer ce que sont les
sept dons :
http://www.livres-mystiques.com/partieTEXTES/Huan/lesdonsd.html
Intelligence, force, piété, sapience, science, conseil, crainte.
Salve et tu, Bracari.
--
Yves Ouvrard
yves.o...@collatinus.com
http://www.collatinus.com
>
> veni, creator spiritus,
> mentes tuorum visita,
> imple superna gratia,
> quae tu creasti pectora !
>
> Tr. : Viens, esprit créateur,
> visite les esprits des tiens,
> remplis de ta grâce éminente
supérieure
> les coeurs que tu as créés !
>
> qui diceris paraclitus,
> donum Dei altissimi,
> fons vivus, ignis, caritas,
> et spiritalis unctio.
>
> Tr. : Toi qu'on appelle le paraclet,
> don du Dieu Très-Haut,
> source vive, feu, amour,
> et onction spirituelle.
>
> > tu septiformis munere,
> dextrae Dei tu digitus,
> tu rite promissum patris,
> sermone ditans guttura.
>
> Tr. : tu "toi" / septiformis "doté de sept formes" / munere "par un
cadeau"
> (????),
toi, don septenaire (c'est-à-dire: l'esprit aux sept dons, dans la
traduction liturgique)
> toi, le doigt de la main de Dieu,
> toi, juste promesse du père,
> dont la parole remplit nos bouches (litt. "enrichit nos gorges..."),
non, je pense que sermone se rapporte à nos paroles: toi qui inspires nos
paroles.
> accende lumen sensibus,
> infunde amorem cordibus,
> infirma nostri corporis
> virtute firmans perpeti !
>
> Tr. : Que ta lumière embrase nos sens,
ici je pense que sensus signifie plutôt âme que sens. sinon, c'est un peu
équivoque...
> Répands l'amour dans nos coeurs,
la liturgie traduit ici par âme.
> guérissant notre corps de ses faiblesses
> par une vertu inébranlable !
soutiens la faiblesse de notre corps..
>
> hostem repellas longius
> pacemque dones protinus;
> ductore sic te praevio
> vitemus omne noxium.
>
> Tr. : Repousse tes ennemis au loin,
pourquoi tes ennemis? ce serait plutôt notre ennemi. ou plutôt l'Ennemi...
> donne-nous une paix durable,
protinus, ce n'est pas tout de suite, promptement?
> afin qu'avec toi comme guide,
> nous évitions toute faute.
tout mal
>
> per te sciamus da patrem,
> noscamus atque filium,
> te utriusque spiritum
> credamus omni tempore.
>
> Tr. : Donne-nous de savoir, par toi, qui est le père,
non, de connaître le Père
> de connaître aussi le fils,
> et de croire en toi pour toujours,
> toi, l'esprit de chacun des deux.
>
>
> Valete et salvete,
> Bracarius
>
> Memoriam quoque ipsam cum voce perdidissemus,
> si tam in nostra potestate esset oblivisci quam tacere
> (Tacite, Vie d'Agricola)
At experientia satis superque docet, homines nihil minus in potestate habere
quam linguam. (Spinoza, Ethique)
vale,
métrodore
J'y ai pensé, mais tout ce passage me semble être assez sensuel tout de
même, et sensibus est un pluriel. Je préfère choquer un peu...
> > Répands l'amour dans nos coeurs,
la liturgie traduit ici par âme.
Oui ; mais cette traduction affadit le latin (très affectif).
> > guérissant notre corps de ses faiblesses
> > par une vertu inébranlable !
>
> soutiens la faiblesse de notre corps..
Voilà ce que je cherchais
> > hostem repellas longius
> > pacemque dones protinus;
> > ductore sic te praevio
> > vitemus omne noxium.
> >
> > Tr. : Repousse tes ennemis au loin,
> pourquoi tes ennemis?
parce que je suis fatigué.
> > donne-nous une paix durable,
> protinus, ce n'est pas tout de suite, promptement?
> > afin qu'avec toi comme guide,
> > nous évitions toute faute.
> tout mal
> >
> > per te sciamus da patrem,
> > noscamus atque filium,
> > te utriusque spiritum
> > credamus omni tempore.
> >
> > Tr. : Donne-nous de savoir, par toi, qui est le père,
>
> non, de connaître le Père
Oui, c'est la même chose ; dans ma traduction, qui est un interrogatif, non
un relatif (Qui est la père ?) ; j'ai adopté cette tournure pour éviter en
français la répétiton de "connaître" ('scire' et 'cognoscere')
Merci,
Bracarius
Amicalement,
Bracarius