La première question est de savoir si le proverbe est bien antérieur à
César. Certains pensent que oui.
Ce proverbe figure en effet dans les _Présocratiques_ de Diels-Kranz
dans les fragments de Démocrite (B115/2). Hélas, l'attribution n'est pas
directe : en effet, le proverbe figure dans la série des "Maximes de
Démokratès" transmise par un manuscrit récent. Toutefois, un certain
nombre de ces maximes figurent chez Stobée sous le nom de Démocrite,
d'où l'attribution.
Néanmoins, même si le rapport chronologique n'est pas tout à fait
certain, on peut penser qu'il est plus naturel que César se soit inspiré
d'un proverbe grec : on imagine moins bien un parémiographe grec
s'inspirant d'une formule latine somme toute circonstancielle.
Quelqu'un aurait-il des lumières sur le sujet ?
ἔρρωσθε
> César a-t-il vraiment trouvé sa formule tout seul ?
Oui. César est celui qui trouve à la perfection la formule qui sonne juste
et seulement en latin, pas en grec: veni, vidi, vici. L'idée a pu être plus
ou moins dite avant lui, mais elle ne fonctionne parfaitement qu'avec la
formule de César. Ce n'est pas l'idée ici qui fait force, c'est la forme.
Le biographe Plutarque, dans sa vie de César, relève la force de la formule
en latin et regrette qu'en grec le jeu des assonances ne soit pas aussi
perceptible.
Mais son idée sera reprise en veni, vidi, vixi (je suis venu, j'ai vu, j'ai
vécu) par Victor Hugo.
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Caligula
Certes, César possède un style sûr et ferme, mais enfin, les
littérateurs latins étaient nourris de littérature grecque.
Enlèverait-on quelque chose à la force de la formule latine en se
demandant si elle n’a pas été inspirée par le proverbe grec que je
mentionnais ?
Les deux formules présentent une forte convergence : trois verbes
juxtaposés conjugués à l’identique, les deux premiers ayant le même
sens. L’identité des finales se retrouve dans le proverbe que j’ai
mentionné : les trois formes verbales se terminent par –es.
Evidemment, l’expression employée par César perd de sa force dans la
traduction grecque que donne Plutarque, mais ce n’est pas la question :
je pensais que la formulation de César pourrait avoir été inspirée par
un proverbe grec où l’on retrouve les mêmes caractères stylistiques.
Quant au commentaire de Plutarque, j'y reviendrai car en creusant on a
des surprises.
Bon week-end !
> Certes, César possède un style sûr et ferme, mais enfin, les littérateurs
> latins étaient nourris de littérature grecque.
Et alors? La formule ne marche qu'en latin.
> Enlèverait-on quelque chose à la force de la formule latine en se
> demandant si elle n’a pas été inspirée par le proverbe grec que je
> mentionnais ?
Et pourquoi voulez-vous qu'une idée aussi simple, une formule aussi juste
ait eu besoin d'être inspirée par quelque chose de moins bien?
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Caligula
Oui, certes. Mais ils étaient aussi de bons orateurs et savaient jouer avec
les assonnances.
Un exemple de Cicéron dans la deuxième Catilinaire:
"Abiit, excessit, euasit, erupit."
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Caligula