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Jurer par le chien

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Iulius

unread,
Aug 10, 2002, 6:44:16 AM8/10/02
to
Le quatrième jour avant les Ides d'Août,
l'obtenteur de la reddition de Vercingétorix
répond à un ancien message que Denis Liégeois
avait écrit le troisième jour avant les Calendes
de Décembre, c'est-à-dire, vous l'aurez compris,
le 29 novembre 2001 :

} En tout cas, dans Gorgias, 482 b, Socrate jure
} « par le chien, dieu des Égyptiens » et personne
} n'a l'air de considérer que c'est une glose. Je me
} demande ce que la philologie en a dit, de ce fameux
} juron de Socrate et de ses emplois. Si quelqu'un sait...

Justement, je suis en train de lire _l'Apologie de Socrate_
et je viens de tomber sur une note de P. Pellegrin, relativement
au passage [22a] « Or, par le chien, Athéniens -- car je
vous dois la vérité --, voici à peu près ce qui m'advint ».

« « Par le chien » est une formule de serment souvent
utilisée par Socrate mais qui ne lui est pas propre (voir
Aristophane, _Les guêpes_, v.83). D'après une scolie
de notre texte, Rhadamanthe l'aurait inventée pour ne
pas invoquer les dieux à la légère. »


Bon, et ce vers 83 des _Guêpes_ commence par
« Mà tòn kún' » :
« Non, par le chien, Nicostratos, il n'est point philoxène ».

--
Iulius


« Le vrai con est con. Celui qui n'est pas un vrai
con n'est pas plus con qu'un autre. » (Frédéric Dard)

François G

unread,
Aug 10, 2002, 6:52:38 AM8/10/02
to
Scripsit Iulius :

> Justement, je suis en train de lire _l'Apologie de Socrate_
> et je viens de tomber sur une note de P. Pellegrin, relativement
> au passage [22a] « Or, par le chien, Athéniens -- car je
> vous dois la vérité --, voici à peu près ce qui m'advint ».
>
> « « Par le chien » est une formule de serment souvent
> utilisée par Socrate mais qui ne lui est pas propre (voir
> Aristophane, _Les guêpes_, v.83). D'après une scolie
> de notre texte, Rhadamanthe l'aurait inventée pour ne
> pas invoquer les dieux à la légère. »
>
> Bon, et ce vers 83 des _Guêpes_ commence par
> « Mà tòn kún' » :
> « Non, par le chien, Nicostratos, il n'est point philoxène ».
>


Bracarius respondet :

En voilà un bon sujet de mémoire ! "Les jurons dans l'Antiquité
gréco-latine". Qui se lance dans une anthologie ?
Je me promets de les noter au fil de mes lectures.
Valete,
François


Chaeréphon

unread,
Aug 20, 2002, 5:26:42 PM8/20/02
to
François G wrote:

Suétone a écrit en grec un petit ouvrage sur les injures des Grecs
(existe chez Budé).

--
Amicalement,
Chaeréphon

"Je ne crains rien, je n'espère rien, je suis libre."

<http://users.hol.gr/~sarbonne>


lucien de luca

unread,
Aug 28, 2002, 5:19:36 PM8/28/02
to

"Iulius" <iul...@trigofacile.com> a écrit dans le message news: drq9lu4aln8f7571o...@4ax.com...

> Le quatrième jour avant les Ides d'Août,
> l'obtenteur de la reddition de Vercingétorix
> répond à un ancien message que Denis Liégeois
> avait écrit le troisième jour avant les Calendes
> de Décembre, c'est-à-dire, vous l'aurez compris,
> le 29 novembre 2001 :
>
> } En tout cas, dans Gorgias, 482 b, Socrate jure
> } « par le chien, dieu des Égyptiens » et personne
> } n'a l'air de considérer que c'est une glose. Je me
> } demande ce que la philologie en a dit, de ce fameux
> } juron de Socrate et de ses emplois. Si quelqu'un sait...

Lucifer offre, sans vouloir les offenser, à Julius et à Dionysos
quelques unes de ses lumières personnelles :

" kuôn " : chien... prépuce, frenum preputii ; Galien (Bailly)

"kuon" [@ Perseus] : VII. frenum praeputii, Antyll. ap. Orib.50.3.1: with pun on the prov.
ap. Pherecr.l.c. (supr. 1), Ar.Lys.158: with pun on signf.v, AP5.104 (Marc. Arg.).

http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/ptext?doc=Perseus%3aabo%3atlg%2c0019%2c007%3a158&amp;vers=original&amp;word=ku%2fwn
#word1

http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/sor?type=phrase&amp;lookup=Marc

« kuôn : canis, canicula, fignum caelefte eft, & stfella in eius ore splendida, quae aeftus
incrementa fecum affere putatur, canis eodem quo totum fignum nomine cenfentur, inquit
Proclus in lib. de Sphaera. (.)
Item kuôn, canis marinus, *membru virile*, *inferior praeputi pars cuti adnata.* »
(BUDE Guillaume, TOUSON, CONSTANTIN Robert,
Lexicon sive dictionarium graeco-latinorum.1562 Genève, Ed. Jean Crespin).

« Mets, je te prie, ta main sous ma cuisse , et je te ferai *jurer* par l'Eternel. »,
trouve-t-on encore dans l'Ancien Testament :
« Pone manum tuam subter femur meum,
Ut adjurem te per Dominum Deum caeli et terrae », (Genèse, XXIV, 2) ;
« pone manum tuam sub femore meo » (Genèse, XLVII, 29),

Et ces cuisses-là, mêros dans la langue des Grecs (cf. morion ; Bailly),
femur dans celle des latins (Ernoult), désignaient les parties sexuelles,
et parmi elles le pénis.
(Bonnard & Schouman, Histoire du pénis,1999), le membre viril.

