[...]
dperego> "Un mur rose",
Ah, celle-là, je crois savoir: les couleurs se placent toujours à la
fin. Essayez pour voir.
Je crois avoir lu dans un manuel à l'usage des adultes que la place de
l'adjectif était dictée, en règle générale (je vois d'ici les sourires
narquois...), par sa longueur, c.àd par son nombre de syllabes.
Bien évidemment, je n'ai aucun vrai example convaincant (tiens, si!).
[...]
--
Claude
Claude Bouillin a écrit :
> >>>>> "dperego" == dperego <dpe...@mageos.com> writes:
>
> [...]
>
> dperego> "Un mur rose",
>
> Ah, celle-lą, je crois savoir: les couleurs se placent toujours ą la
> fin. Essayez pour voir.
Notre-Dame des blancs manteaux ?
Bonnet blanc et blanc bonnet ?
Sur fllf, l'emploi de "toujours" et de "jamais" est risqué. Toujours. Euh,
presque toujours.
>Sans doute que la question a été posée trente six fois.
De nombreuses fois. N'exagérons pas néanmoins.
>y a-t-il une autre raison que l'habitude et l'usage pour la place de
>l'adjectif dans la langue française ?
Il y en a même plusieurs en même temps, d'où des contradictions.
L'usage intervient dans un nombre limité de mots.
>Cela finit par m'agacer, car je ne vois pas d'autre réponse que
>le définitif "C'est comme ça."
Je reprends un de mes anciens textes en le complétant.
1) Seuls les adjectifs suivants ont une place fixe après le
nom : les adjectifs de relation (le Conseil régional, la République
française), de couleur (le Chat noir, l'Armée rouge) ou qui indiquent
une forme (la Maison carrée, le Salon ovale). Mais certaines expressions
sont restées figées du fait de l'antéposition plus fréquente en ancien
français qu'en français moderne : Blanche-Neige, Blanchefleur, la
blanche épine et l'aubépine, rouge-gorge, rouge-aile, rouge-queue, rue
des Blancs-Manteaux, blanc-bec, un blanc-seing, blanc-étoc, rond-point,
le Vert galant (avec un sens figuré), bleu-manteau, vert-monnier,
vert-pré, le Vertbois, Noirmoutiers. On peut aussi antéposer pour des
raisons littéraires : « le vert paradis des amours enfantines », « une
ronde exécution du Massacre du Printemps par Karajan ». Mais dans cet
exemple, l'adjectif de couleur est au sens figuré, il est souvent
antéposé sans aucun effet de style : faire grise mine, un noir dessein,
une verte réprimande, mais une peur bleue, une colère noire. Dans le cas
des créations de nouvelles locutions, on préfère la postposition : carte
grise, zone bleue.
Pour les adjectifs de formes, j'ai déjà vu « sphérique »
antéposé (dans une chanson, je crois), mais il s'agissait d'un effet de
style.
2) Les adjectifs qui peuvent se rapporter à un jugement se
placent de plus de deux syllabes se placent après le verbe si leur sens
est objectif : le petit chat stupide. On les prend comme des expressions
complètes. Devant le nom, l'adjectif sera subjectif, lié au point de vue
du locuteur ou au sentiment qu'il veut communiquer au lecteur : le
stupide petit chat. Vous me direz que « stupide » est un mot subjectif
par son propre sens, mais dans le premier cas, on sait que ce chat est
toujours stupide et on le distingue par rapport à d'autres chats connus.
Dans le second cas, l'expression peut traduire une exaspération
momentanée ou un amusement à propos d'une seule action. La distinction
subjectif-objectif se vérifie plus précisément si l'on prend des
adjectifs qui indiquent une dimension : une colossale statue et une
statue colossale. À noter : les adjectifs de relation qui sont employés
au sens figuré demeurent le plus souvent après le nom si le nom
d'origine est toujours perçu comme un nom propre : un travail herculéen,
une tâche titanesque, des accents jupitériens, une maladie vénérienne
due à l'emploi de produits aphrodisiaques, des propos hermétiques, une
attitude donquichottesque, mais un gigantesque travail et un travail
gigantesque (le nom géant n'est plus reconnu), une colossale statue et
une statue colossale (colosse n'est pas vraiment un nom propre). Mais il
est possible de déplacer les termes des expressions les plus anciennes
par effet de style : un bacchique repas, un dyonisiaque gueuleton, une
cornélienne question. On doit l'éviter si l'adjectif est récent
moderne : un roman flaubertien, proustien, stendhalien, point.
3) Les adjectifs courts, d'une ou de deux syllabes, peuvent se
placer avant ou après le nom, ils en modifie profondément le sens s'ils
expriment des notions de taille (grand, petit, gros), de beauté (sale,
joli, propre), d'âge (jeune, vieux), de vérité (certain, pur, vrai) ou
d'identité (même, propre, seul, autre), de qualité morale (noble, sacré,
simple, chic, curieux, brave, triste). On s'amuse souvent à créer des
oppositions comme « un homme grand qui n'est pas un grand homme ».
