Sénèque L'esprit a besoin de repos
Cum puerulis Socrates ludere non erusbescebat, et Cato vino laxabat animum
curis publicis fatigatum. [...] Danda est animis remissio : meliores
acrioresque requieti surgent. Ut fertilibus agris non est imperandum (cito
enim illos exhauriet numquam intermissa fecunditas), ita animorum impetus
assiduus labor franget; vires recipient paulum resoluti et remissi. Nascitur
ex assiduitate laborum animorum hebetatio quaedam et languor. [...] Legum
conditores festos instituerunt dies ut ad hilaritatem homines publice
cogerentur, tanquam necessarium laboribus interponentes temperamentum.
[...] Indulgendum est animo dandumque subinde otium, quod alimenti ac
virium loco sit.
in Bizos et Burgard 100 textes de versions latines (Classes de 4ème et
3ème). Librairie Vuibert
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Amusez-vous !;-)
Brashbey
Pour le cas où cela intéresserait l'un(e) d'entre vous...
- et que cela ne vous décourage pas de tenter VOTRE traduction...;-)) -
voici celle de René Waltz, Les Belles Lettres, 1959 :
"Brashbey at Club-Internet" <bras...@hotmail.com> wrote in message
news:982v30$jtv$1...@front8.grolier.fr...
> Version latine 1950
>
> Sénèque L'esprit a besoin de repos
>
"Cum puerulis Socrates ludere non erusbescebat, et Cato vino laxabat animum
curis publicis fatigatum" [...].
"Socrate ne rougissait pas de s'amuser avec de petits enfants, Caton buvait
pour se relâcher des fatigues de la vie publique..."
"Danda est animis remissio : meliores acrioresque requieti surgent. Ut
fertilibus agris non est imperandum (cito enim illos exhauriet numquam
intermissa fecunditas), ita animorum impetus assiduus labor franget; vires
recipient paulum resoluti et remissi. Nascitur ex assiduitate laborum
animorum hebetatio quaedam et languor." [...]
"Il faut savoir détendre sa pensée : elle se relève, après un repos, plus
assurée et plus vive. De même qu'il ne faut pas forcer un sol fertile (car
on aura tôt fait de l'épuiser si on le fait produire sans arrêt), de même un
labeur ininterrompu brisera l'ardeur de l'esprit; un répit, une courte
détente lui rendront son énergie. Quand l'effort se prolonge trop, il
entraîne une sorte d'usure et de dépression de l'intelligence."
"Legum conditores festos instituerunt dies ut ad hilaritatem homines publice
cogerentur, tanquam necessarium laboribus interponentes temperamentum"
[...].
"Les législateurs ont institué des jours de fête où l'on se réunit pour
s'égayer en commun, parce qu'ils estimaient nécessaire que le travail fût de
temps à autre coupé par des délassements..."
"Indulgendum est animo dandumque subinde otium, quod alimenti ac
virium loco sit."
"Il faut ménager notre esprit et lui accorder de temps à autre un répit qui
fera sur lui l'effet d'un aliment réparateur."
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Le passage en question :
De Tranquillitate animi, XVII, 4-8
4 Nec in eadem intentione aequaliter retinenda mens est, sed ad jocos
devocanda. Cum puerulis Socrates ludere non erusbescebat, et Cato vino
laxabat animum curis publicis fatigatum, et Scipio triumphale illud ac
militare corpus movebat ad numeros non molliter se infringens, ut nunc mos
est etiam incessu ipso ultra muliebrem mollitiam fluentibus, sed ut antiqui
illi viri solebant inter lusum ac festa tempora virilem in modum tripudiare,
non facturi detrimentum etiam si ab hostibus suis spectarentur. 5 Danda est
animis remissio : meliores acrioresque requieti surgent. Ut fertilibus agris
non est imperandum (cito enim illos exhauriet numquam intermissa
fecunditas), ita animorum impetus assiduus labor franget; vires recipient
paulum resoluti et remissi. Nascitur ex assiduitate laborum animorum
hebetatio quaedam et languor. 6 Nec ad hoc tanta hominum cupiditas tenderet,
nisi naturalem quandam voluptatem haberet lusus jocusque. Quorum frequens
usus omne animis pondus omnemque vim eripiet : nam et somnus refectioni
necessarius est, hunc tamen si per diem noctemque continues, mors erit.
