CW
> Pourquoi « pronostic » a-t-il perdu le « g » présent dans
> « diagnostic », correspondant à l'étymologie
> et qu'ont conservé l'anglais et l'allemand ?
Mais que n'ont pas gardé l'italien et l'espagnol, langues néo-latines
comme le français.
La graphie sans « g » date du XIVe s. et elle a été maintenue à côté
d'une graphie « gn ». Le rappel étymologique est plus tardif, il a duré
jusqu'au XVIIIe s. Mais « gn » se prononçait comme un /n/ et non comme
/gn/ ou /ñ/ dans les mots de cette famille. Voir congnoistre,
cognoistre, connoistre, connoître, connaître, de « cognoscere ».
An_guille a écrit :
> Et comment se fait-il que, pas plus tard qu'hier soir, je me promettais
> de demander ici-même d'où venait la finale en [-tic] de ce deux mots ?
>
> Y en a-t-il d'autres ?
>
Tic !
Mastic, loustic.
Plastic, astic.
Et toc !
--
lamkyre
> Et comment se fait-il que, pas plus tard qu'hier soir, je me
> promettais de demander ici-même d'où venait la finale en
> [-tic] de ce deux mots ?
L'un s'est écrit avec -tique, -ticque :
« Toutes lesdites condicions met Ypocras en la partie des
pronostiques. »
Beaucoup d'hésitations au cours des siècles.
Pour l'autre, on distingue entre l'adjectif (des signes diagnostiques)
et le substantif (un diagnostic)
> Y en a-t-il d'autres ?
Public, laïc et laïque, Turc et Turque, Grec et Grecque, Franc et
Franque, ammoniac (avant ammoniaque), asthmatique (à partir
d'asthmatic), caduc et caduque. On a une série de mots dérivés de noms
latins ou gallo-romains en -cus qui perdent donc leur finale sans être
appuyés par une séquence -quus /kwus/. Les mots en -cus fondent en
général leur suffixe dans la terminaison : franciscus > français,
gallicus > gaulois. Mais ici on a des mots demi-savants (pronostic est
en outre du grec déformé par le latin) qui sont passés par le latin
médiéval et qui ont été maintenus un peu dans leur terminaison sans
subir les influences populaires qui auraient palatalisé la consonne /k/.
Si l'on avait eu une évolution populaire cela aurait été /pronotz/ puis
/pronwa/. Et si les mots étaient venus seulement après la Renaissance
cela se serait écrit « prognostique ».
>>Et comment se fait-il que, pas plus tard qu'hier soir, je me
>>promettais de demander ici-même d'où venait la finale en
>>[-tic] de ce deux mots ?
> L'un s'est écrit avec -tique, -ticque :
> « Toutes lesdites condicions met Ypocras en la partie des
> pronostiques. »
> Beaucoup d'hésitations au cours des siècles.
> Pour l'autre, on distingue entre l'adjectif (des signes diagnostiques)
> et le substantif (un diagnostic)
Merci, merci.
> [...]
--
Anne
lamkyre a écrit :
Plastoc ?
<cwe...@gmx.net> a écrit dans le message de news:
>3e8e290...@news.datacomm.ch...
>
>> Pourquoi « pronostic » a-t-il perdu le « g » présent dans
>> « diagnostic », correspondant à l'étymologie
>> et qu'ont conservé l'anglais et l'allemand ?
>
>Mais que n'ont pas gardé l'italien et l'espagnol, langues néo-latines
>comme le français.
>
>La graphie sans « g » date du XIVe s. et elle a été maintenue à côté
>d'une graphie « gn ». Le rappel étymologique est plus tardif, il a duré
>jusqu'au XVIIIe s.
Dans l'abrégé du Littré, on trouve encore « prognostic, sm. Voy.
"pronostic", seul usité. »
Mais quelle peut bien être la raison pour laquelle « pronostic », mais
pas « diagnostic », a perdu son « g » ?
CW
>>> Tic !
>>> Mastic, loustic.
>>
>> Plastic, astic.
>>
>> Et toc !
>>
>
> Plastoc ?
Estoc.
--
lamkyre
Peut-être parce qu'il était plus souvent employé ? On peut se poser la
même question pour évènement et avènement : pourquoi avénement a-t-il eu
le droit de changer son accent au XIXe siècle, alors qu'il a fallu
attendre 1990 pour événement ?
> Dans l'abrégé du Littré, on trouve encore « prognostic, sm. Voy.
> "pronostic", seul usité. »
Et dans l'édition complète : « Ceulx qui vous content des fables, comme
alchymistes, pronosticqueurs, judiciaires, chiromantiens, medecins. »
(Montaigne.)
> Mais quelle peut bien être la raison pour laquelle « pronostic », mais
> pas « diagnostic », a perdu son « g » ?
Pronostique (1250), pronostic (1585). Diagnostique, adj. (1584),
diagnostic n. masc. (1732).
Je peux recopier toutes les entrées du _Dictionnaire historique de
l'orthographe française_ de Nina Catach entre Cotgrave et Littré, cela
hésite beaucoup, mais une chose est certaine : <gn> se lisait *aussi* à
l'âge classique comme /n/, voir le problème de « maligne / maline » ou
les plaisanteries sur « dignum /dînons ». Le <gn> a été senti comme
inutile dans ce cas puisqu'il allait contre une prononciation ancienne
bien attestée par les almanachs populaires, les bibliothèques bleues et
les feuilles de colportage. La prognostication lue comme pronostication
est moins technique que le diagnostic. On a des divergences par volonté
de retour à l'étymologie jusqu'en 1878 où l'on renvoie à une forme «
pronostic » pour « prognostic », mais c'est bien le premier qui est le
plus fréquent avant.
De toute manière, l'assimilation est ancienne. Je vous ai cité l'italien
et l'espagnol qui se comportent comme le français. J'aurais pu ajouter
l'occitan et (sous toutes réserves) le portugais. C'est une évolution
normale de la langue populaire, la consonne vélaire /k/ (avant /g/) est
assimilée à la consonne nasale /n/ par anticipation. En revanche, le mot
« diagnostic » est bien un mot purement savant lorsque la prononciation
des mots d'origine grecque est bien fixée, il reste limité à un corps de
métier savant et n'en sort que récemment sous forme figurée, lui ne
changera pas. Le mot est grec, mais il est passé par le latin et par
toute son histoire. Pour « prognostic », il s'agit d'une reconstruction
complète et tardive avec une prononciation nouvelle /g-n/ et non plus
/ñ/ ou /n/.