L'adjectif antéposé devient alors subjectif, emphatique, doté d'un sens
figuré. Il peut y avoir opposition entre des domaines de référence. « un
pur esprit » se rapporte à des qualités intellectuelles, alors que « un
esprit pur » concerne la morale, la religion. Certaines locutions sont
figées comme un triste sire.
L'antéposition peut néanmoins correspondre à une idée objective
de taille par exemple dans le cas de « gros » : une fille grosse est
enceinte, une grosse fille est enveloppée. On a aussi des termes qui
opposent deux réalités objectives : un jeune homme et un homme jeune. La
première expression est prise comme complète.
4) Il existe donc des emplois figés pour les monosyllabes ou
disyllabes : un fin limier et un esprit fin. Cela peut relever à la fois
de l'analyse sémantique -- on se réfère au sens dans le premier
exemple -- et de la construction pour des raisons phonétiques ou
euphoniques (l'hiatus est évité, l'articulation est meilleure entre les
syllabes) dans le second même si l'apparence objective est une sorte de
leurre ici. Si je veux parler d'un homme salace, je suis contraint
d'antéposer « un gros cochon » ; si je veux parler du suidé, j'ai le
choix de la place. Si j'emploie l'adjectif « gras », je peux opposer un
fromage gras (définition stricte) et un gras fromage (emploi littéraire,
sens figuré, avec une idée de népotisme, de vol et de corruption).
5) Voici une liste d'adjectifs courts qui sont le plus souvent
antéposés par ordre décroissant de fréquence : petit, moindre, vieux,
bon, meilleur, grand, joli, autre, mauvais, pire, jeune, gros, beau.
Pourquoi ceux-là ? Ces adjectifs très fréquents ont conservé pour
l'essentiel l'ordre de l'ancien français sauf dans des usages régionaux
et des expressions figées : mère-grand (usage encore au XVIIe s.), ou
rue Grande. On a pu opposer les régions qui plaçaient « neuf » avant ou
après le nom de la ville ou du château, mais avec beaucoup de
contradictions : le Palais vieux dans le Midi et les Neuves-Maisons ou
Les Neufs Lieux en Lorraine, Neufchâteau en Lorraine et Châteauneuf dans
le Midi, Villeneuve et Neuville. Ce qui vaut pour la place de l'adjectif
« neuf » dans les toponymes peut se retrouver avec « grand ».
6) Les participes présents et passés sont le plus souvent
postposés et sont rarement déplaçables. Mais « soi-disant » ou
« prétendu » sont toujours antéposés. On peut citer aussi « charmant »
qui possède un sens aussi un sens ironique ou empathique : le prince
charmant (emploi figé) et le charmant prince (Harry Pétard si l'on
veut). Il en ira de même pour « plaisant » (un plaisant ouvrage),
« riant » (un riant paysage), « inquiétant » (une inquiétante nouvelle).
Tous ces participes se rapportent à des sentiments, à un effet obtenu
sur le locuteur.
Là encore, la règle doit être tempérée par des effets de
style. « Une pétaradante moto » est possible, « une criante injustice »,
« un vibrant hommage », « une larmoyante jeune orpheline », « une
effrayante histoire », « une puante rumeur », « une touchante
nouvelle »... Je crois que cela concerne surtout les participes qui
indiquent l'impression faite sur le locuteur, qui se rapportent aux
sensations et indirectement aux sentiments. On est vraiment dans la
subjectivité lorsque le participe est antéposé.
7) Certains adjectifs qui se rapportent à un ordre peuvent être
antéposés ou postposés selon le mot qui précède : le Jugement dernier et
« le Dernier Jour d'un condamné à mort ». Ils peuvent aussi changer de
sens ou être liés à un emploi précis : la seconde main et la main
seconde, le premier François et François Ier. Le sujet est très
compliqué pour « dernier » car il existe beaucoup d'emplois figés (les
fins dernières, l'heure dernière) et des règles à l'infini.
8) Lorsque plusieurs adjectifs se rapportent à un seul objet, il
faut remonter toutes les règles précédentes :
-- le petit chat stupide : petit est disyllabique et est l'adjectif le
plus souvent antéposé ; stupide est plutôt polysyllabique.
-- le stupide petit chat : l'emploi de petit se rapporte à un groupe
complet « petit chat » qui est assez objectif, la place de petit ne
change pas car c'est ce qui est déjà connu ; stupide au contraire vient
porter un jugement sur l'ensemble de ce groupe.