Multum interest, remittas aliquid an solvas. 7 Legum conditores festos
instituerunt dies ut ad hilaritatem homines publice cogerentur, tanquam
necessarium laboribus interponentes temperamentum, et magni judicii viri
quidam sibi menstruas certis diebus ferias dabant, quidam nullum non diem
inter otium et curas dividebant. Qualem Pollionem Asinium oratorem magnum
meminimus, quem nulla res ultra decumam detinuit : ne epistulas quidem post
eam horam legebat, ne quid novae curae nasceretur, sed totius dei
lassitudinem duabus illis horis ponebat. Quidam medio die interjunxerunt et
in postmeridianas horas aliquid levioris operae distulerunt. Majores quoque
nostri novam relationem post horam decumam in senatu fieri vetabant. Miles
vigilias dividit, et nox immunis est ab expeditione redeuntium. 8
Indulgendum est animo dandumque subinde otium, quod alimenti ac virium loco
sit. Et in ambulationibus apertis vagandum, ut caelo libero et multo spiritu
augeat attolatque se animus; aliquando vectatio iterque et mutata regio
vigorem dabunt, convictusque et liberalior potio. Nonnumquam et usque ad
ebrietatem veniendum, non ut mergat nos, sed ut deprimat : eluit enim curas
et ab imo animum movet et, ut morbis quibusdam, ita tristiae medetur,
Liberque non ob licentiam linguae dictus est inventor vini, sed quia liberat
servitio curarum animum et asserit vegetatque et audaciorem in omnes conatus
facit.
Traduction du passage par René Waltz, Les Belles Lettres, 1959 :
"4 Il n'est pas bon non plus d'avoir toujours l'esprit également tendu; il
faut savoir le divertir. Socrate ne rougissait pas de s'amuser avec de
petits enfants, Caton buvait pour se relâcher des fatigues de la vie
publique, Scipion mouvait en cadence son corps de triomphateur et de
guerrier, non pas avec ces attitudes molles qui sont à la mode aujourd'hui
et qui donnent à la démarche même un alanguissement plus que féminin, mais à
la façon de nos grands ancêtres, qui savaient, aux jours de réjouissance et
de fête, danser avec virilité, sans que leur prestige risquât d'en souffrir,
même s'ils avaient eu pour témoins les ennemis qu'ils combattaient. 5 Il
faut savoir détendre sa pensée : elle se relève, après un repos, plus
assurée et plus vive. De même qu'il ne faut pas forcer un sol fertile (car
on aura tôt fait de l'épuiser si on le fait produire sans arrêt), de même un
labeur ininterrompu brisera l'ardeur de l'esprit; un répit, une courte
détente lui rendront son énergie. Quand l'effort se prolonge trop, il
entraîne une sorte d'usure et de dépression de l'intelligence. 6 D'ailleurs,
l'homme n'aurait pas tant de zèle pour les divertissements et les jeux si le
plaisir qu'il y prend ne satisfaisait pas un instinct. A en abuser toutefois
l'esprit perdrait son ressort et sa vigueur : le sommeil est, lui aussi,
nécessaire pour restaurer nos forces; mais, s'il se poursuit jour et nuit,
c'est la mort. Suspension et suppression ne sont nullement synonymes. 7 Les
législateurs ont institué des jours de fête où l'on se réunit pour s'égayer
en commun, parce qu'ils estimaient nécessaire que le travail fût de temps à
autre coupé par des délassements, et l'on a vu des hommes de grand sens se
donner régulièrement congé plusieurs jours par mois, d'autres encore
partager chaque journée entre le repos et les affaires. Je me rappelle, par
exemple, que le grand orateur Asinius Pollion ne s'est jamais occupé de quoi
que ce soit au delà de la dixième heure : passé ce moment, il ne lisait même
plus ses lettres afin d'éviter toute préoccupation nouvelle; il avait là
deux heures à lui pendant lesquelles il oubliait tous les tracas de la
journée. D'autres, après avoir fait une pause à la fin de la matinée,
réservaient l'après-midi à des tâches de moindre importance. Nos pères
n'interdisaient-ils pas d'ouvrir après la dixième heure un débat nouveau au
Sénat ? A l'armée, on prend la faction à tour de rôle, et les hommes qui
rentrent d'expédition sont exempts de service pour la nuit. 8 Il faut
ménager notre esprit et lui accorder de temps à autre un répit qui fera sur
lui l'effet d'un aliment réparateur. Il faut également se promener en pleine
campagne, car le ciel libre et le grand air stimulent et avivent
l'intelligence; quelquefois un déplacement, un voyage, un changement
d'horizon lui donneront une vigueru nouvelle, ou encore un bon repas avec un
peu plus de boisson que de coutume. On peut même pousser à l'occasion
jusqu'à l'ivresse, en lui demandant non pas l'abrutissement, mais le calme :
car elle dissipe les soucis, modifie totalement l'état de l'âme et guérit la
tristesse, comme elle guérit certaines maladies. L'inventeur du vin n'a pas
été appelé Liber parce qu'il délie la langue, mais bien parce qu'il délivre
l'âme des soucis qui l'asservissent, la relèvent, la tonifient, la disposent
à toutes les audaces."