Jacob, possédé par un lutin inconnu, devint boiteux après avoir été touché
au nerf coxo-fémoral, et fut appelé Israël - lutte avec Dieu - pour avoir
quasi nikê le lutin :
« Manfit solus, & ecce vir luctabatur cum eo ufque mane.
Qui cum videret quod eum fuperare non poffet,
tegitit neruum femoris eius, & ftatim emarcuit. ». (Genèse, XXXII-24).

« Ifrael, Praevalens fiue dominans cum deo.
Nomen Iacob, inditum ei ab angelo, gene. 35 b. »
(Biblia Hebrae, Chaldae, Graeca & Latina, R. Estienne, 1540).

Et pour un garçon boucher comme pour un anatomiste hellénisant,
un nerf de bouf c'est un pénis, un tendon très nerveux.

Connotation érotique du récit biblique, déplaisante aux théologiens,
mais Plutarque, prêtre d'Apollon :
« en la ville de Coptus on dit que l'image d'Orus tenoit en l'vne de
fes mains le membre viril de Typhon, & faint on auffi que Mercure
luy ofta fes nerfs, dont il feit des chordes à fa lyre, nous enfeignans
par cela que la raison a mis d'accord tout ce qui au parauant eftoit
en difcord » (De Ifis & d'Ofiris, Amyot, 1572, p. 330 E).
(Cf. Belles Lettres, 1988 ; [55, 373 E]).

« Il y en a d'autres à qui il femble qu'Anubis eft Saturne,
& pourautant qu'il porte en fon ventre & engendre toutes chofes,
qui f'appelle Kyein en langage Grec, pour cefte caufe a efté
furnommé Kyon, qui eft à dire chien. »
(De Ifis & Ofiris, Amyot, 1572, p. 328 B).

Pardonnez-moi de mettre mon grain de sel sur la queue de cet oiseau,
mais un tel chien a plus d'une ficelle dans son sac... (je ne sais plus où
j'ai lu ça, que les gymnastes grecs s'attachaient l'extrémité du prépuce..)

@micalement

Lucien de Luca
(LNEOPY, LIAVQ, ILAME...)


Iulius

unread,
Aug 29, 2002, 8:14:34 AM8/29/02
to
Le quatrième jour avant les Calendes de Septembre,
l'instituteur de quarante payeurs aux armées répond à Lucien de Luca :

Merci pour tous ces approfondissements.


} « Mets, je te prie, ta main sous ma cuisse, et je te ferai *jurer* par l'Eternel. »,


} trouve-t-on encore dans l'Ancien Testament :
} « Pone manum tuam subter femur meum,
} Ut adjurem te per Dominum Deum caeli et terrae », (Genèse, XXIV, 2) ;

Il ne faut pas oublier que l'on parle dans ce passage-là de la descendance
d'Abraham, qui « a beaucoup vieilli ». Cette phrase est prononcée par
Abraham à son plus vieux serviteur qui veillait sur tout, lui confiant
la tâche de prendre une femme pour son fils Isaac.
Cette gestuelle est ainsi en accord avec le fond de la parole.


} « pone manum tuam sub femore meo » (Genèse, XLVII, 29),

Là encore, c'est Israël (proche de la mort) qui appelle son fils Joseph
pour lui demander de l'enterrer dans la tombe de ses pères, et non
en Égypte. Il y a toujours cette allusion aux ascendants.

Ces deux gestes soulignent donc l'importance et surtout la nature des serments.
Ils sont en conséquence plutôt allégoriques.


J'avais jadis écrit sur le forum de latin (le 29 juin 2001) :

« Le terme de « témoignage » provient du latin « testis » suivi du
suffixe « monium » qui indique un nom d'acte. En effet, lorsque
les Romains témoignaient, au lieu de lever la main sur la Bible
comme nous le faisons, ils soulaient la porter sur leurs
testicules. »

--
Iulius

« Patience et longueur de temps font plus
que force ni que rage ! Je me demande où je vais chercher
tout ça ? » (Acidenitrix)

lucien de luca

unread,
Sep 7, 2002, 3:33:30 PM9/7/02
to

"Iulius" <iul...@trigofacile.com> a écrit dans le message news: vo2smuor0h9i53eqg...@4ax.com...

> Le quatrième jour avant les Calendes de Septembre,
> l'instituteur de quarante payeurs aux armées répond à Lucien de Luca :
>
> Ces deux gestes soulignent donc l'importance et surtout la nature des serments.
> Ils sont en conséquence plutôt allégoriques.
>
Vous aves certainement raison, mais je n'ai inventé,
d'ailleurs comparativement à vous, je ne sais presque rien,
je ne cite pas toujours toutes mes sources, et parmi d'autres
il y avait celle-ci :

http://bible.ort.org/books/pentd2.asp?ACTION=displaypage&BOOK=1&CHAPTER=24

under my thigh
This was a form often used for an oath; see Genesis 47:29.
According to Biblical idiom, children issue from the 'thigh' of the father
(Genesis 46:26, Exodus 1:5, Judges 8:30),
and hence, it is a *euphemism for the procreative organ*.
According to Talmudic tradition, the servant was to place his hand near
(Saadia; cf. Abarbanel) the holy sign of the covenant,
just as in later times an oath would be made on a Torah scroll
(Shevuoth 38b; Targum Yonathan; Rashi).
According to some, it was a sign of obedience (Ibn Ezra).

http://bible.ort.org/books/torahd5.asp?action=displaypage&book=1&chapter=24&verse=2&portion=5

Cordialement vôtre,

Lucien de Luca

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