-- le beau petit chat ne peut devenir le petit beau chat sauf à vouloir
faire un effet de style : beau contient plus le jugement que petit. Il
doit exister une hiérarchie parmi les adjectifs courts, mais cette
hiérarchie peut être contredite par les changements de sens selon la
place.
Si je prends d'autres groupes, j'obtiens :
-- le vieil homme rabougri : le participe passé reste postposé, mais je
peux opposer un vieil homme et un homme vieux sans pouvoir construire un
homme vieux rabougri. On doit déplacer l'adjectif bref et descriptif
avant le nom.
-- l'ancienne Assemblée nationale : le groupe Assemblée nationale est un
ensemble complet qui comprend sa signification propre. Je suis contraint
de placer l'épithète qui précise sa nature avant ce groupe. Il en va de
même si l'adjectif est suivi d'un complément ou d'une comparaison. Cela
peut déranger les règles énoncées auparavant, notamment la 1 : Grevisse
cite une jaune tapisserie persane, une cubique maison blanche. Mais
l'adjectif de relation « persane » ne peut en aucun cas être antéposé et
il ne faut pas entretenir d'ambiguïté sur « jaune ». J'observe une
possibilité d'ordre dans ces exemples : on déplace l'adjectif de forme
avant celui de couleur, l'adjectif de couleur à la place de l'adjectif
de relation.
Dominique
----------
Dans l'article <smit8be...@propwhirr.ntc.nokia.com>, Claude Bouillin
<boui...@shire.ntc.nokia.com> a écrit :
Merci. Il semble, en effet, que les couleurs soient après. DP
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Dans l'article <3C848A7C...@noos.fr>, DB <fed...@noos.fr> a écrit :
>
>
> Claude Bouillin a écrit :
>
>> >>>>> "dperego" == dperego <dpe...@mageos.com> writes:
>>
>> [...]
>>
>> dperego> "Un mur rose",
>>
>> Ah, celle-là, je crois savoir: les couleurs se placent toujours à la
>> fin. Essayez pour voir.
>
> Notre-Dame des blancs manteaux ?
> Bonnet blanc et blanc bonnet ?
> Sur fllf, l'emploi de "toujours" et de "jamais" est risqué. Toujours. Euh,
> presque toujours.
> Certes, mais personne ne dit un blanc bonnet !! Pour les blancs maneaux,
peut-être qu'on a trouvé cela plus poétique ? Heuh, pas sûr - DP
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> Ah ! Epatant. Voilà un cours qui m'a bien plu. Je vais l'imprimer subito
presto, parce que, à l'écran, la lecture, pour moi, est plus difficile. Et
je ME le garderai. Dominique, vous êtes précieux (et je n'entends pas cela
au sens des Précieuses. Non.) - Merci
Daniele
>
>
> Je reprends un de mes anciens textes en le complétant.
Très bien. C'est une question qui se pose souvent à ceux qui aiment
et pratiquent le français, bien qu'il ne soit pas leur langue
maternelle.
Luc Bentz
--
http://www.langue-fr.org/
« Nos modernes Josué littéraires crient vainement
à la langue de s'arrêter ; les langues ni le soleil
ne s'arrêtent plus. Le jour où elles "se fixent",
c'est qu'elles meurent. »
Victor HUGO (Préface de « Cromwell »)
« Vous avez vu mon chien petit ? »
(Obélix in Astérix chez les Bretons)
... et inutile pour tout le monde de laisser les 160 lignes de Dominique
pour répondre. Merci au nom de l'Union Mondiale contre la Bande Passante
Saturée...
--
©lõ
>> 3) Les adjectifs courts, d'une ou de deux syllabes, peuvent se
>> placer avant ou après le nom, ils en modifie profondément le sens s'ils
>> expriment des notions de taille (grand, petit, gros),
>« Vous avez vu mon chien petit ? »
>
>(Obélix in Astérix chez les Bretons)
Le petit écrit peut ne pas être un texte petit. Le petit esprit
n'a pas forcément un cerveau petit. Une petite personne ne ressemble pas
forcément à un homme petit. « ll n'y a que les petits hommes qui
redoutent les petits écrits. » (Beaumarchais.)
Dominique
« Pourquoi parlez-vous à l'envers ? » -- dixit Obelix in Asterix chez
les Bretons, sept phylactères plus haut, s'adressant à Jolitorax. Z'êtes
de mauvaise foi, ou avez-vous le foie barbouillé ?
--
©lõ
> Votez Nestor le pingouin wrote :
> > « Vous avez vu mon chien petit ? »
> > (Obélix in Astérix chez les Bretons)
> Z'êtes de mauvaise foi,
Lui ? Quelle question !
> ou avez-vous le foie barbouillé ?
Pendant le carême ?
Bernard
Il va falloir demander la rectification du droit canon pour que le
jeûne, l'abstinence et la privation de toute expression sur tous les
forums lui soient infligés pendant quarante-six jours. Au moins !
--
©lõ