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Je vous invite à relire les dialogues de Sénèque contenus dans le volume
intitulé Dialogues (De la Providence, De la Constance du sage, De la
Tranquillité de l'âme, De l'Oisiveté) éd. Les Belles Lettres.
Je vous recommande le "Sénèque" édité dans la collection Bouquins chez
Robert Laffont.
"Sénèque pour managers". Pensées et Maximes traduites par Marius Lavency
chez Duculot. (Sénèque étonnamment moderne !) Amusant.
La sagesse de Sénèque par André de Bovis. Aubier. Ed. Montaigne (pour les
amateurs de théologie).
Cordialement
A+
Brashbey
désolée
Juste un petit essai nocturne de prép. "perfectible" ;-) ... pour le cas où
un(e) débutant(e) voudrait tenter sa propre traduc.;-))
Mais peut-être vaut-il mieux présenter le vocabulaire dans l'ordre
alphabétique ?
Qu'on veuille bien m'excuser, je n'ai plus fait de prép. de ce genre depuis
des lustres !:-D
Amicalement
M. B.-B. (Brashbey)
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Sénèque, texte+ vocabulaire
+ traduction de René Waltz, Les Belles Lettres, 1959
L'esprit a besoin de repos (De Tranquillitate animi, XVII, 4-8 )
"Cum puerulis Socrates ludere non erubescebat, et Cato vino laxabat animum
curis publicis fatigatum" [...].
cum + ablatif avec
puerulus, i, m diminutif de puer
puer, pueri, masculin enfant (garçon ou fille)
Socrates, is, m Socrate
erubesco, bui, ere rougir, devenir rouge; + infinitif rougir de
ludo, lusi, lusum, ludere intr. jouer
Cato, onis, m Caton
vinum, i, n vin (vino ablatif)
laxo, as, are, avi, atum 1 étendre, élargir; 2 détendre, relâcher; 3 (fig.)
relâcher, donner du repos
animus, i, m âme, esprit
fatigatus participe passé passif de
fatigo, avi, atum, are 1 épuiser, harasser, fatiguer, exténuer 2 (fig.)
tourmenter, persécuter, inquiéter, obséder, accabler
cura, ae, f soin, souci, inquiétude
publicus, a, um qui concerne le peuple, public
"Socrate ne rougissait pas de s'amuser avec de petits enfants, Caton buvait
pour se relâcher des fatigues de la vie publique..."
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"Danda est animis remissio : meliores acrioresque requieti surgent."
remissio, onis, f 1 action de renvoyer, renvoi; 2 action de détendre, de
relâcher, 3 abandon, remise (de peine, d'impôts) 4 pardon, rémission (Eccl.)
danda est = doit être donnée (danda nominatif fém. Sg accordé avec remissio,
nominatif, sujet)
animis datif pluriel de animus
requietus, a, um reposé (participe passé passif de requiesco, quievi,
quietum, quiescere prendre du repos, se reposer)
requieti nominatif masc. pl. apposé à "animi" sujet sous-entendu de
"surgent"
surgent : Pl. 3 (= 3ème pers. Pluriel) indicatif futur du verbe :
surgo, is, surrexi, surrectum, surgere intr. se lever, se mettre debout, se
relever, s'élever, ressusciter
melior (masculin, féminin), melius (neutre), gén. melioris, comparatif de
bonus : meilleur
acrior comparatif de acer, acris, acre 1 pointu, perçant; 2 perçant,
pénétrant
animus acer = esprit vif
"Il faut savoir détendre sa pensée : elle se relève, après un repos, plus
assurée et plus vive."
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"Ut fertilibus agris non est imperandum (cito enim illos exhauriet numquam
intermissa fecunditas), ita animorum impetus assiduus labor franget; vires
recipient paulum resoluti et remissi. Nascitur ex assiduitate laborum
animorum hebetatio quaedam et languor." [...]
