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JB
Le Grand Bob électro connaît « J'en demeure d'accord » pour « avouer,
reconnaître ». Ce ne semble pas être le sens ici.
À mon sens il serait plus élégant de dire: «J'en tombe d'accord»; c'est ce
que fait Voltaire à l'article «Bien, tout est bien» du «Dictionnaire
Philosophique»:
«Quand une pierre se forme dans ma vessie c'est une mécanique admirable: des
sucs pierreux passent petit à petit dans mon sang, ils se filtrent dans les
reins, passent par les uretères, se déposent dans ma vessie, s'y assemblent
par une excellente attraction newtonienne; le caillou se forme, se grossit,
je souffre des maux mille fois pires que la mort, par le plus bel
arrangement du monde; un chirurgien, ayant perfectionné l'art inventé par
Tubalcain, vient m'enfoncer un fer aigu et tranchant dans le périnée, saisit
ma pierre avec ses pincettes, elle se brise sous ses efforts par un
mécanisme nécessaire; et par le même mécanisme je meurs dans des tourments
affreux: tout cela est bien, tout cela est la suite évidente des principes
physiques inaltérables: J'EN TOMBE D'ACCORD, et je le savais comme vous.»
Au temps où j'enseignais (que c'est loin!) j'aurais suggéré à mes élèves
d'analyser «en» comme un complément d'objet indirect. «En» signifiant ici «à
ce sujet», comme dans «qu'en pensez-vous?». Mais je crois ne m'être jamais
aventuré dans ce pinaillage.
>> Entendu ce soir à la TV.
>> D'où sort ce «en» que l'on entend souvent dans ce type d'expression?
>
> À mon sens il serait plus élégant de dire: «J'en tombe d'accord»;
> c'est ce que fait Voltaire à l'article «Bien, tout est bien» du
> «Dictionnaire Philosophique»:
"J'en tombe d'accord" veut dire "je tombe d'accord de quelque chose".
Cette tournure, a priori courante à une certaine époque, semble avoir
été petit à petit remplacée par "tomber d'accord (avec quelqu'un) sur
quelque chose".
Voici 2 autres exemples:
- "Dorante: [...] Si Damis, notre ami, s'en était mêlé, tout serait
dans les règles; il y aurait partout de l'élégance et de l'érudition,
et il ne manquerait pas de vous exagérer lui-même toutes les pièces du
repas qu'il vous donnerait, et de vous faire *tomber d'accord de* sa haute
capacité dans la science des bons morceaux, de vous parler d'un pain de
rive, à biseau doré, relevé de croûte partout, croquant tendrement
sous la dent" (Molière, Le bourgeois gentilhomme, Acte IV, Scène
première).
- Jean Chapelain (1595-1674), savant qui avait assisté au /Discours sur
l'anatomie du cerveau/, prononcé en 1665 par l'anatomiste danois Nicolas
Sténon (1638-1686), rapporta que ce dernier avait réussi à convaincre
"les descartistes, ces dogmatiques si opiniastres, à *tomber d'accord de*
l'erreur de leur patriarche pour la glandule du cerveau et pour son
usage".
> « [...] tout cela est bien, tout cela est la suite évidente des
> principes physiques inaltérables: J'EN TOMBE D'ACCORD, et je le savais
> comme vous.»
Voltaire tombe d'accord de tout cela.
> Au temps où j'enseignais (que c'est loin!) j'aurais suggéré à mes
> élèves d'analyser «en» comme un complément d'objet indirect.
Et il l'est selon le B.U., 13e éd., § 651, a: "/en/ (ndlr: pronom
adverbial) joue le rôle d'un syntagme introduit par /de/".
> «En» signifiant ici «à ce sujet», comme dans «qu'en
> pensez-vous?».
"Qu'en pensez-vous?" se traduit plutôt par "que pensez-vous de cela?".
> Mais je crois ne m'être jamais aventuré dans ce pinaillage.
Pinaillons, pinaillons! Il en restera toujours quelque chose...
Pour revenir à la question initiale, "j'en suis d'accord avec vous" me
paraît tout à fait correct et veut dire "je suis d'accord de cela avec
vous":
- je suis d'accord de ne plus fumer dans un lieu public;
- j'en suis d'accord avec vous.
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Salutations cordiales.
Mahaleo
> Gustave Graetzlin a écrit:
>
> > «En» signifiant ici «à ce sujet», comme dans «qu'en
> > pensez-vous?».
>
> "Qu'en pensez-vous?" se traduit plutôt par "que pensez-vous de cela?".
Je ne saisis pas la nuance entre : « que pensez-vous de cela ? » et
« que pensez-vous au sujet de cela ? » ou « que pensez-vous à ce
sujet-là ? ».
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©lõ
>> > «En» signifiant ici «à ce sujet», comme dans «qu'en
>> > pensez-vous?».
>>
>> "Qu'en pensez-vous?" se traduit plutôt par "que pensez-vous de cela?".
>
> Je ne saisis pas la nuance entre : « que pensez-vous de cela ? » et
> « que pensez-vous au sujet de cela ? » ou « que pensez-vous à ce
> sujet-là ? ».
- "Que pensez-vous de cela?": rien à relever sur cette formulation.
- "Que pensez-vous au sujet de cela?": d'une part, "au sujet" me paraît
superfétatoire, et, d'autre part, grammaticalement, "que pensez-vous
au/à [...]" me semble incorrect.
- "Que pensez-vous à ce sujet-là?": même remarque que ci-dessus
concernant "que pensez-vous à [...]".
Si on utilise "à", on aura recours au pronom adverbial "y" dans ce
cas-là (B.U., 13e éd., § 652, a) mais le sens sera alors tout autre:
"pensez-vous à cela?", "pensez-vous à ce sujet-là?", "y pensez-vous?".
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Salutations cordiales.
Mahaleo