Ut… ita… De même que… de même… système comparatif à l'indicatif
non imperandum est + datif il ne faut pas forcer
impero, as, avi, atum, are commander (peut être transitif et intransitif)
sibi imperare = se maîtriser soi-même
cito adv. vite
fecunditas, atis, f fécondité, fertilité
numquam jamais
intermissa interrompue
intermitto, is, misi, missum, mittere 1 laisser au milieu, dans
l'intervalle; 2 laisser du temps en intervalle; 3 mettre de la discontinuité
dans un tout, interrompre, suspendre
exhaurio, is, hausi, haustum, exhaurire vidant en puisant, épuiser
ille, illa, illud adj.-pronom démonstratif celui-là, celle-là
ita de même
assiduus labor un travail ininterrompu
assiduus, a, um qui se tient continuellement, qui a une durée persistante
(ininterrompue)
labor, oris, m peine qu'on se donne pour faire qqch, fatigue, labeur,
travail
frango, is, fregi, fractum, frangere briser, rompre, fracasser, mettre en
pièces; (fig.) briser, anéantir
impetus, us, m mouvement en avant, poussée en avant, élan; impulsion
paulum resoluti et remissi :
paulum adv. un peu
resolvo, is, solvi, solutum, solvere 1 dénouer, délier, 2 détendre
resoluti nominatif masc. pl. détendus
remitto, is, misi, missum, mittere (ici :) relâcher, détendre
recipient indicatif futur Pl. 3 (= 3ème pers. du pluriel) du verbe :
recipio, is, cepi, ceptum, recipere (ici :) recouvrer (ses forces)
nascor, natus sum, nasci naître
nascitur indicatif présent Sg 3 naît
ex assiduitate laborum :
ex à partir de
assiduitate abl. de assiduitas, atis, f durée persistante
laborum gén. pl. de labor
animorum hebetatio quaedam et languor double sujet de nascitur qui s'accorde
avec le sujet le plus rapproché
hebetatio, onis, f affaiblissement, émoussement
quidam, quaedam, quoddam un certain, une certaine
languor, oris, m faiblesse, abattement, lassitude; maladie, faiblesse;
inactivité, paresse (ici : dépression)
"De même qu'il ne faut pas forcer un sol fertile (car
on aura tôt fait de l'épuiser si on le fait produire sans arrêt), de même un
labeur ininterrompu brisera l'ardeur de l'esprit; un répit, une courte
détente lui rendront son énergie. Quand l'effort se prolonge trop, il
entraîne une sorte d'usure et de dépression de l'intelligence."
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"Legum conditores festos instituerunt dies ut ad hilaritatem homines publice
cogerentur, tanquam necessarium laboribus interponentes temperamentum"
[...].
conditor, oris, m fondateur
lex; legis, f (gén. pl. legum) loi
instituo, is, tui, tutum, ere mettre sur pied, disposer, ménager, établir,
instituer, fonder
festos dies
festus, a, um adj. de fête
dies, ei, m et f jour dies acc. m. pl.
ut = subjonctif pour que, de façon que
cogerentur subjonctif imparfait Pl. 3 du verbe :
cogo, is, coegi, coactum, cogere assembler, réunir, rassembler, fig.
contraindre, forcer
ad hilaritatem
hilaritas, atis, f gaieté, joie, belle humeur
publice officiellement, publiquement
interpono, posui, positum, ere interposer, faire intervenir
temperamentum, i, n combinaison proportionnée des éléments d'un tout,
combinaison, proportion, mesure
tamquam ou tanquam 1comme, de même que; 2 pour ainsi dire
necessarius, a, um 1 inévitable, inéluctable, nécessaire; 2 pressant,
urgent, impérieux; 3 nécessaire, indispensable
"Les législateurs ont institué des jours de fête où l'on se réunit pour
s'égayer en commun, parce qu'ils estimaient nécessaire que le travail fût de
temps à autre coupé par des délassements..."
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[...] "Indulgendum est animo dandumque subinde otium, quod alimenti ac
virium loco sit."
indulgeo, dulsi, dultum, ere
intr. 1 être bienveillant, indulgent, complaisant, avoir de la complaisance
pour, montrer de la bienveillance 2 se donner complaisamment à, s'abandonner
à
tr. accorder, concéder
subinde 1 immédiatement après 2 de temps en temps, souvent
inde [local] de là, de ce lieu [temporel] à partir de là, à partir de ce
moment
otium, ii, n (opposé à negotium) 1loisir, repos, repos loin des affaires,
loin de la politique 2 inaction, oisiveté 3 loisir studieux 4 paix, calme,
tranquillité 5 (expression adverviale) per otium à loisir, tranquillement
locus, i, m lieu, endroit, place
expressions :
loco esse + génitif = tenir lieu de
meo loco à ma place, en te substituant à moi
otium quod loco (+ gén. )sit = un repos qui tienne lieu de...
alimentum, i, n nourriture (d'ordinaire au pl. alimenta)
vis, acc. vim, abl. vi, pl. vires, virium, f
sg 1 force, vigueur; 2 puissance; 3 violence; 4 force des armes, attaque de
vive force, assaut; 5 sens d'un mot; 6 essence, caractère essentiel; 7
quantité, multitude, abondance
pl.1 la force physique, les forces; 2 (fig.) force, puissance, vertu,
propriétés; force virile; 3 forces armées, troupes, soldats
lire : "vider en puisant"
je ferais mieux de dormir la nuit !;-)
je rosissais déją (gaiement) de mon "s" intempestif dans "erubescebat" !
bon, je disparais... de honte !;-)
Brashbey
Connaissez-vous : "Latin can be fun. Facetiae latinae. A modern
conversational guide", Barnes and Noble Books, New York ? ;-)